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Affichage des articles du mars, 2023

Bleu. Koz

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On ne sait pas grand-chose de l’écrivain qui se cache derrière le pseudonyme de Koz, si ce n’est qu’il s’intéresse beaucoup aux différents maux qui frappent notre monde contemporain. Ils sont d’ailleurs l’objet du triptyque constitué par Noir (Pocket, 2022), Rouge (Pocket, 2022) et Bleu (Fleuve noir, 2022), trois "polars apocalyptiques" parus à quelques mois d’intervalle. Les héros récurrents de cette série sont amenés à enquêter sur des actes de terrorisme dans des contextes très particuliers de catastrophes naturelles ou technologiques.  Dans le premier volet de la série, la région parisienne était plongée dans un black-out meurtrier provoqué par l’explosion simultanée des dix-huit transformateurs alimentant le réseau. Le second tome s’inspire des périodes de canicule et des incendies qui ont ravagés le sud de la France. Ici, les feux ont évidemment été allumés par une main criminelle. Dans Bleu , enfin, le dérèglement climatique est à l’origine d’une violente tempête, c

Le Cheval Rouge. Taško Gheorghievski

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Ce roman s’ouvre sur un épisode historique fort qui est celui de la débâcle de l'Armée démocratique de Grèce à la fin de la guerre civile qui déchira le pays entre 1946 et 1949. Des hommes sont entassés dans un bateau, cachés sous des planches, et conduits vers une destination inconnue. Lorsqu’ils sortent de leur cachette pour s’ébrouer, ils constatent qu’ils ne voguent pas en direction de l’Albanie pour prendre l’ennemi à revers mais qu’ils longent les côtes turques. Parmi ces hommes, il y a Boris Tušev, un Macédonien dont le village natal est situé en Grèce actuelle. Le voyage se poursuit, sur terre (par le rail) et sur mer (via la mer Noire puis la Caspienne). Les troupes sont finalement débarquées à Tachkent, la capitale de l'Ouzbékistan. Les hommes apprennent qu’ils ont perdu la guerre. Les autorités soviétiques les installent d’abord dans des baraquements et les font travailler dans les champs de coton. Le temps passe. Le narrateur et ses compagnons d’infortune retournent

Bouts du monde n°53 : Chine

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  Selon la légende, la revue Bouts du monde serait née dans un restaurant pakistanais à Angers. Depuis 2007, ce magazine publie, tous les trimestres, une quinzaine de récits de voyage largement illustrés de photos ou de dessins. Le numéro de l’hiver 2023 est entièrement consacré à la Chine. Pour ma part, j’ai été non seulement attirée par la destination mais aussi par les contributeurs annoncés. Je savais notamment que la revue publiait des dessins de Nicolas Jolivot et de Rosemary Taleb. J’ai ensuite découvert ceux d’Antoine Guillaume, de Simon et de Lapin, tout aussi captivants. En plus des carnettites de voyage, ce numéro dédié à l’Empire du Milieu réserve d’autres belles surprises. Je pense, par exemple, au texte d’Isabelle Coulon, qui est consacré aux Yaos, l’une des 56 ethnies vivant sur le territoire chinois. Le destin de Yuan Feng, Monsieur Huang, pourrait selon moi inspirer un beau roman. J’ai également été touchée par l’histoire familiale de Laurent Cibot, jeune expatrié, pa

Idiss. Badinter, Malka & Bernard

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Il s’agit ici d’une adaptation du roman éponyme de Robert Badinter. Le politicien et juriste français a souhaité rendre hommage à sa grand-mère maternelle, Idiss, née en 1863 en Bessarabie (actuelle Moldavie). Dans ce territoire russe, arraché à l’ancien empire ottoman, la population juive bénéficiait d’un statut juridique plus clément que dans le reste du pays. Néanmoins, la situation du "Yiddishland" commença à se dégrader dès 1840 jusqu’aux premières vagues de pogroms en avril et octobre 1903.    L’album débute en 1890, dans un Shtetel (bourgade juive) proche de la frontière roumaine.  Idiss habite chez ses beaux-parents avec ses deux garçons, Avroum et Naftoul. Son mari, Schulim Rosenberg, a été enrôlé dans l’armée tsariste. La vie n’est pas facile et la jeune mère est contrainte de faire de la contrebande de tabac pour joindre les deux bouts. Le retour de son époux, après 5 ans d’absence, marque une brève éclaircie et se solde par la naissance d’une petite fille prénommé

Contes de la solitude. Ivo Andrić

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Zulma proposent une réédition des Contes de la solitude Ivo Andrić (1892-1975), qui tombe à point nommé pour la 6ème édition du mois de l’Europe de l’Est . Ce recueil est composé de 14 textes dont 9 nouvelles tirées d’un manuscrit posthume, publié en 1976 sous le titre de Kuća na osami en version originale ( La Maison isolée ). La première traduction française, parue chez L'Esprit des péninsules date de 2001.  Le prologue nous ouvre les portes de la demeure de l’auteur à Sarajevo, qui nous invite à faire virtuellement le tour du propriétaire.  « C’est une maison à un étage sise tout en haut de la pente escarpée d’Alifakovac, un peu à l’écart des autres. Au rez-de-chaussée, où il fait chaud l’hiver et frais l’été, un couloir spacieux, une grande cuisine et, à l’arrière, deux chambres sombres, plus petites. À l’étage, trois pièces assez vastes dont l’une – celle de devant – donne sur la vallée ouverte de Sarajevo. Elle possède un large balcon qui, par sa construction et ses dimensi

Qu’est-ce qu’un homme sans moustache ? Ante Tomić

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Smiljevo est une bourgade située à quelques encablures de la ville de Split en Croatie. Le cœur du village bat au rythme de son église, et surtout de son épicerie et de son bar. Les habitants du lieu s’y croisent, échangeant faits divers, ragots de voisinage et blagues potaches. Dans cette ambiance bon enfant, la coutume veut que les plus riches (les émigrés revenus au pays) paient des coups aux baltringues, des paumés notoires comme Le Glandu, le Noiraud ou le Merlan. Du coté des célébrités locales, il y a d’abord Josip alias Miguel, le propriétaire du magasin d’alimentation. Fidèle téléspectateur d’une série latino, l’épicier aime interpeler ses clients dans la langue de Cervantes. Tatjana, jeune et riche veuve, fréquente assidument l’endroit, tout comme Don Stipan, le curé à qui elle fait du gringue. L’aventure tourne court après une cuite mémorable de l’homme d’Eglise et une panne sèche en pleine campagne pour sa soupirante éconduite. Mais à Smiljevo, les histoires tragi-comiques s

L’aliéniste. J.-M. Machado de Assis

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L’histoire qui nous est contée est sensée être rapportée dans les chroniques de la colonie d’Itaguaï au Brésil selon une chronologie un peu floue. On sait que les évènements se sont déroulés « il y a fort longtemps » soit, sans doute, au tournant du 19ème siècle. L’histoire fait plusieurs fois référence à l’empire colonial portugais (nous sommes donc avant l’indépendance du Brésil en 1822) et à la révolution française. Par ailleurs, il est question des prémices de la psychiatrie, ce qui fait du bon docteur Bacamarte, héros de cette aventure, un contemporain des pionniers comme Joseph Daquin (1732-1815) ou Philippe Pinel (1745-1826). Après des études de médecine à Coimbra et à Padoue, Simon Bacamarte, décide de rentrer dans sa bourgade natale, "son Ithaque brésilien", refusant des fonctions prestigieuses au Portugal. Le médecin a décidé de se spécialiser dans l’étude et le traitement des maladies mentales et rêve de fonder un asile d’aliénés. Les notables du conseil municipal

Le passager sans visage. Nicolas Beuglet

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C’est la première fois que je lis un roman de Nicolas Beuglet si bien, qu’avant d’ouvrir ce livre, j’ignorais qu’il s’agissait de la seconde enquête de Grace Campbell. Cela dit, comme souvent dans les séries policières, il est possible de prendre le train en marche et de zapper les premiers épisodes. De plus, l’auteur (ou son éditeur) a eu l’obligeance de fournir un résumé du premier volet. Enfin, il ne s’agit que d’une trilogie donc le parcours des héros récurrents n’est pas trop compliqué… du moins du point de vue narratif. En ce qui concerne le passé de Grace Campbell, c’est une autre histoire.  L’inspectrice, récemment réhabilité dans son service grâce à une affaire résolue avec brio, est rongée par un drame qui a sali son enfance. Elle a tenté d’occulter les évènements qui l’ont brisée en cachant les indices collectés dans un cagibi secret dans son appartement. Jusqu’au jour où une lettre anonyme, la renvoie plusieurs années en arrière, l’obligeant à faire face à ses démons. Il es

R.U.R. Kateřina Cupová & Karel Čapek

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Cette bande dessinée est une adaptation d’une pièce de théâtre de Karel Capek qui date de 1920. Plus de 30 ans avant l’œuvre géniale d’Asimov, l’écrivain Tchécoslovaque a inventé le mot "robot" et imaginé une créature artificielle. Selon la légende rapportée par Wikipédia, ce serait en fait frère Josef qui l'aurait inventé à partir du tchèque "robota" qui signifie "corvée". En effet, les robots de la Rossum's Universal Robots (R.U.R) ont été conçus pour libérer les humains du travail manuel et des contraintes connexes. Le secret de leur fabrication est conservé précieusement dans un coffre. Les robots de cette histoire ont déjà un aspect humanoïde et ne sont pas de simples machines, esclaves des humains. La jeune Héléna Glory en a d’ailleurs l’intuition et demande à visiter l’usine de la Rossum's Universal Robots, située sur une île, au milieu de nulle part. Elle est reçue avec empressement par le directeur, Harry Domin, qui est tout de suite t

La Renarde. Dubravka Ugrešić

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Au travers de nombreuses anecdotes tirées de son expérience personnelle ou de l’histoire de la littérature, la narratrice de ce roman s’interroge sur le processus de création fictionnel et son devenir. Comment naissent les histoires ? Si la tentative de résolution de cette question est la colonne vertébrale de cet ouvrage, un autre élément récurrent apparait au fil du récit. Il s’agit de la figure universelle du renard. A l’instar de l’écrivain russe Boris Pilniak (1894-1938), qu’elle cite à de nombreuses reprises, Dubravka Ugrešić affirme que le canidé, « incarnation de la ruse et de la trahison », est le « totem des écrivains ».  « Dans la majorité des langues slaves, ainsi que dans la plus grande partie de l’imaginaire mythologico-folklorique slave (mais également chinois, japonais et coréen), le renard est perçu au féminin. Le renard est Shéhérazade. Shéhérazade est une histoire sur comment naissent les histoires. Car Shéhérazade, en racontant des histoires, s’achète un jour de vie

Sur les ossements des morts. Olga Tokarczuk

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Sur les ossements des morts est porté par un personnage principal fascinant et plein de profondeur. Il s’agit de l’extravagante Janina Doucheyko, une ingénieure retraitée des ponts et chaussées, qui vit à l’année dans le hameau de Luftzug (littéralement "Courant d'air") près de ville de Kłodzko au Sud-ouest de la Pologne. Nous sommes à quelques kilomètres de la frontière tchèque, dans la chaîne des Sudètes. Les hivers sont rigoureux et les quelques propriétaires des maisons voisines préfèrent les abandonner pendant la saison froide. Seuls deux autres personnages restent sur place. Il y a Swietopelk Swierszczynski que la narratrice, adepte des surnoms, préfère appeler Matoga. C’est un homme d’un certain âge, taiseux et plutôt maniaque mais finalement sympathique. Le troisième ermite du coin, Grand pied (selon la nomenclature de Madame Doucheyko), est un personnage odieux qui maltraite les animaux sans aucun état d’âme, vole ses voisins et considère la forêt comme une anne

Grandeur nature. Marie Stritcher

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  Le premier voyage de Marie Stricher en Ouzbékistan date de 2015. Elle en revient avec un premier carnet de voyage auto-édité et surtout une passion renouvelée pour les croquis in situ. Grâce aux amitiés qu’elle a noué sur-place, l’artiste lyonnaise organise des stages annuels de dessins. C’est ainsi qu’elle part à la découverte des "Stan alentours". Elle passe la frontière en septembre 2018 pour se rendre au Kirghizstan. Ainsi, après Khiva, Boukhara, Samarcande et Tachkent, son chemin se poursuit vers Och et Bishkek. En Octobre 2019, Marie Stritcher part en repérage dans le massif du Pamir au Tadjikistan. Elle emprunte à cette occasion la mythique route M41, se rend au lac Karakul et pousse jusqu’à la frontière afghane. J’ignore en réalité dans quel ordre la voyageuse rejoint ces différentes étapes car son livre ne tient pas compte du carnet de route. Il est divisé en thématiques qui ne suivent pas de chronologie particulière. Plus que le chemin parcouru, ce sont donc les e

Littérature ouïghoure, poésie et prose. Revue Jentayu

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Depuis plusieurs années, les éditeurs de la revue Jentayu font un travail formidable autour de la littérature d’Asie. Ils publient, traduisent et commentent des textes inédits ou méconnus. Le dernier numéro, paru à l’automne dernier, est entièrement consacré à la culture ouïghoure. La terre natale de ce peuple turcophone à majorité musulmane sunnite est située dans l’actuelle région autonome du Xinjiang au Nord-Ouest du territoire chinois. Le gouvernement central applique une politique répressive en Ouïghouristan depuis les débuts de l’occupation et favorise la population majoritaire des Hans. Vanessa Frangville et Mukaddas Mijit, qui ont réunis les textes et dessins de cette anthologie, expliquent brièvement le contexte dans leur préface. Elles sont toutes les deux chercheuses à l’Université Libre de Belgique : l’une en sinologie, l’autre en ethnomusicologie.  La plupart des auteurs présentés dans ce recueil se cachent derrière des pseudonymes. Certains sont aujourd’hui en prison, d’

L’Agneau des neiges. Dimitri Bortnikov

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Maria est né au nord de la Russie, dans le bassin de la Dvina septentrionale, quelques années après la révolution bolchevique. Elle a deux frères aînés, pas toujours très sympas avec elle, qui l’appellent « patte d’ours » à cause de son pied bot. Leurs parents ne sont pas très riches mais la vie suit son cours vaille que vaille. La petite Maria est baptisée en secret, apprend à marcher avec une vache prénommée Aurore et mais ne peut pas aller à l’école à cause du trajet. Tout bascule lorsque son père est fusillé par les Soviétiques parce qu’il a tenté d’échapper à l’enrôlement forcé. Les frères de Maria la vendent à sa marraine, la femme du pope défunt, pour une brouette de poissons. Par cet acte odieux, ils la sauvent sans doute de la Grande famine. Serafima lui apprend à lire, à pêcher et à survivre dans la forêt. Lorsque sa bienfaitrice meurt, Maria part à la recherche de sa famille. Selon les rumeurs, ils auraient migré vers le sud. Pour notre héroïne, débute un long périple en tra

Ce n'était que la peste. Ludmila Oulitskaïa

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Nous sommes en 1939. Dans son laboratoire de recherche à Saratov, le microbiologiste Rudolf Ivanovitch Mayer travaille sur une souche particulièrement virulente de la peste pulmonaire. Il n’est pas loin de mettre au point un vaccin et doit présenter ses travaux à la "commission du commissariat du peuple à la santé" à Moscou. Or, la veille de son départ, un incident se produit avec son masque de protection. L’infectiologue n’y prête guère attention jusqu’au moment où les premiers symptômes de la maladie apparaissent. Entre-temps, Rudolf Mayer a parcouru plus de 700 km en train, s’est rendu à l’hôtel Moskva où il s’est fait couper la barbe, a fait son exposé devant ses pairs et a croisé un nombre impressionnant d’individus. Alerté par la direction de l’hôtel, le médecin de quartier se rend au chevet du malade puis ordonne son transfert aux urgences de l’hôpital Sainte Catherine où il est placé en confinement. Dès lors, débute une course contre la montre pour retrouver toutes le