Le Crépuscule de la veuve blanche. Cyril Carrère

Le Crépuscule de la veuve blanche. Cyril Carrère


💪Voilà encore un excellent auteur de romans policiers que je ne connaissais pas avant de commencer le challenge de lecture Un hiver polar. Cyril Carrère vit au Japon depuis 2017 et c’est donc tout naturellement qu’il a choisi ce pays comme cadre de son intrigue. Celle-ci nous fait voyager du nord au sud, depuis Tokyo jusqu’à Kimamoto, sur l'île de Kyūshūen, en passant par Osaka, Kobe, Hiroshima mais aussi des villages reculés de la côte nippone. L’atmosphère de chaque lieu est parfaitement rendue. Par ailleurs, l’auteur aborde un sujet passionnant qui est celui désormais connu des évaporés (terme issu du mot japonais jōhatsu signifiant évaporation). En revanche, j’ignorais l’existence des yonigeya (littéralement "organisateurs d’évasions nocturnes"), ces agences interlopes qui aident les gens à fuir loin de leurs proches. Les motivations des candidats à l’anonymat sont de toutes sortes : dettes, échecs professionnels, déceptions amoureuses, violences domestiques, etc. 

L’histoire débute avec l’exhumation d’un cold case par un youtubeur français expatrié au Japon. Zacharie Fortier, alias Genji, propose à ses followers un dossier consacré à la veuve blanche, une tueuse en série qui a fait parler d’elle au début des années 2000. Sa mort, dans l’incendie de son appartement, a mis fin à son parcours sanglant. Des commentaires postés sous la vidéo de Genji s’avèrent extrêmement troublants. Ils signalent plusieurs meurtres plus récents dont le modus operandi rappelle celui de la veuve Blanche. Ils sont assez convaincants pour attirer l’attention de Junichi Kudo, directeur d’une agence de détectives privés appelée "Total Life Support". Ses meurtres sont une résonance douloureuse de son passé. Lorsqu’il disparait volontairement, ses associés, craignant le pire, font appellent à la "cellule Sakura" de police métropolitaine de Tokyo. Hayato Ishida et Noémie Legrand forment une équipe atypique mais très performante. C’est leur seconde enquête après La Colère d’Izanagi, paru en 2024 et coup de coeur du Festival des Littératures Policières de Libourne.

Le roman s’appuie sur une double temporalité incluant une cavale de plus d’une décennie. Cette particularité apporte du rythme à la narration sans négliger la psychologie des personnages et l’atmosphère des lieux. Le lecteur est littéralement transporté dans les izakayas bruyants, les love hôtels miteux, le quartier de Nishinari à Osaka, le port de Kobe ou les paysages grandioses de la côte. Le récit est émaillé de mots japonais ce qui participe grandement au dépaysement voulu par l’auteur. Il y a de fortes chances pour que je continue la série. 

📚D’autres avis que le mien via Babelio et Bibliosurf.

📌Le Crépuscule de la veuve blanche. Cyril Carrère. Denoël, 400 pages (2025) 

Aujourd'hui je valide la case "Yakuza" du bingo meurtrier

Kalmann. Joachim B. Schmidt

Kalmann. Joachim B. Schmidt


💪Voici la troisième et dernière lecture commune organisée dans le cadre du challenge Un hiver polar. Bien que l’auteur soit d’origine helvétique, ce roman nous conduit tout là-haut, près du cercle polaire arctique, dans un petit port islandais appelé Raufarhöfn (ce village existe vraiment). Kalmann est le prénom du héros, un personnage emblématique de la bourgade.  Certains de ses concitoyens prétendent que le jeune homme n’a que de la soupe de poisson dans le cerveau. Bien qu’il en soit chagriné, Kalmann est conscient d’être différent. Il est néanmoins très apprécié des villageois et personne ne voit à redire au fait qu’il déambule dans les rues affublé d’un chapeau de cowboy et d’une étoile de shérif. Le Mauser qu’il arbore à la ceinture n’est soi-disant pas chargé. 

Kalmann en VO Joachim B. Schmidt
Kalmann n’est pas seulement le seul pêcheur de requin encore en activité, il est persuadé d’être aussi un très bon chasseur. C’est son grand-père maternel, aujourd’hui en maison de retraite, qui lui a tout appris. Sa mère est sa tutrice mais elle n’habite pas sur-place. Kalmann se débrouille donc tout seul la plupart du temps. C’est en traquant un renard bleu que notre héros découvre une mare de sang dans la neige, à l’extérieur du village, en haut de l'Artic Henge. Comme Róbert McKenzie, l’homme le plus riche de la bourgade a disparu, on arrive à la conclusion qu’il est mort à cet endroit. Mais où est passé sa dépouille ? Birna, la policière,  tente d’en savoir plus mais Kalmann n’est pas un témoin comme un autre. 

Joachim B. Schmidt connait très bien l’Islande puisqu’il y habite depuis 2007. Bien que le ton de la narration soit résolument tourné vers l’humour, cela n’empêche pas l’auteur d’aborder des sujets qui fâchent comme les quotas de pêche, la désertification du monde rural et l'immigration. 

J’ai passé un agréable moment en compagnie de Kalmann, un héros que la naïveté rend particulièrement attachant malgré quelques crises de colère intempestives . Son créateur lui-même semble s’en être assez entiché pour l’impliquer dans une seconde aventure intitulée Kalmann et la montagne endormie

📚Lu également par Dasola et Anne-yes

📌Kalmann. Joachim B. Schmidt, traduit par Barbara Fontaine. Folio, 368 pages (2025)

Aujourd'hui je coche la case "trafic de drogue"

Chiens fous. Max Monnehay

Chiens fous. Max Monnehay


Excellente surprise que ce roman dont je n’attendais rien de particulier puisque je ne connaissais pas l’autrice. J’en ressort absolument bluffée par sa maîtrise dans la construction de l’intrigue et de la narration.

A l’origine de ce roman, il y a le constat d’une maltraitance animale. Celle des Galgos, une race de lévriers espagnols, et de leurs cousins les Podencos. Ces chiens sont utilisés comme arme par les chasseurs espagnols, en particuliers en Andalousie, Castille-La Manche et Estrémadure. L’autrice n’en a pas fait le cœur de son roman mais elle en parle suffisamment pour que le lecteur prenne conscience du calvaire vécu par ses animaux.  Mais avant de nous conduire sur la péninsule ibérique, l’intrigue débute dans les couloirs du palais de justice de  Bordeaux. Alano Garcia, véritable requin du barreau, hérite de l’affaire dont il rêve depuis toujours. L’avocat avait promis à sa femme enceinte de lever le pied mais les répercussions médiatiques du procès s’annoncent trop juteuses pour céder la place. Son client, un jeune homme d’apparence ordinaire, est accusé de viols en série avec actes de barbarie. Il serait le fameux Chien fou qui terrorise la ville. Plusieurs indices semblent confirmer cette thèse d’autant que le témoignage de l’une des victimes est particulièrement accablant. L’avocat pénaliste est pourtant convaincu de l’innocence de son client. Avec l’aide de son enquêtrice, il va s’échiner à démonter les preuves une à une. Par ailleurs, le lourd vécu de l’accusé devrait amadouer le jury et Garcia compte bien en user dans sa plaidoirie. 

La narration s’appuie sur une triple temporalité : la préparation du procès, le procès lui-même et, 4 ans après, l’expatriation d’Alano Garcia en Espagne. Ces allers-retours dans le temps viennent éclairer le déroulement des évènements. Associés aux chapitres courts et aux twists narratifs, ils donnent un rythme haletant au roman. J’ai été si bien embarquée dans cette histoire que je n’ai pas pu lâcher le livre avant la fin. Je l’ai lu d’une traite en quelques heures. L’autrice y dénonce les dysfonctionnements d’un système judicaire où la recherche de la vérité est sans cesse confrontée à la manipulation des preuves et la capacité des protagonistes à convaincre leur auditoire. 

💪Je ne sais pas si j’en garderais longtemps le souvenir mais Chiens fous est parmi les meilleurs romans policiers que j’ai eu l’occasion de lire au cours du challenge de lecture Un hiver polar

📚Voir d'autres avis que le mien via Babelio et Bibliosurf

📌Chiens fous. Max Monnehay. HaperCollins, 336 pages (2025)

Mon challenge Un hiver polar
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