La proie. Yrsa Sigurðardóttir

La proie. Yrsa Sigurðardóttir


Dans ce nouveau roman de Yrsa Sigurðardóttir, il n’y a pas UNE mais DES proies. Les premières sont un groupes de randonneurs, partis chercher l’aventure en plein hiver dans la réserve naturelle de Lónsöræfi à l’Est de l’Islande. Nos deux couples de citadins sont guidés par Haukur, un scientifique chargé de recueillir les données d’une station de mesure à la lisière du glacier de Vatnajökull. Le blizzard va rapidement compromettre l’expédition et surtout la survie des participants. Une semaine plus tard, Jóhanna et þorir, les sauveteurs bénévoles de Höfn, partent à la recherche des randonneurs égarés. Très rapidement, Jóhanna succombe à l’atmosphère singulière du lieu. Elle est nouvelle venue dans la région. La maison qu’elle occupe avec son mari policier était une opportunité. Les héritiers, Kolbeinn et Hjövar, avaient hâte de s’en débarrasser et l’ont vendue pour une bouchée de pain.  Est-ce l’un d’entre eux qui s’introduit nuitamment dans la maison et repart en laissant la porte d’entrée ouverte à tous vents ? Hjövar travaille désormais pour l’OTAN, à la station radar isolée de Stokksnes. Lors de ses missions solitaires, seul le chat qu’il a recueilli lui tient compagnie. Mais son ami à quatre pattes commence à se comporter bizarrement. Par ailleurs, l’interphone émet des bruits étranges rappelant les murmures d’une femme ou d’un enfant. Chacun des personnages du roman semble hanté par cette voix glaçante. Quel est le lien entre tous ? Comment l’autrice va-t-elle rassembler tous les fils des évènements pour créer une intrigue cohérente ? C’est la question que je me suis posée pendant toute ma lecture. 

Le contexte du roman rappelle un peu Sarek de Ulf Kvensler mais la comparaison s’arrête là. La proie est un thriller à la limite du surnaturel. Le décor frigorifiant participe largement à créer une atmosphère horrifique, propice aux fantômes ou aux visions. Il parait que l’hypothermie peut provoquer des hallucinations. Yrsa Sigurðardóttir est scénariste et cela se sent dans ce roman très visuel. J’ai été bluffée par sa capacité à connecter entre eux tous les éléments de cette intrigue complexe mais sa volonté de plonger le lecteur dans une ambiance pesante ralentit le rythme de la narration. Cela pourrait agacer certains lecteurs. La proie reste un excellent thriller qui donne envie de découvrir davantage l’œuvre de son autrice. Je sais qu’elle a écrit plusieurs séries dont celle mettant en scène les personnages de Freyja et Huldar et qui compte déjà 6 tomes (ADN, Succion, Absolution, Le trou, La poupée et Le Silence). 

📚D’autres avis que le mien via Bibliosurf et Babelio

📌La proie. Yrsa Sigurðardóttir, traduite par Catherine et Veronique Mercy. Actes Sud, 320 pages (2026)

Les cités-jardins, une utopie habitée

Les cités-jardins, une utopie habitée


A la fin du 19ème siècle en Grande-Bretagne, est née une utopie urbanistique, sociale et hygiéniste qui s’est rapidement concrétisée et qui a même traversé la Manche. Le concept de Garden-City imaginé par Ebenezer Howard (1850-1928) donne naissance à plusieurs villes nouvelles comme Letchworth (1903), Hampstead (1907) ou Welwyn (1920). Il s’agit alors d’assurer de bonnes conditions de vie aux ouvriers attirés en ville par le développement industriel. Les loyers, qui ne relevaient que du marché, étaient trop élevés et les agglomérations qui poussaient comme des champignons accumulaient tous les maux de la société. Howard préconise donc une forme d’organisation collective, dans des lieux moins pollués, ouverts sur la nature, c’est à dire en bordure des villes. 

Les cités-jardins, une utopie habitée P8-9

Les idées de l’urbaniste londonien intéressent beaucoup Henri Sellier (1883-1943), Président de l'Office public d'habitations à bon marché de la Seine, et Berthe Leymarie (1898-1982),  directrice-adjointe, qui deviendront les pionniers des cités-jardins à la française. Grâce à eux, l’expérience originale d’Howard s’enrichit de 6 grands principes : hiérarchisation de la voirie, organisation des espaces intérieurs, confort accru des habitations, qualité des espaces privatifs, diversité des services… réservés exclusivement à une population modeste. Si les projets de cités-jardins sont essentiellement soutenus par les communes et les départements, des complexes urbains sont également financés par des bailleurs privés, des coopératives ouvrières ou des sociétés de chemins de fer. 

Les cités-jardins, une utopie habitée. P30-31

Après une courte introduction historique en bande dessinée, les cités-jardins qui ont adhéré au projet du livre font l’objet d’une présentation. Le modèle est toujours le même. La première page présente les caractéristiques du complexe (période de construction, architectes, commanditaires, superficie totale, nombre de logements individuels et collectifs) et l’histoire de son évolution jusqu’à aujourd’hui (destruction, rénovation, inscription au plan local d’urbanisme ou au titre des monuments historiques, etc). Les artistes sollicités bénéficient ensuite d’une carte blanche. Ils ont visité les sites qu’ils illustrent et ont rencontré les habitants. Ceux-ci ont été incités à témoigner. Les planches sont évidemment d’une grande diversité. Contrairement à ce que je pensais avant de l’ouvrir, et en feuilletant les premières pages, il s’agit davantage d’un livre illustré que d’une bande dessinée. 

Les cités-jardins, une utopie habitée. P110-111

L’histoire de ces différents lieux est ancrée dans la mémoire collective populaire. On ne peut pas toutes les citer mais je pense à la cité-jardin de la Poudrerie à Livry-Gargan, par exemple. Ce complexe a été construit à la demande du Ministère de la Guerre pour loger les ouvriers et les employés de la Poudrerie nationale de Sevran. D’autres cités sont emblématiques de la culture cheminote comme les cités de Mitry-Mory, liée à la présence de la gare de chemin de fer de Mitry-Claye et l’installation d’un dépôt à proximité. La Compagnie des chemins de fer du Nord recourt d’abord à des maisons de bois pour loger ses ouvriers. La cité en dur est construite à partir de 1930-1931. 

Les cités-jardins, une utopie habitée. P66-67

Cette ouvrage a été publié à l’occasion des 10 ans de l’Association régionale des cités-jardins d’Île-de-France s’est accompagné d’une exposition éponyme au Musée d'Histoire Urbaine et Sociale (MUS) de Suresnes du 9 juillet au 20 septembre 2026. On y apprend beaucoup sur la vision urbaine des architectes mais aussi sur la vie de quartier. Les illustrations, réalisées par 16 artistes, rendent hommage à la diversité des sites présentés dans le livre. Il y en a 12, tous situés en région Ile-de-France, dont les cités-jardins de Stains, Suresnes ou Champigny sur Marne. Certaines portent des noms très parlant comme la cité-jardin du Moulin de Senlis à Montgeron, la cité-jardin des dents de scie à Trappes ou la cité-jardin des Briques Rouges au Pré Saint-Gervais. 

💪J’ai lu ce livre dans le cadre du challenge Sous les pavés, les pages, organisé par Athalie et Ingannmic. 

📌Les cités-jardins, une utopie habitée. Elytis, 128 pages (2026)

Challenge de lecture Sous les pavés, les pages


Les mystères de la rue Ginnami. Magi Inoue

Les mystères de la rue Ginnami. Magi Inoue


La rue Ginnami est l’âme d’un quartier fictif de Yokohama qui tombe en désuétude. La galerie marchande, qui en est le cœur, n’attire plus beaucoup de clients. Seul le restaurant de la famille Uchiyama semble rencontrer un certain succès. Les propriétaires du lieu ont trois filles dont les prénoms (Sasami, Tsukune et Momo) s’inspirent de la gastronomie japonaise. Tsukune, la cadette, ne goûte guère les plaisanteries de ses camarades de classe sur la signification de son prénom (brochette de poulet). Pour cette raison, elle n’a pas révélé à ses amies que ses parents tiennent un Yakitoriya. Ainsi, lorsqu’un premier incident mortel est rapporté en face de l’épicerie voisine Hakamada, elle décide de mener son enquête sans les deux collégiennes. Elle préfère s’adresser à sa jeune sœur, Momo, dont l’esprit de déduction est parfaitement aiguisé. La benjamine de la sororie, malgré son jeune âge, est en effet impressionnante de clairvoyance. Sasami, l’aînée, est au contraire un peu naïve, inconstante et surtout très étourdie. Parmi les témoins, il y a Ryota Kogure. Il rendrait de l’école au moment de l’accident de voiture qui a détruit la vitrine du magasin et surtout coûté la vie au conducteur. Le petit garçon est tellement perturbé que ses frères (Genta, Gakuta et Fukuta) décident de mener leurs propres investigations. Cette première affaire sera suivie de deux autres énigmes troublantes qui minent l’ambiance du quartier. 

J’ai été attirée par la couverture de ce roman et la promesse de sombres mystères dans un quartier traditionnel nippon. Les enquêtes sont des affaires familiales et sont menées par deux groupes parallèles. D’un côté, en lisant le livre de gauche à droite, le lecteur peut suivre les investigations des trois sœurs Uchiyama. De l’autre côté, en allant à la fin de l’ouvrage, de manière à le lire de droite à gauche à la japonaise (comme un manga), on découvre une autre version des enquêtes selon la vision des quatre frères Kogure. Ce procédé n’est pas aussi original qu’il n’y parait. Le principe du "crossover" est assez courant dans les bandes dessinées, même si la démarche ici va plus loin. Quelqu’un m’a soufflé l’exemple de Pierre Seron et Gos, publiant respectivement (dès 1985) Les Petits Hommes et Le Scrameustache autour d’un scénario qui est dessiné par chacun en présentant deux points de vue différents. Je sors de cette longue parenthèse pour revenir à notre histoire. Les mystères de la rue Ginnami ont été publiés dans deux ouvrages différents au Japon. C’est donc l’éditeur français qui a eu l’idée de relier les chroniques de cette façon, dans un livre qui se lit par les deux bouts. Pour résumer, Les mystères de la rue Ginnami réunissent trois affaires criminelles, rapportées selon la vision de l’un ou l’autre groupe d’investigateurs. Il y a donc six histoires brèves ou novellas dans le présent ouvrage. La série japonaise compte un 3ème volume, paru en 2025 chez Shogakukan. Il semblerait qu’il propose 5 nouvelles énigmes (Blanche-Neige et les cinq tableaux en version originale) impliquant nos 7 détectives amateurs. 

Pour ma part, je ne pense pas lire la suite de cette série de Cosy Mysteries. La construction de scénarios parallèles nécessitait des énigmes complexes dont une partie pouvait être révélée indépendamment dans chaque volet. J’ai trouvé la narration très délayée en une série de déductions qui n’implique pas de véritable enquête. La seconde affaire est basée sur l’utilisation des alphabets japonais : il y a deux syllabaires (les Hiragana et les Katakana) et les Kanjis. Cela semblait prometteur mais, en dépit des notes de bas de pages des traducteurs, j’ai eu beaucoup de mal à me concentrer sur les explications embrouillées des personnages. J’ai fini par me désintéresser progressivement de cette histoire et je n’ai pas réussi à m’impliquer davantage dans la lecture de la troisième nouvelle. Il faut dire que les personnages ne sont pas toujours crédibles. Il y a, pour ne citer qu’un exemple, une fillette de primaire plus mature que sa sœur adulte et dont le langage n’est pas adapté à son âge. La volonté de rendre les énigmes complexes s’est faîte au détriment de la vraisemblance et il y a des maladresses dans la narration. Je suis généralement bon public en matière de roman policier mais je dois reconnaître que je ne suis pas complètement séduite par cette série. C’est vraiment dommage car elle avait de nombreux atouts. Le concept, même s’il n’est pas nouveau, reste original. Le récit autour de la vie de quartier pouvait être développé plus tôt. Les difficultés des habitants sont vraiment abordées dans la troisième nouvelle. Il est question de problèmes économiques liées à la dénatalité mais aussi de migrants sans papiers exploités par des commerçants peu scrupuleux ou des organisations mafieuses. 

📚 Véronique et Manuel ont été plus convaincus que moi mais pas Sélectrice.

💪Grâce à ce roman, je participe au challenge Sous les pavés les pages, organisé par Athalie et Ingannmic.

📌Les mystères de la rue Ginnami. Magi Inoue, traduit par Mai Beck et Dominique Sylvain. J’ai lu,  512 pages (2026)

Je participe au Challenge "Sous les pavés, les pages"