Je suis intriguée par l’invasion du roman Feel-good japonais désormais omniprésents dans les rayons des librairies et des bibliothèques. Le genre suscite des réactions très partagées sur les blogs. Certains lecteurs les qualifient de "gnangnans" tandis que d’autres les trouvent réconfortants. Pour ma part, je pense qu’il n’y a pas de bons ou de mauvais genres. Tout dépend de ce que l’on recherche : culture, évasion, distraction, réconfort… A l'instar de Mme de Staël, je crois que «le bon goût en littérature est, à quelques égards, comme l'ordre sous le despotisme, il importe d'examiner à quel prix on l'achète.»
Comme je suis très curieuse, j’ai voulu comprendre ce qui attire tant de lecteurs dans ce type de fictions. Je ne suis pas totalement novice puisque j’ai déjà lu Tant que le café est encore chaud de Tashikazu Kawaguchi et Les mémoires d’un chat de Hiro Arikawa. Mais ces expériences de lectures sont déjà anciennes. J’ai donc profité d’une occasion particulière pour récidiver : la prévision d’un long moment à passer dans une salle d’attente médicale. Dans ces circonstances, un roman Iyashikei (littéralement "guérison" en japonais), qui ne nécessite pas une forte concentration, apparait comme l’arme idéale contre l’ennui… enfin apriori…
Un été aux bulles de soda est le second volet de la Librairie du vendredi, après Un printemps au goût de mochi. La série compte autant de volumes que de saisons mais les deux derniers tomes n’ont pas encore été traduits en Français. Les romans mettent en scène un groupe de jeunes libraires installés dans la gare de Nohara, dans la banlieue de Tokyo. Apparemment les Ekinaka (centres commerciaux de gares) sont courants au Japon. La boutique est divisée en trois parties puisqu’il y a un salon de thé en annexe et une réserve aménagée dans une ancienne station de métro en sous-sol .
On retrouve dans l’œuvre de Sawako Natori, tous les ressorts du Iyashikei, c’est-à-dire des tranches de vies impliquant des personnages paisibles qui évoluent dans un univers apaisant. La recette comprend aussi quelques ingrédients incontournables dont certains lieux emblématiques comme la Boulangerie Tibou et bien sûr la Librairie du vendredi. Et, comme nous sommes au Japon, la nourriture est omniprésente. Exit donc les personnages hauts en couleurs, les excentriques, les Drama Queens, les intrigues rocambolesques et pleines de pep’s ? Place à un monde ouaté, peuplé de personnages lisses, beaux, polis, bienveillants, etc ? Vous vous dites peut-être qu'autant d’harmonie frôlerait la science-fiction. En réalité, il y a bien quelques "moutons noirs" parmi les personnages secondaires. Ouf ! Je ne sais pas pour vous, mais la lecture est aussi un moyen de vivre dangereusement... par procuration. D'un autre côté, j'apprécie également les romans contemplatifs et/ou introspectifs. Bref, selon moi, il n'y a que des livres bien ou mal écrits.
Pour revenir à Un été aux bulles de soda, je dois dire que je me suis un peu ennuyée malgré les nombreuses références littéraires. Sawako Natori cite des auteurs japonais non traduits (Riku Onda ou Tomihiko Morimi) mais aussi plusieurs écrivains Français (Françoise Sagan et Alexandra Dumas par exemple). Ceci n’est pas si surprenant puisque la romancière a étudié la littérature française à l’Université de Tokyo. Ses personnages principaux débattent longuement autour des œuvres qu'ils ont sélectionnées et ce sont les passages les plus intéressants du roman. J’ai eu du mal à différencier les quatre évanescents libraires mais j'ai retenu les noms de Fumiya, le narrateur, et de Makino, la directrice de la librairie. L'étudiante qui veut créer un club de lecture, bien qu'elle soit loin d'être une grande lectrice, ne m'a pas semblée très crédible. Elle m'a agacée alors qu'on est censé éprouver de la compassion à son égard. Paradoxalement, le personnage dont l’empreinte est la plus forte est peut-être Jin ou plutôt son fantôme. C'était un ami des principaux protagonistes qui a disparu dans des circonstances un peu floues au départ mais dont la clé nous est dévoilée dans la 3ème partie. Elle a bien failli m'échapper car j’ai peiné à terminer le livre.
📌Un été aux bulles de soda. Sawako Natori, traduite par Jean-Baptiste Flamin et Mathilde Bitsch. Le Bruit du Monde, 301 pages (2026)






