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Cartes marines. Marine Le Breton

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💪Dans le cadre du Book Trip en mer organisé par Fanja, je veux vous présenter un livre original qui fera rêver les esprits aventureux et comme les âmes délicates, sensibles à l’esthétisme et la littérature. Ce recueil, dédié à George Perec, est sous-titré « Poésie du littoral français en 130 cartes ». Il réconcilie donc les sciences et les arts, en brossant le portrait des côtes françaises.  Bien qu’extrêmement rigoureuses, les cartes n’ont pas été réalisées sur ordinateur mais exclusivement à la main, selon des techniques très personnelles. Marine Le Breton n’utilise que l’encre et les feutres à pointes fines. Elle a instauré ses propres codes graphiques, utilisant traits, hachures, courbes et bâtons. Les rochers sont représentés par des quadrillages, par exemple, tandis que la ligne de côte se fait tantôt bouillonnante d’écume lorsqu’elle est sauvage, tantôt fine et aérée lorsqu’elle se veut accueillante. L’artiste cartographe réalise ainsi une sorte de broderie graphique qui rend

Sève. Olivier Gallien

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J’ai choisi ce roman pour trois raisons : 1) L’intrigue se passe en Corse, 2) c’est un thriller, 3) le livre compte moins de 200 pages.  Septembre 1993. Ghjulia Mondoloni, éditrice à Paris, atterrit sur l’île de beauté. Son frère est mort et elle a hérité de la demeure familiale. C’est son cousin, Jean, qui vient la chercher à l’aéroport. Ecrivain n’ayant jamais rien publié, il vit dans la maison des Mondolini qui est aussi celle de son enfance. Ici, Ghjulia n’a pas que de bons souvenirs. Ses parents ont divorcé quand elle avait une dizaine d’années. Elle est repartie vivre sur le continent avec sa mère tandis qu’Antoine, son frère, restait en Corse avec son père. Elle est donc devenue une Pinzuti, une étrangère sur sa propre terre. Jean, qui était orphelin, vivait avec Antoine et son père comme un membre à part entière de la cellule familiale. Ghjulia a longtemps était jalouse de lui mais il est impossible de détester ce cousin si prévenant. En revanche, le sentiment d’abandon ne l’a

Meet Me at the Museum. Anne Youngson

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   « Un jour j'irai à Aarhus / Pour voir sa tête brune comme tourbe / Les douces cosses de ses paupières / Sa casquette de peau en pointe ».  Ainsi débute le poème du poète irlandais Seamus Heaney, dédié à l’Homme de Tollund. Il a inspiré à Anne Youngson un court roman épistolaire dont l’intrigue se situe entre le Royaume-Uni et le Danemark.  Tina Hopgood vit dans une ferme à Bury St Edmunds dans le Norfolk avec son mari, ses enfants adultes et leur progéniture. Tout le monde travaille sur l’exploitation familiale.  Arrivée au mitan de sa vie, alors que son amie d’enfance vient de mourir, Tina décide que c’est peut-être le moment pour elle de réaliser le vieux rêve qu’elle partageait avec Bella : se rendre au musée de Silkeborg dans le Jutland où est exposée la dépouille de l’Homme de Tollund. Lorsque les deux copines étaient adolescentes, le professeur Glob, auteur de The Bog People (Le peuple des tourbières), leur avait dédié son livre. Durant le haut Moyen-Age, l'Est-Angl

Dette d’oxygène. Toine Heijmans

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 La "dette d’oxygène" est un phénomène physiologique qui se produit durant l’effort d’un athlète. On imagine bien le déficit d’oxygène que doit représenter l’ascension d’une montagne dont le sommet culmine à plus de 8000 mètres d’altitude. Il y a de quoi être un peu essoufflé !  Le narrateur, Walter Welzenbach, est un quinquagénaire qui s’est confronté plusieurs fois à l’Himalaya et s’en est toujours sorti indemne physiquement. Ce récit est celui de sa dernière aventure, une manière de dire adieu à la montagne, pour faire le deuil de sa vie d’alpiniste, de sa jeunesse et de son amitié avec Lennaert Tichy. Lenny n’est pas un simple compagnon de cordée. Il est à l’origine de la passion de Walter pour l’alpinisme. C’est lui qui l’a initié à ce sport lorsqu’ils étaient étudiants à La Hague, s’entraînant à escalader des ponts à défaut de montagnes. Les Pays Bas étant ce qu’ils sont, nos deux Néerlandais sont partis s’installer dans l’une des villes berceaux de l’alpinisme, à Chamo

L’espion du Débarquement. Patrick Query

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 Dans le contexte des commémorations du 6 juin 44, le titre de ce livre parait bien accrocheur. La couverture, en revanche, est chouette et j’ai voulu savoir quelle plume se cachait derrière le pseudonyme de Patrick Query. Ma curiosité a été récompensée car j’ai découvert un roman d’espionnage de bonne facture. Nous sommes en mai 1944, soit quelques jours avant le lancement de l’opération Overlord . Le héros de l’intrigue est le lieutenant Alan Lester. C’est un jeune aristocrate anglais, fils d’un diplomate dont le bras est assez long pour le sortir d’une impasse. Après une désastreuse opération d’espionnage au sein de la résistance française, Alan en revenu estropié et légèrement désabusé. Il doit désormais rester cantonné au service cartographique dans les bureaux londoniens du renseignement militaire. Lors d’une visite privée dans sa famille, le jeune lieutenant découvre que des informations ultra secrètes sont divulguées via la grille de mots croisés du Daily Telegraph. Seuls les a

Lulu. Léna Paul-Le-Garrec

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« Je me demande souvent d’où provient le déterminisme des prénoms. Comment tant de gens peuvent avoir le même caractère. À la naissance, reçoit-on une petite liste d’attentes sociales avec lesquelles il faudra être en cohérence ? Que se passe-t-il si on refuse de tendre vers le stéréotype de référence ? Nous ne sommes pas neutres. Nous sommes le choix de nos parents, nous sommes les héritiers, d’une originalité, d’une désuétude, d’un classicisme. C’est de ce fatalisme qu’il faudra se construire une singularité.» Collecter, observer et classer sont les premiers pas de la démarche scientifique. Lucien, créateur d’un poisson d’un nouveau genre qu’il nomme "piscis detritivore", le sait bien. Ce biologiste génial et atypique, s’est ouvert au monde au sillonnant les plages de son enfance.  Petit garçon muet et jugé fragile par une mère trop protectrice, Lulu croit comprendre qu’il vaut mieux faire profil bas pour être heureux. Il n’a pas d’amis mais qu’importe puisqu’il s’est créé

The Mars House. Natasha Pulley

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Avant de devenir réfugié climatique sur la planète Mars, January Stirling était danseur principal au Royal Ballet de Londres. Suite à une inondation majeure de la cité, il a accepté de migrer vers Tharsis, colonie terraformée de la Chine sur la planète rouge.  La vie sur ce territoire est très dépendante de la gravité qui est un tiers inférieure à celle de la terre. Celle-ci a façonnée une société de classes inégalitaire basée sur la force physique de ses habitants. En effet, après plusieurs générations, le corps des citoyens (les Naturels) s’est adapté. Ils sont plus grands (plus de 2 mètres à l’âge adulte) que les nouveaux arrivants mais leurs os sont aussi plus fragiles. Les Earthstrongers (Terreforts) sont donc tenus de porter des armures métalliques pour s’affaiblir et éviter de blesser accidentellement (ou volontairement) les personnes naturelles. Par mesure de sécurité, les Earthstrongers sont également séparés du reste de la population et confinés dans des logements dédiés. Pro

Les Jeux Olympiques de littérature. Louis Chevaillier

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 « Quoi ? Des concours d’art aux Jeux olympiques ? Le néophyte a de quoi être surpris. Et pourtant, ce fut essentiel pour le baron Pierre de Coubertin d’associer écrivains et artistes aux Jeux olympiques et de les convertir à sa nouvelle religion du sport. Il s’inspirait en cela de l’Antiquité, quand les joutes musicales et littéraires faisaient partie des trêves sacrées : il reste nombre de textes composés en l’honneur des athlètes et des dieux. » Cent ans après les précédents Jeux olympiques de Paris, et moins de 60 jours avant le début des compétitions, je ne peux pas nier qu’il s’agit ici d’une lecture opportuniste. Quand même, j’ignorais que les premiers J.O modernes comptaient des épreuves artistiques comme la musique, la peinture, l’architecture, la sculpture et la littérature. Ce "pentathlon des muses" devait rendre hommage au sport et à ses représentants. Apparemment Pierre de Coubertin y tenait beaucoup et ces disciplines ont été maintenues jusqu’en 1948 en dépit de

A la lisière du monde. Ronald Lavallée

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A la veille de la première guerre mondiale, Matthew Callwood, fils d’un magistrat canadien, s’engage dans la police pour servir la couronne britannique mais surtout pour fuir une déception amoureuse. Il part pour une mission de deux ans dans le Grand Nord. Or, si son éducation bourgeoise lui a donné des principes moraux stricts et l’assurance d’être né pour commander, rien dans sa vie douillette de privilégié ne l’a préparé à la rusticité du lieu, la rudesse des hommes et la rigueur du climat.  Callwood comprend très vite que son prédécesseur, un certain Suchenko, s’est contenté de végéter dans l’oisiveté en attendant la fin de son service. Le bonhomme est cynique. Il n’aime ni les Britanniques, ni les Français Canadiens, ni les peuples autochtones… et a renoncé à poursuivre les trafiquants d’alcool. A l’instar d’Harvey, son second, Suchenko a passé la majeure partie de son temps chez Fran, une prostituée au grand cœur. La capitaine Callwood n’a bien sûr pas du tout la même vision de s

Une odyssée du Grand Nord. Jack London

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La collection folio à 2/3 euros permet d’accéder, par la lorgnette, à des auteurs classiques et contemporains. Il s’agit de roman courts, de nouvelles et/ou de textes méconnus. L’opus que j’ai choisi aujourd’hui propose justement deux nouvelles de Jack London extraites du tome 1 de Romans, récits et nouvelles dans la Bibliothèque de la Pléiade . En version originale, elles sont parues dans des magazines avant d’être réunies en avril 1900 dans un recueil intitulé The Son of the Wolf ( Le fils du loup ).  La premier texte, The White Silence ( Le Silence blanc ) a été publié en février 1899 dans le mensuel Overland Monthly . Il met en scène un trio de personnages, Malemute Kid, Mason et son épouse indienne Ruth, confrontés à la dure réalité de la nature sauvage. Voyageant en traîneau, sur les pistes du Grand Nord Canadien, ils espèrent rejoindre une zone habitée avant le printemps. Malheureusement pour eux un arbre s’écroule et blesse mortellement Mason. Ses compagnons devront l’aband