Le songe du joueur de luth (le narrateur), nous fait voyager dans l’espace et le temps puisqu’il nous conduit dans la Chine ancienne. Les évènements qui nous sont rapportés ne sont pas sans rappeler les aventures du Juge Ti.
Le héros de cette histoire est le
juge Wang Tingjian. Le magistrat originaire de Huazhou est envoyé en mission à
l’autre extrémité de l’empire par la cour métropolitaine de justice. Après un
voyage de plusieurs jours en palanquin, le juge Wang débarque au Yamen (siège
administratif) de Langzhou, pour prêter
main forte à son homologue le juge Fei Po. Il s’agit d’enquêter sur la mort de
Zheng Luoming, fils d’un censeur impérial à la retraite.
« Après avoir passé avec succès les Examens Littéraires, Zheng Luoming avait décidé de voyager à travers l’empire pour connaître le monde et l’art. Il était, disait-on, doué pour la peinture et la poésie. Parti de Chang’an, son premier voyage l’amena vers l’ouest jusqu’à Langzhou. Plaines et montagnes s’y rencontrent, et la région offrait à l’amateur d’art des points de vue plus pittoresques les uns que les autres. La population était à moitié barbare, et certains jeunes gens trouvaient à ces villes frontalières un certain charme ; sans doute, pensa le juge, représentaient elles à leurs yeux le début d’un ailleurs, la porte de l’Occident, que peu de citoyens de l’empire avaient franchie. »
Le jeune homme se serait donné la
mort au cours d’une réunion au sein du cercle littéraire qu’il
fréquentait. Celle-ci avait eu lieu dans
un ancien monastère, propriété d’un citoyen fortuné, ex magistrat du district,
appelé Hong Guo. Le corps avait été découvert par ses hôtes, dans une pièce
hermétiquement fermée de l’intérieur. La thèse du suicide avait été néanmoins
rejetée par le père de Zheng Luoming, visité nuitamment par le fantôme de son
fils réclamant vengeance. Par ailleurs, un certain nombre d’éléments, dont la présence
de Hong Guo soupçonné de corruption (il aurait tiré un profit financier de la
paix avec les Turcs), ont plaidé en faveur de l’ouverture d’une nouvelle
enquête. Or, dès l’arrivée du juge Wang, de nouveaux suicides sont à déplorer :
celui d’un mendiant et celui d’un conseiller impérial à la retraite. Cela
commence à faire beaucoup pour une tranquille ville de province !
Le résumé en 4ème de couverture
précise que l’intrigue se situe 7ème siècle de notre ère alors que
la dynastie Tang dirige l’Empire. Sauf si j’ai raté quelque chose, cela n’est
pas très explicite dans le roman. Néanmoins, il y a quelques indices. On
apprend que la capitale du moment est Chang’an (l'actuelle Xi'an) et que les
conflits avec les Turcs sont apaisés. Or, on sait qu’en 630 l'empereur Taizong a
écrasé les Turcs orientaux, un puissant empire des steppes, et apporté la paix
à la frontière nord. Son règne (626-649) marque le début de l'âge d'or des
Tang, dont l’apogée, appelée ère Kaiyuan, a été marqué par la prospérité et
l'essor culturel. Justement, dans ce roman défilent de nombreux personnages emblématiques (lettrés, représentants du pouvoir impérial, marchands Sogdiens,
courtisanes ...).
Le dépaysement est garanti d’autant
que l’auteur prend soin du moindre détail. Par exemple, la journée est découpée
en douze heures doubles : Zi, l’heure du rat (de 23h à 1h), Chou, l’heure
du bœuf (de 1h à 3h), etc. Au début du roman, il y a également une carte de l’empire,
un plan de Langzhou, une liste des principaux personnages et un calendrier des
fêtes (Fête des lanternes, Festival des Bateaux dragons…).
Le cadre historique est donc parfaitement rendu. Le
caractère un peu désuet de l’intrigue ajoute un charme supplémentaire à ce polar
émaillé de citations poétiques. Il s’agit d’un premier roman bien maîtrisé qui
rend un bel hommage à l’œuvre de Robert van Gulik. On y trouve d’ailleurs de
nombreux éléments communs comme la présence du contrôleur des décès, le respect de la hiérarchie sociale, l’intégrité du
héros, une touche d’érotisme, des scènes de ripaille, des bagarres, etc.
L’intrigue policière est complexe à souhait et pratiquement
impossible à deviner sans l’aide du héros. J’ignore si l’auteur a prévu de
donner une suite à cette première enquête mais je l’espère vivement.
📚D’autres avis que le mien via Babelio et Bibliosurf
📌Le rêve du luth de jade. Paul Hurand. Flammarion, 400 pages (2026)







