💪Le titre et l’illustration en couverture m’ont fait penser qu’il s’agissait d’un livre de développement personnel. Heureusement, le résumé en quatrième m’a convaincue de donner une chance à ce gros roman queer qui tombe pile dans la thématique du Mois des Fiertés (un grand merci à Anne-yes qui a accepté une participation retardataire à son challenge de lecture) et pour participer aux Pavés de l'été chez Sibylline.
Jodie, la narratrice, se penche sur le passé de son amoureuse décédée. Presque malgré elle, Daniel (sans E bien qu’il s’agisse d’une femme) s’est engagée très tôt dans des causes sanitaires et sociales. Lorsqu’elle était étudiante, la future compagne de Jodie a été victime d’un grave accident de randonnée qui lui a laissé des séquelles douloureuses. Après plusieurs mois de doute puis de rééducation, la jeune femme a retrouvé l’usage de ses jambes mais pas la motivation suffisante pour chercher un emploi accessible à son handicap. Alors que Barbara, son ex petite amie médecin l’a quittée, Daniel survit chichement grâce à une maigre allocation. Sa rééducatrice, Lucile, lui propose de partager une co-location avec son propre fils. Sjoerd est gay. C’est à son instigation que Daniel devient bénévole dans une association de lutte contre le VIH. Lorsqu’elle fait la connaissance de Jodie, elle travaille avec des personnes qui peinent à obtenir des diagnostics médicaux cohérents avec leurs pathologies et à convaincre leurs médecins traitants de les adresser à des spécialistes. Il s’agit souvent de femmes atteintes d’endométriose mais pas seulement. Jodie décide d’abandonner ses études de droit et convainc Daniel de créer une Fondation. Elles pourront ainsi obtenir des subventions et venir en aide à plus de personnes. Le nombre de sollicitations de patients désespérés est exponentiel d’autant que Daniel apparait régulièrement dans les médias. Parallèlement au développement de leur activité, Jodie et Daniel construisent leur vie de couple, avec ses hauts et ses bas : le premier appartement commun, l’intimité fluctuante, les compromis, les incompréhensions, les jalousies, les réconciliations et les espoirs… souvent rythmés par l’état de santé physique de Daniel.
Les intentions du roman sont bonnes et il possède d’indéniables qualités. Il me semble néanmoins que l’autrice aurait pu éviter certaines ellipses et réduire le livre d’une bonne centaine de pages. Je n’ai pas vu l’intérêt de ne révéler la cause de la mort de Daniel que dans les dernières pages. Sans divulguer tout le contexte, il n’y avait pas besoin de la tenir secrète. Est-ce un procédé narratif pour capter l’attention du lecteur jusqu’à la fin du livre au risque que la révélation ne le déçoive ? Par ailleurs, je me suis un peu lassée des descriptions de cas médicaux. Certes, l’exploration des procédures médicales néerlandaises est intéressante. La question de la mauvaise prise en compte et/ou en charge de la douleur est universelle et mérite d’être abordée mais il n’était peut-être pas nécessaire d’évoquer autant de dossiers. C’est pesant au détriment du propos. L’autrice réussie surtout la psychologie de ses personnages. Ses héroïnes sont à la fois crédibles et touchantes dans leurs forces et leurs faiblesses. Leur histoire d’amour n’est pas qu’une histoire de couple homosexuel ; elle a des résonnances pour tous les amoureux quelques soient l’âge, le sexe ou les préférences.
📌Apprends-moi tout ce que tu sais. Hanna Bervoets, traduite par Noëlle Michel. Le Bruit du Monde, 608 pages (2026)







