Les mystères de la rue Ginnami. Magi Inoue

Les mystères de la rue Ginnami. Magi Inoue


La rue Ginnami est l’âme d’un quartier fictif de Yokohama qui tombe en désuétude. La galerie marchande, qui en est le cœur, n’attire plus beaucoup de clients. Seul le restaurant de la famille Uchiyama semble rencontrer un certain succès. Les propriétaires du lieu ont trois filles dont les prénoms (Sasami, Tsukune et Momo) s’inspirent de la gastronomie japonaise. Tsukune, la cadette, ne goûte guère les plaisanteries de ses camarades de classe sur la signification de son prénom (brochette de poulet). Pour cette raison, elle n’a pas révélé à ses amies que ses parents tiennent un Yakitoriya. Ainsi, lorsqu’un premier incident mortel est rapporté en face de l’épicerie voisine Hakamada, elle décide de mener son enquête sans les deux collégiennes. Elle préfère s’adresser à sa jeune sœur, Momo, dont l’esprit de déduction est parfaitement aiguisé. La benjamine de la sororie, malgré son jeune âge, est en effet impressionnante de clairvoyance. Sasami, l’aînée, est au contraire un peu naïve, inconstante et surtout très étourdie. Parmi les témoins, il y a Ryota Kogure. Il rendrait de l’école au moment de l’accident de voiture qui a détruit la vitrine du magasin et surtout coûté la vie au conducteur. Le petit garçon est tellement perturbé que ses frères (Genta, Gakuta et Fukuta) décident de mener leurs propres investigations. Cette première affaire sera suivie de deux autres énigmes troublantes qui minent l’ambiance du quartier. 

J’ai été attirée par la couverture de ce roman et la promesse de sombres mystères dans un quartier traditionnel nippon. Les enquêtes sont des affaires familiales et sont menées par deux groupes parallèles. D’un côté, en lisant le livre de gauche à droite, le lecteur peut suivre les investigations des trois sœurs Uchiyama. De l’autre côté, en allant à la fin de l’ouvrage, de manière à le lire de droite à gauche à la japonaise (comme un manga), on découvre une autre version des enquêtes selon la vision des quatre frères Kogure. Ce procédé n’est pas aussi original qu’il n’y parait. Le principe du "crossover" est assez courant dans les bandes dessinées, même si la démarche ici va plus loin. Quelqu’un m’a soufflé l’exemple de Pierre Seron et Gos, publiant respectivement (dès 1985) Les Petits Hommes et Le Scrameustache autour d’un scénario qui est dessiné par chacun en présentant deux points de vue différents. Je sors de cette longue parenthèse pour revenir à notre histoire. Les mystères de la rue Ginnami ont été publiés dans deux ouvrages différents au Japon. C’est donc l’éditeur français qui a eu l’idée de relier les chroniques de cette façon, dans un livre qui se lit par les deux bouts. Pour résumer, Les mystères de la rue Ginnami réunissent trois affaires criminelles, rapportées selon la vision de l’un ou l’autre groupe d’investigateurs. Il y a donc six histoires brèves ou novellas dans le présent ouvrage. La série japonaise compte un 3ème volume, paru en 2025 chez Shogakukan. Il semblerait qu’il propose 5 nouvelles énigmes (Blanche-Neige et les cinq tableaux en version originale) impliquant nos 7 détectives amateurs. 

Pour ma part, je ne pense pas lire la suite de cette série de Cosy Mysteries. La construction de scénarios parallèles nécessitait des énigmes complexes dont une partie pouvait être révélée indépendamment dans chaque volet. J’ai trouvé la narration très délayée en une série de déductions qui n’implique pas de véritable enquête. La seconde affaire est basée sur l’utilisation des alphabets japonais : il y a deux syllabaires (les Hiragana et les Katakana) et les Kanjis. Cela semblait prometteur mais, en dépit des notes de bas de pages des traducteurs, j’ai eu beaucoup de mal à me concentrer sur les explications embrouillées des personnages. J’ai fini par me désintéresser progressivement de cette histoire et je n’ai pas réussi à m’impliquer davantage dans la lecture de la troisième nouvelle. Il faut dire que les personnages ne sont pas toujours crédibles. Il y a, pour ne citer qu’un exemple, une fillette de primaire plus mature que sa sœur adulte et dont le langage n’est pas adapté à son âge. La volonté de rendre les énigmes complexes s’est faîte au détriment de la vraisemblance et il y a des maladresses dans la narration. Je suis généralement bon public en matière de roman policier mais je dois reconnaître que je ne suis pas complètement séduite par cette série. C’est vraiment dommage car elle avait de nombreux atouts. Le concept, même s’il n’est pas nouveau, reste original. Le récit autour de la vie de quartier pouvait être développé plus tôt. Les difficultés des habitants sont vraiment abordées dans la troisième nouvelle. Il est question de problèmes économiques liées à la dénatalité mais aussi de migrants sans papiers exploités par des commerçants peu scrupuleux ou des organisations mafieuses. 

📚 Véronique et Manuel ont été plus convaincus que moi mais pas Sélectrice.

💪Grâce à ce roman, je participe au challenge Sous les pavés les pages, organisé par Athalie et Ingannmic.

📌Les mystères de la rue Ginnami. Magi Inoue, traduit par Mai Beck et Dominique Sylvain. J’ai lu,  512 pages (2026)

Je participe au Challenge "Sous les pavés, les pages"


Carnet de bord #9 : Septembre 2026

Carnet de bord #9 : Septembre 2026

La rentrée est déjà bien amorcée.  Si certains d’entre nous ont pris leurs congés en septembre, pour les autres, la période de calme estivale semble loin. Je vous propose donc de prolonger virtuellement ces moments d’évasion en évoquant le "book-tripping".

Personnellement j’ai envie d’évasion toute l’année et la lecture me permet de la satisfaire en partie. En été, j’ai l’occasion de voyager pour de vrai et de découvrir les lieux qui m’ont transportée durant le reste de l’année. Je me souviens en particulier d’un voyage dans la région de Missoula, sur les traces des écrivains du Montana. Je n’ai croisé ni Jim Harrison ni Annie Proulx, mes auteurs fétiches à l'époque, mais mon périple m’a conduite dans les pas de Lewis et Clark à travers les paysages somptueux du Glacier National Park et de Yellowstone. 

Les Etats du sud aussi ont donné naissance à de nombreux écrivains. Le Mississippi leur rend hommage via le Mississippi Writers Trail dont les étapes incontournables sont Rowan Oak, la maison de William Faulkner à Oxford et la maison victorienne de Colombus où Tennessee Williams a grandi. En prolongeant le parcours vers l'Est, vers l'Alabama et la Georgie, on marche sur les traces de Francis Scott Key Fitzgerald (Montgomery), Harper Lee (Monroeville), Truman Capote (Monroeville aussi), Flannery O'Connor (Milledgeville), Carson McCullers (Columbus)... Les États-Unis sont riches de lieux emblématiques pour les amateurs de littérature (cf List of residences of American writers) mais j’ai bien conscience qu’il faut disposer d’un certain budget pour voyager outre-Atlantique. 


Mes escapades littéraires en Europe


Plus proche de nous, l'Europe ne manque pas de sites culturels. On pourrait par exemple établir un circuit à la découverte des plus belles bibliothèques d'Europe. Il existe même des hébergements touristiques spécialisés pour les amateurs de littérature (cf Où dormir en Europe quand on aime les livres ? ). 

Le Royaume-Uni est une destination prisée. Pourquoi ne pas suivre les pas de Shakespeare à Stratford-upon-Avon, Jane Austen à Bath, les sœurs Brontë à Haworth ou visiter Knole, le château de la famille Sackville qui apparait notamment dans Orlando de Virginia Wolf. Plusieurs sites répertorient les lieux d'intérêt parmi lesquels:


Austen's House, Winchester Road, Chawton, Alton, UK @Bod Jenkin via Unsplash


Sans traverser un océan ou passer de l’autre côté de La Manche, on peut organiser un book-trip mémorable. L'Espagne offrent de nombreuses options. On peut faire étape à Madrid et visiter le Barrio de las Letras puis se rendre à Alcalá de Henares, la ville natale de Cervantès. A partir de là, on  emprunte l'itinéraire officiel de La Route de Don Quichotte.

Toujours au sud, l’Italie se prête bien au road-trip. Les touristes peuvent visiter les Parcs littéraires (le parc littéraire d’Ovide à Sulmona dans la région Abruzzes, Le parc Pasolini à Rome, Le parc Deledda à Nuoro en Sardaigne, etc) ou emprunter les routes de Sicile sur les traces de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Luigi Pirandello, Andrea Camilleri, Leonardo Sciascia... 


Maison de campagne de Thomas Mann à Bad Tölz en Allemagne @Pixabay


Les anciens pays du bloc de l'Est attirent de plus en plus de touristes. Pour ma part, j'ai eu la chance de séjourner en République Tchèque et notamment à Brno, ville natale de Milan Kundera et de Bohumil Hrabal. On peut aussi suivre le parcours hongrois de la rédactrice du blog Passage à l'est qui a passé Vingt-quatre heures dans Budapest, sur les traces de Krasznahorkai. 

Je finis ce tour d'Europe en Allemagne avec quelques lieux d'inspiration comme Berlin, Lübeck ou Weimar. L'année 2027 sera l'occasion de commémorer trois auteurs qui ont marqué la littérature allemande : Heinrich Heine, Hermann Hesse et Günter Grass. Ces anniversaires seront l'occasion de relier leurs œuvres à leurs lieux de naissance dont Düsseldorf, dans la vallée du Haut-Rhin moyen, la région de la Forêt-Noire et le lac de Constance.

Sans sortir de l'Hexagone, les idées d'escapades ne manquent pas. On peut organiser un véritable tour de France des Maisons d’écrivains avec quelques escales dans les villages du livres. Pour ma part, j'ai réalisé un petit reportage Dans les pas de Jules Verne à Amiens. Et tant que vous y êtes, pourquoi ne pas rendre visite à nos voisins belges et découvrir les Maisons des écrivains de la Fédération Wallonie-Bruxelles ?

Toutes ces propositions sont forcément subjectives et non exhaustives. J'espère qu'elles vous auront donné des idées pour construire vos circuits selon vos goûts littéraires. vivement les prochaines vacances !


Je vous souhaite à tous un très bon mois d'octobre ! 🚌

Montréal hanté. Pierre-Luc Baril

Montréal hanté. Pierre-Luc Baril


J’ai déniché cet ouvrage à l’aéroport de Montréal où j’étais tombée en panne de livres. Le panel n’étais pas très vaste et mon choix s’est arrêté sur Montréal hanté car il m’a semblé qu’il serait parfait pour le challenge "Sous les pavés, les pages", prévu en septembre. 

Il ne s’agit pas d’un roman gothique ou de nouvelles horrifiques comme je l’ai d’abord pensé mais d’une compilation de textes sur les thèmes de la mort et du surnaturel. L’auteur les présente à travers le prisme sociétal et/ou anthropologique. Pierre-Luc Baril  considère en effet que ces histoires nous parlent davantage des vivants que des morts. 

Les tableaux présentés concernent essentiellement la période victorienne (1837-1901) comme l’indique le sous-titre. Après la prise de Montréal (1760) et au terme de la guerre de la Conquête (1760 à 1763), le Québec, et l’ensemble des territoires du Canada, tombent sous la domination de l'Empire britannique. La disparition de la Nouvelle France est officiellement actée par le traité de Paris (1763). Dans son introduction, Pierre-Luc Baril brosse brièvement les principaux traits de la nouvelle ère politique et urbaine.

L’ouvrage compte 13 chapitres. La plupart des textes trouvent leur origine dans un fait réel comme une mort soudaine, des épidémies virulentes, un bâtiment tombé dans l’oubli, des crimes sordides, des coutumes funéraires singulières (comme la photographie post mortem), les trafics des résurrectionnistes, des anecdotes macabres (à l’instar de l’affaire Guibord ou l’histoire de la dépouille du géant Beaupré) etc. Il y a finalement peu de spectres et de créatures maléfiques, sauf dans les légendes urbaines que Pierre-Luc Baril a dénichées sur le blogue touristique de Donovan King, Haunted Montreal. Je pense par exemple au fantôme de Simon McTavish, un homme d’affaire ayant fait fortune dans la fourrure. Il existe plusieurs versions très folkloriques de son histoire mais toutes prétendent qu’il aurait hanté les ruines de son manoir inachevé. 

Pierre-Luc Baril a également consulté les journaux d’époque, les archives de la Bibliothèque nationale du Québec, des thèses d’histoire et des articles spécialisés. De nombreux documents iconographiques sont empruntés aux fonds du musée McCord Stewart. L’auteur semble donc avoir réalisé un minutieux travail de recherche ce qui lui a permis d’exhumer plusieurs affaires criminelles qui ont marqué le 19ème siècle montréalais. Il s’agit notamment du meurtre très sanglant de Mary Gallagher resté en partie inexpliqué malgré la condamnation de son amie Susan Kennedy. Il est également question du docteur Cream, un meurtrier en série canadien, souvent comparé à Jack L’éventreur bien que son modus operandi soit différent. Enfin, l’auteur évoque à plusieurs reprise les nécropoles de Montréal et consacre notamment un texte à ses cimetières victoriens (Saint-Antoine, Notre-Dame des-Neige ou encore Mont-Royal). 

Entre faits historiques et folklore, tous ces textes nous renseignent surtout sur les rapports que les Montréalais du 19ème siècle entretenaient avec la mort. Je connaissais déjà les pratiques des résurrectionnistes, ces étudiants en médecine qui déterraient les cadavres pour leurs cours d’anatomie (cette pratique existait aussi en Europe). En revanche, les textes dédiés aux épidémies et à l’évolution des cimetières m’ont beaucoup appris sur les habitants de Montréal et les vagues successives d’émigrants. 

J’ai craint au départ que ce livre ne soit un peu trop accrocheur à cause des thèmes qu’il aborde mais je dois reconnaître que l’auteur est assez sobre dans sa manière de les présenter. Je reste malgré tout mitigée concernant ce recueil. Cela est peut-être dû au fait que je ne suis pas très friande de cold-cases et peu réceptive au paranormal. Il m’a quand même permis d’aborder la ville de Montréal sous un aspect atypique comparé à ma courte escapade in-situ. 

💪Cette lecture s’inscrit dans le cadre du challenge de lecture "Sous les paves, les pages" organisé par Ingannmic et Athalie

📌Montréal hanté. La mémoire macabre d'une cité victorienne. Pierre-Luc Baril. Vlb éditeur, 264 pages(2024)

5ème saison "Sous les pavés, ls pages"