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Jungle pourpre. Julie Ewa

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Jungle Pourpre emprunte beaucoup à l’expérience de son autrice. En effet, Julie Ewa a passé une année en Indonésie où elle situe le cadre de l’intrigue. Elle est également très engagée dans la protection de l’enfance (le sujet au cœur de ce polar) et en particuliers l’ association Kolibri qui vient en aide aux enfants défavorisés.  L’héroïne principale du roman, Dea, est une fillette de 11 ans. Elle quitte le cocon familial de sa jungle natale, persuadée d’être une charge financière trop lourde pour ses parents. Notre jeune aventurière se rend à Kotanak, ville fictive de l’île de Sumatra. Ses premiers déboires la convainquent de se faire passer pour un garçon et de se rapprocher des Anaks. Il s’agit d’un petit groupe d’enfants des rues qui vend des colliers de pacotille pour survivre. Le clan est sous la protection d’Aron, un jeune homme doux mais au passé trouble. Il est soutenu par M. Hendry qui a créé une bibliothèque de quartier où les enfants se réfugient régulièrement. Malheure

La faussaire. Patricia Delahaie

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Patricia Delahaie explique en exergue qu’elle s’est inspirée d’un fait divers. Il m’a suffi de quelques clics sur Internet pour découvrir qu’il s’agit de l’affaire Zawadzki. Celle-ci a défrayé la chronique à la fin des années 90 et au début des années 2000. Les noms des protagonistes et ceux des lieux ont bien-sûr été modifiés. Jean-Paul Zawadzki, la victime, est devenu Marc Ellis. Sa femme, Nicole, s’appelle désormais Camille, tandis que Michel Trouillard-Perrot, son amant, est identifié sous le pseudonyme de Paul Ménard. De la même manière, le lieu du crime n’est plus Sougy, dans le Loiret, mais Cernon-en-Beauce.  Nous sommes le 13 juillet 1998, il fait beau, les bleus ont gagné la coupe du monde de football et les Français sont en liesse… sauf les Ellis, frappés par un malheur inattendu. Marc, un colosse de 39 ans, père de famille, grand sportif et pilote dans l’armée de l’air vient de mourir. Depuis son retour de mission, il se plaignait de fatigue et de divers maux dont il ne parv

Clara lit Proust. Stéphane Carlier

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Cette année, nous commémorons le centième anniversaire de la mort de Marcel Proust. Si j’avais été courageuse, j’aurais saisie l’occasion pour me plonger dans l’intégrale de À la recherche du temps perdu et j’aurais été voir l’exposition intitulée La fabrique de l’œuvre à la BNF. Or, au lieu de méditer sur les madeleines de mon enfance, j’ai préféré me jeter sur une gourmandise intitulée Clara lit Proust … non sans profit car l’opus est rafraîchissant et incitera peut-être certains lecteurs à tenter l’aventure proustienne.  A défaut de côtoyer les notables dans un salon littéraire de Combray, je me suis donc retrouvée dans un salon de coiffure à Châlons sur Saône. C’est ici que travaille Clara. Notre jeune héroïne se perd plus volontiers dans les best-sellers de Guillaume Musso que dans les grandes œuvres de la littérature classique. Mais le destin se joue parfois à peu de choses… un client inconnu, un livre oublié, cinq mois à tergiverser, un fiancé évanescent, une journée d’ennui e

W. ou la guerre. Steve Sem-Sandberg

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Le romancier suédois Steve Sem-Sandberg a déjà publié deux romans dédiés à l’histoire allemande. Le premier, Les Dépossédés (Robert Laffont, 2011), est consacré aux habitants du ghetto de Łódź entre 1940 en 1944. Le second, Les Élus (Robert Laffont, 2016), aborde le thème de l' "Euthanasie" des enfants sous le Troisième Reich. W. ou la guerre , son dernier ouvrage traduit en français, traite d’un fait divers qui a défrayé la chronique au 19ème siècle et inspiré une pièce de théâtre.  Cette œuvre de Georg Büchner (1813-1837), intitulée Woyzeck , est considérée comme un classique de la littérature allemande. Elle est pourtant restée inachevée à la mort de son auteur. En 1922, le compositeur Alban Berg (1885-1935) en a tiré un opéra ( Wozzeck ). Enfin, le réalisateur allemand Werner Herzog l’a adaptée au cinéma en 1979 avec Klaus Kinski et Eva Mattes dans les rôles principaux. A l’instar de la pièce de Büchner, le roman de Steve Sem-Sandberg s’appuie sur les archives judici

Animal du cœur. Herta Müller

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Herta Müller, récipiendaire du prix Nobel de littérature en 2009, est une romancière germanophone d’origine roumaine. Six de ses œuvres ont été traduites en français à ce jour dont Animal du cœur . Ce roman singulier s’inspire en partie de la vie de l’autrice et de ses proches. Le livre est paru dans sa langue d'origine en 1994 chez Rowohlt Verlag, soit 7 ans après l’émigration d’Herta Müller en République fédérale d'Allemagne. Ces précisions ont leur intérêt car le style d’écriture est lapidaire et le lecteur doit se référer à ce que qu’il sait de l’autrice pour s’y retrouver. A titre d’exemple, le nom Nicolae Ceaușescu, n’apparait pas avant le milieu du roman. Avant cela, il n’est question que du dictateur. De même, la ville où se situe l’intrigue n’est jamais nommée et le mot Roumanie n’apparait que tardivement.  Animal du cœur ( Herztier en version originale) raconte l’histoire de quatre étudiants issus de la minorité allemande de Roumanie. Ses jeunes Souabes du Banat se

Le jour où mon père n'a plus eu le dernier mot. Marc Meganck

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Bien que Marc Meganck soit l’auteur d’une longue et éclectique bibliographie (romans, nouvelles, polars, essais et récits), je dois confesser que je ne le connaissais pas du tout. Un petit tour sur son site Internet m’a permis de combler cette lacune et de constater que Le jour où mon père n'a plus eu le dernier mot est un roman très personnel. William Braecke, le narrateur, est sans aucun doute l’alter-ego de Marc Meganck. Jusqu’à quel point la fiction rejoint-elle la réalité ? Un début de réponse nous est fourni par Tito Dupret dans une recension du livre sur le blog Le Carnet et les Instants . L’écrivain belge lui aurait confirmé, lors d’une interview téléphonique, que la première partie du roman était bien inspirée de ses souvenirs d’enfance. La ressemblance ne s’arrête pas là puisque le héros est écrivain et historien de formation… comme l’auteur. On espère, en revanche, que Marc Meganck n’est pas aussi torturé que son personnage. William Braecke connait à la fois les tourme

Le sang des bêtes. Thomas Gunzig

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Le roman commence par une citation en exergue du groupe Radiohead. « I’m a weirdo » dit la chanson. Or, ne sommes-nous pas tous un peu étrange aux yeux d’autrui ? La bizarrerie c’est aussi le non-conformisme, la fantaisie… et Thomas Gunzig n’en est pas avare dans Le sang des bêtes !   Tom fait plutôt figure d’anti-héros en pleine crise de la cinquantaine. Membre assidu des salles de musculation, notre homme est gérant d’un magasin de compléments alimentaires pour bodybuilders. Ce métier, qui fut longtemps son principal centre d’intérêt, ne lui plaît plus. En fait, Tom a perdu le goût de toutes choses et cherche un nouveau sens à donner à sa vie. Son épouse, Mathilde, lui est devenue indifférente. A quel moment son couple a-t-il basculé dans l’apathie ? Une séparation demanderait trop d’énergie alors Tom s’enlise dans un paisible mais frustrant statuquo amoureux. Les relations avec son fils, Jérémie, ne sont pas plus chaleureuses. Les deux hommes semblent aux antipodes. Jérémie déteste