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Une datcha dans le Golfe. Emilio Sánchez Mediavilla

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Le titre de ce livre a de quoi interpeller ! C’est quoi cette histoire de datcha dans le Golfe ? L’auteur est pourtant d’origine espagnole ! Je vais donc tenter de vous éclairer sur ces trois points.  La datcha en question est en réalité une maison dans un « compound » (lotissement) en périphérie urbaine. La villa (il y a une piscine) est située au Bahreïn, ce royaume insulaire du golfe persique, au large de l’Arabie Saoudite. Emilio Sánchez Mediavilla est journaliste. Il a vécu dans l’archipel, entre 2014 et 2016, avec sa compagne. Carla y avait été affectée par son entreprise de télécommunications. Le couple a habité dans le quartier d'Adliya à Manama puis s’est installé dans le petit village de Diraz au Nord de la capitale, loin des appartements modernes habituellement plébiscités par les expatriés. La recherche de ce logement a d’ailleurs inspiré plusieurs pages savoureuses à l’auteur.  Le livre d’Emilio Sánchez Mediavilla, vous l’aurez compris, ne se présente pas du tout comme

Les poupées. Alexis Laipsker

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Cette histoire débute dans d’étranges circonstances puisque c’est un hasard qui conduit la police sur la piste d’un tueur en série. En effet, lors de l’arrestation de deux malfrats d’origine arménienne, le brigadier Fabre et son équipier font une macabre découverte. Six corps martyrisés exposés dans une ancienne chapelle au milieu de nul part. Ces meurtres n’ont clairement aucun rapport avec leur affaire de gang en cours. Le modus operandi suggère plutôt l’intervention d’un dangereux psychopathe. Le procureur décide donc de confier l’enquête à son plus brillant élément avec des moyens quasi-illimités. L’heureux élu est le commissaire Victor Venturi dit le Cow-boy, un flic à l’ancienne, un peu bourru et toujours pressé. Venturi réclame l’assistance du meilleur spécialiste en criminologie de la région et voit ainsi débarquer sur sa scène de crime la jeune mais néanmoins expérimentée Olivia Montalvert. "Menthe à l'eau", ainsi qu’on la surnomme, forme avec le Cow-boy, le duo

L’incendie. Jennifer Lynn Alvarez

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Pour éviter les mauvais jeux de mots autour du feu, je dirai qu’il faut parfois un tout petit geste irresponsable, une simple minute d’inattention pour créer l’irréparable. C’est ainsi qu’on déclenche un feu incontrôlable, ravageant des centaines d’hectares de forêts et détruisant tout son passage (y compris des biens matériels et des vies innocentes). Que feriez-vous si vous étiez de jeunes adultes prêts à croquer la vie à pleines dents et responsables d’un tel cauchemar ? Iriez-vous vous dénoncer aux autorités compétentes ? Pourriez-vous supporter le poids de la culpabilité et continuer de vivre comme avant ?  L’incendie est le premier polar de la romancière américaine Jennifer Lynn Alvarez. Le livre s’adresse d’abord aux adolescents mais les adultes amateurs de thrillers, ne s’y ennuieront pas. Le sujet de ce roman s’inspire d’un fait divers réel. En 2017, en effet, le comté de résidence de l’autrice été ravagé par l’un des incendies les plus destructeurs qu’ait connu la Californie

Le piéton du 36. Anne-Marie Mitchell

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Avec ce roman, je découvre à la fois Anne-Marie Mitchell et les éditions Lucien Souny. Concernant la première, il est bon de savoir qu’elle est journaliste littéraire et romancière. Le piéton du 36 est son quinzième livre. Lucien Souny a également publié son polar historique intitulé Les Chats de la rue Saint-Séverin (240p., 2016). La maison d’édition limousine s’est construite, sans s’enfermer dans le livre régional, sur trois genres qui ont fait sa réputation : la littérature, l’histoire et le patrimoine. Le catalogue de sa collection Plumes noires propose des romans noirs comme des thrillers. Je ne suis pas spécialiste du roman policier mais il me semble que Le piéton du 36 d’Anne-Marie Mitchell n’appartient ni à l’une ni à l’autre catégorie. Peut-on le ranger dans le whodunit (roman de détection ou d’énigme) ? Pour tout dire, la résolution de l’intrigue m’a semblé secondaire. En revanche, il s’agit à n’en pas douter d’un roman d’atmosphère à la manière des Maigret de George Sim

Comme hier. Cai Jun

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Ce roman se déroule en plusieurs actes dont les espace-temps sont différents. Le 14 août 2017 à 6 heures du matin, l’inspecteur Ye Xiao arrive sur les lieux d’un drame qui a coûté la vie à trois personnes. Jiao Keming, professeur d’informatique au Lycée Nanming, son épouse et son fils handicapé sont morts dans un incendie. Les premiers indices montrent qu’il s’agit en fait d’un triple meurtre. Le seul témoin du carnage est Sishen, le chien de la famille. Il a survécu à ses blessures et pourrait sans doute reconnaître l’agresseur. Les policiers disposent également d’images très floues du meurtrier présumé provenant d’une caméra de surveillance située dans le hall d’entrée principal de l’immeuble des victimes.  Les premières investigations tendent à montrer que le crime serait lié à l’activité de Jiao Keming. En effet, l’enseignant n’était pas un simple informaticien. Il aurait créé une application de réalité virtuelle appelé « Comme Hier » qui permettrait aux utilisateurs de sonder leur

Randonnée en enfer. Are Kalvø

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 Si le titre de ce livre fait plutôt penser à un thriller, sachez qu’il s’agit en fait d’un récit de voyage dédié aux citadins qui ne sont pas vraiment fans de randonnée, de montagne ou de sport outdoor. Oui, le concept à de quoi surprendre mais Are Kalvø est un écrivain facétieux qui adore écrire sur ce qu’il ne connait pas voire ce qu’il ne comprend pas. Le but de cette expérience est justement de découvrir pourquoi la majorité de ses proches décident, à la quarantaine, de déserter la ville et les lieux de convivialité pour aller marcher dans la nature, si possible le plus loin possible de l’humanité. A ce stade, l’auteur établit un lien (douteux, certes) de cause à effet, entre le fait de s’enticher des sports d’extérieur et celui de perdre ses cheveux ainsi que son sens de l’humour.  L’humoriste norvégien décide donc de se lancer dans une surprenante quête qui va le conduire à tenter lui-même l’expérience de la randonnée en montagne. A ce sujet, il me semble que le titre devrait êt

Le polar coréen. Keulmadang N°5

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Après la vague noire scandinave, qui a littéralement vampirisé l’attention des médias pendant plus d’une décennie, les maîtres du romans policiers sud-coréens vont-ils déferler sur la planète et inonder toutes les bonnes librairies ? Ce phénomène porte déjà un nom : la "hallyu" (littéralement "vague coréenne"). Le succès de cette littérature semble en tout cas assez solide pour évoquer le "soft power" du Pays du Matin Calme. En 2018, cet engouement était déjà si perceptible outre-Manche qu’un article du Guardian titrait The new Scandi noir ? The Korean writers reinventing the thriller avec en une la photographie de l’écrivain Kim Un-su. Or, c’est justement cet article qui incita Pierre Bisiou, ancien collaborateur du Serpent à Plumes, à créer Matin Calme (en collaboration avec Olivier Mitterrand, déjà propriétaire de Bourgois), une maison d’édition spécialiste du polar coréen. Kim Un-su a inauguré le programme des parutions avec Sang chaud . Il a été suiv