Bilan d’un hiver polar

Le bilan explosif d'un hiver polar

Cet hiver je vous ai convié à un voyage littéraire au cœur du polar. Vous avez été une quarantaine de bloggeurs à vous joindre à moi pour ce challenge et je vous en remercie vivement. Un nombre impressionnant de 405 comptes-rendus de lecture ont été publiés entre le 21 décembre 2025 et la 27 mars 2026. 🎉

Au travers de nos lectures, nous avons visité des scènes de crime dans 31 pays différents. Nous avons sillonné les régions les plus froides du globe (Canada, Scandinavie, Russie…) mais cela ne nous a pas empêché de faire quelques escapades dans les contrées non moins torturées de l’hémisphère sud (Afrique du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande…) . Si la géographie du mal s’est révélée très étendue, les terrains les plus propices au crime semblent être la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni

Les principaux items par thèmes et par pays

La littérature policière est un genre facétieux qui se joue parfois des frontières de genres et il n’est pas toujours facile de les classer selon la nomenclature traditionnelle. Mon classement, aussi subjectif soit-il, donne néanmoins une idée des sous-genres qui ont la faveur des participants. Sans grande surprise, le thriller arrive en tête du classement avec 30 % des ouvrages lus, puis viennent le roman à énigme ou de détection (16%) ainsi que le roman noir (11%). Le Cosy Crime, dont on parle beaucoup ces derniers temps, n’a pas entièrement conquis notre brigade puisqu’il ne compte que 7% des livres sélectionnés.

Notre écrivain favori est une autrice. Il s’agit de la romancière québécoise Andrée A. Michaud (14 billets publiés).  Parmi les auteurs les plus lus, il y a Agatha Christie (6 comptes-rendus de lecture) , Abir Mukherjee (6), Arttu Tuominen (6) et Frank Thilliez (6). Les deux premières lectures communes, Proies d’Andrée A. Michaud et La fille sans peau de Mads Peder Nordbo, ont mobilisé de nombreux participants. D’autres romans ont largement été plébiscités comme Châtiment de Percival Everett, Devenir Zéro (aka Objectif Zéro) d’Anthony McCarten et Sarek de Ulf Kvensler. 

Les auteurs les plus lus pendant le challenge

les bloggeurs qui ont participé aux différentes activités proposées (lectures communes, bingo meurtrier, prime climatique…) ont pu accumuler des points supplémentaires. La grille de bingo n’a pas seulement contribué à motiver les participants, elle permet aussi de dévoiler la récurrence de certaines thématiques et, par extrapolation, une tendance meurtrière : Vengeance (case validée par 24 personnes), tueur en série (22), Scandinavie (21), Arme à feu (20), Cabane/Chalet (19), Féminicide (15) et Détective amateur (14).

🏆Anne-yes est la seule participante à avoir validé les 24 cases du bingo. Elle arrive en tête de peloton avec 59 points. Elle partage le podium avec Géraldine qui a obtenu 51 points. Belette arrive en 3ème position avec 49 points accumulés mais un nombre record de 41 polars chroniqués. Elles sont suivies de près par Patricia (48 points), Keisha (46 points) et Manou (41 points). L’ensemble de la brigade s’est montrée très enthousiaste et les résultats sont serrés: Ingannmic (38 points), Hedwige (32+), Athalie (32), Fattorius (31+), Line (31), Philippe (29), Nicole (28), Cath L (24), Eva (23+), Sunalee (23), jojo (22), Eimelle (21), Aifelle (18+), Nathalie (18), Dasola (17+), Fanja (17), Claudialucia (16), Anne (15+), La Petite Liste (15), Céline (15), Choup (13+),  Anna Kronik (13), Cléanthe (12), Alex (10+), Violette (10+), Sandrine (10+), Patrice (9+), Sacha (9), Electra (6), Pativore (5), Audrey (4), Tadloiducine (3), Philisine Cave (2), Miriam (1) et Luocine (1). 👏

(+) En cas d’ex-aequo, le nombre de livres lus départage les participants.

31 pays visités au cours de nos investigations littéraires


Ce challenge au coin du feu est terminé mais il nous a permis d’enrichir nos listes de lecture de nombreux polars. Je pense que cette fructueuse première moisson nous permettra de tenir jusqu’à l’hiver prochain. En attendant...


je vous souhaite à tous de bonnes lectures 
et soyez prudents dans vos choix ! 👤




La Guerre des os. Benjamin Hoffmann

La Guerre des os. Benjamin Hoffmann


Si vous vous intéressez à la préhistoire (je devrais plutôt dire l'ère Mésozoïque) vous connaissez peut-être les paléontologues américains Charles Marsh et Edward Cope, les deux protagonistes principaux de la "Guerre des os", qui s'est déroulée à la fin du 19ème siècle durant le Gilded Age (la période de prospérité après la guerre de Sécession). Alors que leur discipline faisait ses premiers pas et que les découvertes de sites préhistoriques s’accumulaient, les deux chercheurs ont exhumé, décrit et classifié une quantité phénoménale d’ossements de dinosaures. Malheureusement leur propension à la compétition, plutôt qu’à la collaboration scientifique, a fait beaucoup de dégâts : destructions de fossiles, articles publiés à la va vite, squelettes reconstitués à l’envers,  collaborateurs malmenés, famille délaissée, amis trahis ou écartés, etc. La violente et déshonorante querelle qui les a apposée jusqu’à la fin de leurs vies nous est rapportée en détail par Benjamin Hoffmann dans une prose alerte et non dénouée d’humour. 

Il faut dire que cette histoire réunissait beaucoup d’ingrédients propices au romanesque, et je ne pense pas seulement au caractère vaudevillesque de la querelle. La rivalité de ces deux hommes, apriori plutôt destinés à l’analyse studieuse de manuscrits dans bureaux mal éclairés et des bibliothèques poussiéreuses, les a conduits jusque dans les territoires sauvages de l’ouest, au contact de toute son imagerie pittoresque. On y croise des hordes d’Indiens revanchards, des chasseurs de bisons sans pitié, des mercenaires cupides et des aventuriers de tous poils. Nos scientifiques ont rencontré le grand chef sioux Red Cloud, le célèbre officier de cavalerie George Custer, l’incontournable Buffalo Bill et même deux ou trois présidents américains dont Ulysses S. Grant. Celui-ci reçoit Charles Marsh à la Maison Blanche. Le professeur, qui revient d’expédition, s’est engagé à lui faire remonter les doléances des Amérindiens. De ces campagnes dans l’ouest, Charles Marsh et Edward Cope, ramènent (souvent à leurs frais) des tonnes d’ossements qui occuperont les chercheurs pendant des décennies après eux. Leur hâte à prendre leur rival de vitesse exclue toutes les vertus inerrantes à la recherche scientifique (patience, prudence, rigueur, méticulosité…) et à la dignité humaine (juste rétribution, respect d’autrui, bienveillance, etc). 

📚J’avais déjà entendu parler de la "Guerre des os", qui est brièvement évoquée dans Nos mondes perdus, la BD documentaire de Marion Montaigne. La préhistoire est un sujet quititille ma curiosité, aussi le compte-rendu enthousiaste de Nicole puis la proposition de lecture commune d’Ingannmic et de Keisha ne sont pas passées inaperçues. Sandrine aussi s'est jointe au groupe de lecture. Je pense néanmoins qu’il n’est pas nécessaire d’être passionné de paléontologie pour apprécier le livre de Benjamin Hoffmann. L’auteur nous montre sans doute les pires penchants de la nature humaine mais il nous invite aussi à découvrir tout un pan de l’histoire américaine et de l’historiographie du 19ème siècle. Son style est fluide et accessible à un large public. C’est un vrai plaisir de lecture et ça donne très envie d'aller faire un tour au Muséum national d'Histoire naturelle.

📌La Guerre des os. Benjamin Hoffmann. Denoël, 368 pages (2026)


Dix. Marine Carteron

Dix. Marine Carteron


Le titre et la couverture sombre de ce roman policier vous ont surement mis la puce à l’oreille. Il s’agit d’un hommage à l’œuvre d’Agatha Christie. Ils sont dix donc, comme les protagonistes imaginés par la Reine du crime britannique, invités à se rendre sur une île isolée au large des côtes du Finistère. Mais puisqu’il s’agit d’un roman pour adolescents, la majorité des personnages sont des lycéens. Ils sont encadrés par trois adultes : une prof de lettres alcoolique, un ex-flic chargé de la sécurité et l’ancienne infirmière scolaire reconvertie en gouvernante. En effet, les élèves de l’institution privée Sainte-Scholastique ont été sélectionnés pour participer à un escape game littéraire, doublé d’une émission de télé-réalité. La société de production a tout prévu dans les moindres détails, y compris pour l’attribution des chambres dont les thématiques semblent correspondre au caractère ou au passé de chaque participant. Selon le scénario qui leur a été communiqué, les jeunes gens sont censés suivre les indices qui les conduiront aux clés de la liberté. Lorsque les premiers convives disparaissent subitement, leurs camarades sont persuadés qu’ils ont élucidé les énigmes et ont gagné le droit de quitter l’île. Ils vont bientôt s’apercevoir que la réalité est bien plus terrible.

Il n’est pas nécessaire d’avoir lu Ils étaient dix pour apprécier ce roman. Cependant, le fait de repérer les références à l’œuvre d’Agatha Christie ajoute un peu de piment à cette lecture, s’il était nécessaire. L’autrice fait également quelques clins d’œil à d’autres classiques de la littérature policière. Je pense par exemple à l’île fictive de Sarek, empruntée au chef d’œuvre de Maurice Leblanc (L'Île aux trente cercueils).

Un premier meurtre est à déplorer dès le prologue et les évènements s’enchaînent si rapidement que le lecteur n’a vraiment pas le temps de s’ennuyer. On comprend très vite que chaque protagoniste à quelque chose à se reprocher. Contrairement à mon fils adolescent qui a tout aimé de ce roman, j’ai trouvé les personnages un peu trop stéréotypés (même si cela fait un peu partie de ce jeu de pastiche). Il faut aussi signaler, pour les âmes sensibles, que le roman de Marine Carteron n’est pas un Cosy Crime mais un thriller et que la mise en scène des assassinats est moins feutrée que chez Agatha Christie. Pour information, Ricochet, recommande ce livre aux jeunes lecteurs à partir de 15 ans. Certains sujets traités (comme le viol ou le suicide) peuvent être perturbants même s’ils sont abordés de manière moins directes que les meurtres. Pour autant, mon ado de 13 ans n’a pas été traumatisé par la brutalité des crimes. Il sait que ce n’est pas la réalité et, comme tous geeks de son âge, il en a vu d’autres dans ses jeux. D’un autre côté, sa candeur, l’a empêché de saisir toutes les implications de certains sous-entendus (un inceste est évoqué à mots plus ou moins couverts mais il n’a pas compris). L’autrice explore par ailleurs des thèmes qui nous sont plus contemporains que ceux traités par son modèle. Dans sa version, il est question de cyberharcèlement par exemple.  La maman que je suis, a aussi apprécié le fait que l’autrice parle de littérature et de mythologie. C’est une manière ludique de les aborder.

En conclusion, malgré un ou deux petits bémols de mon côté, ce roman a été l’occasion de partager une lecture extrêmement plaisante avec mon fils. Dix est un polar haletant, bien ficelé et bourré de références littéraires. 

📚D’autres avis que le mien via Ricochet et Babelio

💪Cette lecture s’inscrit dans le cadre des challenges de lecture Un hiver polar et Littérature jeunesse

📌Dix. Marine Carteron, Rouergue, 304 pages (réédition 2025)

Aujourd'hui je participe à deux challenges de lecture