Brownie & arsenic. Astrid Desbordes

Brownie & arsenic. Astrid Desbordes


Pour les vacances d'hiver, j’ai sélectionné un Cosy Mystery que je destinais à mon adolescent. Le roman s’adresse aux lecteurs de 11 à 13 ans. Le Brownie du titre n’est pas un gâteau mais un chat. Celui de Fedora, l’arrière-grand-mère de la narratrice. L’autrice est facétieuse et adore les jeux de mots, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Notre héroïne s’appelle Charlie Villafranca. Cette adolescente de 13 ans est la cadette d’une fratrie de 3 enfants. Son frère Vassili, 16 ans, est un comédien en herbe. Il passe ses journées à déclamer des répliques shakespeariennes pour finalement monter une pièce de Racine avec ses camarades de lycée. Ruby, la benjamine, est une petite chipie très girly. Avec son groupe d’amis du CE1, "Les 4 fantastiques", elle organise des pyjamas parties de folie. Les parents, Perle et Simon, sont un peu fantasques. La maman est artiste peintre et le papa écrit des piges pour un magazine people. Seule la grand-mère, Maggie, semble avoir les pieds sur terre. Elle s’est auto-proclamée "4B : broderie – bridge – bœuf Bourguignon"… mais tout change lorsque sa mère de 101 ans, la fameuse Fedora, meurt en laissant un immense manoir en héritage. J’ai oublié de préciser que toute cette joyeuse troupe habite dans le même quartier de Paris, dans l’impasse des Sorcières à Belleville.

Etant donné son âge canonique, la mort de Fedora semble naturelle au premier abord. Or, lorsque Brownie le chat s’empoissonne avec le beurre de sa maîtresse, le doute s’insinue. Avec l’aide de Kamal (son jeune voisin) et de Violette (sa camarade de classe), Charlie va se lancer dans une enquête familiale pleine de surprises.

Brownie & arsenic n’est pas un simple Cosy Mystery. C’est aussi un roman initiatique où il est question de deuil, de secrets familiaux, d’histoires d’amour contrariées, de liens d’amitié naissants et même un peu de sorcellerie. La jeune héroïne est attachante et il est facile pour un lecteur de son âge de s’identifier à elle. La famille Villafranca est un havre de bonheur, bruyant et réconfortant à la fois. J’ai adoré la fraîcheur et la bienveillance qui émanent de ce court roman. Je le recommande aux lecteurs de 11 à 101 ans.

💪Ce roman me permet de participer au Challenge LittératureJeunesse 2025-2026 de PatiVore, aux Gravillons de Sybilline et à Un hiver polar sur ce blog. J’en profite pour cocher une case du bingo meurtrier : celle du chat.

📌Brownie & arsenic. Astrid Desbordes. L’Ecole des loisirs, 184 pages (2025)

Mes trois challenges du jour


Prédateurs de la nuit. Maria Grund

Prédateurs de la nuit. Maria Grund


Après La fille renard et Le diable danse encore, voici le troisième épisode des enquêtes de Sanna Berling. J’ai raté le second volet mais ce n’est pas grave car il s’agit ici d’une prequelle. J’avoue que cela m’a un peu perturbée au début. Dans mon souvenir l’héroïne était une enquêtrice d’âge moyen au passé chargé. J’ai découvert dans Prédateurs de la nuit, une toute jeune policière stagiaire. Un indice m’a mise sur la voie. Au début du roman, Sanna Berling se rend en voiture à Visby pour prendre le ferry de Gotland. Elle est attendue au commissariat d’Oskarshamn sur le continent, le lendemain matin, pour sa première prise de poste. Sur le chemin, elle apprend à la radio que le premier ministre Olof Palme a été assassiné à Stockholm. Je me souvenais de cette histoire grâce à la série qui lui ai dédiée : L'Improbable Assassin d'Olof Palme. J’ai donc compris que nous avions remonté le temps jusque dans les années 80. Le fait divers date du 28 février 1986 exactement. Dans ce contexte, on comprend mieux (mais n’excuse pas pour autant) l’accueil que les collègues masculins de Sanna lui réservent. Son supérieur la cantonne aux tâches administratives, l’envoie faire des courses, lui demande de faire du café, etc. 

Nattflygaren
Les investigations pour retrouver le meurtrier du premier ministre accaparent complètement les forces de police suédoises. C’est dans ce contexte que Sanna Berling va pouvoir révéler tout son potentiel d’enquêtrice. On lui confie une affaire considérée comme déjà résolue. Deux jeunes filles ont été agressées dans un motel miteux. L’une est morte mais la seconde a survécu grâce à l’intervention de la femme de ménage. Jimmy, un proxénète, a avoué son crime. L’histoire ne s’arrête pas là car l’adolescente miraculée, Joren, est une fugueuse. Il faut la ramener chez sa mère au village d’Augu dans le Småland. Arrivée sur place, Sanna Berling découvre que sa protégée a déjà vécu un drame : la disparition puis l’assassinat de sa sœur aînée Julia. Lorsqu’une autre jeune fille disparait, notre enquêtrice voit ses soupçons se confirmer : l’homme qui a été arrêté pour le meurtre n’en ai pas l’auteur. Ce n’est pas un saint pour autant puisqu’on sait avec certitude qu’il a tué et dépecé une prostitué. Il était donc facile de lui attribuer un autre crime sordide. En dépit des injonctions de son chef et de la réticences des autochtones, Sanna Berling décide de mener l’enquête jusqu’au bout. 

D’après ce que j’ai compris Maria Grund a changé d’éditeur après la parution des deux premiers volets de la série, Dödssynden (La fille renard) et Dödsdansen (Le diable danse encore). Cela explique peut-être le saut dans le temps qui a conduit à la publication de Nattflygaren (Prédateurs de la nuit). Je dois reconnaître que ce troisième tome de la série m’a davantage convaincue que le premier même si je n’adhère pas totalement aux choix de l’autrice. La jeune Joren joue un peu trop de "malchance" à mon goût. Il me semble qu’après le meurtre de sa sœur, elle devrait être un peu plus méfiante vis-à-vis des inconnus et de la gent masculine. A part ce bémol, j’ai trouvé l’intrigue bien construite et relativement crédible. Les personnages ont de la profondeur et sont bien incarnés. J’ai cru avoir dénoué l’intrigue avant la fin du livre mais j’ai vite compris que j’avais été baladée par Maria Grund. Au final, je trouve qu’elle signe un polar haletant, qui se laisse lire facilement, mais dont je ne garderai pas un souvenir impérissable. 

A ce jour la série compte 5 tomes. Bläckfisken et Silverkaninen n’ont pas encore été traduits en Français. Je sais, néanmoins que l’intrigue du 4ème tome se déroule en 1996 et celle du 5ème volume en 2008. 

💪J’ai lu ce polar suédois dans le cadre des Escapades européennes, organisées par Cléanthe, et du challenge Un hiver polar sur ce blog. Il coche les cases « tueur en série » et « Scandinavie » du bingo meurtrier. 

📌Prédateurs de la nuit. Maria Grund, traduite par Cécilia Klintebäck. Robert Laffont, 370 pages (2026)

Une escapade en Scandinavie pendant  l'hiver polar


La Règle du crime. Colson Whitehead

La Règle du crime. Colson Whitehead


En plus du National Book Award, Colson Whitehead a été distingué deux fois par le prix Pulitzer de la fiction (pour Underground Railroad en 2017 et pour Nickel Boys en 2020). C’est un fait assez rare pour le souligner et une raison suffisante, s’il en fallait une, pour me décider à le lire. 

Les lecteurs qui connaissent déjà l’auteur, retrouveront ici Ray Carney, le héros d’Harlem Shuffle, premier tome d’une trilogie qui s’achève avec Cool Machine (à paraître le 21 juillet 2026). La Règle du crime (Crook Manifesto en version originale) n’est pas un roman traditionnel. Il est découpé en 3 parties qui sont autant de longues nouvelles s’articulant autour des mêmes personnages. Puisque l’ouvrage est très cinématographique, je serais tentée de les comparer à des instantanés, des tranches de vie. Ces trois actes se déroulent en 1971, 1973 et 1976. 

Crook Manifesto
Il me semble qu’en résumer les intrigues ne serait pas rendre hommage à l’auteur dont l’univers foisonne de détails, d’anecdotes et de descriptions. Ce qu’il faut retenir, c’est plutôt l’atmosphère d’un lieu emblématique (Harlem) et une incroyable galerie de personnages : des petites frappes, des toxicos, des militants de la Black Liberation Army, des flics et des politiciens véreux…  Bref, toute une faune qui se croise du côté de la 125ème Rue où le héros possède un magasin de meubles. Eldorado pour les uns, territoire de perdition pour les autres, le quartier a tendance à s’embraser facilement. Le père de Ray Carney, Big Mike, était spécialisé dans les affaires de fraudes à l’assurance. Notre héros, lui-même, a longtemps arrondi ses fins de mois grâce à ses compétences de receleur. Evidemment, tout cela n’est pas sans danger. Il n’est pas facile de s’affranchir des milieux interlopes et d’échapper à l’aura d’Harlem quand on y est né. La promesse d’un concert des Jackson Five peut tout faire basculer. Néanmoins, Ray croit avoir tiré son épingle du jeu grâce à la prospérité croissance de ses affaires. Son magasin sert même de décor à un film de la blaxploitation.

Colson Whitehead a un talent certain pour restituer le passé et créer des personnages réalistes. Chaque protagoniste bénéficie d’une biographie fouillée et raconte des anecdotes liées à Harlem. Le style narratif rend un bel hommage à la gouaille des habitants, c’est indéniable mais… je dirais que le texte a les défauts de ses qualités. Ce qui fait la force du récit au début de l’intrigue devient un peu pesant au fil des pages. J’ai fini par me perdre dans la profusion de détails et à m’ennuyer un peu. Si je me fie aux critiques que j’ai pu lire à droite et à gauche, le premier volet de la trilogie, Harlem Shuffle, serait plus rythmé que celui-ci. Pour autant, je ne déconseille pas la lecture de La Règle du crime, bien au contraire ! C’est un ouvrage qui vaut le détour. Reste à savoir si la suite de cette grande fresque romanesque, Cool Machine, saura tenir le lecteur en haleine jusqu’au bout.

💪J’ai lu ce livre dans le cadre de deux challenges de lecture : l’African American History Month challenge2026 chez Enna et l’American Year 3 chez Belette.

📌La Règle du crime. Colson Whitehead, traduit par Charles Recoursé. Le Livre de Poche, 480 pages (2026)