Jamais, T.01 et T.02. Bruno Duhamel

Jamais, T.01 et T.02. Bruno Duhamel


Je découvre Bruno Duhamel au travers de ce diptyque de BD et je dois dire que je ne suis pas déçue. Le premier volume devait être un One-shot mais l’auteur a eu envie de lui donner une suite. Tant mieux pour nous ! (NB: j'ai lu cette BD humoristique et rédigé mon compte-rendu avant l'effondrement d'une falaise à Biarritz, le 25 juin 2026. J'ai néanmoins décidé de publier le billet à la date prévue car, si la forme se veut légère, l'intention de l'auteur est bien de dénoncer les dangers encourus).

Madeleine est une nonagénaire au caractère bien trempé. Elle est aveugle mais certainement pas sourde ni muette. Notre mamie habite un charmant village normand sur la côte d’Albâtre. Malheureusement, les falaises sont menacées par l’érosion, conséquence du changement climatique. Le maire de la commune tente de convaincre la vieille dame de déménager car sa maison est située au-dessus de la plage, pile où les sols s’effritent. Une chambre vient justement de se libérer dans la résidence sénior des Hortensias. Or, Madeleine fait de la résistance et refuse de quitter le foyer où le souvenir de son mari défunt est encore bien vivace. Et puis, la maison de retraite n’accepte pas les chats. Que deviendrait le dodu Balthazar (il ressemble tellement à l’un de mes matous) si Madeleine déménageait ?


Jamais, tome 1. P4


Dans le second tome, nous retrouvons Madelaine toujours campée sur sa position. Un évènement va néanmoins l’inciter à réfléchir. Une partie de la falaise, située sous sa maison, s’est effondrée, créant une sorte d’arche fragile. C’est un danger sérieux pour les autochtones et les touristes qui affluent depuis que notre mamie à fait la une des journaux. Cette fois, ce n’est donc plus seulement la vie de la vieille dame qui est menacée. D’ailleurs, Churchill, le chien de la petite Emma a disparu sous l’éboulement. Le candidat d’extrême droite aux élections municipales s’est déjà saisi du drame pour faire campagne. 


Jamais, tome 1. P9


Cette bande dessinée est irrésistible. J’aime beaucoup le graphisme coloré et détaillé (on peut trouver de nouveaux éléments à chaque lecture). Les personnages sont bien campés et leurs faciès évocateurs. Madeleine est une afficionado attachante et le lieutenant de pompiers qui tente de concilier tout le monde est touchant de patience et de gentillesse. Le maire sortant de Troumesnil n’est pas un si mauvais bougre et il saura se rattraper dans le second tome. Son adversaire réactionnaire en revanche est absolument détestable. Les dialogues sont savoureux. J’aime beaucoup ce type d’humour bon enfant et les scènes rocambolesques. Pour autant, l’intrigue n’est pas si légère qu’il n’y parait. Elle aborde de nombreuses questions environnementales et sociales. C’est tout à fait le genre de BD que j’affectionne.


Jamais, tome 2. P19


📌Jamais. Bruno Duhamel. Grand Angle, 2 volumes.

T.01 : Histoire complète, 64 pages (2018)

T.02 : Le jour J, 64 pages (2022)


Le rêve du luth de jade. Paul Hurand

Le rêve du luth de jade. Paul Hurand


Le songe du joueur de luth (le narrateur), nous fait voyager dans l’espace et le temps puisqu’il nous conduit dans la Chine ancienne. Les évènements qui nous sont rapportés ne sont pas sans rappeler les aventures du Juge Ti.

Le héros de cette histoire est le juge Wang Tingjian. Le magistrat  originaire de Huazhou est envoyé en mission à l’autre extrémité de l’empire par la cour métropolitaine de justice. Après un voyage de plusieurs jours en palanquin, le juge Wang débarque au Yamen (siège administratif) de  Langzhou, pour prêter main forte à son homologue le juge Fei Po. Il s’agit d’enquêter sur la mort de Zheng Luoming, fils d’un censeur impérial à la retraite.

« Après avoir passé avec succès les Examens Littéraires, Zheng Luoming avait décidé de voyager à travers l’empire pour connaître le monde et l’art. Il était, disait-on, doué pour la peinture et la poésie. Parti de Chang’an, son premier voyage l’amena vers l’ouest jusqu’à Langzhou. Plaines et montagnes s’y rencontrent, et la région offrait à l’amateur d’art des points de vue plus pittoresques les uns que les autres. La population était à moitié barbare, et certains jeunes gens trouvaient à ces villes frontalières un certain charme ; sans doute, pensa le juge, représentaient elles à leurs yeux le début d’un ailleurs, la porte de l’Occident, que peu de citoyens de l’empire avaient franchie. »

Le jeune homme se serait donné la mort au cours d’une réunion au sein du cercle littéraire qu’il fréquentait.  Celle-ci avait eu lieu dans un ancien monastère, propriété d’un citoyen fortuné, ex magistrat du district, appelé Hong Guo. Le corps avait été découvert par ses hôtes, dans une pièce hermétiquement fermée de l’intérieur. La thèse du suicide avait été néanmoins rejetée par le père de Zheng Luoming, visité nuitamment par le fantôme de son fils réclamant vengeance. Par ailleurs, un certain nombre d’éléments, dont la présence de Hong Guo soupçonné de corruption (il aurait tiré un profit financier de la paix avec les Turcs), ont plaidé en faveur de l’ouverture d’une nouvelle enquête. Or, dès l’arrivée du juge Wang, de nouveaux suicides sont à déplorer : celui d’un mendiant et celui d’un conseiller impérial à la retraite. Cela commence à faire beaucoup pour une tranquille ville de province !

Le résumé en 4ème de couverture précise que l’intrigue se situe 7ème siècle de notre ère alors que la dynastie Tang dirige l’Empire. Sauf si j’ai raté quelque chose, cela n’est pas très explicite dans le roman. Néanmoins, il y a quelques indices. On apprend que la capitale du moment est Chang’an (l'actuelle Xi'an) et que les conflits avec les Turcs sont apaisés. Or, on sait qu’en 630 l'empereur Taizong a écrasé les Turcs orientaux, un puissant empire des steppes, et apporté la paix à la frontière nord. Son règne (626-649) marque le début de l'âge d'or des Tang, dont l’apogée, appelée ère Kaiyuan, a été marqué par la prospérité et l'essor culturel. Justement, dans ce roman défilent de nombreux personnages emblématiques (lettrés, représentants du pouvoir impérial, marchands Sogdiens, courtisanes ...).

Le dépaysement est garanti d’autant que l’auteur prend soin du moindre détail. Par exemple, la journée est découpée en douze heures doubles : Zi, l’heure du rat (de 23h à 1h), Chou, l’heure du bœuf (de 1h à 3h), etc. Au début du roman, il y a également une carte de l’empire, un plan de Langzhou, une liste des principaux personnages et un calendrier des fêtes (Fête des lanternes, Festival des Bateaux dragons…).

Le cadre historique est donc parfaitement rendu. Le caractère un peu désuet de l’intrigue ajoute un charme supplémentaire à ce polar émaillé de citations poétiques. Il s’agit d’un premier roman bien maîtrisé qui rend un bel hommage à l’œuvre de Robert van Gulik. On y trouve d’ailleurs de nombreux éléments communs comme la présence du contrôleur des décès, le respect de la hiérarchie sociale, l’intégrité du héros, une touche d’érotisme, des scènes de ripaille, des bagarres, etc.

L’intrigue policière est complexe à souhait et pratiquement impossible à deviner sans l’aide du héros. J’ignore si l’auteur a prévu de donner une suite à cette première enquête mais je l’espère vivement.

📚D’autres avis que le mien via Babelio et Bibliosurf

📌Le rêve du luth de jade. Paul Hurand. Flammarion, 400 pages (2026)

Je crois que mon fils est gay. Okura

Je crois que mon fils est gay. Okura


💪Dans le cadre du Mois des fiertés et du Challenge de littérature jeunesse, j’ai lu un manga Seinen qui s’adresse aux jeunes lecteurs à partir de 12 ans. Les éditions Akata, s’engagent officiellement en faveur la diversité et de l’inclusion. Plusieurs séries sont axées sur la thématique LGBTQIA+ comme Le mari de mon frère, dont j’ai parlé récemment, et Je crois que mon fils est gay. C’est une série relativement courte pour un manga puisqu’elle ne compte que 5 tomes. La BD a été prépubliée dans le webzine Gangan Pixiv à partir du mois d’août 2019.

Je crois que mon fils est gay. Okura. T1 VO

Tomoko Aoyama est la maman de deux adorables garçons. Au début de la série, l’aîné, Hiroki, est en première année de lycée tandis que son cadet, Yûri, est encore au collège. Le père, Akiyoshi, travaille loin du foyer familial et ne reviens que rarement à la maison. Contrairement à ce qu’il semble au début, Mme Aoyama n’est pas mère au foyer. On découvre (je crois dans le second tome) qu’elle travaille dans un restaurant de paniers repas à emporter. Le seul homme de l’équipe est gay et ne s’en cache pas. Il a déjà fait son coming-out et présenté son compagnon à ses collègues féminines.

Tomoko a deviné qu’Hiroki est aussi homosexuel et cette pensé revient sans cesse comme un leitmotiv : je crois que mon fils est gay. Il ne s’agit pas d’un jugement de sa part mais elle s’inquiète pour ce fils sensible qui ne sait pas cacher ses sentiments. L’adolescent fait sans cesse des gaffes et même son petit frère a compris qu’il préfère les garçons aux filles. Seul le père reste aveugle devant l’évidence et s’embourbe involontairement dans des remarques inappropriées qui mettent très mal à l’aise les autres membres de la famille. Pourtant, Tomoko est persuadée que ce n’est pas à elle d’informer Akiyoshi de l’orientation sexuelle de son fils. Evidemment, il s’avère très compliqué de garder le secret et de de préserver l’équilibre du cocon familial.


Je crois que mon fils est gay. Okura. T01 P4-5

Le manga est composé d’une série de scènes de vie dans lesquelles interviennent divers personnages récurrents dont Daigo, le meilleur copain, et Asumi l’amie d’enfance. Il s’agit en fait d’un trio amoureux qui s’ignore. La question étant de savoir si cette histoire peut se terminer sans que personne n’ait le cœur brisé ou ne soit blessé dans son amour propre. Le manga nous rappelle qu’il faut toujours respecter les règles de respect et de tolérance. D’ailleurs, tous les personnages évoluent dans le bon sens en dépit de leurs préjugés initiaux.  

Ce manga est parfaitement adapté aux pré-adolescents. Au travers du regard bienveillant de la mère de famille, de nombreuses questions sont abordées (l’acceptation de soi, le regard d’autrui, les relations amoureuses,  le coming-out, etc). Les réponses sont autant destinées aux jeunes homosexuels qu’à leurs proches. 

Je crois que mon fils est gay. Okura. Postface Tome 05

Au-delà de l’aspect pédagogique consacré à la question LGBTQIA+ , ce manga à été l’occasion pour moi de découvrir certains aspects de la culture et de la vie quotidienne des Japonais. Par exemple, j’ai appris qu’à la Saint Valentin, les femmes (et uniquement les femmes) offrent des chocolats aux hommes. Le 14 mars, pour le White Day, les hommes les remercient par des cadeaux d'une valeur supérieure. J’ai également découvert les yaoi  ou Boys' Love, un genre de fictions populaires centrées sur les relations sentimentales et/ou sexuelles entre personnages masculins. Il s’avère qu’Hiraki, lui, aime un groupe d’Idols féminines très médiatisé ce qui surprend beaucoup son père.   

A la fin de chaque tome, en postface, il y a une page de strips supplémentaires qui mettent en scène le mangaka s'adressant à ses lecteurs. J’ai trouvé l’idée très sympathique. 

📌Je crois que mon fils est gay. Okura, traduit par Jordan Sinnes et Isabelle Bovey. Editions Akata, 5 volumes (2021-2023)


Aujourd'hui, je participe à 2 challenges