The Body in the Library. Agatha Christie

The Body in the Library. Agatha Christie


Le titre du roman fait tout de suite penser au jeu du Cluedo, vous ne trouvez pas? La suite s’en éloigne assez vite puisque l'intrigue ne se déroule pas en huis clos. Il y a néanmoins de nombreux suspects comme toujours dans les polars d’Agatha Christie. La bibliothèque dont il est question est celle du colonel Bantry. Autant dire que son épouse Dolly n’est pas ravie de découvrir le cadavre d’une jeune blonde dans la pièce préférée de son mari! Les ragots peuvent ruiner la réputation d’un gentleman. Pour mettre fin rapidement à cette situation inconfortable, Dolly sollicite l’aide de son amie Jane Marple dont la perspicacité est connue bien au-delà du village de St. Mary Mead. Le superintendant Harper, le chef de la police criminelle de Danemouth, mène aussi son enquête. Il sera bientôt rejoint par un troisième investigateur. Il s'agit de Sir Henry Clithering, un ancien détective de Scotland Yard. L’identité de la jeune fille est assez vite découverte grâce à un signalement de disparition. La victime, Ruby Keene, était danseuse à l’hôtel Majestic. Reste à savoir comment elle est arrivée chez les Bantry qui ne la connaissaient pas.

The Body in the Library (Un cadavre dans la bibliothèque) est ma seconde incursion dans l’univers de Miss Marple, même si elle n'est pas seule à conduire les investigations. Cette petite mamie détient un super pouvoir : une lucidité non dénouée d’empathie en ce qui concerne les faiblesses d'autrui. Elle met cette compétence à profit pour élucider les énigmes les plus tortueuses. Sa technique imparable consiste à établir des rapprochements avec les histoires de son village; les habitants de St. Mary Mead apparaissant comme autant de profils types emblématiques de la société humaine. Si je la trouve plus sympathique que l’arrogant Hercule Poirot, je dois reconnaître que j’ai trouvé ses premières enquêtes moins palpitantes que celles menées par le détective belge. La technique est néanmoins la même, de nombreux protagonistes ayant tous des secrets bien gardés. La Reine du crime se débrouille pour que son lecteur soupçonne tour à tour chacun des personnages. Cette fois-ci j’ai néanmoins réussi à deviner une partie de la solution avant la fin du roman.

La liste de lecture d'Agatha Christie 2026

💪En début d’année, j’ai lu Miss Marple au Club du Mardi (The Thirteen problems) et Associés contre le crime (Partners in Crime). Je ne suis pas trop en retard sur mon programme puisque j’avais prévu de lire un moins un roman d’Agatha Christie par mois dans le cadre du Read Christie 2026. Ce challenge est organisé par les éditeurs de la Reine du crime, via son compte Instagram officiel, à l’occasion du 50ème anniversaire de sa mort (12 janvier 1976). J'ai eu envie d'y participer en dépit de l'aspect mercantile de l'opération. The Body in the Library était la suggestion de lecture du mois de janvier. Je me suis également procuré Mrs McGinty's Dead (Mrs McGinty est morte), la proposition de février. La version française du challenge suggère Les sept cadrans mais j’ai vu l’adaptation télévisée de la plateforme Netflix. On peut s’inscrire à la Newsletter du défi ici.

📌The Body in the Library. Agatha Christie. William Morrow, 224 pages (2022)


Terres de feu. Michael Hugentobler

Terres de feu. Michael Hugentobler


Voici un roman que j’ai déniché simultanément chez Ingannmic et Sacha, avant de découvrir le compte-rendu de lecture de Fattorius. Cela devenait difficile de résister…

Il y a trois personnages principaux dans ce récit. Le premier est un livre rare, un dictionnaire Yamana-Anglais rédigé au 19ème siècle, édité en 1933 et aujourd’hui conservé à la British Library de Londres. Les Yagáns ou Yámanas étaient un peuple autochtone vivant dans le sud de la Patagonie et dont la culture a fait les frais de la colonisation occidentale. Le second protagoniste de cette histoire est l’auteur dudit ouvrage, un certain Thomas Bridges (1842-1898) linguiste et missionnaire anglican en Terre de feu. Mon troisième est l’éditeur du dictionnaire mais aussi son sauveur, celui qui l’a arraché aux autodafés nazis. Le professeur Ferdinand Hestermann (1878-1959), était également linguiste et ethnologue. Il maîtrisait, paraît-il, 108 langues vivantes et mortes. Il s’était donné pour mission de trouver un refuge pour la bibliothèque de l’institut Anthropos de Vienne, menacée par l’annexion prochaine de l’Autriche. Elle sera transférée en Suisse, dans la région de Fribourg en 1938 et y restera jusqu’en 1962. Ce déménagement aura néanmoins nécessité l’intervention du Père Wilhelm Schmidt (le fondateur de l’Institut Anthropos) et du pape Pie XI, dont il était proche.

Feuerland
Le récit est divisé en 3 parties. La première débute le vendredi 25 février 1938 alors que le professeur Hestermann, arrivé de Münster, vient de donner une conférence à l’University College de Londres. La seconde partie nous conduit tout au sud de la Patagonie, sur le territoire des Yagáns. Un Thomas Bridges encore adolescent y débarque avec la grande famille de son père adoptif. Il est fasciné par les autochtones au point de passer tout son temps en leur compagnie. Bizarrement, il semble conserver quelques préjugés persistants qui le cantonneront à jamais dans le rôle de l’étranger. Lorsque son père abandonne l’idée de prêcher la bonne parole dans une communauté à la fois hermétique à sa religion et menacée d’extinction par les épidémies qui la déciment, Thomas fait le choix de rester en Patagonie. La troisième partie du roman est dédiée aux pérégrinations de Ferdinand Hestermann en Suisse.

L’histoire de ce dictionnaire est à la fois incroyable et passionnante. On ne peut qu’admirer l’abnégation des deux linguistes pour sauver de l’oubli une langue et une culture en voie de disparition. Je trouve néanmoins que leurs personnalités restent assez énigmatiques, notamment Ferdinand Hestermann dont on a apprend pas grand-chose dans le roman, si ce n’est qu’il fumait (trop) de cigarettes de marque Lux et qu’il avait un drôle de toc (se peigner de manière intempestive). Thomas Bridges, quant à lui, était un collectionneur compulsif de mots. Il ne se déplaçait jamais sans une lourde valise pleine de pense-bêtes, son trésor. Ces détails font sourire la lectrice que je suis mais ils restent anecdotiques et j’ignore s’il s’agit d’une invention romanesque. Car c’est le parti pris de l’auteur que d’abandonner l’idée initiale d’établir la vérité sur l’odyssée du précieux lexique. 

En ce qui concerne les Yagáns, la postface de Geremia Cometti, professeur d’anthropologie de la Nature à l’Université de Strasbourg, apporte des précisions bien inutiles. On y apprend notamment que la dernière locutrice, Cristina Calderón a disparu en 2022. L’anthropologue évoque également les Selk’nam, un autre peuple autochtone de Patagonie qui ne m’était pas inconnu (voir mon compte-rendu de lecture sur Nous, les Selk'Nams de Carlos Reyes et Rodrigo Elgueta). 

Michael Hugentobler a publié deux autres deux autres romans historiques en Allemand : Louis oder Der Ritt auf der Schildkröte (DTV, 2019) et Bis die Bären tanzen (DTV, 2026). 

📌Terres de feu. Michael Hugentobler, traduit par Delphine Meylan. Hélice Hélace, 256 pages (2025)


La Cinquième femme. Maria Fagyas

La Cinquième femme. Maria Fagyas


Ce titre vous fait peut-être penser au polar d’Henning Mankell, La Cinquième Femme. Et pourtant, le cadre historique et géographique de ce roman-là n’a rien à voir avec celui de l’écrivain suédois.  L’autrice, Maria Fagyas, est née à Budapest en 1905. Elle s’est installée à Berlin en 1925 puis aux Etats-Unis en 1937. Elle n’a certes pas vécu l’insurrection de Budapest en 1956 mais il s’agit de son pays natal et on peut supposer qu’un certain nombre d’éléments lui sont familiers. 

La Cinquième femme a été écrit en Anglais et publié pour la première fois chez Doubleday en 1963. Il est paru un an plus tard en Français dans la collection Série Noire. A l’époque, les ouvrages en format de poche ne devaient pas dépasser 256 pages. Cette réédition de 2025, est donc enrichie des passages qui avaient été supprimés pour répondre aux exigences éditoriales des années 60. Ainsi que l’indique Marie-Caroline Aubert dans sa préface, c’est au profit de la psychologie des personnages.

The Fifth Woman
La chronologie du roman colle de près à celle de la Grande Histoire. Nous sommes le samedi 27 octobre 1956, soit 4 jours après la manifestation étudiante qui a mis le feu aux poudres. En tirant sur la foule, l’AVH (Államvédelmi Hatóság), la police secrète communiste, n’a fait qu’envenimer la situation. Les émeutes font goutte d’huile dans tout le pays et, tandis que le gouvernement fuit la capitale pour se placer sous la protection des troupes soviétiques, des milices populaires s’organisent pour affronter l’armée rouge. C’est dans ce contexte que le héros de ce roman, l'inspecteur Lajos Nemetz, va devoir enquêter sur le meurtre d’une ménagère. 

Au petit matin, alors que le policier se rend à son bureau, il voit 4 corps de femmes alignés sur le trottoir devant la boulangerie à l’angle de Perc Köz. Leurs cabas avachis indiquent qu’elles faisaient la queue pour le ravitaillement lorsqu’elles ont été fauchées par les balles. Il enregistre la scène avec les vitres cassées, les façades éventrées et les carcasses de bus éventrées. Au cours de sa journée à l’hôtel de police, la femme du docteur Halmy vient porter plainte contre son époux. Elle prétend qu’il veut l’assassiner. L’inspecteur écoute son témoignage, demande à sa secrétaire de taper la déposition puis renvoie la plaignante chez elle car elle n’a aucune preuve pour étayer ses accusations. De plus, le commissariat doit fonctionner avec un personnel restreint du fait des émeutes et des exfiltrations vers la frontière autrichienne. Le soir, au retour du commissariat, il note une anomalie. Il y a un cinquième cadavre dans la rue. Et c’est celui de Mme Halmy ! 

L'inspecteur Lajos Nemetz doit mener son enquête dans une atmosphère apocalyptique, avec des moyens réduits et en se gardant des intrigues politiques. C’est un homme intègre qui éprouve de l’empathie pour son suspect. Il tente néanmoins de rester objectif. Le docteur Halmy, quant à lui, renonce à fuir le pays avec sa maîtresse pour sauver des vies à l’hôpital. Il soigne sans distinction les Hongrois comme les Russes et met sa propre existence en danger pour respecter le serment d’Hippocrate.  Le lecteur ne peut qu’être admiratif devant l’abnégation de ces deux hommes courageux. 

📚Ce polar était dans ma PAL depuis plusieurs mois. Le billet de Choup m’a incitée à l’en sortir et je l’en remercie. C’est un roman policier qui pourrait être classique dans la résolution de l’intrigue mais le cadre historique oblige le héros à sortir de sa zone de confort. C’est ce qui fait l’originalité de La Cinquième femme. Comme Choup, j’ai été touchée par le dénouement de l’intrigue. 

💪J'ai lu ce roman dans le cadre du challenge 2026 sera classique.

📌La Cinquième femme. Maria Fagyas, Trad. par Jane Fillion et révisé par Marie-Caroline Aubert. Gallimard, 320 pages (Réédition 2025)

Je participe au challenge 2026 sera classique chez Nathalie