Remède de Cheval. M. C. Beaton

Remède de Cheval. M. C. Beaton


💪Cette période de vacances estivales me fait pencher vers des lectures légères, sans lien avec l’actualité littéraire. C’est l’occasion de reprendre mes sagas policières là où je les avais laissées et de participer au challenge des Séries de l'été organisé par Philippe. Les enquêtes d’Agatha Raisin sont l’option idéale. Le premier tome, Quiche fatale, s’était avéré être un cosy Mystery distrayant et sans ambition littéraire particulière. Je retrouve donc l’héroïne de cette série anglaise dans Remède de cheval.

Vicious Vet
Nous voici de retour dans les Cotswolds, lieu de résidence d’Agatha Raisin. Cette quinquagénaire, un brin déjantée, a revendu son agence de communication londonienne pour financer sa retraite anticipée dans le pittoresque village de Carsely. Après une adaptation nécessaire à la vie provinciale, Agatha semble avoir trouvé ses marques au sein de la petite communauté. Elle continue de fréquenter la Société des Dames de Carsely, de fourrer son nez partout et de se montrer un peu trop empressée auprès de son séduisant voisin, le colonel James Lacey. Celui-ci s’emploie à l’éviter au maximum, créant des situations délicieusement rocambolesques. Frustrée, Agatha décide de se consoler avec le nouveau vétérinaire. Or, l’arrivée du praticien n’est pas passée inaperçue dans le village et son charme a déjà fait des ravages parmi les habitantes. Pourtant, la salle d’attente de la clinique vétérinaire va rapidement désemplir. Les méthodes de Paul Bladen choquent les propriétaires d’animaux domestiques. Lorsque le vétérinaire décède suite à une piqure d’étorphine destinée à un cheval de Lord Pendlebury, un doute s’insinue. S’agit-il vraiment d’un accident ? L’instinct aiguisé d’Agatha l’incite à fouiner dans les affaires de Bladen pour exhumer de vilains secrets. Et cerise sur le gâteau, son voisin préféré (le susdit James Lacey) est tout aussi curieux qu’elle de découvrir la vérité. Ils vont former un duo mal assorti, parfois maladroit, mais redoutablement efficace en matière d’investigations criminelles. Le sergent Bill Wong tente sans succès de les dissuader de poursuivre car ils enquêtent au péril de leurs vies.

Je n’ai petit reproche à faire à ce second volet et encore, il arrive fortuitement. Je trouve que l’intrigue à quelques similitudes avec celle de Coiffeur pour dames, le huitième tome que j’ai découvert avant celui-ci au travers de la série télévisée. J’apprécie beaucoup l’humour de M. C. Beaton même s’il est parfois familier. Son style est direct et le lecteur entre tout de suite dans le vif du sujet. Contrairement à certains Cosy Mysteries, il y a une véritable enquête, avec des interrogatoires de témoins qui tournent souvent à la catastrophe… pour notre plus grand bonheur. L’intrigue est rythmée et pétillante. Les personnages sont assez excentriques pour créer des situations relativement improbables dans la vraie vie et distraire le lecteur.  Bref, c’est une lecture idéale pour se détendre au bord de la piscine.

📌Remède de Cheval (Agatha Raisin enquête, Tome 2). M. C. Beaton, traduite par Esther Ménévis. Le Livre de Poche, 240 pages (2025)

Challenge Série de l'été


Apprends-moi tout ce que tu sais. Hanna Bervoets

Apprends-moi tout ce que tu sais. Hanna Bervoets


💪Le titre et l’illustration en couverture m’ont fait penser qu’il s’agissait d’un livre de développement personnel. Heureusement, le résumé en quatrième m’a convaincue de donner une chance à ce gros roman queer qui tombe pile dans la thématique du Mois des Fiertés (un grand merci à Anne-yes qui a accepté une participation retardataire à son challenge de lecture) et pour participer aux Pavés de l'été chez Sibylline.

Jodie, la narratrice, se penche sur le passé de son amoureuse décédée. Presque malgré elle, Daniel (sans E bien qu’il s’agisse d’une femme) s’est engagée très tôt dans des causes sanitaires et sociales. Lorsqu’elle était étudiante, la future compagne de Jodie a été victime d’un grave accident de randonnée qui lui a laissé des séquelles douloureuses. Après plusieurs mois de doute puis de rééducation, la jeune femme a retrouvé l’usage de ses jambes mais pas la motivation suffisante pour chercher un emploi accessible à son handicap. Alors que Barbara, son ex petite amie médecin l’a quittée, Daniel survit chichement grâce à une maigre allocation. Sa rééducatrice, Lucile, lui propose de partager une co-location avec son propre fils. Sjoerd est gay. C’est à son instigation que Daniel devient bénévole dans une association de lutte contre le VIH. Lorsqu’elle fait la connaissance de Jodie, elle travaille avec des personnes qui peinent à obtenir des diagnostics médicaux cohérents avec leurs pathologies et à convaincre leurs médecins traitants de les adresser à des spécialistes. Il s’agit souvent de femmes atteintes d’endométriose mais pas seulement. Jodie décide d’abandonner ses études de droit et convainc Daniel de créer une Fondation. Elles pourront ainsi obtenir des subventions et venir en aide à plus de personnes. Le nombre de sollicitations de patients désespérés est exponentiel d’autant que Daniel apparait régulièrement dans les médias. Parallèlement au développement de leur activité, Jodie et Daniel construisent leur vie de couple, avec ses hauts et ses bas : le premier appartement commun, l’intimité fluctuante, les compromis, les incompréhensions, les jalousies, les réconciliations et les espoirs… souvent rythmés par l’état de santé physique de Daniel. 

Leer me alles wat je weet
Au moment où j’écris ce compte-rendu, je ne suis pas sûre d’avoir compris toutes les intentions de l’autrice mais je ne peux pas laisser décanter davantage. La psychologie des personnages est assez fine et les évènements rapportés sentent le vécu. Hanna Bervoets est atteinte d’une maladie génétique orpheline qui provoquent des douleurs chroniques dans tout le corps. Je soupçonne que son parcours médical n’a pas toujours été facile. Or, c’est bien de cela dont il est question dans ce roman même si d’autres questions sont abordées parmi lesquelles l’homosexualité et la vie de couple tiennent une place prépondérante. Le parcours des deux femmes force l’admiration pourtant ce n’est pas toujours ainsi qu’il est décrit. La narratrice évoque des motivations parfois moins altruistes et aussi des échecs dont les conséquences peuvent compromettre les chances de survie des personnes qui les ont sollicitées. 

Les intentions du roman sont bonnes et il possède d’indéniables qualités. Il me semble néanmoins que l’autrice aurait pu éviter certaines ellipses et réduire le livre d’une bonne centaine de pages. Je n’ai pas vu l’intérêt de ne révéler la cause de la mort de Daniel que dans les dernières pages. Sans divulguer tout le contexte, il n’y avait pas besoin de la tenir secrète. Est-ce un procédé narratif pour capter l’attention du lecteur jusqu’à la fin du livre au risque que la révélation ne le déçoive ? Par ailleurs, je me suis un peu lassée des descriptions de cas médicaux. Certes, l’exploration des procédures médicales néerlandaises est intéressante. La question de la mauvaise prise en compte et/ou en charge de la douleur est universelle et mérite d’être abordée mais il n’était peut-être pas nécessaire d’évoquer autant de dossiers. C’est pesant au détriment du propos. L’autrice réussie surtout la psychologie de ses personnages. Ses héroïnes sont à la fois crédibles et touchantes dans leurs forces et leurs faiblesses. Leur histoire d’amour n’est pas qu’une histoire de couple homosexuel ; elle a des résonnances pour tous les amoureux quelques soient l’âge, le sexe ou les préférences.

📌Apprends-moi tout ce que tu sais. Hanna Bervoets, traduite par Noëlle Michel. Le Bruit du Monde, 608 pages (2026)











Les Morts ne chantent pas. Adler-Olsen, Holm & Bolther

Les Morts ne chantent pas. Adler-Olsen, Holm & Bolther


Les enquêteurs du département V sont dans une mauvaises passe. Ils sont retournés dans leur ancien local dans le sous-sol de l'hôtel de police et sont persuadés que la brigade sera bientôt dissoute. Il faut dire que l’équipe est réduite à la portion congrue. Carl Mørck, son pilier, a quitté le groupe pour écrire des polars inspirés de ses anciennes enquêtes. Gordon Taylor a demandé sa mutation dans le Jutland ce qui a permis d’être promu au grade de commissaire de police. Rose Knudsen et Hafez El-Assad sont les derniers des Mohicans. Les remplaçants envoyés par Terje Ploug, leur supérieur hiérarchique, n’ont pas tenu plus d’une semaine. Terje prétend néanmoins qu’il n’est pas à l’ordre du jour de fermer le département. D’ailleurs, il leur présente une nouvelle recrue. Il s’agit d’Helena Henry, une policière franco-danoise. Rose, malade et d’humeur massacrante, ne l’accueille pas à bras ouverts. Assad déchante après une opération en duo qui tourne mal suite à une imprudence d’Héléna. La policière s’avère à la fois peu subtile au cours des interrogatoires et très énigmatique le reste du temps. 

Døde sjæle synger ikke
En dépit de tous ces difficultés internes, le département V n’en poursuis pas moins ses missions avec l’efficacité qu’on lui connait. Carl, sollicité par l’une de ses lectrices, leur apporte d’ailleurs un cold case sur un plateau. Il s’agit d’une affaire de meurtre par compassion et d’un suicide qui remontent à 2019, soit 4 ans en arrière (nous sommes en 2023). Mais les investigations vont conduire les enquêteurs sur une piste bien plus ancienne. Dans les années 80, un groupe de jeunes choristes a été à l’origine d’un drame dans les détails nous sont révélés au compte-goutte au fil des pages. On sait en revanche que les victimes de 2019 était le chef de chœur et son épouse. Il s’agit d’une affaire de vengeance. 

Les Enquêtes du Département V devaient s’arrêter au bout de 10 tomes (7m² étant l’ultime épisode de la série). Il semblerait donc que Jussi Adler-Olsen ait changé d’avis et que ce 11ème volet soit en réalité le premier épisode d’un nouveau cycle. Le cliffhanger final laisse en fait peu de doute sur la poursuite de la série. Celle-ci a retrouvé un souffle grâce à la collaboration de Line Holm et Stine Bolther. La première a été journaliste d’investigation pendant plus de 20 ans et la seconde a autant d’expérience comme reporter judiciaire et criminelle. Il y a plusieurs clins d’œil des auteurs à leurs carrières respectives puisque Carl est devenu écrivain (les titres de ses premiers livres sont empruntés à ceux de la série : Miséricorde et Profanation) et il y a un journaliste parmi les protagonistes principaux du roman. 

J’ai apprécié le souffle narratif de ce nouveau volet qui m’a tenue en haleine jusqu’à la dernière page (et il y en a plus de 600). Les lecteurs qui suivent la série depuis le premier tome retrouveront leurs héros avec plaisir. Ceux qui la découvrent avec ce titre ne seront pas perdus pour autant. L’arrivée d’un nouveau membre au sein de l’équipe permet aux auteurs de se focaliser sur son histoire et gardant crédibles celles des autres personnages récurrents.

💪La lecture de ce gros polar me permet de faire une première proposition pour le challenge des Pavés de l’été 2026, sur le blog de La petite liste et le challenge des Séries de l'été 2026 chez Philippe. 

📌Les Morts ne chantent pas. Jussi Adler-Olsen, Line Holm et Stine Bolther, traduits par Caroline Berg. Albin Michel, 608 pages (2026)

Aujourd'hui je participe à deux challenges