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Seul dans Berlin. Hans Fallada

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Il faut garder en tête que Seul dans Berlin a été écrit en 1946, soit quelques mois avant la mort de son auteur, Hans Fallada (Rudolf Ditzen de son vrai nom). Il s’agit en fait d’une commande de Johannes R. Becher, Membre du Parti socialiste unifié d'Allemagne puis ministre de la culture au sein de la RDA. L’idée était de publier un roman dédié à la résistance allemande contre les Nazis. Dans ce cadre, Hans Fallada s’est inspiré de l’histoire d'Otto et Elise Hampel, exécutés le 8 avril 1943 à la prison de Plötzensee. Si l’écrivain s’est inspiré du dossier de la Gestapo auquel il a eut accès, il précise néanmoins qu’ « un roman a ses propres règles et ne peut pas reprendre la réalité en tous points. C’est pourquoi l’auteur n’a pas non plus cherché à connaître les détails authentiques de la vie privée de ces deux personnes : il devait les décrire comme elles lui apparaissaient. »  Les personnages de fiction, Otto et Anna Quangel, s’avèrent plus dignes devant la mort que leurs mo

Brandebourg. Juli Zeh

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Cet imposant roman de plus de 600 pages est paru en Allemagne en 2016 (sous le titre de Unterleuten ) avant d’être traduit en français en 2017. Unterleuten (littéralement « parmi les gens ») c’est le nom d’un village fictif du Brandebourg, situé à moins d’une heure de Berlin en voiture.  Vingt ans ont passé depuis la chute du mur mais les vieilles querelles entre habitants du bourg perdurent. A cela s’ajoute l’arrivée de néo-ruraux, des Berlinois qui n’ont pas connus les vicissitudes de l’ex-RDA, et un projet de champs d’éoliennes sur le territoire de la commune.  Ce Clochemerle tragico-comique se présente sous la forme d’un roman choral où chaque personnage peut exprimer son point de vue et apporter une lumière différente sur les évènements. Juli Zeh aborde ainsi de nombreux thèmes sans pesanteur : politique, écologie, famille, etc.   Le lecteur est tenu en haleine de bout en bout en particuliers grâce à une affaire de meurtre remontant aux premiers jours de la réunification. Par aill

L’anomalie. Hervé Le Tellier

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A travers ce roman original, intelligent et souvent drôle, Hervé Le Tellier évoque les grandes questions existentielles de l’humanité. Certes, les hommes s’interrogent depuis la nuit des temps sur leur présence ici-bas. D’où venons-nous ? Quel est le but de notre présence sur terre ? Existe-t-il d’autres formes de vie dans l’Univers ? Sommes-nous seulement réels ? S’ajoute à cela une série de questions individuelles sur le sens que l’on souhaite donner à sa vie, ses priorités, etc.  Comment répondre à toutes ses interrogations ? Certains d’entre nous se tournent vers les sciences ou la philosophie, d’autres se réfugient dans la religion, voire la littérature ou le cinéma. Mais imaginons un instant qu’un fait divers révèle une sorte d’anomalie dans l’ordre naturel. Notre vision du monde n’en serait-elle pas bouleversée à jamais ? Hervé Le Tellier a imaginé une faille dans la matrice. Bien-entendu, les Américains ont déjà envisagé l’inimaginable. Ils s’y sont même préparés.  C’est ainsi

La secte. Michael Katz Krefeld

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Je découvre l’auteur de polar danois Michael Katz Krefeld avec La secte , son dixième roman. C’est le troisième volet de la série "Ravn" (Corbeau), pseudonyme inspiré du nom de son héros récurrent Thomas Ravnsholt. C’est l’archétype du flic dépressif scandinave : un ancien inspecteur de police devenu détective privé (et alcoolique) après le meurtre de sa petite amie.   L’intrigue nous conduit au cœur du quartier de Christianshavn à Copenhague, connu pour ses fortifications, ses canaux, le squat de Christiania, l'église de Notre-Sauveur, ses cafés en terrasse et son ambiance alternative. Ravn habite là, sur un bateau, avec Møffe, son bulldog anglais. Au début du roman, on ne peut pas tout à fait le qualifier de détective privé puisqu’il vit plutôt d’expédients, des affaires d’arnaques aux assurances pour le compte d’un avocat. Le reste de son temps, il le passe chez Johnson, son pote barman qui lui offre un crédit illimité non sans le sermonner régulièrement sur son mode d

Le monde est un bel endroit. Didier Desbrugères

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"Le monde est un bel endroit" et les humains semblent décidés à tout mettre en œuvre pour le détruire. Leurs principales victimes sont sans doute les animaux. Quel que soit le moyen employé, direct ou indirect (braconnage, maltraitance, marchandisation…), le résultat est le même : des espèces disparaissent de la surface de la planète. Le rhinocéros, sujet principal de se roman, ne compte plus que 30 000 individus. Or, une note de l’éditeur nous apprend que plus de 1 000 rhinocéros sont abattus, chaque année, sachant qu’une corne se vendrait en Asie plus de 50 000 euros le kilo au marché noir. Le livre de Didier Desbrugères est à la fois un hommage rendu à la beauté du monde animal et un roman-pamphlet visant à dénoncer les ravages humains. Il débute par un crime : l’agression de Chuku, un rhinocéros blanc, pensionnaire du zoo de Thoiry. Des intrus lui ont arraché les cornes après l’avoir abattu d’un coup de fusil. Aurore, la soigneuse animalière découvre le carnage le lendema

La maison de Bretagne. Marie Sizun

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C’est l’histoire d’une réconciliation : une réconciliation avec un lieu, un passé, une famille. La narratrice, Claire Wermer a hérité de sa mère (et de sa grand-mère avant elle) d’une maison à l’Île-Tudy dans le Finistère. Pour ceux qui ne connaissent pas, il faut préciser que la commune est située sur la presqu’île du même nom et qu’elle n’est plus une île depuis la construction de la digue de Kermor vers 1850. C’est dans ce lieu si particulier que Claire, la Parisienne, a passé quasiment toutes ses vacances depuis son enfance. Pour autant, elle n’y a pas vécu que de bons moments, loin de là ! Si elle y retourne en ce mois d’octobre c’est parce qu’elle a décidé de vendre la demeure et de la débarrasser de ses encombrants souvenirs. Depuis 6 ans, en effet, la maison était louée à des touristes. Les derniers se sont plaints à l’agent immobilier de la vétusté des installations et du décors un peu vieillot. Claire n’a pas l’envie ni les moyens de rénover sa maison. Cependant, un évènement

Comment je suis devenue Duchess Goldblatt

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Bon sang mais qui est cette Duchess Goldblatt ?! L’illustration de couverture, le Portrait d’une dame âgée de Frans Hals, indique d’emblée qu’il ne s’agit pas d’une énième starlette de téléréalité ni de l’une de ces têtes couronnées faisant régulièrement la couverture des magazines people. Et pourtant Duchess Goldblatt est bel et bien une star en Amérique ! Avec plus de 58 000 followers, ce personnage fictif, sévit depuis une dizaine d’année sur les réseaux sociaux. Sa créatrice, qui tient à rester anonyme, publie sur twitter des sortes de haïkus humoristiques. Le credo de Sa Grâce (ainsi que l’appelle ses disciples) vise l’empathie et la bienveillance. Des positions plutôt aux antipodes de ce qui se joue généralement sur ce type de réseaux où l’on sait bien que les échanges peuvent facilement déraper. L’engouement des fans de Duchess (il s’agit d’un prénom et non d’un titre) est tel que certains d’entre eux créent des produits dérivés à son effigie (ou plutôt à l’image de l’avatar emp