Ce roman nous invite à suivre le parcours difficile de Chérine, depuis le lycée jusqu’à son entrée dans la vie active et son mariage. Ses parents sont d’origine algérienne. Ils vivent dans un quartier populaire de la banlieue lyonnaise. La jeune femme rêve d’une vie meilleure mais elle n’est pas aussi douée en cours que sa copine Farah. Contrairement à elle, Chérine n’ira pas à l’université. Un conseiller d’orientation lui suggère de s’inscrire en BEP de secrétariat. Chérine n’est pas emballée mais c’est une jeune fille sérieuse qui veut faire plaisir à ses parents. Alors, elle repousse son rêve de devenir styliste et s’évade grâce aux films bollywoodiens. Sa rencontre avec Mathieu va bousculer un peu son petit monde. Mais, une fois de plus, elle se heurte aux espoirs de ses parents et aux diktats de la tradition.
J’ai commencé ce roman un peu sur la réserve à cause des thèmes évoqués et de la passivité de la jeune Chérine. Et puis, j’ai compris à quel point il lui était si difficile de se rebêler. Ses parents ne sont pas maltraitants. Au contraire, ils sont aimants et fiers de leur fille si jolie et si docile. Ahmed, le père est âgée et fragile. Ses valeurs reflètent celles d’une autre génération. Samira, la mère, a presque 30 ans de moins que son époux. Elle est née en Algérie et a grandi dans un milieu conservateur ou le rôle de la femme est de veiller sur son foyer. Elle s’en accommode. Farah, la meilleure copine est un peu plus téméraire mais elle reproche à sa mère de ne pas être assez algérienne. Elle cherche donc surtout à renouer avec ses origines.
Je suis d’autant plus bluffée par la maîtrise de l’autrice que Chérine est son premier roman. Les évènements qui se succèdent et l’univers créé par Thaïs Dia sont complètement crédibles. Je me suis même demandée s’il n’y avait pas une petite part autobiographique dans cette histoire ou empruntée à des proches. Son héroïne n’est pas parfaite mais elle est attachante. Les parents font ce qu’ils peuvent pour protéger leur fille mais ils sont maladroits.
Il n’y a ni angélisme ni misérabilisme mais, au contraire, beaucoup de justesse et de sincérité dans ce roman. Thaïs Dia offre sa voix aux femmes issue de l’immigration. Certaines souffrent en silence. Il leur faut bien du courage pour trouver leur place dans ce microcosme qui est le leur. L’autrice leur murmure à l’oreille de s’accrocher à leurs rêves, de croire en l’avenir.
📌Chérine. Thaïs Dia. Editions viviane Hamy, 384 pages (2026)






