Céline Denjean est l’une des co-fondatrices des Louves du polar, un collectif qui s’est donné pour mission de promouvoir les autrices de romans policiers. Son dernier roman, intitulé Déferlante, ne nous conduit pas en pleine mer mais sur la côte bretonne dans un triangle formé par Plouguerneau, Roscoff et Morlaix. Il y a quelques allers-retours à Paris, car l’une des protagonistes est une actrice célèbre, et de nombreux va-et-vient entre passé et présent. Le titre du roman tient en fait à la vague d’évènements tragiques qui touche une famille de notables bretons : c’est la loi des séries comme le répètent les personnages à tour de rôle. Selon l’américain Edward A. Murphy Jr., « S'il existe au moins deux façons de faire quelque chose et qu'au moins l'une de ces façons peut entraîner une catastrophe, il se trouvera forcément quelqu'un quelque part pour emprunter cette voie. » Cet adage résume assez bien la mécanique de l’intrigue imaginée par Céline Denjean.
Le roman commence par un enterrement et une phrase sibylline en quatrième de couverture pourrait faire croire au lecteur que le décès d’Alessandro Chavez, héritier trentenaire d’une entreprise de chantier naval, serait le déclencheur du raz de marée dramatique touchant sa famille et sa belle-famille. Peut-on recevoir « la malédiction en héritage »? La narratrice nous révèle assez tôt qu’il faut chercher le grain de sable ailleurs. Cloé Delaroche, la jeune veuve, est une ancienne enfant-star qui tente de relancer sa carrière après plusieurs années d’absence au cinéma. Son mariage avec Alessandro Chavez battait de l’aile depuis longtemps et le couple se déchirait pour la garde de leur fils Gustave, âgé de 9 ans. Albertina Chavez est persuadée que sa belle-fille est à l’origine de l’accident de jogging qui a emporté Alessandro. Le jour des funérailles, la comédienne est victime d’un kidnapping destiné à extorquer la coquette somme de 800 000 euros à son père. Pierrick Delaroche a hérité d’un compte off-shore au Panama. Une situation extrêmement embarrassante pour ce magnat de la presse bretonne, qui se targue d’être un homme éthique. Qui pouvait être au courant qu’il disposait de cet encombrant pactole auquel il refusait de toucher ? Son demi-frère, Charles Roux, un voyou notoire qui a été exclu du partage patrimonial ?
Je découvre la plume de Céline Denjean au travers de ce roman addictif, dont la construction originale est néanmoins déstabilisante. Les personnages sont pris dans une tempête d’évènements criminels dont l’inéluctable trajectoire nous est rapportée par une narratrice inconnue, sans doute une sorte d’alter ego de l’autrice. Elle multiplie les flashbacks, un procédé narratif qui entretient à la fois le suspense et cette sensation d’être pris dans un mouvement pendulaire comparable à une marée de plus en plus forte. Il n’y a plus qu’à se laisser guider, d’autant que la romancière, maligne, a prévu un repêchage pour le lecteur égaré. Sa narratrice s’entretient avec un certain Lecuret qui tente de rassembler les pièces du puzzle narratif et interroge son interlocutrice sur les indices qu’elle a semés au fil de son récit. L’exercice était périlleux mais le résultat est assez crédible. Je me suis parfois perdue dans les méandres de l’intrigue mais je reconnais que j’ai été bluffée par les subterfuges narratifs de l’autrice et sa maîtrise de l’ensemble.
📚D'autres avis que le mien via Babelio et Bibliosurf
📌Déferlante. Céline Denjean. Michel Lafon, 464 pages (2026)





