Carnet de bord #10 : Octobre 2026

Carnet de bord du 31 octobre 2026


Le mois de novembre arrive avec sa moisson de lauréats. Le prix Nobel de littérature a été décerné à Anne Carson le 8 octobre dernier (une lecture commune est prévue pour le 17 décembre). Selon la tradition, il lui sera remis à Stockholm le 10 décembre, jour anniversaire de la mort d'Alfred Nobel. Cet évènement marque le début de la course aux prix littéraires qui suscitent depuis longtemps de nombreuses controverses. Cependant, ils continuent de rythmer la vie éditoriale. Parmi les dizaines de prix existants, ceux de la rentrée sont les plus prestigieux car ils ont plus d’impact sur les ventes (notamment au moment des fêtes de fin d’année).  Le calendrier est chargé, aussi ma liste est loin d’être exhaustive :


anotherxlife@Unsplash


La distribution de prix n’empêche de mettre le nez dehors et les raisons de sortir sont encore nombreuses. Voici une liste d’évènements programmés en novembre et décembre. Et pour les plus frileux, je propose une séance de cinéma ou une virée au théâtre. Les adaptations littéraires y sont à l’honneur. 

Les salons & festivals

Théâtre 

  • Moby Dick, adaptation du roman d’Herman Melville par la marionnettiste Yngvild Aspeli jusqu’au 22 novembre au Théâtre Sylvia Monfort à Paris
  • Tout le bleu du ciel de Mélissa Da Costa par Mikael Chirinian jusqu’au 5 décembre au Théâtre de la Pépinière à Paris
  • La Promesse de l’Aube de Romain Gary par Tigran Mekhitarian est de retour au Théâtre Le Contrescarpe à Pais jusqu’au 3 janvier 2027
  • La Tresse, adaptation du roman de Laetitia Colombani mise en scène par Johanna Boyé jusqu’au 10 janvier 2027 au Théâtre de la Renaissance à Paris

Cinéma

  • Les Misérables de Victor Hugo par Fred Cavayé depuis le 14 octobre
  • Le Fantôme de l'Opéra de Gaston Leroux par Alexandre Castagnetti depuis le 28 octobre
  • Scrooge (adaptation du Conte de Noël de Charles Dickens) par Ti West à partir du 11 novembre
  • Hunger Games : Lever de soleil sur la moisson (Nouvelle adaptation de la saga Hunger Games de Suzanne Collins) par Francis Lawrence à partir du 18 novembre
  • Dune: troisième partie (inspiré du livre Le Messie de Dune de Frank Herbert) par Denis Villeneuve à partir du 16 décembre

Hilmarie Figueroa@unsplash


Je vous souhaite à tous un très bon mois de novembre ! 🎃


Ma vie de livreur à Pékin. Hu Anyan

 



Ma vie de livreur à Pékin a été vendu à plus de 200 000 exemplaires en Chine, (sans compter les versions numériques pirates), puis le livre a été traduit en Anglais et publié dans plusieurs pays du globe. Avant de devenir un écrivain à succès, Hu Anyan a exercé de nombreux métiers sans qualification. Il n’a pas toujours été livreur a Pékin, contrairement à ce que suggère le titre. En réalité, il n’a occupé ce poste que deux ou trois ans. Il a abandonné d’autres boulots au bout de quelques jours seulement. En une dizaine d’années, il a été commis de cuisine, vendeur de vêtements, apprenti mangaka, manutentionnaire sur une plateforme logistique, caissier dans un magasin de vélos, équipier de nuit dans une chaîne locale de supérettes, etc. Il a ainsi cumulé une vingtaine d’emplois tous aussi précaires les uns de les autres. Certains sont extrêmement durs physiquement et l’auteur tombe malade à deux ou trois reprises. C’est un manque à gagner important car la plupart des entreprises ne paient pas les cotisations de santé obligatoires. D’ailleurs, elles ne déclarent pas toujours leurs employés non plus. Hu Anyan se fait un peu exigeant car il choisit généralement des sociétés qui respectent le droit du travail. Bon, il faut faire abstraction d’un certain nombre de détails éthiques comme les horaires à rallonge, les amendes sur salaires, le fait de devoir payer son outil de travail (le triporteur pour les livraisons, par exemple) etc.

« L’entretien d’embauche était une formalité puisque, dans les faits, tous ceux qui se présentaient étaient pris. Par contre, les trois premiers jours d’essai n’étaient pas rémunérés, ce qui allait manifestement à l’encontre du Code du travail. En me renseignant sur le sujet, j’avais découvert que toutes les entreprises du parc s’étaient mises d’accord : ceux qui auraient refusé de s’y soumettre pouvaient aller voir ailleurs.(…) On travaillait douze heures par jour même si, la plu part du temps, on pouvait se reposer pendant les deux dernières heures qui étaient plus tranquilles. Par contre, entre 22 heures et 5 heures du matin, c’était sans interruption, impossible de prendre une pause. Pour être plus précis, il y avait d’abord une première période de boulot de 19 heures jusqu’à 21 heures, suivie d’une demi-heure de pause repas. »



La biographie de Hu Anyan nous apprend beaucoup sur le monde du travail en Chine et, en particulier, sur la classe des travailleurs invisibles. La narration est très descriptive, surtout dans la première partie de l’ouvrage. Le récit n’est pas dénoué d’anecdotes humoristiques mais devient vite répétitif et donc un peu monotone. Il faut dire que le narrateur dispose de peu de temps pour s’interroger sur sa condition. Ses emplois gringotent toute sa vie et lui laissent peu de moments de loisirs. Ses sorties se limitent souvent au supermarché du coin qui devient un lieu de promenade comme un autre. Lorsqu’il travaille de nuit, il doit s’abrutir d’alcool pour trouver le sommeil en rentrant chez lui.  Son salaire ne lui donne accès qu’à des co-locations ou des logements minuscules sans climatisation (il fait très chaud à Pékin en été). Son caractère conciliant fait qu’il est bien vu de ses supérieurs hiérarchiques et il entretient généralement de bonnes relations avec ses collègues (cela n’exclut pas quelques disputes liées à la fatigue et aux dysfonctionnements de service). Néanmoins, les mêmes faits entraînent les mêmes conséquences et finissent toujours par pousser le narrateur à la démission. Son témoignage nous donne à voir l’évolution du système économique chinois et surtout ses excès : les conglomérats d’entreprises, l’ubérisation de certains secteurs d’activité, la surconsommation facilitée par l’e-commerce, etc. Par ailleurs, l’auteur est relativement nomade et change de lieu  au gré de ses envies, des emplois qu’il déniche ou de ses relations amoureuses. Il habite en périphérie de la cité où les loyers sont plus abordables. De la ville de Pékin, on retiendra surtout le gigantisme des entrepôts et de certaines résidences. 

NB : Au Québec, l’ouvrage est paru sous le titre Livreur de colis à Pékin aux Editions XYZ.

📌Ma vie de livreur à Pékin. Hu Anyan, traduit par Lucie Modde. Editions Autrement, 320 pages (2026)