La somme de nos folies. Shih-Li Kow

 La somme de nos folies. Shih-Li Kow


La somme de nos folies c’est l’histoire (ou plutôt LES histoires) de la petite communauté de Lubok Sayong dans le Perak. A travers une galerie de personnages pittoresques et une série d’évènements tragi-comiques, Shih-Li Kow nous dévoile les multiples facettes (ethniques, religieuses, politiques, sociales…) de son pays. La Malaisie, nous dit-elle, est un pays en mutation et il s’agit pour la romancière d’en fixer les éléments en voie de disparition.

Le livre de Shih-Li Kow est un roman à deux voix. Celle d’Auyong, un vieil homme appartenant à la communauté chinoise, ancien directeur de supermarché, venu s’installer loin de « KL » (Kuala Lumpur) où il souhaite commencer une nouvelle vie. Mary Anne est la seconde narratrice. C’est une adolescente, qui a vécu les 10 premières années de sa vie dans un orphelinat catholique où toutes les pensionnaires ont un prénom composé commençant par Mary quelque chose (y compris le chat qui s’appelle Mary Matou !). La jeune orpheline n’a pas été adoptée mais recueillie (la nuance est importante) par la famille de Mami Beevi, l’une des héroïnes au caractère bien trempé. Beevi est propriétaire de la « Grande maison », une demeure héritée de son père qu’elle a transformé en bed & Breakfeast. Saïd Hameed l’avait fait construire pour accueillir ses quatre épouses et tout le reste de sa parentèle. De fait, elle est au centre de nombreuses anecdotes familiales dont Beevi régale ses hôtes. Désormais, la maison reçoit de nombreux touristes curieux ou simplement égarés.

Parmi la multitude de personnages secondaires qui peuple ce roman, on peut encore mentionner un artiste-potier beau-gosse, une transgenre au grand cœur et même un poisson géant qui rejoue les dents de la mer. En quelques années, notre petite communauté se trouve confrontée à une inondation sans précédent, la disparition tragique d’un touriste américain, un viol collectif, une invasion d’insectes verts à six pattes… parallèlement à ces tragédies d’un autre âge, les habitants de Lubok Sayong voient leur village entrer dans l’ère de la modernité. Beevi vend sa maison traditionnelle au Moonsoon Island Resort & Spa et la remplace par un terrain de volley. Auyong, quant à lui, prend (un peu malgré lui) la tête du tout nouveau festival LGBT.

Extrait :

« Avec un tel décor de lacs et de montagnes, on n’échappe pas à une légende locale. Si seulement les pères fondateurs de Lubok Sayong avaient eu l’intelligence de nous laisser une relique, quitte à l’enjoliver par ce qu’il faut de superstitions et d’à-peu-près, les guides de voyage nous incluraient aujourd’hui dans leurs itinéraires. Malheureusement, Lubok Sayong n’abrite aucun célèbre champ de riz calciné ni aucun tombeau controversé d’un guerrier vaincu, comme sur l’île beaucoup plus touristique de Langkawi. Chez nous, la légende est servie comme les nasi lemak bungkus : réchauffée, à peine garnie, et en portion bien trop chiche pour satisfaire l’appétit et l’imagination. D’après la légende, une princesse importée, de Chine ou d’Aceh selon les versions, se jeta d’une falaise de calcaire parce qu’on voulait la marier à un prince guerrier des environs. Le promis, goujat et laid, qui n’était pas de première fraîcheur, avait déjà trois épouses et tout un harem. Pas vraiment de quoi faire rêver une jeune vierge de sang royal associant l’amour à des lettres en vers et des rendez-vous au clair de lune au bord d’un bassin de lotus. Quand elle s’écrasa au cœur de la forêt, son sang forma le lac connu sous le nom de Tasik Bini Empat, « lac de la Quatrième Épouse ». 

📚D'autres avis que le mien chez Kathel, Keisha, Fanja et Sunalee

📌La somme de nos folies. Shih-Li Kow. Zulma, 320 p. (2020)

La Team Batista. Takeru Kaidō

La Team Batista. Takeru Kaidō


 Contrairement à ce qu’on pourrait penser la Team Batista n’est pas une équipe sportive même si le fait de se tenir debout pendant des heures dans un bloc opératoire tient de l’exercice d’endurance. Il ne s’agit pas non plus d’une équipe médicale originaire d’Amérique du Sud. Nous sommes bien au Japon et plus précisément dans le saint des saints de l’hôpital universitaire de Jōtō. C’est ici que sévissent les « Sept Glorieux », c’est-à-dire les membres de la « Team Batista », dirigée par le célèbre chirurgien Kyoichi Kiryū. Cette équipe médicale emprunte son nom au cardiologue brésilien Randas J. V. Batista, l’initiateur de la procédure du même nom. Sans entrer trop dans les détails, on peut préciser que cette opération médicale (dont le nom officiel est « ventriculectomie partielle gauche ») vise à améliorer le fonctionnement d’un cœur atteint de cardiomyopathie dilatée. C’est un geste très délicat qui nécessite une grande technicité. 

Le docteur Kiryū, fraîchement rentré des Etats-Unis, enchaîne d’abord les succès. Ensuite, la tendance s’inverse inexplicablement et l’équipe perd plusieurs patients sur le billard. C’est là qu’intervient l’indolent Kohei Taguchi, bien malgré lui. En effet, Ce neurologue plein d’empathie mais sans ambition, est désigné volontaire par le directeur de l’hôpital pour enquêter discrètement sur les raisons du dérapage. Notre enquêteur, d’abord désarçonné, s’attèle néanmoins très sérieusement à sa tâche. Il doit pour cela, délaissé ses patients du Cabinet des grognons, ainsi surnommé par les esprits malveillants de l’hôpital. Dans les faits, le Dr Taguchi reçoit les malades dont les symptômes restent inexpliqués. Il passe donc ses journées, dans un bureau bien caché, à écouter ses patients psychosomatiques en buvant du café. Le pompon est atteint quand notre sympathique médecin est contraint de faire équipe avec un agent du ministère de la santé dont les méthodes sont pour le moins hétérodoxes. Le personnage fait penser à l’inspecteur Colombo. Personne ne le prend au sérieux, pourtant il est diablement efficace et particulièrement agaçant.  Le très poli Dr Taguchi se voit ainsi poussé dans ses retranchements, tout comme l’équipe des sept glorieux.

Franchement, je me suis régalée. Nous avons une galerie de personnages extraordinaires dont les portraits sont brossés tout en finesse. L’intervention de Keisuke Shiratori, fonctionnaire « tout terrain » du ministère, crée des situations drolatiques et des dialogues jubilatoires. Pour le reste, on a le sentiment que les hôpitaux universitaires nippons fonctionnent sensiblement comme les nôtres : blocages administratifs, égos surdimensionnés, bruits de couloirs dévastateurs, stratégies machiavéliques et luttes de pouvoir… mais aussi des personnalités brillante et motivées, car rien n’est jamais totalement blanc ou noir en ce monde. 

Takeru Kaidō, l’auteur de ce polar désopilant semble avoir plusieurs points avec son héros (le Dr Taguchi) et pas uniquement physiques puisqu’il est également médecin dans la vraie vie. Sur le site de son éditeur, on apprend que ce roman (paru en 2006 au Japon) a été adapté à la télévision et au cinéma (entre 2008 et 2014). Pour ma part, je trouve qu’il n’est pas sans rappeler le manga de Taro Nogizaka et Akira Nagai, intitulé Team Medical Dragon (Glénat, 25 vol). Cette série, qui met également en scène des praticiens spécialistes de la procédure Batista, a été prépubliée entre 2002 et 2010 dans le magazine Big Comic Superior et a été adaptée en « drama » sur Fuji TV (2006-2007).

La maison d’édition des Ateliers Akatombo a été fondée en 2017 par Dominique et Frank Sylvain. Elle est spécialisée dans la littérature japonaise de genre (Science-fiction, polars, romans érotiques…). Parmi les premiers romans parus, on peut mentionner Le Loup d’Hiroshima de Yūko Yuzuki, Le Point zéro de Seichô Matsumoto, Rouge est la nuit de Tetsuya Honda, La leçon intégrale de photographie de Nobuyoshi Araki, Nuage orbital de Taiyô Fujii ou La Forêt des vipères d’Ayano Ukami. 

📌La Team Batista. Takeru Kaidō. Atelier Akatombo, 370 p. (2021)


La cabane magique T.2. Mary Pope Osborne

 

La cabane magique T.2. Mary Pope Osborne


Le mystérieux chevalier, second tome de La cabane magique, nous conduit au Moyen-Age. Pour mémoire, dans le premier tome de la série, nous faisions connaissance avec Tom et Léa, respectivement âgés de 9 et 7 ans. Le frère et la sœur avait découvert une cabane remplie de livres, dans le bois de Belleville. Les enfants s’étaient vite rendus compte qu’en ouvrant un livre et en faisant un vœu, ils pouvaient se téléporter dans le lieu et à l’époque de leur choix. Ils s’étaient alors retrouvés au cœur de la préhistoire où ils avaient échappé de justesse à un dinosaure affamé. De ce voyage ils avaient rapporté un mystérieux médaillon en or gravé d’un M.

Dans ce second volet, nous retrouvons, Tom et Léa, le lendemain de leur aventure, au saut du lit. Il est 5h30 du matin. Le garçon a passé toute la nuit à s’interroger sur son étrange aventure. Léa, sa sœur, vient le rejoindre dans sa chambre. Elle est persuadée que la cabane perchée en haut d’un arbre appartient à un magicien. Le frère et la sœur décide finalement de retourner sur place pour surprendre le propriétaire des lieux. Evidemment, il n’y a personne. Léa, émoustillée par sa précédente expérience, s’empare d’un livre sur les chevaliers. Et voilà nos deux héros propulsés en plein Moyen-Age, aux portes d’un magnifique châteaux. Tom, moins téméraire que sa sœur, voudrait rentrer immédiatement chez eux. Mais Léa, l’intrépide, compte bien visiter l’édifice. C’est le début d’une nouvelle aventure qui va les conduire sur les traces d’un mystérieux chevalier… 

On retrouve ici les mêmes ressorts que dans le volume précédent. Une petite aventure où les deux héros se trouvent en difficulté et échappent de justesse à un triste sort. L’histoire se déroule également sur 10 chapitres comme dans La vallée des dinosaures. La recette fonctionne plutôt bien et permet d’aborder une nouvelle période de l’histoire. Il s’agit, certes, d’une simple toile de fond mais il ne faut pas oublier que la série s’adresse à de jeunes lecteurs à partir de 7 ans. 

La Cabane magique n’est pas sans rappeler les deux séries romanesques imaginées par Enid Blyton: le Club des cinq et le Clan des sept dont les aventures restent néanmoins ancrées dans l’époque contemporaine. 

📌La cabane magique T.2, Le mystérieux chevalier. Mary Pope Osborne. Bayard, 80p. (2020)


L’invention du dimanche. Pierré & Billon-Spagnol

 L’invention du dimanche. Pierré & Billon-Spagnol


En ce dimanche pluvieux d’octobre, Polly se sent toute ramollo. Allongée sur le tapis du salon familial, elle se demande à quoi sert le dimanche. Le samedi, c’est rigolo. On fait plein d’activités géniales comme jouer avec les copains, regarder des dessins animés ou manger des pizzas… mais le dimanche, c’est nul. En plus, il faut faire ses devoirs pour le lundi, prendre un bain, aller se coucher tôt… bref, c’est une journée tristounette… même les promenades n’ont pas la même saveur ! Franchement, celui qui a inventé le dimanche devrait revoir un peu sa copie. Qu’à cela ne tienne ! Polly décide d’aller lui rendre une petite visite. Bravant la pluie et les rues désertées, la fillette part à la recherche de l’inventeur du dimanche. C’est un monsieur tout triste et tout gris qui a perdu la recette du bonheur. Grâce aux conseils du voisin, le joyeux Monsieur Samedi, Polly va l’aider à retrouver des ingrédients positifs pour embellir la dernière journée de la semaine. 

L’invention du dimanche est un petit livre illustré plein d’humour et de poésie. C’est une histoire attachante qui donne du baume au cœur les jours de pluie et d’ennui. Il s’adresse aux jeunes lecteurs à partir de 7ans. Les chapitres sont donc courts et la police d’écriture adaptée à leurs petits yeux. 


L’invention du dimanche. Pierré & Billon-Spagnol. P4-5


La dessinatrice, Estelle Billon-Spagnol, a une bibliographie bien fournie. Elle travaille avec plusieurs maisons d’éditions dont Grasset, Magnard, Sarbacane et Talents-hauts. Son dernier ouvrage est un album intitulé Crocky : féroce visiteur du grand bois (Grasset, 2021).

Coline Pierré, l’autrice, écrit essentiellement pour la jeunesse. Elle a signé de nombreux livres aux éditions du Rouergue, à L’école des loisirs et chez Poulpe Fictions. Certains ont été écrits à deux mains avec son compagnon, l’écrivain Martin Page, dont Clara l'extraterrestre : à quoi servent les humains ? (Poulpe Fictions, 2020). L’œuvre de Coline Pierré a été récompensée par plusieurs prix, parmi lesquels le prix Tapage des collégiens (2018) et le Prix Maya (2020). Elle a également été nominée pour Le Prix Renaudot des Benjamins (2020).

📌L’invention du dimanche. Coline Pierré & Estelle Billon-Spagnol. Poulpe Fictions, 48 p. (2020)


Enigmes à tous les étages, T.7. Paul Martin

Enigmes à tous les étages, T.7. Paul Martin


 Qui ne connait pas encore les Enigmes à tous les étages ? Cette collection de livres-jeux compte actuellement 8 tomes. Chaque ouvrage propose une série de 12 énigmes à résoudre sur une thématique particulière. Il y a, par exemple, un volume dédié aux espions, un autre à Paris, ou encore à la mythologie et aux arts. 

Pour jouer, c’est très simple. Il faut résoudre les énigmes et démasquer les coupables. Pour chaque enquête, il y a une scène de crime à observer, des témoins à interroger et des questions pour guider les détectives en herbe. Chaque scène en double page se replie pour créer un intérieur et un extérieur. Il faut bien observer car il peut y avoir des indices cachés dans le décor. Au début de chaque enquête, une petite icône indique le niveau de difficulté sur une échelle de 1 à 3. Les solutions sont présentées à la fin de l’ouvrage.


Enigmes à tous les étages, T.7. Paul Martin. P43-44


Ce septième volume, intitulé Rendez-vous chez les dingos*, est bourré de clins d’œil à l’univers enfantin mais aussi à la littérature, au cinéma, à la culture populaire. On y trouvera ainsi des références à James Bond (006 contre docteur Dingo), à Harry Potter (Un tricheur à Boudlard) ou aux Contes des mille et une nuits (Ali Babette et les 7 farceurs). Je vous recommande de garder ce volume pour les après-midis d’automne ou d’hiver car il y a une enquête sur le thème d’Halloween et une autre avec le Père Noël.

Parmi toutes les aventures proposées à nos jeunes détectives, il y a par exemple celle intitulée Bazar au zoo du futur. « Nous sommes en 2076. Une créature très rare, le Klaxoncoptère, a disparu du zoo qui abrite des animaux extra-terrestres. A toi de mener l’enquête ! ». Il faut interroger les témoins et les suspects. Zool Ogik, le robot directeur du musée, nous apprend que le parc n’était ouvert que depuis une demi-heure quand le Klaxoncoptère s’est volatilisé. Les visiteurs n’ont donc pas pu visiter plus d’une zone. Cap Ture, la chasseuse d’extra-terrestre précise que le spécimen est un animal capable de nager comme de voler. Il faut donc observer tous les recoins du zoo, déterminer dans quelle zone vivait le Klaxoncoptère, comment il a pu en sortir et où se trouvait chaque suspect. Tu as trouvé qui a est le coupable ?


Enigmes à tous les étages, T.7. Paul Martin. Collection


Ce volume, comme les précédents, est très attrayant. Les illustrations sont jolies et amusantes, les textes sont courts et les histoires bourrées d’humour. Cette collection est idéale pour inciter les réfractaires à la lecture à mettre un peu le nez dans les livres. Ceux qui aiment déjà lire se régalent également.  Vivement le prochain ! Et comme les enfants grandissent vite, il serait bon de songer à une version pour les lecteurs aguerris. 

* La collection a fait l'objet de nouvelles éditions et les titres des tomes ont changé. Dans l'édition de 2022, le tome 7 porte le titre d'Enquêtes sans queues ni têtes

📌Enigmes à tous les étages T07: Rendez-vous chez les dingos ! Paul Martin. Bayard, 64 p. (2020)


Réfugiés climatiques et castagnettes. David Ratte

Réfugiés climatiques et castagnettes. David Ratte


 Je découvre David Ratte, illustrateur et scénariste, à travers cette bande dessinée intitulée Réfugiés climatiques et castagnettes. Le titre semble un peu surprenant au premier abord mais il donne bien le ton : l’auteur aime traiter ses sujets avec humour. Il a d’ailleurs reçu le Prix « Henri Roumat » du meilleur album d’humour au Festival International de la Bande Dessinée de Chambéry en 2007 pour son album Toxic Planet T1.  David Ratte est l’auteur de plusieurs œuvres dont Le Voyage des Pères (éd. Paquet) ou Ma fille, mon enfant (éd. Grand Angle). Il a également contribué à Lanfeust Mag, sous la direction de Christophe Arleston.

A travers cette nouvelle série, David Ratte aborde des thèmes qui semblent lui tenir à cœur, à savoir l’écologie et la mixité sociale. On ne peut pas dire qu’il s’agisse réellement d’une histoire d’anticipation mais l’intrigue se déroule dans un futur très proche.  


Réfugiés climatiques et castagnettes. David Ratte. P8-9


Le réchauffement climatique a fait des ravages, rendant inhabitables la plupart des pays d’Europe du sud et du bassin méditerranéen. Les réfugiés se comptent par dizaine de milliers. Le gouvernement français organise l’accueil des Italiens, des Espagnols et des Portugais dans l’Hexagone. Les mesures sont drastiques et le ministère de l’écologie et de la crise climatique doit procéder à des réquisitions d’espaces dans les logements parisiens. Louis Clémant-Barbier, un jeune homme issu de la bourgeoisie est propriétaire d’un grand appartement dans le 16ème arrondissement. A l’instar de ses voisins, il reçoit un ordre d’hébergement. C’est ainsi que la famille Gomez entre dans la vie bien ordonnée de notre notable parisien. Comme on s’en doute, ses réfugiés climatiques vont bouleverser ses habitudes et, on imagine, son mode de pensée.

Réfugiés climatiques et castagnettes est semble-t-il destiné à constituer un diptyque. Comment l’auteur va-t-il parvenir à conclure son histoire en deux tomes ? De mon point de vue, ce premier tome sert essentiellement à planter le décor et camper les personnages. A suivre !

📌Réfugiés climatiques et castagnettes. David Ratte. Grand Angle, 56 p. (2021)


La Famille Souris dîne au clair de lune. Kazuo Iwamura

La Famille Souris dîne au clair de lune. Kazuo Iwamura


 Les quatorze membre de la famille souris sont bien occupés aujourd’hui. Nous les retrouvons dans la forêt. Mais que font-ils ? Petite sœur est hissée en haut d’un arbre grâce à une poulie en forme de balançoire, tandis que les grands grimpent jusqu’au sommet à l’aide d’échelles en bois. Ils sont en train de construire une plateforme pour manger au clair de lune ! On apporte les provisions et le reste de la famille vient rejoindre la fratrie. Tout le monde regarde le coucher de soleil puis l’apparition de la lune. Ici, à la cime des arbres, le paysage est magnifique ! Ensuite, grand-père raconte des histoires et on joue de la musique. Quelle belle soirée !

L’illustrateur japonais Kazuo Iwamura a enchanté plusieurs générations d’enfants (et de parents) grâce aux aventures de la famille souris. Il faut dire qu’il y a bien du monde dans cette fratrie : sept enfants dans la série Les souris (en collaboration avec Haruo Yamashita pour le scénario) et dix souriceaux dans les albums de La famille souris. Dans cette famille traditionnelle japonaise, il faut ajouter les parents et les grands parents car ils vivent tous sous le même toit. Les activités du clan se font presque toujours en commun. Ainsi, à travers une quinzaine de livres, les petits lecteurs peuvent suivre les souris dans toutes les étapes de leur vie : bâtir son logis (Une nouvelle maison pour la famille souris), fabriquer des luges et des jeux de société (L'hiver de la famille Souris), récolter des provisions (La famille Souris et la racine géante), laver le linge (La lessive de la famille souris), organiser un repas de fête (La famille souris prépare le nouvel an), aller à l’école et prendre les transports en commun (Le train des souris), profiter des vacances et se baigner dans la mer (Les souris à la plage)…. Toutes ces histoires, qui présentent des textes simples accompagnés de magnifiques illustrations à l’aquarelle, s’adressent aux enfants de 2 à 6 ans. 

📌La Famille Souris dîne au clair de lune. Kazuo Iwamura. L’école des loisirs, 40 p. (1988)


La cabane magique T.1. Mary Pope Osborne

 La cabane magique T.1. Mary Pope Osborne


Ce premier tome de La cabane magique, nous transporte au commencement du monde, c’est-à-dire durant la préhistoire. Tom et Léa, frère et sœur, découvrent une cabane dans le bois de Belleville, tout près de chez eux. Intrigués, ils visitent les lieux, découvrent une grande bibliothèque et feuillètent un livre. L’un d’eux, rêveur, fait un vœu : celui de se trouver face aux dinosaures qu’il voit dans le livre. Tout à coup, le vent se lève et la cabane semble s’envoler dans un tourbillon. L’atterrissage est rude pour nos deux héros ! Pire ! Ils s’aperçoivent très vite qu’ils ont été téléportés très loin dans le passé…et se trouvent bientôt nez à nez avec le terrible Tyrannosaure.

Sans nous transporter dans l’univers bien plus violent de Jurassic Park, La vallée des dinosaures nous offre une aventure honnête avec ce qu’il faut de frissons pour des enfants à partir de 7 ans. Il n’y a pas moults rebondissements mais le niveau de lecture est respecté. Une bonne partie des ouvrages de la série respectent le même plan, à savoir dix chapitres courts sur 80 pages. Il y a quelques illustrations qui viennent égailler le texte.

La série imaginée par Mary Pope Osborne compte plus de 50 titres. Du coup, pratiquement tous les sujets imaginables sont abordés dans la cabane magique : dinosaures, pirates, pyramides égyptiennes, mondial de football, voyage sur la lune, forêt amazonienne, protection des pandas, naufrage du Titanic, châteaux hantés, ouragans au Texas, légende arthurienne, etc. Apparemment l’auteur trouve encore le temps d’écrire, à plusieurs mains avec sa sœur et son mari, les Carnets de La Cabane Magique (23 volumes à ce jour) qui sont des guides associés à la série originale. Si on en croit son site Internet, Mary Pope Osborne a écrit plus de 100 livres pour la jeunesse.

Comme dans n’importe quelle série, il y a une histoire de fond avec des personnages récurrents et une aventure résolue en un seul épisode. Les héros principaux sont Tom, âgé de 9 ans, et Léa, sa sœur âgée de 7 ans. L’ainé est très calme et réfléchi tandis que sa cadette est plus téméraire. Ainsi, tous les enfants peuvent s’identifier aux personnages. Parmi les personnages qui apparaissent au fur et à mesure des aventures, il y a la fée morgane et Merlin l’enchanteur. 

En France, les livres non pas été traduits dans le même ordre que dans la série originale mais les trilogies ou tétralogies sont respectées. Ainsi, les livres sont divisés en plusieurs saisons qui n’ont pas de lien entre elles et peuvent être lues dans le désordre : Dans la première saison (tomes 1 à 4), les héros découvrent la cabane et comprennent que les livres qui s’y trouvent leur permettent de voyager dans le temps et l’espace. Dans la seconde saison (tomes 5 à 7), la fée Morgane est transformée en souris. Dans la troisième saison (tomes 8 à 11) les livres de la bibliothèque sont en danger et les enfants doivent les sauver… et ainsi de suite jusqu’à la saison 14 (tomes 52 à 55). Le dernier tome n’est pas encore paru en France. 

📌La cabane magique T.1, La vallée des dinosaures. Mary Pope Osborne. Bayard, 80 p. (2020)


La semaine des bêtises. Cabrol & Graux

 La semaine des bêtises. Cabrol & Graux

Parmi les ouvrages favoris de mon doudou, il y a La semaine des bêtises de Mily Cabrol et Amélie Graux chez Milan Jeunesse. Nous l’avons lu en boucle pendant des mois ! Evidemment, l’histoire a tout pour plaire aux jeunes enfants car Mila, l’héroïne, accumule les bêtises tout au long de la sainte semaine ! Le lundi, elle décide de prendre un bain avec ses jouets et fait déborder des trombes d’eau dans la pièce. Le mardi, Mila veut cacher un trésor de pirates dans le jardin et écrase toutes les plantations de son papa. Le mercredi, la petite chipie a sorti tous ses jouets du placard et mis un beau désordre dans sa chambre. Sa maman n’était pas contente du tout. Les jours de la semaine défilent ainsi jusqu’au dimanche. Ce jour-là, Mila accorde une trêve à ses parents éprouvés. Du coup, il est bien difficile de lui tenir rigueur de ses sottises passées ! Les situations ne sont pas sans nous rappeler quelques souvenirs… les textes font beaucoup sourire et les dessins sont très drôles.

La semaine des bêtises est la suite de C’est pas moi c’est mon loup ! (Milan, 32 pages, rééd. 2018) qui a été récompensé par le Prix Millepages 2012 et le Prix des Incorruptibles 2013-2014 (catégorie CP). A ce sujet, il faut noter que les deux albums sont accessibles aux enfants à partir de 3 ans. Dans ce premier album, Mila fait déjà beaucoup de bêtises. Elle raconte aussi pas mal de mensonges puisqu’elle accuse toujours son loup imaginaire !  

Il existe de nombreux albums sur le même thème. Parmi les ouvrages récents, on peut mentionner Calamity Chat ! de Nicola O'Byrne (Père Castor-Flammarion, 32 pages, 2021) pour les enfants de 3 à 6 ans. Roudoudou est un chat vraiment adorable…mais qui fait beaucoup de bêtises dans l’appartement de ses maîtres : il casse un vase plein de fleurs, joue avec les pelotes de laine, griffe le canapé, etc.  Faut-il le mettre dehors pour le punir ? Il a l’air si triste qu’on est prêt à tout lui pardonner. 

Autre album paru cette année, Le rouge à lèvres de Laura Dockrill et Maria Karipidou (Talents Hauts, 40 pages, 2021) nous conte l’histoire d’un petit garçon qui fait de grosses bêtises avec le maquillage de sa maman pendant qu’elle travaille sur son ordinateur. Il se met plein de rouge à lèvres sur la bouche puis fait un gros bisou au miroir. Ensuite, notre jeune héros décide de se laisser guider par son esprit créatif et fait des dessins dans toute la maison, depuis la salle de bain en passant par la cuisine et la chambre de sa grande sœur… même le chat est redécoré en deux temps et trois mouvements… son papa, en pleine séance de méditation, n’a rien vu du tout. 

📌La semaine des bêtises. Mily Cabrol et Amélie Graux. Milan, 24 p. (réédition. 2018)


True story. Kate Reed Petty

True story. Kate Reed Petty

 

En anglais "True Story" signifie histoire vraie. Or, c’est bien la question qui taraude le lecteur pendant toute la lecture de ce premier roman de Kate Reed Petty. En fait, il s’agit moins de savoir si les évènements qui nous sont rapportés sont inspirés de la vie de l’auteur que de déterminer qui dit la vérité parmi les protagonistes… où plutôt que s’est-il passé exactement ce soir d’été 1999 à la fête organisée par l’équipe de Lacrosse ? La rumeur est née lors de l’After au restaurant Denny’s. Elle va s’amplifier jusqu’au scandale et continuer son œuvre sur la psyché d’un groupe de personnages pendant plus de 15 ans. 

Alice Lovett, lycéenne dans un établissement privé a-t-elle été victime d’attouchements alors qu’elle était ivre ? La jeune fille elle-même est bien incapable de répondre à cette question puisqu’elle a perdu connaissance. Max Platt et Richard Roth, les deux membres de Lacrosse se sont eux-mêmes accusés avant de se rétracter. Les deux adolescents ont-ils voulus bêtement impressionner leurs amis sans imaginer les terribles conséquences de leur mensonge ? Nick, leur équipier et narrateur occasionnel du roman, se range dans leur camp. Il va participer à la discréditation d’Haley Moreland, la lanceuse d’alerte et la meilleure amie d’Alice, avec laquelle il a flirté ce soir-là. 

True Story ne se contente pas de faire écho à la prise de conscience grandissante de l’opinion publique vis-à-vis des violences faites aux femmes. Certes, le mouvement me-too, lui offre une audience avertie mais Kate Reed Petty n’a pas choisi la facilité pour traiter son sujet. La romancière américaine a expliqué, lors de différentes interviews, que l’idée de ce roman lui est venue en 2006 alors qu’elle était étudiante. A cette époque, elle a été frappée par le peu de crédit accordé à la parole des femmes en cas de viol.  Elle a donc décidé d’en prendre le contrepied en se plaçant d’un autre point de vue. Je n’en dirais pas plus ici pour ne pas dévoiler toute l’intrigue de ce livre à mi-chemin entre polar et roman social.

L’autre aspect déroutant de ce roman est sa forme. Il s’agit d’une sorte de patchwork constitué de récits à la première ou à la seconde personne du singulier, de retranscriptions d’interviews, d’extraits de scénarios cinématographiques ou de brouillons de lettres de motivations écrites par Alice pour son entrée à l’Université. Tous ces éléments semblent faire écho aux collages d’Haley, devenue une réalisatrice renommée ou à la mémoire d’Alice dont ils constitueraient les fragments d’un puzzle à reconstituer. J’avoue que j’ai trouvé cela tantôt terriblement intelligent, tantôt extrêmement dérangeant. Dérangeante aussi, je pense, l’attitude de certains protagonistes mais tellement crédible hélas par rapport à la vraie vie. En revanche, je dois confesser que la passivité de quelque uns dans la vie quotidienne m’a vraiment exaspérée. Je pense en particulier à Nick, le bon copain pas très malin, qui se laisse porter par les évènements et submerger par la culpabilité sans vraiment se rebeller. C’est d’ailleurs ce qui va le conduire à sa perte.

True Story a bénéficié d’un excellent accueil dans les médias français et américains. Lors d’une émission de la Grande Librairie tournée exceptionnellement à New-York, Kate Reed Petty a accordé un entretien à François Busnel où elle présente son livre. True Story a aussi fait l’objet d’une recension de Juliette Arnaud sur France Inter. 

Un autre avis que le mien concernant ce livre sur le blog d'Athalie

📌True story. Kate Reed Petty. Gallmeister, 352 p. (2021)


La malédiction de la momie. R.L. Stine

La malédiction de la momie. R.L. Stine


 La malédiction de la momie est le premier volume de la fameuse série Chair de poule (traduction littérale des versions américaines Goosebumps et Goosebumps Series 2000) adaptée à la télévision et au cinéma. Son auteur, Robert Lawrence Stine, a publié pas moins de 87 livres entre 1992 et 2000, sans compter les spin-off (Monsterland, Slappyworld, etc) ! Seuls 74 titres ont été traduits en Français mais ils ont été réédités plusieurs fois par la maison d’édition Bayard. Bref, un succès qui ne se dément pas depuis presque 3 décennies et autant de générations d’enfants. 

La malédiction de la momie (The Curse of the Mummy's Tomb en V.O) ne fait pas partie des titres ayant bénéficiés d’une adaptation à l’écran. Ce premier épisode de la série nous conduit tout droit en Egypte où le narrateur, Gabriel (un pré-adolescent âgé de 12 ans), s’est rendu en compagnie de sa mère et de son père. Alors que la petite famille séjourne dans un hôtel du Caire, un appel téléphonique vient bouleverser le circuit prévu. Les parents de Gabriel doivent se rendre à Alexandrie pour affaires. Le garçon sera donc confié à l’oncle Ben, un archéologue qui travaille sur le site de la grande pyramide. Sa fille Sari, qui est en vacances, sera là aussi. Gabriel est moyennement enchanté de sa présence car sa cousine est du genre téméraire et un peu moqueuse. Peu importe, notre héros est passionné d’antiquités égyptiennes et se réjouit à l’avance de visiter l’une des plus mystérieuses pyramides. Evidemment, il ne se doute pas un instant que d’incroyables aventures l’attendent dans ses galeries souterraines.

Mon doudou, qui avait vu les deux films réalisés par Rob Letterman, était super pressé de lire ce roman. Il faut dire qu’il adore les histoires de revenants et de monstres (du moment que cela ne fait pas trop peur quand même). Par exemple, il n’en menait pas large face à la momie de Toutânkhamon présentée lors de l’exposition le trésor du pharaon à la grande halle de La Villette, il y a deux ans.

De ce point de vue, le roman semble parfaitement adapté à l’âge ciblé (à partir de 9/10 ans). L’histoire fait frissonner les jeunes lecteurs sans les traumatiser pour autant. Pourtant, doudou a commencé à s’impatienter un peu au cours de la lecture. Il faut reconnaître que le scénario manque d’action et que les momies arrivent assez tard (elles n’apparaissent qu’aux deux tiers du roman et de manière plutôt fugace). Du coup, en dépit de l’atmosphère de plus en plus étouffante et de la présence de quelques nuisibles dans la chambre funéraire, le doudou est resté un peu sur sa faim. 

Pour ma part, il me semble que c’est un roman plutôt classique du genre, à savoir une histoire horrifique pour la jeunesse, composée d’un savant mélange de fantastique, d’aventure et d’humour. N’oublions pas aussi que le texte a été écrit il y a presque 30 ans et qu’il s’agit d’une traduction. De fait, si on veut chercher la petite bête, on pourrait dire qu’il manque peut-être un petit supplément d’âme ou un vocabulaire plus contemporain. 

Il existe de nombreux romans sur le thème de l’Egypte ancienne comme Les Secrets de Toutânkhamon d’Emma Carroll, publié en 2020 chez Gallimard (à partir de 10 ans). Pour les petits esprits cartésiens, on peut citer le documentaire de Fleur Daugey, Qui a peur des momies ? (à partir de 8 ans), paru chez Actes Sud Junior en 2018. Sinon, pour les enfants qui aiment se faire peur, il y a du choix :

  • La série Trouille Académie aux éditions Poulpe Fictions (à partir de 9 ans) 
  • Les romans de N.M. Zimmermann, Horror Games chez Play-bac : Ne te retourne pas et Le collège des Zombies (à partir de 9 ans)
  • La série Le Passeur de Fantômes chez Auzou (à partir de 9 ans)
  • La collection des Bus de l’horreur chez Bayard (à partir de 10 ans) 


📌La malédiction de la momie. R.L. Stine. Bayard, 144 p. (Rééd. 2020)