Le voyage de Hilary Byrd. Carys Davies

Le voyage de Hilary Byrd. Carys Davies


📚Il y a des rencontres littéraires qui tardent à se produire et nécessitent parfois des intermédiaires. Le voyage de Hilary Byrd est paru en France en avril 2022 sans susciter, semble-t-il, l’intérêt des lecteurs. Or, une note de lecture enthousiaste de Kathel, publiée sur le blog Lettres Exprès, m’a rappelée que ce livre se trouvait justement sur l’une des étagères de ma bibliothèque. Il aurait été dommage de l’oublier définitivement car ce roman très touchant et bien écrit vaut effectivement qu’on s’y attarde un peu. J’invoque donc aujourd’hui le pouvoir de prescription de la blogosphère pour donner à ce roman, une petite place sur nos tables de chevet. Plus sérieusement, je vous recommande vraiment de le lire car les personnages vaillent la peine qu’on s’intéresse à leur sort.

Hilary Byrd n’a rien d’un oiseau voyageur. C’est un quinquagénaire britannique, ex-bibliothécaire dépressif et sans grande envergure. Loin de coller au profil du baroudeur bronzé et audacieux, notre bonhomme est plutôt porté sur l’apprentissage des langues étrangères, la cuisine et la couture. Grand nostalgique du temps où les bibliothèques étaient les sanctuaires silencieux (et désertés) de la connaissance, il a préféré démissionner de son poste et partir loin… en Inde. Après moultes déconvenues liées au climat et à un budget un peu trop serré, le voilà débarqué à Mettupalayam dans l'état du Tamil Nadu, au sud de l’Inde. L’affable pasteur de l’église St Peter’s, surnommé le Padre par ses paroissiens, lui a proposé de loger dans un confortable bungalow jouxtant le presbytère. C’est dans ce havre de paix que notre héros réapprend à vivre et à espérer. L’espoir justement, c’est la clé de l’intrigue qui lie les personnages entre eux et le catalyseur qui fera exploser la petite communauté dont les différents desseins sont inconciliables. 

Carys Davies signe une intrigue remarquablement bien construite, autour d’une galerie de personnages attachants. On y croise un conducteur de rickshaw en mal d’amitié, un coiffeur rêvant de percer dans la musique country et une orpheline handicapée cachant un doux secret. 

Sensible et paisible en apparence, ce roman cache une foultitude de sentiments puissants qui s’imbriquent au fil du récit. Il aborde, sans avoir l’air d’y toucher, des sujets tabous comme la colonisation anglaise ou les conflits religieux en Inde. Un roman à ne pas manquer ! D'ailleurs Ingannmic l'a aimé aussi.

📌Le voyage de Hilary Byrd. Carys Davies. Seuil, 313p. (2022)


Une rétrospective. Juan Gabriel Vásquez

Une rétrospective. Juan Gabriel Vásquez


Voilà une saga familiale et historique comme je les aime ! Juan Gabriel Vásquez s’est penché sur la biographie de son concitoyen, le réalisateur colombien Sergio Cabrera. Il faut dire qu’il y a de la matière (et je ne parle pas de son œuvre cinématographique) : les jeunes années du cinéaste ressemblent à un scénario de film ! L’écrivain établit d’emblée un parallèle avec une rétrospective organisée à Barcelone en octobre 2016, alors que Sergio Cabrera vient de perdre son père (Fausto). Arrivée la veille en Espagne pour animer les débats autour de son œuvre, le réalisateur renonce à se rendre à l’enterrement de Fausto à Bogotá. Il doit de toute façon retrouver son fils aîné (Raul) à Barcelone et régler ses problèmes de couple avec sa dernière femme (Sylvia). L’ambiance et les circonstances se prêtent néanmoins assez bien à une introspection.

« Une rétrospective est une œuvre de fiction, mais elle ne contient aucun épisode imaginaire (…) le propos de la fiction a consisté à extraire la figure de ce roman de la gigantesque parcelle de montagne qu’est l’expérience de Sergio Cabrera et de sa famille telle qu’elle m’a été révélée pendant sept ans de rencontres, qui se sont soldées par trente heures de conversations enregistrées. D’après les archives sonores de mon téléphone portable, la première a eu lieu le 20 mai 2013 dans mon bureau, à Bogotá… » peut-on lire dans une note de l’auteur à la fin du livre. Cette masse d’informations biographiques dont il parle, remonte sur plusieurs générations et se confond avec la grande histoire. Quelques photos provenant des archives familiales des Cabrera illustrent le livre.

Domingo, le grand-père né aux Canaries au début du 20ème siècle inaugure la saga des Cabrera. Son esprit d’aventure le conduit à Cuba, en Argentine et au Guatemala où il rencontre son épouse, Julia Diaz Sandino, une aristocrate madrilène. La famille Cabrera (qui compte 3 enfants dont Fausto) se trouve ainsi à Madrid lorsque le roi Alphonse XIII subit l’assaut des Fantômes de la république et à Barcelone au début de la guerre civile espagnole. Avec l’oncle Felipe, ils se rendent d’abord en France pour fuir Franco puis s’embarquent sur le premier bateau vers les Amériques pour échapper à l’avancée hitlérienne. C’est donc presque par hasard que les Cabrera se retrouvent en République Dominicaine.

L’aventure familiale se poursuit avec Fausto, digne fils de Domingo, qui quitte les Caraïbes pour chercher la gloire à Bogotá. Nous sommes en juin 1945, Hitler s’est suicidé dans son bunker et le jeune aspire à devenir acteur. Après une série de récital à Medellin, il rencontre Luz Elena Cardenas. Sergio, leur fils, nait le 20 avril 1950 et sa sœur, Marianella, deux ans plus tard. Le 13 juin 1954, le président de la république, Gustavo Rojas Pinilla, déclare la mise en service de la télévision en Colombie. La carrière de Fausto est lancée. Quelques années plus tard, les Cabrera vivent dans un quartier huppé où leurs enfants fréquentent le lycée français… mais le couple bat de l’aile. Aussi lorsqu’une opportunité professionnelle se présente en Chine, ils décident d’accepter et de prendre un nouveau départ. Ils arrivent à Pékin au début des années 60, c’est-à-dire à la fin de la grande famine engendrée par les politiques du "Grand Bond en avant" et de la "commune populaire".

Sergio Cabrera et sa sœur (la troisième génération) sont encore en Chine au moment des purges politique et de la révolution culturelle. Maoïstes convaincus, leurs parents sont repartis faire la guérilla en Colombie, abandonnant leur progéniture encore adolescente sur-place. Ils doivent « accomplir une transformation idéologique et sentimentale prolétaire et se préparer à servir la société, le peuple, la révolution… » leur écrit Fausto. « Repartir en Colombie avant d’avoir amorcé catégoriquement cette transformation voudrait dire que vous avez perdu votre temps en Chine et que vous n’avez pas réussi à réaliser votre objectif. Selon moi, vous serez prêts à un éventuel retour au pays après être parvenus à cette métamorphose de manière authentique, sur des fondements stables. ». Apriori les chemins de Sergio et Marianella sont tracés d’avance par leurs parents…

Bon, on connait la fin de l’histoire : Sergio Cabrera est devenu réalisateur. On lui doit, entre autres, La stratégie de l’escargot (1993), Stade en grève (1998), Perdre est une question de méthode (adapté d’un roman de Santiago Gamboa en 2004) et Tout le monde s'en va (2015). Comme je ne peux pas tout raconter, il vous faudra lire le livre de Juan Gabriel Vásquez pour savoir à quel moment il a changé de trajectoire et pour quelles raisons.

Juan Gabriel Vásquez est un formidable conteur. Il signe un récit vivant et émouvant qui ne fait pas que relater une succession de faits ou questionner l’Histoire. Il interroge aussi sur des sujets plus intimes comme la transmission filiale et les relations parents/enfants.  Une rétrospective nous offre un beau moment de lecture ! 

📚D'autres avis que le mien chez Sacha et Ingannmic

📌Une rétrospective. Juan Gabriel Vásquez. Seuil, 464p. (2022)


Le Rocher blanc. Anna Hope

Le Rocher blanc. Anna Hope


Quel rapport entre un officier de la marine espagnole en mission cartographique au large des côtes des Amériques en 1775, une Amérindienne d’une douzaine d’années déportée avec sa sœur ainée dans le Yucatan en 1907 et une icône du rock en exil clandestin au Mexique en 1969 ? Réponse : un rocher blanc ! Ce rocher fascine une romancière britannique, alter-ego d’Anna Hope, qui entreprend un pèlerinage chamanique avec sa famille dans l’Etat de Nayarit en 2020. Evidemment il ne s’agit pas de n’importe quel bout de cailloux dans l’Océan Pacifique. Il s’agit d’un site sacré pour la tribu indigène des Wixárikas qui l’identifient ni plus ni moins comme l’origine du monde.  « C’est le lieu où pour la première fois, l’informe s’est épris de la forme. » Pour la romancière, c’est un endroit fascinant où « convergent plusieurs courants de l’histoire ». Aussi, lorsqu’elle dépose ses offrandes en remerciement de la naissance de sa fille, elle réfléchit à son couple en perdition, à son père mourant, à la crise sanitaire du coronavirus, au réchauffement climatique, au sens de l’histoire… et à son prochain livre.  

Les principaux protagonistes de ce roman choral sont librement inspirés de personnes réelles, tel  Juan de Ayala (1745-1797), officier andalou, qui repris à Don Manuel Manrique le capitanat du San Carlos. Dans la fiction, ce dernier se saborde lui-même, écrasé par un sentiment de culpabilité vis-à-vis des autochtones maltraités. Quelques dizaines de pages plus loin, on croise Jim Morrison, amputé des autres membres des Doors. Entre questionnement existentiel et escapade nocturne hallucinée, le chanteur-poète cherche la force de vivre. La dernière voix, nous rappelle le destin tragique des Yoemes (Yakis), victimes de répressions sanglantes et de déportations massives sous le régime de Porfirio Díaz. 

L’une des originalités du roman tient à sa construction en entonnoir. L’écrivaine s’exprime en premier, suivie par le chanteur, la fille et le lieutenant. Le point culminant du récit s’arrête sur le rocher blanc, avant que la narration ne reprenne en miroir inversé : le lieutenant, la fille, le chanteur puis l’écrivaine… comme autant de vagues butant et tourbillonnant autour de l’îlot sacré. 

Un roman dans l’air du temps, introspectif et déroutant qui ensorcelle son lecteur. 

Extrait :

« Elle s’approche du bord de l’eau, face à l’ouest, lieu des ancêtres. Lieu des morts. Lieu du rocher blanc. Lieu de Tatéi Haramara, la mère de tous. Et peut-être sont-ils tous là, dans cette lumière mouvante, ceux qui sont partis avant – le lieu des morts, peuplé par eux tous, attendant de recevoir son père, l’attendant elle, le moment venu, tous ces innombrables ancêtres qui se sont débrouillés comme ils pouvaient avec leurs problèmes et leurs dons, qui ont marchandés, travaillés, prié le soir et négocié avec les dieux pour la survie de leurs enfants. Peut-être sont-ils tous là avec les bouquetins, les mammouths et les mastodontes, attendant de leur coté de l’eau d’où nous sommes venus: l’eau d’où nous sommes sortis la première fois en rampant pour nous allonger sur le sable chaud dans le soleil brulant, destinés à devenir ce que nous sommes. »

 📌Le Rocher blanc. Anna Hope. Editions Le bruit du monde, 336 p. (2022)


Nous vivions dans un pays d’été. Lydia Millet

Nous vivions dans un pays d’été. Lydia Millet


Tout commence avec l’idée d’un séjour entre anciens potes de fac. Une brochette d’adultes fêtards se retrouve dans une belle maison bourgeoise, au bord d’un lac, sur la côte Est des Etats-Unis. Leur progéniture, une douzaine d’enfants et d’adolescents, s’ébat apparemment sans contrôle parentale et surtout le plus loin possible de leurs géniteurs qu’ils jugent trop hédonistes. Or, réchauffement climatique oblige, cet été là va se terminer par une catastrophe naturelle sans précédent, incitant nos jeunes disciples de Greta Thunberg à durcir le mouvement de rébellion. Face à l’apathie des parents (une masse indistincte de personnes en état d’ébriété chronique), ils décident donc de prendre les choses en main et de partir à la recherche d’un abri. Jack, 9 ans, détient une bible pour enfant qu’il lit comme un guide de survie : il suffit, selon lui, de remplacer le mot "dieu" par "science" et le tour est joué ! Sachant que le titre original de ce roman est A Children's Bible (sans doute jugé peu vendeur par l’éditeur français), on comprend qu’il s’agit d’une allégorie. 

📝Ce roman post-apocalyptique rappelle par certains côtés Sa Majesté des mouches de William Golding où l’échec de l’ordre social engendre un transfert du pouvoir au profit des enfants. Néanmoins, le roman de Lydia Millet, véritable un pamphlet écologique, se distingue par des problématiques qui nous sont plus contemporaines. Le ton est très caustique et je dois reconnaître que je me suis régalée à la lecture de ce livre. Je regrette un peu la stigmatisation d’une génération, jugée coupable de consumérisme forcené, d’aveuglement volontaire et d’inaction. Après tout, les baby-boomers et/ou leurs enfants (qui semblent être la cible principale de Lydia Millet) n’ont pas inventé la Révolution industrielle, que je sache. [Aparté]A ce sujet, je recommande l’essai de François Jarrige et Thomas Le Roux, intitulé La Contamination du monde : Une histoire des pollutions à l'âge industriel, paru au Seuil en 2017. [/Aparté] En cette période actuelle de prise de conscience relative, le livre de Lydia Millet reste, selon moi, nécessaire. Dans un genre très différent, mais sur le même thème, je suggère le dernier roman d’Isabelle Autissier : Le naufrage de Venise (Stock, 2022). 

📌Nous vivions dans un pays d’été. Lydia Millet. Editions 10/18, 240 p. (2022)


Les Aquatiques. Osvalde Lewat

Les Aquatiques. Osvalde Lewat


Lors d’une interview dans l’émission 28 minutes sur Arte, Osvalde Lewat explique que  « Les Aquatiques est une communauté vivant à la périphérie du centre-ville et des beaux quartiers de la capitale, dans une zone inondée à chaque saison des pluies. Cette communauté joue un rôle majeur dans le roman. » L’un des personnages clés, l’artiste engagé Samuel Pankeu, s’en est inspiré dans une série de tableaux photographiques représentant des visages terrifiés émergeant des eaux usées. Samy est le meilleur ami de Katmé Abbia. Celle-ci le considère comme son frère de cœur, son « aéroport ». La jeune femme, couramment surnommée "Madame Préfète" ou "Maman préfète" est mariée à Tashun Abbia, élu de la capitale du Zambuena, un état sub-saharien fictif. Le politicien brigue le gouvernorat du Haut-Fènn, région natale de son épouse. Aussi, lorsque Katmé reçoit un courrier lui signifiant que la tombe de sa mère est située sur le tracé de la nouvelle autoroute et doit être déplacée, Tashun Abbia l’oblige à organiser une fastueuse cérémonie où il pourra convier des personnalités influentes. Katmé, bien que réticente, doit céder devant l’insistance de son époux et de ses alliés. Parallèlement à cet évènement, les rivales du préfet, tentent de le discréditer par l’intermédiaire de Samy. Les préférences sexuelles et l’engament politique de l’artiste sont des leviers de pression idéals dans une démocrature où l’homosexualité peut être punie par une peine de prison à perpétuité. 

Osvalde Lewat signe un premier ouvrage à la fois puissant et sensible, qui nous en apprend beaucoup sur les sociétés patriarcales subsahariennes. C’est un roman initiatique qui dénoncent les contradictions d’un microcosme de privilégiés. C’est aussi une histoire de compromission, de rébellion, de deuil, de découverte de soi et de résilience. Le livre a été récompensé par plusieurs prix dont le Grand Prix Panafricain de Littérature (2021), le Prix du rayonnement de la langue et de la littérature française (2022) et le Prix Ahmadou Kourouma (2022). 

📝Si le style d’Osvalde Lewat se démarque clairement de celui de sa compatriote Djaïli Amadou Amal, je suggère néanmoins de lire leurs ouvrages en parallèle. L’auteure des Impatientes (2017) et de Cœur du Sahel (2022) aborde en effet des thématiques proches. 

📌Les Aquatiques. Osvalde Lewat. Pocket, 352 p. (2022)


Encyclopédie du corps humain. Les Yeux de la Découverte


Encyclopédie du corps humain. Les Yeux de la Découverte


Les enfants sont très curieux et, pour ma part, j’ai parfois du mal à répondre à toutes leurs questions. Sur Internet, il faut faire de nombreuses recherches pour trouver des explications simples et vérifier les sources.  Du coup, il devient primordial d’avoir à la maison une encyclopédie adaptée à l’âge des enfants et dont les contenus sont validés par des spécialistes. Dans ce domaine, les éditions Gallimard ont largement fait leurs preuves. Trois collections sont disponibles en fonction de la tranche d’âge des jeunes lecteurs : Mes premières découvertes (de 0 à 6 ans), Mes grandes découvertes (de 6 à 9 ans) et Les yeux de la découvertes (à partir de 9 ans). La dernière série reste utile au-delà du collège étant donné la qualité remarquable des textes et des illustrations. Il existe une encyclopédie sur pratiquement tous les sujets abordés au cours de la scolarité. La plupart des disciplines sont représentées, depuis les sciences en passant par les arts, l’histoire, les religions, etc. Dans notre bibliothèque familiale, nous disposons déjà des volumes consacrés aux animaux, à la mythologie et au corps humain.


Encyclopédie du corps humain. Les Yeux de la Découverte

L’encyclopédie du corps humain est divisée en 12 chapitres, en commençant par les notions de base comme les cellules. Les auteurs traitent ensuite les os et les muscles, le cœur et le sang, les défenses naturelles, le cycle de la vie, les sens, etc. Le point fort de l’ouvrage est le corpus d’illustrations composé de photos, de schémas ou d’images infrarouges qui éclaircissent les textes. Par ailleurs, les fiches, les encadrés et les zooms rendent la lecture du livre très attractive. Saviez-vous par exemple, jeune lecteur, qu’il faut un millième de seconde à un signal émis par le cerveau pour atteindre le gros orteil ? Que notre corps perd chaque jour deux litres d’eau ? Vous êtes-vous déjà demandés où sont stockés nos souvenirs ? Selon vous, d’où viennent nos problèmes d’équilibre ? Savez-vous à quoi ressemble l’intérieur d’un muscle sous l’objectif d’un microscope ? Avez-vous déjà observé, grâce à un scanner, la coupe transversale d’un abdomen ? Quel est la différence entre une échographie, une IRM et une endoscopie ? Autant de questions qui passionneront les curieux et trouveront leurs réponses dans cet ouvrage.


Encyclopédie du corps humain. Les Yeux de la Découverte

Le dernier chapitre de l’encyclopédie est une "section de référence" interactive proposant des tests de personnalité, des énigmes logiques, ainsi qu’une chronologie commentée des découvertes médicales depuis l’Antiquité. On y trouve enfin un glossaire définissant des termes plus ou moins courants comme une artère, la kératine, la mitochondrie, la matière grise, le système immunitaire, etc. Enfin, un index permet de se repérer facilement dans l’ouvrage et de consulter directement les pages traitant du sujet recherché.

Les encyclopédies Gallimard font l’objet de nombreuses mises à jour et rééditions ce qui garantit une actualisation des connaissances en fonction des progrès de la recherche, de l’évolution de la société, etc. 


Encyclopédie du corps humain. Les Yeux de la Découverte

📌Encyclopédie du corps humain. Les Yeux de la Découverte. Gallimard Jeunesse, 252 p. (2017)


Le Droit du sol. Etienne Davodeau

Le Droit du sol. Etienne Davodeau


Entre juin et juillet 2019, Etienne Davodeau a parcouru 800 km à pied à travers la diagonale du vide (ainsi que les géographes nomment ce vaste territoire), reliant le Lot et à la Meuse. Quel était le but de ce périple ? Un livre ! Celui-là même que j’ai entre les mains. L’idée lui est venu en observant une fresque de mammouth dans la grotte préhistorique de Pech Merle à Cabrerets, un magnifique leg de nos ancêtres. A la même période, la conscience de l’illustrateur se tourne vers la commune de Bure, lieu d'implantation du laboratoire de recherches sur le stockage des déchets radioactifs en couche géologique profonde. Voilà, tel est le cadeau que nous offrirons aux générations futures ! Des déchets qui resteront dangereux pendant des milliers d'années. A travers son voyage physique et intellectuel, Etienne Davodeau tente de donner un sens à ces deux actes d’Homo-sapiens, séparés de plus de 25 000 ans. « Je veux comprendre ce qui sépare et ce qui relie ces deux lieux, ces deux dates. Ici se joue quelque chose qui en dit long sur notre rapport à cette planète et à son sol. Ce n’est rien d’autre qu’une intuition, mais c’est celle qui m’a lancé sur ces sentiers. »

La quête du dessinateur est nécessairement solitaire mais cela n’exclut pas systématiquement les rencontres et quelques jours de marches partagées avec des proches. Sur la route, Etienne Davodeau convoque parfois (en pensée) quelques personnalités qu’il a rencontrées avant son départ. Parmi eux, il y a des scientifiques, des militants et de simples citoyens traités comme des terroristes sur leur propre terre. Au fil des pages, des personnes et des lieux, diverses questions sont soulevées. L’auteur prend son lecteur à partie. Il faut recréer un lien avec cette nature qui nous offre tant de bienfaits et que nous respectons si peu. Au-delà de l’engagement politique, l’œuvre d’Etienne Davodeau est donc bien une invitation au voyage… mais par n’importe lequel. Il faut marcher, prendre le temps de redécouvrir notre planète. 


Le Droit du sol. Etienne Davodeau

Le Droit du sol n’est pas qu’un ouvrage de réflexion, il est également très contemplatif. Les randonneurs occasionnels et confirmés se régalent. Le trait du dessinateur rend magnifiquement hommage aux paysages traversés. Il évoque également l’aspect logistique de la ballade, ses déboires avec les cartes topographiques et les balises des sentiers de randonnée, les problèmes de ravitaillement en eau et en nourriture dans les villages déserts le dimanche matin, etc. Il n’échappe pas aux courbatures dues au sac à dos trop lourd et aux ampoules dans les chaussures mouillées. Et puis il y a les moments de grâce…  Ceux qui font tout oublier. Un simple abricot mangé au milieu d’un ruisseau rafraîchissant devient un pur bonheur ! Or, tel est le sens de cette quête : se reconnecter à la nature. « Je ne sais pas ce que vous faisiez le mardi 25 juin 2019 en milieu de matinée. Moi, je mangeais des abricots dans la rivière. C’est juste une pause dans la fournaise qui monte. Un misérable petit moment sans poids et sans ampleur. Ça n’est rien, mais j’en garderais longtemps le goût. Et je prétends ici que si la planète terre veut bien nous donner des abricots et des rivières, en retour nous serions bien inspirés de lui faire des cadeaux moins obscènes que ce qui se prépare à Bure. »

Avec Le Droit du sol, Etienne Davodeau signe encore une œuvre magistrale : un récit intimiste pour une réflexion collective, un retour à la nature qui nous parle forcément après 3 ans de crise sanitaire, plusieurs périodes de confinement et quelques remises en question. Pour moi, c’est le bon livre au bon moment. 

  

Le Droit du sol. Etienne Davodeau

Le Droit du sol. Journal d’un vertige. Etienne Davodeau. Futuropolis, 216 p. (2021)


Encyclopédie de la Mythologie. Les Yeux de la Découverte

Encyclopédie de la Mythologie. Les Yeux de la Découverte


A l’approche de la rentrée scolaire, nous avons décidé d’enrichir la bibliothèque familiale d’une encyclopédie de la mythologie. La collection Les yeux de la découverte chez Gallimard est une référence du genre. 

L’ouvrage s’articule autour des différentes régions du monde, couvrant ainsi l’Europe à travers l’univers gréco-romain, la cosmogonie nordique ou la légende arthurienne mais aussi les grands mythes asiatiques, africains, océaniens et d’Amérique du Sud. 


Encyclopédie de la Mythologie. Les Yeux de la Découverte. Gallimard Jeunesse

Les articles sont autant de coups de projecteur. Ils présentent tour à tour la genèse et les récits fondateurs mais aussi le panthéon des héros et divinités. Les jeunes lecteurs découvrent entre autres la légende de Beowulf, l’Epopée de Gilgamesh, le Livre des morts des Egyptiens, les récits sacrés du peuple yoruba, les divinités aztèques, les légendes des peuples aborigènes d’Australie… 

Par ailleurs, l’encyclopédie met en lumière certains points communs. Par exemple, dans un article consacré aux armes mythiques, seront présentés Excalibur, la fameuse épée d’Arthur, mais aussi le marteau de Thor, la harpè de Persée, l’arc de Shiva, les massues de Baal, la hache de Pan gu, etc. de la même manière, on constate que les mythes et légendes du monde entier évoquent des reines remarquables comme Guenièvre, Isis, Clytemnestre, Didon ou Rambha.  


Encyclopédie de la Mythologie. Les Yeux de la Découverte. Gallimard Jeunesse

Les textes sont accompagnés d’une riche et somptueuse iconographie, la marque de fabrique de l’éditeur.  A la fin du livre, un glossaire et index permettent de se repérer facilement.

Dans la même collection, je recommande L’encyclopédie des animaux, un usuel très complet et adapté aux enfants jusqu’au collège, voire plus.

Par ailleurs, pour les passionnés de mythologie, il existe un livre-jeu très sympa dans la série des Enigmes à tous les étages chez Bayard. Une façon ludique d’aborder les mythes et légendes du monde.


Encyclopédies Les Yeux de la Découverte. Gallimard Jeunesse

Encyclopédie de la Mythologie. Les Yeux de la Découverte. Gallimard Jeunesse, 240p. (2021)


Les Footballissimes, T.01. Roberto Santiago

Les Footballissimes, T.01. Roberto Santiago


Mystère chez les arbitres inaugure Les Footballissimes, une série de romans pour la jeunesse dédiée aux fans du ballon rond. Les jeunes lecteurs s’identifient d’autant mieux aux héros qu’ils forment une équipe mixte dont la tranche d’âge est proche de la leur.

Le narrateur, Francisco Garcia Casas (surnommé Boulet par ses coéquipiers), nous présente toute la team du collège Soto Alto à Sevilla la Chica près de Madrid. Elle est composée de 9 élèves de sixième, dont 2 remplaçants : Dumbo (gardien de but), Toni (milieu de terrain), Helena (attaquante), Marilyn (Capitaine)… sans oublier Alicia et Felipe, les entraîneurs.


Les Footballissimes, T.01. Roberto Santiago. Page 3

Au moment où commence l’intrigue, nos jeunes joueurs sont en très mauvaise posture puisqu’ils risquent d’être rétrogradés en seconde division à l’issue du tournoi de la ligue interscolaire. La saison étant presque terminée, il ne leur reste que 3 matchs pour faire leurs preuves. Dans le cas contraire, l’association des parents d’élèves exigera la dissolution de l’équipe. Or, des évènements très surprenants viennent perturber les matchs, favorisant l’échec du club de Soto Alto. En effet, les arbitres semblent tour à tour frappés de narcolepsie !

Comment peut-on s’endormir au moment crucial sur une pelouse de stade ? S’agit-il d’une machination fomentée contre les "Footballissimes" ? Autant de questions que nos champions en herbe devront résoudre s’ils veulent sauver leur équipe. Pour les jeunes lecteurs, c’est l’occasion de se plonger dans une aventure haletante et pleine d’humour. 


Les Footballissimes, T.01. Roberto Santiago. Pages 110 et 111


Les Footballissimes comptent 11 tomes à ce jour dont le dernier, Le jour des innocents, est paru en 2021. Sur le même thème, les éditions Hachette jeunesse publient également La team des championnes de Laura Gallego et Top départ de Bertrand Puard (les premiers volumes sont parus en 2021).

📝Le ballon rond a inspiré encore bien d’autres fictions, parmi lesquelles des BD comme Louca et Blue Lock, ainsi que des romans à l’instar de Droites au but ! de Jean-Charles Berthier chez Actes sud Junior (publié en 2022), ou la série Jo, champion de foot de Sylvain Zorzin chez Bayard Jeunesse.


Les Footballissimes, T.01 et T.02

📌Les Footballissimes, T.01 : Mystère chez les arbitres.  Roberto Santiago (Textes), Enrique Lorenzo (Illustrations) & Yvelise Rabier (Traduction). Hachette, 272 p. (2014)

Mission Préhistoire. Emmanuelle Kécir-Lepetit

Mission Préhistoire. Emmanuelle Kécir-Lepetit


Cet été, à l’occasion d’une visite sur un site préhistorique, nous avons découvert une nouvelle série de livres jeux dans les loulous sont si friands. Il s’agit de la collection docu dans tu es le héros éditée chez Fleurus. Le principe est simple. Après un petit texte d’introduction, le jeune lecteur est invité à choisir une option ou une action parmi celles proposées. Celle-ci le conduit à un nouveau chapitre, parfois liée à une autre activité et un nouveau choix. Dans le cas contraire, il peut s’agir d’un cul de sac marquant la fin de la mission. 

Le volume consacré à la préhistoire permet à l’enfant de s’immerger dans la vie quotidienne d’un jeune Homo sapiens, membre du clan des chasseurs de mammouth. Nous sommes à l’aube d’une nouvelle période de refroidissement. Jalut et Tulla ont décidé de quitter les steppes du nord, avec leurs deux enfants, pour se rendre sur des terres plus clémentes. Dès la fin du printemps, le groupe suivra la piste des rennes vers le sud et se mettra en quête d’un nouvel habitat.

Mission Préhistoire. Emmanuelle Kécir-Lepetit. Comment ça marche ?

Les premières pages du livre présentent le contexte et le fonctionnement du jeu. Au cours de cette aventure originale, un grand nombre d’informations (sur les outils, les animaux, l’environnement ou l’habitat) sont transmises au lecteur. Parmi les activités qui lui sont proposées au fil des pages, il y a la cueillette, la chasse, le dépeçage d’animaux, la taille de pierres, etc. Pour remporter sa quête, l’enfant doit non seulement trouver l’abri et le lieu de vie idéal pour sa famille mais aussi se faire accepter dans une nouvelle tribu. 

Le livre se lit assez rapidement et, sans doute de manière plus fluide qu’un documentaire traditionnel. Par ailleurs, il me semble que les enfants retiennent plus facilement les informations qui leurs sont transmises par ce biais. Ce n’est peut-être pas la solution éducative miracle mais une manière ludique de réviser. Sans être réellement une alternative aux cahiers de vacances, le docu-jeu apparait comme un complément intéressant et amusant.  

Mission Préhistoire. Emmanuelle Kécir-Lepetit. Chapitre 29

La série s’adresse aux jeunes lecteurs à partir de 9 ans. Parmi les titres déjà parus, on peut mentionner Mission Mars (2017), Mission Léonard de Vinci (2018), Mission volcans (2019), Mission Amazonie (2020) ou Mission dinosaures (2021). Le prochain titre, Mission résistance sera publié en septembre 2022.

Emmanuelle Kecir-Lepetit, l’autrice, a publié de nombreux ouvrages documentaires chez Fleurus, ainsi que chez Gallimard Jeunesse. Elle a été lauréate du Prix du Livre Environnement 2010, "mention Jeunesse", pour son livre Les Énergies (Éditions Fleurus enfants).

📌Le docu dont tu es le héros. Mission Préhistoire. Emmanuelle Kécir-Lepetit (texte) et Arnaud Demaegd (illustrations). Fleurus, 128 p. (2020)


Jentayu, Hors-série n°1 : Taïwan

Jentayu, Hors-série n°1 : Taïwan


Les éditions Jentayu publient une revue semestrielle et des anthologies consacrées aux pays d’Asie. Il s’agit de traductions inédites de nouvelles, de poèmes ou des extraits de romans. 

Alors que le spectre de la guerre plane toujours sur le détroit de Formose, le recueil dédié à Taïwan permet, d’éclairer l’actualité de ce territoire tourmenté par l’Histoire. Les textes abordent, à travers le prisme de la fiction, des thèmes récurrents comme l’acculturation, les violences commises à l’encontre des aborigènes (La vie de maman dans le village de garnison de Liglav A-wu), le fossé entre générations (Rencontre à Yurakucho de Chen Fang Ming), etc.

La nouvelle de Walis Nokam, intitulée Ours noir ou queue de porcelet, est plutôt emblématique. Le narrateur évoque la vie de son grand-père, un certain Yukan Bihau, né en 1920 dans les montagnes centrales de l’ile de Taïwan. C’est un aborigène issu de la tribu des Atayals. Son destin est scellé à l’histoire de son pays depuis le premier jour de sa naissance. Il connait tour à tour les répressions du gouvernement colonial nippon, la japonisation forcée de la population, la prise de contrôle de l’île par les Chinois après la seconde guerre mondiale, le repli du Kuomintang dans la province insulaire après qu’ils aient perdu la guerre civile contre les communistes, l’instauration du Mandarin comme langue nationale…

La nouvelle de Walis Nokam, intitulée Ours noir ou queue de porcelet

Parmi la vingtaine de textes présentés, on peut encore mentionner Les cassettes du professeur K’Ang de Chu Yu-hsun. Le héros est un étudiant de Master chargé de retranscrire les discours de séminaires de son mentor dans l’objectif de publier un manuel à l’usage des futurs professeurs de chinois. Un évènement apriori anodin rappelle à notre étudiant une anecdote familiale qui lui fait prendre conscience de son rapport au langage, à sa culture d’origine et à la pression institutionnalisée de l’enseignement sur les populations tribales. 

📝Il est bien sûr impossible d’évoquer l’ensemble des textes réunis dans ce recueil mais j’aimerai encore mentionner Zeelandia de Lai Hsiang-yin Le titre fait référence à une forteresse construite au 17 -ème siècle par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales dans la ville de Tainan. L’autrice évoque ici la pression immobilière à Taïwan et l’évolution du paysage urbain. A ce sujet, je recommande le très beau livre de Cheng Kai-Hsiang, Dans les rues de Taïwan qui présente des aquarelles de plusieurs dizaines de boutiques et maisons traditionnelles taïwanaises.

La dernière nouvelle, Vénus de Chen Xue, est un texte poétique et émouvant sur le thème de la transsexualité. Il prouve, s’il était nécessaire, l’engagement de la littérature taïwanaise dans des problématiques contemporaines et plus universelles. 

A noter qu’un colloque consacré à la littérature taïwanaise se tiendra du 29 au 30 septembre 2022 à l’université Bordeaux Montaigne (UBM) et le 1er octobre à Auditorium de l'Inalco à Paris.

Le dernier numéro hors-série de Jentayu, sur la littérature ouïghoure, doit paraître le 15 septembre 2022.

Jentayu, Hors-séries n°1 à 4 : Taïwan, Thaïlande, Mongolie et Indonésie

 

Pour aller plus loin :

L’introduction de Pierre-Yves Baudry sur le site de des éditions Jentayu

La recension de la traductrice Brigitte Duzan sur son blog personnel

Le sommaire du recueil et des fiches biobibliographiques des auteurs sont présentés sur le site des Lettres de Taïwan.



Les montagnes hallucinées. Gou Tanabe

Les montagnes hallucinées. Gou Tanabe


Parmi la profusion de mangas publiées ces dernières années, certains titres se distinguent particulièrement. Les montagnes hallucinées, l’adaptation de la nouvelle éponyme de Howard Phillips Lovecraft par Gou Tanabe, fait partie du lot. L’objet lui-même est déjà une œuvre de belle facture. L’éditeur l’a habillé d’une couverture cuir très chic. Disponible en coffret ou en deux volumes séparés, il se lit comme un manga traditionnel, c’est-à-dire de droite à gauche. Il est plus petit (format proche du A5) et plus épais que les bandes dessinées franco-belges (presque 300 pages par tome). Les dessins s’éloignent du graphisme très codé des mangas mais apparait plutôt classique selon les critères occidentaux. La plupart des illustrations sont en noir et blanc. 

Selon moi, Les montagnes hallucinées est une excellente introduction à l’univers de H.P. Lovecraft. Depuis son plus jeune âge, l’écrivain américain était fasciné par l’Antarctique et les récits d’exploration de la Terre Australe. Comme dans le roman d’Edgar Allan Poe, Les Aventures d'Arthur Gordon Pym, dont Lovecraft s’est inspiré, le « continent blanc » devient le théâtre d’une aventure cauchemardesque. Il faut dire qu’en 1931 (date de rédaction de la nouvelle) l’état des connaissances du pôle sud laissait encore une place aux spéculations et à l’imagination romanesque. Ici, le narrateur est le Pr. Dyer, géologue de l’Université Miskatonic du Massachusetts. Il est accompagné de Danforth, son assistant. Le noyau dur de son équipe scientifique compte encore trois universitaires, parmi lesquels le professeur Lake, biologiste, et le jeune Gedney, son doctorant. Lorsque l’histoire commence, Dyer prend la tête d’une équipe de sauvetage dont la mission est de retrouvé Lake, parti quelques jours plus tôt en prospection dans une zone située à près de 500 km au nord-ouest de la base. Son dernier message radio mentionnait la découverte de 14 spécimens végétaux ou organiques inconnus. 

Les montagnes hallucinées. Tome 1. Gou Tanabe

Les Montagnes hallucinées, dont le titre original est At the Mountains of Madness ("les montagnes de la folie"), fait de nombreuses références aux œuvres précédentes de Lovecraft. La nouvelle peut même être considérée comme la genèse des "Grands Anciens", dont la cosmogonie serait décrite dans l’ouvrage fictif du Necronomicon d'Abdul al-Hazred. Selon la légende, le "Necronomicon" serait conservé à la bibliothèque de l'université de Miskatonic. L’ouvrage est cité dès 1921 dans la nouvelle La Cité sans nom. Il apparait ensuite de manière récurrente dans l’œuvre de Lovecraft et même chez d’autres auteurs comme Jorge Luis Borges, Umberto Eco ou Stephen King. Sans révéler trop l’intrigue, on peut dire qu’il sera aussi question des "Shoggoths" qui figurent dans plusieurs récits du mythe de Cthulhu (Mythos en anglais), cet univers de fiction collectif développé par de multiples auteurs à partir de l'œuvre de Lovecraft. 

Interpellé par son éditeur japonais, Gou Tanabe a commencé à s’intéresser à l’œuvre de H.P. Lovecraft en 2005. Le nombre de ses publications permettent de lui attribuer désormais le titre de spécialiste de l’univers lovecraftien. En effet, le mangaka publie successivement au Japon The Outsider (2007), librement adapté de la nouvelle Je suis d'ailleurs, puis viennent des adaptations de La Couleur tombée du ciel (2015), Celui qui hantait les ténèbres (2016), Dans l’abîme du temps (2019), L'Appel de Cthulhu (2019). Le Cauchemar d'Innsmout (2021).

Les montagnes hallucinées. Gou Tanabe

Pour ma part, j’ai découvert l’écrivain américain par l’intermédiaire de L'Affaire Charles Dexter Ward, sa novella publiée en dans le magazine Weird Tales. Mon goût pour les jeux de plateau m’a permis de m’immerger dans son univers particulier via Horreur à Arkham, un jeu de société coopératif, réédité en 2005 en France par Edge Entertainment. Cette version compte plusieurs extensions comme L'Horreur de Dunwich (2008), L'Horreur de Kingsport (2009), L'Horreur d'Innsmouth (2010) et L’Horreur de Miskatonic (2012). Bref, le mythe de Cthulhu promet bien des heures de lecture et de jeu !

📌Les montagnes hallucinées. Gou Tanabe. Les chefs-d’œuvre de Lovecraft. Ed. Ki-oon, 2 tomes (2019)


Ar Bed All : le Club de l'au-delà, T01 & 02. Tatibouët & Mahoas

Ar Bed All : le Club de l'au-delà, T01 & 02. Tatibouët & Mahoas


Il aura fallu un séjour dans le golfe du Morbihan pour découvrir Ar Bed All (littéralement "l’au-delà" ou "l’autre monde" en Breton). Je précise ici qu’on peut facilement se procurer cette série ailleurs dans l’hexagone. Ce cycle romanesque horrifique, qui compte à ce jour 14 volumes (parus entre 2014 et 2020), s’adresse aux enfants à partir de 8 ans. Il va sans dire que les intrigues sont adaptées à la tranche d’âge visée et que les petits lecteurs ne risquent pas d’être traumatisés. Les jeunes amateurs de sensations fortes seront au contraire comblés. 

Il s’agit de romans courts puisque les histoires comptent 70 pages en moyenne. A la fin des ouvrages, il y a généralement un petit glossaire en rapport avec l’intrigue et une courte note historique. Chaque opus correspond à une aventure différente et peut donc être lu indépendamment des autres. Evidemment, il est toujours préférable de lire les tomes dans l’ordre pour profiter des références faites aux précédents livres. 

Les Naufragés de Gavrinis (tome1)


Les deux premiers volumes, intitulés respectivement Les naufragés de Gavrinis et Le Chevalier de Suscinio, ont pour cadre le golfe du Morbihan. 

Le premier tome conduit les jeunes lecteurs sur les îles voisines d’Er Lannic et de Gavrinis, célèbres pour leurs monuments mégalithiques. Il s’agit en quelque sorte de la genèse de notre club de l’au-delà. Nos trois jeunes héros, Youna, Maël et Loïc, vont découvrir que les fantômes existent pour de vrai même si les adultes ont perdu la faculté de les voir. 

Dans le second tome, notre trio d’amis se rend à Sarzeau sur la presqu’île de Rhuys. Ils prévoient de camper sur le site de Suscinio, l’ancien domaine des ducs de Bretagne. Comme chacun le sait, tous les châteaux dignes de ce nom sont hantés par une légendaire dame blanche. Celle-ci a pour nom Aziliz. Son époux, le seigneur Enguerrand, chevauche chaque nuit son fidèle destrier pour la retrouver.  Les membres du club de l’au-delà pourront-ils lui venir en aide sans se faire occire ? La mission est dangereuse mais terriblement tentante.

Le Chevalier de Suscinio (tome 2)

Ar Bed All est une superbe découverte. Les loulous sont enchantés par les histoires de fantômes et les parents se félicitent d’y trouver des références historiques. Les enfants s’identifient facilement aux personnages dont les préoccupations rejoignent souvent les leurs. Loïc est passionné de foot et de jeux vidéo et Youna adore les histoires de revenants. Maël, l’aîné du triumvirat, semble aussi le plus posé… du moins, pour l’instant.

La série nous a tellement emballée que nous nous sommes procurés les deux tomes suivants dans la foulée. Ceux-ci devraient nous permettre de poursuivre notre découverte du golfe du Morbihan (Tome 4: Le Bagnard de Belle-Île) mais aussi de voyager jusqu’à l'île de Tévennec dans le Finistère (Tome 3: Le Gardien du phare de Tévennec).

Ar Bed All : le Club de l'au-delà. Tomes 1 à 4


📌Les Naufragés de Gavrinis (tome1) et Le Chevalier de Suscinio (tome 2).  Yann Tatibouët (texte) & Hugues Mahoas (Illustrations). Editions Beluga, 80 p. (2014)


Seul dans Berlin. Hans Fallada

Seul dans Berlin. Hans Fallada


Il faut garder en tête que Seul dans Berlin a été écrit en 1946, soit quelques mois avant la mort de son auteur, Hans Fallada (Rudolf Ditzen de son vrai nom). Il s’agit en fait d’une commande de Johannes R. Becher, Membre du Parti socialiste unifié d'Allemagne puis ministre de la culture au sein de la RDA. L’idée était de publier un roman dédié à la résistance allemande contre les Nazis. Dans ce cadre, Hans Fallada s’est inspiré de l’histoire d'Otto et Elise Hampel, exécutés le 8 avril 1943 à la prison de Plötzensee. Si l’écrivain s’est inspiré du dossier de la Gestapo auquel il a eut accès, il précise néanmoins qu’«un roman a ses propres règles et ne peut pas reprendre la réalité en tous points. C’est pourquoi l’auteur n’a pas non plus cherché à connaître les détails authentiques de la vie privée de ces deux personnes : il devait les décrire comme elles lui apparaissaient.» 

Les personnages de fiction, Otto et Anna Quangel, s’avèrent plus dignes devant la mort que leurs modèles, les Hampel. Ces derniers se seraient mutuellement dénoncés pendant leur incarcération, à l’inverse de leurs alter-ego de papier. Pour autant les Quangel ne sont pas des héros parfaits. Au contraire, se sont des gens ordinaires, pétris de doutes et rongés par la peur. C’est ainsi que la version du roman publiée en 1947 à été expurgée de certains passages jugés gênants par l'éditeur est-allemand Aufbau-Verlag. Il n’est plus fait mention, entre autres, de l’adhésion préalable du couple au parti nazi. Même s’ils n’ont jamais été des partisans convaincus, ils ne s’en éloignent qu’après la mort de leur fils unique sur le champ d’honneur. Cet évènement est d’ailleurs le déclic qui les pousse aux actes "de haute trahison" dont les accusent le commissaire Escherich, enquêteur de la sécurité intérieure, et son supérieur le général SS Prall.  

Si le destin des Quangel constitue le cœur du roman, ils ne monopolisent pas toute l’attention du lecteur. Une galerie de personnages vient étayer le propos. Tous vivent dans le même immeuble de la Rue Jablonski ou à proximité. On y croise un jeune cadre du parti et sa famille, une vieille dame juive, un juge à la retraite, une ou deux petites frappes, beaucoup d’ordures… La plupart des habitants sont extrêmement esseulés, calfeutrés dans leurs domiciles et muselés par la peur des dénonciations intempestives. Le titre original, Jeder stirbt für sich allein ("Chacun meurt pour lui seul") reflète assez leur état d’esprit et l’atmosphère du livre. A ce sujet, l’auteur prévient son lecteur : « Environ un bon tiers de ce livre se déroule dans des prisons et dans des asiles de fous, et là aussi, la mort était très en vogue. » Pour autant, tout n’est pas noir dans ce roman. Tout d’abord, l’auteur adopte une position distanciée en usant régulièrement d’ironie et d’humour noir. Ensuite, le roman s’achève sur une note d’espoir : Eva Kluge, la postière qui fait figure de messagère de malheur au tout début du roman, le clos aussi sur une promesse de résilience. 

Traduit en anglais en 2009, Seul dans Berlin ("Alone in Berlin" en V.O) a été adapté à l’écran par Vincent Perez en 2016 avec Brendan Gleeson et Emma Thompson dans les rôles principaux. C’est ainsi que plus de 60 ans après la mort de son auteur, ce roman populaire a connu notoriété renouvelée. Si le vocabulaire et le style d’écriture peuvent surprendre un peu le lecteur contemporain, la capacité d’analyse de l’auteur vis-à-vis de l’histoire immédiate est impressionnante. Par ailleurs Seul dans Berlin est l’un des premiers témoignages romanesques couvrant les mouvements de résistance en Allemagne durant la période 1940-1942. C’est sans doute pour cette raison que l’ouvrage est aujourd’hui considéré comme un classique de la littérature allemande. Selon Primo Levi, c’est « l'un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie »

Extrait :

« Persicke est cadre au parti, ou bien dirigeant politique, ou autre chose encore — bien qu’Eva Kluge, depuis qu’elle travaille à la poste, soit aussi membre du parti, elle confond encore toutes ces fonctions. Quoi qu’il en soit, il faut donner du «Heil Hitler !» aux Persicke, et faire bien attention à tout ce qu’on leur dit. Même si, bien sûr, c’est partout qu’il faut faire attention, rares sont les gens à qui Eva Kluge peut dire ce qu’elle pense vraiment. La politique ne l’intéresse pas du tout, elle est une femme, voilà tout, et en tant que femme, elle pense qu’on ne met pas des enfants au monde pour qu’ils aillent se faire tuer. »

📌Seul dans Berlin. Hans Fallada. Folio, 768 p. (2015)


Brandebourg. Juli Zeh

Brandebourg. Juli Zeh


Cet imposant roman de plus de 600 pages est paru en Allemagne en 2016 (sous le titre de Unterleuten) avant d’être traduit en français en 2017. Unterleuten (littéralement « parmi les gens ») c’est le nom d’un village fictif du Brandebourg, situé à moins d’une heure de Berlin en voiture. 

Vingt ans ont passé depuis la chute du mur mais les vieilles querelles entre habitants du bourg perdurent. A cela s’ajoute l’arrivée de néo-ruraux, des Berlinois qui n’ont pas connus les vicissitudes de l’ex-RDA, et un projet de champs d’éoliennes sur le territoire de la commune. 

Ce Clochemerle tragico-comique se présente sous la forme d’un roman choral où chaque personnage peut exprimer son point de vue et apporter une lumière différente sur les évènements. Juli Zeh aborde ainsi de nombreux thèmes sans pesanteur : politique, écologie, famille, etc.  

Le lecteur est tenu en haleine de bout en bout en particuliers grâce à une affaire de meurtre remontant aux premiers jours de la réunification. Par ailleurs, la tension entre les protagonistes monte crescendo et il apparait assez vite que l’histoire ne pourra se clore que par un nouveau drame. 

Parmi les extraits de recensions publiés sur le site Internet de l’éditeur, j’ai lu que le roman de Juli Zeh ferait une excellente série télévisée. Il est vrai que la galerie de personnages hauts en couleurs, les intrigues perpétuelles et les nombreux rebondissements se prêteraient bien à une adaptation pour le petit écran. 

Les avis de Keisha et Sacha

📌Brandebourg. Juli Zeh. Babel, 608 p. (2022)