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Les Morts ne chantent pas. Adler-Olsen, Holm & Bolther

Les Morts ne chantent pas. Adler-Olsen, Holm & Bolther


Les enquêteurs du département V sont dans une mauvaises passe. Ils sont retournés dans leur ancien local dans le sous-sol de l'hôtel de police et sont persuadés que la brigade sera bientôt dissoute. Il faut dire que l’équipe est réduite à la portion congrue. Carl Mørck, son pilier, a quitté le groupe pour écrire des polars inspirés de ses anciennes enquêtes. Gordon Taylor a demandé sa mutation dans le Jutland ce qui a permis d’être promu au grade de commissaire de police. Rose Knudsen et Hafez El-Assad sont les derniers des Mohicans. Les remplaçants envoyés par Terje Ploug, leur supérieur hiérarchique, n’ont pas tenu plus d’une semaine. Terje prétend néanmoins qu’il n’est pas à l’ordre du jour de fermer le département. D’ailleurs, il leur présente une nouvelle recrue. Il s’agit d’Helena Henry, une policière franco-danoise. Rose, malade et d’humeur massacrante, ne l’accueille pas à bras ouverts. Assad déchante après une opération en duo qui tourne mal suite à une imprudence d’Héléna. La policière s’avère à la fois peu subtile au cours des interrogatoires et très énigmatique le reste du temps. 

Døde sjæle synger ikke
En dépit de tous ces difficultés internes, le département V n’en poursuis pas moins ses missions avec l’efficacité qu’on lui connait. Carl, sollicité par l’une de ses lectrices, leur apporte d’ailleurs un cold case sur un plateau. Il s’agit d’une affaire de meurtre par compassion et d’un suicide qui remontent à 2019, soit 4 ans en arrière (nous sommes en 2023). Mais les investigations vont conduire les enquêteurs sur une piste bien plus ancienne. Dans les années 80, un groupe de jeunes choristes a été à l’origine d’un drame dans les détails nous sont révélés au compte-goutte au fil des pages. On sait en revanche que les victimes de 2019 était le chef de chœur et son épouse. Il s’agit d’une affaire de vengeance. 

Les Enquêtes du Département V devaient s’arrêter au bout de 10 tomes (7m² étant l’ultime épisode de la série). Il semblerait donc que Jussi Adler-Olsen ait changé d’avis et que ce 11ème volet soit en réalité le premier épisode d’un nouveau cycle. Le cliffhanger final laisse en fait peu de doute sur la poursuite de la série. Celle-ci a retrouvé un souffle grâce à la collaboration de Line Holm et Stine Bolther. La première a été journaliste d’investigation pendant plus de 20 ans et la seconde a autant d’expérience comme reporter judiciaire et criminelle. Il y a plusieurs clins d’œil des auteurs à leurs carrières respectives puisque Carl est devenu écrivain (les titres de ses premiers livres sont empruntés à ceux de la série : Miséricorde et Profanation) et il y a un journaliste parmi les protagonistes principaux du roman. 

J’ai apprécié le souffle narratif de ce nouveau volet qui m’a tenue en haleine jusqu’à la dernière page (et il y en a plus de 600). Les lecteurs qui suivent la série depuis le premier tome retrouveront leurs héros avec plaisir. Ceux qui la découvrent avec ce titre ne seront pas perdus pour autant. L’arrivée d’un nouveau membre au sein de l’équipe permet aux auteurs de se focaliser sur son histoire et gardant crédibles celles des autres personnages récurrents.

💪La lecture de ce gros polar me permet de faire une première proposition pour le challenge des Pavés de l’été 2026, sur le blog de La petite liste et le challenge des Séries de l'été 2026 chez Philippe. 

📌Les Morts ne chantent pas. Jussi Adler-Olsen, Line Holm et Stine Bolther, traduits par Caroline Berg. Albin Michel, 608 pages (2026)

Aujourd'hui je participe à deux challenges

La fille sans peau. Mads Peder Nordbo

La fille sans peau. Mads Peder Nordbo


💪Dans le cadre du challenge Un hiver polar, j’ai proposé plusieurs lectures communes dont La fille sans peau de Mads Peder Nordbo. J’ai choisi ce titre essentiellement pour sa destination : le Groenland.

L’intrigue se déroule pour l’essentiel à Nuuk où même les étés sont frisquets. Nous sommes en août 2014. Les autorités groenlandaises ont prévenu le journal local que le corps momifié d’un Viking vient de remonter à la surface de la banquise. Le journaliste danois Matthew Cave est envoyé sur-place pour couvrir le reportage. Or, dès le lendemain, on apprend que la momie a disparu du site archéologique et que son gardien a été assassiné puis éviscéré. Le photographe missionné par le journal a été cambriolé et toutes les photos de la découverte ont été volées. La momie est repêchée quelques heures plus tard dans l’Atlantique et les scientifiques découvrent que la dépouille de l’homme du Nord n’aurait en réalité guère plus de 4 décennies. 

Parallèlement à ces révélations, un collègue de Matthew attire son attention sur des cold cases datant des années 1970 dont le modus operandi serait similaire : des hommes retrouvés nus, baignant dans leur sang, le corps découpé depuis l’entrejambe jusqu’au sternum et vidé de ses entrailles comme un poisson.  A l’époque, ces meurtres brutaux étaient liées à des suspicions d’incestes concernant 4 fillettes groenlandaises. C’est un certain Jakob Pedersen qui menait l’enquête mais il a mystérieusement disparu. Notre journaliste obtient le carnet de notes du policier, un outil précieux qui lui permet de remonter la piste abonnée 40 ans plus tôt. 

Pigen uden hud
La fille sans peau du titre est une chasseuse de phoques appelée Tupaarnaq dont les tatouages fascinent Matthew. Elle vient de purger une peine de 12 ans de prison pour un quadruple meurtre et fait une suspecte idéale dans l’affaire du gardien de la momie… sauf qu’elle est trop jeune pour avoir commis les meurtres des années 70.  

Pour être honnête, je ne m’attendais pas à un polar aussi sombre et sanglant. J’ai bien accroché à l’intrigue mais je ne l’aurais pas choisi pour une lecture commune, sachant qu’il peut y avoir des âmes sensibles parmi mes "co-lecteurs". La société groenlandaise, gangrénée par la corruption, n’apparait pas sous son meilleur jour et les relations avec  les "transfuges" Danois ne sont pas toujours faciles. L’auteur nous conduit loin des paysages de cartes postales, dans les barres d’immeubles décrépis où les autochtones, déconnectés de la nature, ne trouvent pas leur place. 

Si le cadre est dur, le personnage récurrent est sympathique et son passé suscite l’empathie. Son enquête est extrêmement prenante si bien que j’ai eu du mal à lâcher le roman avant d’en connaître le dénouement. 

La fille sans peau est le premier volet d’une trilogie mais le troisième volume n’a pas encore été traduit en Français:

  • Pigen uden hud (2017) / La fille sans peau
  • Kold angst (2018) / Angoisse glaciale  
  • Kvinden med dødsmasken (2019) / La femme au masque de mort 

📚Une lecture commune avec Athalie, Line, Jojoenherbe, Anne-yes...

📌La fille sans peau. Mads Peder Nordbo, traduit par Terje Sinding. Actes Sud, 384 pages (2022)

Challenge Un hiver polar 2025-2026
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7m². Jussi Adler-Olsen

7m². Jussi Adler-Olsen


Ce gros roman policier (plus de 600 pages) nous conduit au Danemark, dans le département V de la police criminelle de Copenhague. Cette brigade est spécialisée dans les dossiers anciens et les affaires non élucidées, les Cold Cases donc. Cet épisode justement nous renvoie 15 ans en arrière (en 2005)  lorsque l’inspecteur en chef Carl Mørck, alors jeune policier, faisait équipe avec Hardy et Ancker. Assad, son adjoint d'origine syrienne, n’avait pas encore rejoint le groupe qu’ils forment avec Rose et Gordon. Les jeunes flics avaient été victimes d’une fusillade laissant Ancker sur le carreaux et Hardy dans un sale état. Mørck en était miraculeusement sorti quasi indemne. Or, la conclusion de ce drame refait surface en décembre 2020 à la faveur d’une perquisition chez notre héros puis d’une cavale qui se termine en prison. Carl est accusé de corruption et de meurtre. Mona, sa compagne, remue ciel et terre, avec l’aide de ses collègues, pour prouver son innocence et le sortir de l’enfer. Il faut faire vite car Carl est la cible d’un dangereux cartel néerlandais prêt à payer cher pour son élimination. 7m² c’est la taille de la cellule où il doit tenter de survivre en attendant d’être blanchi. A l’extérieur, ce n’est pas mieux puisque nous sommes en pleine crise sanitaire de Covid-19. 

L’écriture est fluide, les personnages ont du corps et l’intrigue est bien construite. Je n’ai donc aucun reproche à faire à ce roman si ce n’est que je ne suis pas parvenue à m’intéresser vraiment à l’enquête. Les avis que j’ai pu lire ici ou là me font penser qu’il est vraiment nécessaire de lire les différents tomes dans l’ordre. L’auteur a indiqué dans une interview que cette série était destinée à la télévision et que toute la trame des épisodes, ainsi que les sujets abordés dans chaque tome, avaient été anticipés. Les lecteurs fidèles de Jussi Adler-Olsen font souvent référence à ses dialogues croustillants et à la personnalité des personnages récurrents. Malheureusement, dans ce dernier épisode, le personnage principal est forcément en retrait et condamné à la passivité. Je n’ai donc pas pu juger la valeur de son duo avec Assad ni les interactions avec le reste de l’équipe. 

Toujours prompte aux jeux de mots faciles, je peux dire que ma série noire continue ! Je me tourne souvent vers les polars lorsque j’ai des pannes de lecture. En général, ça marche plutôt bien, surtout si les chapitres sont courts et l’intrigue assez prenante pour que j’ai envie d’en connaître le dénouement. Le roman de Jussi Adler-Olsen traînait sur mes étagères depuis plusieurs semaines et j’ai pensé que c’était l’occasion idéale de le lire. J’ignorais que 7m2 est le 10ème et dernier volet de la série consacrée aux Enquêtes du département V. Bien-sûr, il s’agit d’une nouvelle enquête mais les personnages récurrents ont déjà bien évolué depuis le début de la série et cela se sent dans le récit. Un autre élément m’a empêché d’apprécier ce polar à sa juste valeur : l’intrigue est centrée sur un réseaux de trafiquants de drogue. Or, c’est loin d’être mon thème favori. En général, je préfère les romans noirs, les ethno-polars, les thrillers domestiques et les Cosy Mysteries. Bref, je suis encore passée à côté d’un roman qui a sans doute de nombreux atouts pour les amateurs du genre. 

Cinq épisodes de la série ont déjà été adaptés à l’écran. Il s’agit de Miséricorde, Profanation, Délivrance, Dossier 64 et Effet Marco (ou L'Effet papillon). 

7m². Jussi Adler-Olsen, traduit par Caroline Berg. Albin Michel, 624 pages (2024)


La vallée des fleurs. Niviaq Korneliussen

La vallée des fleurs. Niviaq Korneliussen


Le titre de ce roman, La vallée des fleurs, fait référence à un cimetière situé à l'Est du Groenland, près de la ville de Tasiilaq. Il doit sa particularité aux fleurs de plastiques roses, rouges et bleues qui ornent les tombes. La narratrice, dont nous ne connaîtrons jamais le prénom ni le patronyme, est une jeune inuite qui vit à Nuuk, la capitale située au sud-ouest du pays. Elle a obtenu une bourse pour des études d’anthropologie à l’Université de d’Aarhus au Danemark. Son prochain départ est vécu à la fois comme une libération, vis-à-vis de la cellule sociale et familiale, et un véritable déchirement affectif. La jeune femme appréhende de quitter sa petite amie Maliina, dont elle est follement éprise. En apparence, notre héroïne est donc une personne solide, intelligente et pleine d’humour dont l’homosexualité semble parfaitement assumée et acceptée par ses proches… mais quelque chose nous souffle dès le départ que l’intrigue va prendre une autre tournure.  

Les chapitres de ce roman sont numérotés en sens inverse comme un compte à rebours vers un drame annoncé. Dans la première partie, intitulée Eux, chaque titre de chapitre est une référence au suicide d’un tiers (exemple : chapitre 45 : Femme. 38 ans. Pendaison). Les deux parties suivantes, Toi et Moi, sont conçues selon le même principe avec des annonces funestes de plus en plus détaillées. Il y a en quelque sorte deux fils narratifs parallèles, comme si le destin de la narratrice se reflétait dans le miroir d’une société endeuillée par le taux de suicide le plus élevé du monde. Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer ce fait, parmi lesquels le climat et les nuits à rallonge. Mais ce sont surtout la modernisation rapide du Groenland, sous influence danoise, et dévalorisation de la culture inuite qui sont incriminées.  De nombreuses famille ont quitté leur communauté pour s’installer en ville et adopter le mode de vie danois. Des villages entiers ont disparu de la carte. La perte d’identité des Groenlandais s’est traduite par une augmentation de l’alcoolisme, puis des maltraitances physiques. Tous ces éléments sont évoqués en filigrane dans le roman de Niviaq Korneliussen.

Le style d’écriture de Niviaq Korneliussen reflète le mode d’expression d’une communauté et d’une génération. En ce sens, il peut s’avérer parfois déconcertant. Par exemple, l’héroïne passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, adoptant les pratiques et le vocabulaire qui les caractérisent. Par ailleurs, la romancière invite le lecteur dans l’intimité de l’héroïne avec un langage parfois très cru. Enfin, elle mélange le Danois (le livre a d’abord été écrit en Danois avant d’être traduit par l’auteure elle-même en Groenlandais), les expressions groenlandaises de l’est ou de l’ouest, et des phrases entières en anglais. 

Niviaq Korneliussen est considérée comme la première romancière inuite de renommée internationale. Elle s’est fait connaître en 2012 grâce à une nouvelle intitulée San Francisco et mettant en scène cinq personnages LGBT. Néanmoins, c’est la publication de son premier roman, Homo Sapienne (La Peuplade, 2017), qui lui a permis de dépasser les frontières du Groenland et du Danemark. Son second roman, La vallée des fleurs (Naasuliardarpi en V.O), a été récompensé par le Grand prix de littérature du Conseil nordique en 2021. 

📌La vallée des fleurs. Niviaq Korneliussen. La Peuplade, 384 pages (2022)

La secte. Michael Katz Krefeld

La secte. Michael Katz Krefeld


Je découvre l’auteur de polar danois Michael Katz Krefeld avec La secte, son dixième roman. C’est le troisième volet de la série "Ravn" (Corbeau), pseudonyme inspiré du nom de son héros récurrent Thomas Ravnsholt. C’est l’archétype du flic dépressif scandinave : un ancien inspecteur de police devenu détective privé (et alcoolique) après le meurtre de sa petite amie.  

L’intrigue nous conduit au cœur du quartier de Christianshavn à Copenhague, connu pour ses fortifications, ses canaux, le squat de Christiania, l'église de Notre-Sauveur, ses cafés en terrasse et son ambiance alternative. Ravn habite là, sur un bateau, avec Møffe, son bulldog anglais. Au début du roman, on ne peut pas tout à fait le qualifier de détective privé puisqu’il vit plutôt d’expédients, des affaires d’arnaques aux assurances pour le compte d’un avocat. Le reste de son temps, il le passe chez Johnson, son pote barman qui lui offre un crédit illimité non sans le sermonner régulièrement sur son mode de vie destructif. Parmi les fidèles amis de notre anti-héros, il y a encore Eduardo, son voisin journaliste, et victoria la bouquiniste. Cette routine est bientôt bouleversée par une nouvelle proposition de boulot. Ravn est contacté par l’éminence grise d’un homme d’affaire ayant fait fortune dans le domaine de la formation managériale. Il s’agit de retrouver le fils de Ferdinand Mesmer, Jakob, disparu 10 ans plus tôt après l’incendie du siège de sa secte. S’en suivent de nombreux atermoiements à l’issue desquels notre ex-flic se décide à mener l’enquête et à partir sur les traces d’un autre détective chargé de l’affaire avant lui. Ses recherches vont le conduire jusque dans un centre de réhabilitation installé sur l’île de Lolland dans la région du Sjælland au sud est du Danemark. 

Je ne peux pas dire que Michael Katz Krefeld m’ait totalement convaincue. A priori, ce roman dispose de tous les ingrédients pour faire un bon polar : des personnages charismatiques, un sujet accrocheur et un cadre dépaysant pour le lecteur français. Sa lecture n’est pas désagréable et la fin est digne d’un film d’action américain… mais qu’est ce que c’est long à démarrer ! L’auteur abuse tellement des ressorts du suspense que ça en devient lassant voire risible. Untel n’est pas joignable parce qu’il en réunion, Machin n’a pas eu le temps d’imprimer la totalité du rapport d’enquête, Bidule a eu une panne d’oreiller, etc. Les personnages me font l’effet d’une bande de collégiens enchaînant les excuses bidons pour ne pas faire leurs devoirs ! J’ai failli abandonner ma lecture avant la centième page. C’est dommage car la cadence s’accélère significativement dans la seconde partie du roman, tenant cette fois véritablement le lecteur en haleine. 


Extrait :

« Il n’avait qu’un seul regret : avoir laissé une lettre d’adieu à son bureau. Mais, à ce moment-là, cela lui avait semblé naturel. Quelque chose que l’on faisait quand on prenait ce genre de décision. C’est exactement comme bien se tenir à table. Ou comme maintenant, où il s’était allongé convenablement avec sa famille. Il y avait des règles et des méthodes pour tout, même pour manger les petits pois. Il savait mieux que personne que le monde est basé sur des systèmes. »


📌La secte. Michael Katz Krefeld. Actes Sud, 400 p. (2022)


La vie est pleine d'hippopotames. Annette Bjergfeldt

La vie est pleine d'hippopotames. Annette Bjergfeldt


 J’imagine que le titre du livre et sa couverture vous ont déjà mis sur la piste. Vous avez deviné que ce roman est totalement déjanté. En effet, la prose d’Annette Bjergfeldt est un véritablement remède à la mélancolie. Son roman est une fresque familiale peuplée d’une galerie de personnages truculents. Le premier d’entre eux (par ordre d’arrivée dans la narration) doit être accordé au féminin puisqu’il s’agit d’une femme. Varinka Sovalskaïa, née en 1900, est une enfant de la balle, une contorsionniste qui ne mesure pas plus d’1m50. Son amour de jeunesse, un nain voltigeur, a fini précocement sa vie dans la gueule d’un hippopotame appelé Céleste. Cet hippopotamidé avait été livré par erreur à la place d’un éléphant en provenance d’un cirque polonais. Notre petite russe, bien qu’inconsolable après la mort de son amant, accepte la demande en mariage inattendue d’un spectateur Danois. Le type, fils d’un grossiste d’Amager, est un peu crédule et rêve du grand amour. Puisqu’ils ne parlent pas la même langue, la communication entre ces deux-là est loin d’être parfaite  mais ce n’est pas plus mal pour la suite de leur histoire. Hannibal Severin Møller (tel est le nom du soupirant) convainc Varinka de le rejoindre au Danemark où ils fondent une bien étrange lignée. Leur fille, Eva, est hôtesse de l’air (et aussi un peu médium). C’est justement à bord d’un avion de la SAS, qu’elle rencontre un bucheron norvégien particulièrement séduisant. Il est dresseur de pigeons et se rend à Londres pour recevoir une médaille de guerre gagnée par son volatile préféré. Vous suivez toujours ? Tant mieux car ce roman compte encore moults rebondissements absolument farfelus. Leur première fille, Filippa, naît en 1949 sur l’île natale de Jan Gustav. Malheureusement, l’enfant est de santé fragile et le couple doit retourner s’installer dans la maison familiale au Danemark. Les jumelles, Esther et Olga, arrivent deux ou trois ans plus tard. La première sera coloriste (entendez peintre) ; tandis que sa sœur s’avère être une diva en toutes choses (y compris en drames amoureux et en pets ultra toxiques). Voilà pour le décor et le reste est à l’avenant. On pense au roman de John Irving (Un enfant de la balle) et à celui du Suédois Jonas Jonasson (Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire). Bref, on rit beaucoup, on pleure aussi un peu mais on ne s’ennuie jamais.

Extrait :

« Ma grand-mère, Varinka Sovalskaïa, était née en 1900. Dans un cirque familial en faillite, installé dans un champ à l’est de Saint-Pétersbourg. Elle avait appris dans sa propre chair que la magie est l’illusion que l’on doit s’astreindre à travailler chaque jour. Les chevaux de cirque s’entravaient dans leurs propres sabots quand ils trottaient dans le manège froid et humide, et Monsieur Loyal, mon arrière-grand-père Igor, empestait la vodka et le bas-ventre de femmes étrangères. Les artistes auraient probablement entamé une grève de la faim s’il n’y avait pas eu déjà si peu à manger. Le seul espoir de l’entreprise familiale d’attirer les gens était l’hippopotame que le père de Varinka, dans un accès de folie des grandeurs, avait fait venir par bateau jusqu’à Saint-Pétersbourg en 1914. C’était là que le Cirque Sovalskaïa s’était installé, comme toujours au plus mauvais moment, en pleine grève générale. »


📌La vie est pleine d'hippopotames. Annette Bjergfeldt. J.C. Lattès, 400 p. (2022)