Wasurenagusa. Aki Shimazaki

 Wasurenagusa. Aki Shimazaki


Wasurenagusa, qui est le nom des fleurs de myosotis, signifie "ne m’oubliez pas" en Japonais. C’est aussi le mot que Sono, la vieille nounou du narrateur, a fait graver sur sa tombe. Kenji Takahashi est le dernier représentant d’une riche et prestigieuse famille nippone. Sa stérilité a mis fin à son premier mariage avec une jeune femme de sa classe sociale. Il traverse une période de dépression, se consacrant uniquement à son travail de pharmacologue, avant de rencontrer Mariko. Cette femme très sensuelle est la mère d’un jeune garçon, Yukio. Elle gagne modestement sa vie en faisant des travaux de couture. Kenji tombe immédiatement sous son charme et la demande en mariage. Il souhaite aussi adopter son fils. Ses parents n’approuvent pas du tout cette union avec une femme « d’origine douteuse ». Un détective privé leur a appris que Mariko est orpheline. Son koseki (état civil) ne remonte pas plus loin que le tremblement de terre du Kantō en 1923, date à laquelle elle est arrivée dans l’orphelinat de la paroisse. Pour cette famille traditionnelle issue de la noblesse, il n’est pas acceptable que Kenji l’épouse. Or, le jeune décide de s’affranchir de l’avis de ses parents, renonçant ainsi à son héritage. Il demande sa mutation à Nagasaki, près du quartier où il est né, et s’y installe avec sa nouvelle famille. Il espère y retrouver Sono, son ancienne nounou, avec laquelle il a gardé des liens malgré les réticences de ses parents. 

📝Wasurenagusa est le 4ème volet du Poids des secrets, une pentalogie qui raconte l’histoire enchevêtrée de deux familles : les Horibe et les Takahashi. Chaque roman peut se lire indépendamment et donne la parole à un narrateur différent. Ils évoquent leurs souvenirs et des secrets de famille qui sont souvent liés à leurs origines. Dans Tsubame, le tome précédent, Aki Shimazaki mentionne Oyayubi-him. Il s’agit du titre japonais de La petite Poucette, le fameux conte de H.C. Andersen. Cette citation n’est pas innocente puisque le cycle romanesque de l’écrivaine reprend la symbolique du retour aux sources et s’inspire de la trame de fond circulaire de l’histoire. Les titres des romans, qui sont presque toujours des noms de fleurs, d’insectes ou d’animaux, nous renvoient chaque fois à ce conte. Aki Shimazaki interroge dans ce cycle romanesque les questions de l’origine, mais aussi du poids de la tradition et des mensonges. Les récits personnels des protagonistes sont des sortes de zoom qui s’inscrivent dans la grande histoire. Les fils narratifs enchevêtrés des héros traversent une bonne partie du 20ème siècle, revenant épisodiquement sur les évènements de la seconde guerre mondiale et notamment les bombardements des grandes villes japonaises par les Alliés, ainsi que la destruction de Nagasaki après le largage de la bombe A. Dans Tsubame, le troisième tome de la pentalogie, la narratrice remonte le temps jusqu’en 1909 puis évoque le tremblement de terre de Kantō. C’est l’autre marqueur temporel majeur du cycle. 

Ce qui frappe chez Aki Shimazaki, c’est sans doute son écriture. La romancière d’origine japonaise a choisi de s’exprimer dans la langue de sa terre d’accueil, le Québec. Son style épurée et ciselé sied très bien à son propos. Il se fait l’écho délicat de la pudeur des sentiments. 

Le volet qui clôt ce premier cycle romanesque d’Aki Shimazi est intitulé Hotaru. En dépit de quelques redites incontournables (parce que liées au fil narratif circulaire), j’ai hâte de découvrir le point final de cette captivante saga historique et familiale. 

📚Un autre avis que le mien : Cléanthe

📌Le poids des secrets, tome 4: Wasurenagusa. Aki Shimazaki, Babel, 128 pages (2009)


Commentaires

Fanja a dit…
Je n'ose pas te lire en entier puisque je suis censée reprendre la lecture de ce cycle, mais tes billets me motivent bien à m'y remettre.
je lis je blogue a dit…
J'en suis ravie. Il me semble que l'expérience est vraiment intéressante si on lit le cycle dans son ensemble.

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