Les morts de Bear Creek. Keith McCafferty

Les morts de Bear Creek. Keith McCafferty


Je profite des challenges de lecture pour avancer un peu dans mes séries policières en cours… et en débuter de nouvelles grâce aux conseils des autres blogueurs. J’ai commencé celle-ci à cause du cadre de l’intrigue, le Montana, mais je la poursuis surtout  pour les personnages récurrents et le style de l’auteur. Keith McCafferty me donnerait presque envie de m’adonner à la pêche à la mouche dans la Madison si le coin n’attirait pas si souvent les meurtriers de tous poils ! Son héros, le séduisant Sean Stranahan, porte de nombreuses casquettes puisqu’il est peintre amateur, guide de pêche et détective privé. 

Cette enquête policière commence à cause d’un mari infidèle prétendument parti en randonnée sur la Trail Fork of Bear Creek. Lorsque l’équipe de sauvetage arrive au sommet de la Montagne Sphinx, elle est accueillie par une femelle grizzly rendue inquiète pour sa progéniture. La shérif Martha Ettinger hurle à ses co-équipiers de reculer ce qui affole l’animal et le pousse à charger. Harold Little Feather, l’un de ses adjoints, est grièvement blessé et doit redescendre dans la vallée en hélicoptère. Ses collègues restés sur-place découvrent que l’ourse a exhumé des ossements humains. La dépouille n’est clairement pas celle de Gordon Godfrey, le faux randonneur. Les indices montrent en effet que les os sont enterrés depuis plusieurs mois. Les policiers doivent maintenant déterminer s’ils se trouvent sur une scène de crime ou si la victime a succombée à un tragique accident. Ils faut aussi chercher des éléments qui permettraient d’identifier le corps. Les investigations sont rapidement écourtées car il faut redescendre dans la vallée avant la nuit. Sean Stranahan et Katie Sparrow, la maître-chien, frustrés d’être rentrés bredouilles, décident d’y retourner un autre jour. Ils feront une nouvelle découverte macabre.

The Gray Ghost Murders
Parallèlement à cette affaire, Sean Stranahan est mandaté par un groupe de touristes, les membres du « Club des menteurs et monteurs de mouches », pour résoudre une autre énigme. Les pêcheurs, qui possèdent un refuge douillet dans la région, ont été victime d’un vol. Deux mouches antiques de grande valeur ont disparu de leur chalet. Notre héros est invité à y séjourner le temps de résoudre le mystère. Cela ne l’arrange pas vraiment car il vient de décrocher un rendez-vous galant avec la somptueuse Martinique, la barista du Lattes and Lookers qui cache de nombreux atouts dont une tête bien faite.  

Je ne suis pas déçue de cette petite escapade dans les Rocheuses même si je n’ai toujours pas développé un intérêt particulier pour la pêche à la mouche. Les digressions sur le sujet sont fréquentes et on comprend que les passionnés doivent se régaler. Pour ma part, j’ai été davantage intéressée par l’intrigue policière. L’enquête est un peu longue à démarrer selon mon goût mais elle est bien menée. J’y ai trouvé mon compte, ainsi qu’une appréciable dose d’humour. Je ne suis pas la seule ! Keisha, Electra, Belette et Le Bouquineur ont également apprécié ce second volet de la série.  

📝A suivre

  • Meurtres sur la Madison (The Royal Wulff Murders)
  • Les Morts de Bear Creek (The Gray Ghost Murders)
  • La Vénus de Botticelli Creek (Dead Man’s Fancy)
  • Le Baiser des Crazy Mountains (Crazy Mountain Kiss)
  • Buffalo Jump Blues (Buffalo Blues)
  • Cold Hearted River (La Rivière au cœur froid)
  • A Death In Eden (non traduit)
  • The Bangtail Ghost (non traduit)
📚D'autres avis que le mien chez Keisha, Belette et Electra

💪Lecture dans le cadre du challenge américain chez Belette & Un hiver polar sur ce blog. 

📌Les morts de Bear Creek. Keith McCafferty, traduit par Janique Jouin de Laurens. Gallmeister, 384 pages (2019)

Challenge américain + Un hiver polar


L’insaisissable Monsieur X. Qiu Xiaolong

L’insaisissable Monsieur X. Qiu Xiaolong


Lorsque que j’ai découvert que Qiu Xiaolong avait publié un nouveau volet de sa série policière, j’ai sauté dessus sans réfléchir. C’est déjà le tome 14 alors même que je n’ai même pas lu le premier, Mort d'une héroïne rouge. Mais voilà, cela faisait très-très-très longtemps que je voulais lire les aventures de l’inspecteur Chen Cao et j’ai adoré la Trilogie de La Cité de la Poussière rouge. Une partie de l’intrigue de L’insaisissable Monsieur X s’y déroule justement. 

Ceux qui connaissent déjà l’ex inspecteur Chen Cao savent qu’il est devenu directeur du Bureau de la Réforme judiciaire de Shanghai avant d’être mis au repos forcé par sa hiérarchie. Notre flic poète et gastronome décide néanmoins de profiter de sa convalescence pour aider officieusement son fidèle ami Vieux Chasseur, un ex-flic devenu détective privé pour le compte de l’agence ZZ Conseil et Enquêtes. Il s’agit d’enquêter sur la disparition d’un autre intellectuel ostracisé par le Parti après les manifestations de la place Tian'anmen en 1989. Cet ancien professeur de philosophie occidentale, devenu simple médium dans la Cité de la poussière rouge, s’appelle en réalité Xiaohui, communément abrégé en « X ». Mei, une femme qui a fait fortune dans l’immobilier, est prête à payer très cher pour le retrouver. Les investigations s’avèrent d’autant plus délicates que Chen doit rester discret dans son implication et faire appel à son assistante pour effectuer les recherches sur le terrain.  

« Chen s’inquiétait à l’idée que son téléphone puisse être sur écoute, et s’évertuait de ce fait à parler une langue politiquement acceptable. Il avait vérifié plusieurs fois l’appareil sans trouver de mouchard, mais le précepte selon lequel « on n’est jamais trop prudent par les temps qui courent » résonnait dans un coin de sa mémoire. Sans doute une vague réminiscence de La Terre vaine, de T.S. Eliot. »

The Secret Sharers
J’ai bien peur d’avoir fait une erreur en choisissant de débuter la série par ce 14ème tome. Pour être honnête, je pense n’avoir jamais mis autant de temps à lire un opus de moins de 200 pages et surtout s’agissant d’un roman policier, un genre dont je suis généralement friande. Je pense que ce volume était plutôt destiné aux nostalgiques de la série qui connaissent déjà bien les personnages récurrents. L’intrigue m’a semblée bien mince et l’enquête policière par procuration ne m’a pas convaincue. En revanche, on apprend beaucoup sur le contexte historique et la société chinoise contemporaine. L’autre originalité tient au fait que chaque chapitre débute par deux poèmes. L’un emprunté à un auteur classique chinois ; l’autre sensé être l’œuvre de l’ex inspecteur Chen Cao. Il faut savoir que Qiu Xiaolong est lui-même poète et traducteur. Il écrit d'ailleurs ces romans directement en Anglais.

« En comparant les poèmes chinois classiques des dynasties Tang et Song et mes poésies sur la Chine d’aujourd’hui, j’ai découvert une vérité paradoxale : la Chine change, et elle ne change pas. Il en résulte une sorte de tension, qui révèle quelque chose de profond dans les préoccupations contemporaines. Comme vous le voyez, ce congé m’est bénéfique. Et mon travail de traduction pourrait même faire écho à l’un des slogans actuels du Parti : « Laissons notre grande littérature chinoise sortir de Chine. »

J’ai pris une bonne résolution en refermant ce livre : je lirai dorénavant les séries policières dans l’ordre de parution des différents épisodes. Je n’exclue pas de lire un jour les premiers volets de celle-ci : Mort d'une héroïne rouge (Liana Levi, 2001), Visa pour Shanghaï (2003), Encres de Chine (2004), etc.

💪Une bonne nouvelle quand même : cet opus me permet de participer au challenge des Gravillons de l’hiver sur le blog de La Petite Liste et à Un hiver polar ici même. 

📌L’insaisissable Monsieur X. Qiu Xiaolong, traduit par Emmanuelle Vial.  Liana Levi, 195 pages (2025)

Deux super challenges d'hiver !


Proies. Andrée A. Michaud

Proies. Andrée A. Michaud


💪J’ai choisi ce titre pour participer à une lecture commune autour d’Andrée A. Michaud dans le cadre du challenge de lecture Un hiver polar. Cela faisait déjà un moment que je voyais passer des critiques enthousiastes de ses romans sur les blogs, dont celui de Cath L

Proies n’est ni le premier livre de la romancière québécoise ni son dernier paru mais le résumé en quatrième de couverture m’a semblé très alléchant. Comment résister à un thriller impliquant trois adolescents partis camper au milieu de nulle part ? Le cadre sauvage de l’Amérique du Nord est très cinématographique. Les principaux protagonistes aiment se faire peur en racontant des histoires de fantômes à la tombée de la nuit. Entre deux marshmallow grillés, ils évoquent Délivrance, le fameux film de John Boorman, adapté du roman de James Dickey. C’est une facétie de l’autrice pour nous signifier qu’elle lui rend hommage au travers de ce huis clos au bord de la rivière Brûlée. 

Proies. Andrée A. Michaud
Proies n’est pas un thriller accrocheur dans le sens où l’autrice n’abuse pas des facilités du genre. Et c’est là qu’elle puise sa force de persuasion car nous avons affaire à des gens normaux (pour la plupart) dans un village ordinaire. Cette histoire, passe-t-on, pourrait arriver à n’importe lequel d’entre nous. L’identification est garantie. On pense aux parents des trois  adolescents qui les ont laissé partir malgré un sentiment d’angoisse diffus. Le premier crime survient presque par inadvertance alors que la chasse à l’homme n’a même pas commencé. Il n’y avait pas de background particulier ni de secrets ésotériques avant cet évènement… mais il révèle le mal à l’état pur. 

Andrée A. Michaud crée une tension folle avec une singulière économie de moyens. L’un de ses outils principaux est un effet de dissonance entre le village en fête et la scène de crime isolée. Ce n'est pas le seul subterfuge qu'elle utilise. A plusieurs reprises, l'autrice intervient dans le texte pour prévenir le lecteur. Je ne dirais pas qu’elle "spoile" mais plutôt qu’elle use d’un effet de "teasing" pour faire monter la pression. S’il fallait vraiment faire une remarque désobligeante, je dirais que certains passages semblent un peu longs… mais j'attribue ce sentiment à la montée d’angoisse crescendo. A l’instar des protagonistes, le lecteur se sent presque acculé.  

📚Pour cette lecture commune autour d'Andrée A. Michaud, nous avions le choix du titre:

📌Proies. Andrée A. Michaud. Rivages Poche, 384 pages (2024)

Challenge de lecture Un hiver polar 2025-2026