Associés contre le crime. Agatha Christie

Associés contre le crime. Agatha Christie


Associés contre le crime est un recueil de nouvelles dont les héros récurrents sont Tommy et Tuppence Beresford, un couple de détectives amateurs. La version originale de 1929 compte 15 nouvelles. En France, elles sont parues en deux volumes : Associés contre le crime et Le crime est notre affaire. Il semble que les tourtereaux se soient rencontrés quelques années plus tôt, dans un autre roman d’Agatha Christie, The Secret Adversary (Mr Brown) mais c’est une autre histoire.

Le texte d’ouverture, intitulé Une fée dans l'appartement, raconte pourquoi et comment les Beresford ont fondé leur agence de détectives sous le pseudonyme de Theodore Blunt. Ils décrochent leur première affaire grâce à Une tasse de thé, titre de la seconde nouvelle. Il s’agit de retrouver une jeune femme disparue, Janet Smith (en réalité amie et complice de Tuppence). Après ce coup de pub réussi, "Les fins limiers de Blunt" vont pouvoir décrocher des missions plus sérieuses. L’affaire de la perle rose, va révéler cette fois, la clairvoyance et l’ingéniosité de Tommy. Il faut dire que nos deux héros se complètent parfaitement, tant au niveau des caractères que des compétences. Les enquêtes s’enchainent donc et notre couple de détectives se trouve parfois dans des situations bien périlleuses : cambriolage, séquestration, enlèvement... Or, malgré tous ces efforts et énigmes résolues en un tour de main, l’agence ne fait que vivoter et la question de sa pérennité est évoquée à plusieurs reprises dans le texte.

Partners in Crime
Si le lecteur est impressionné par la clairvoyance et l’intrépidité des Beresford, il faut reconnaître que les nouvelles sont trop courtes pour développer de longues investigations. Il s’agit plutôt d’une série de petites énigmes à la manière de G. K. Chesterton. L’autre jour, je vous disais justement que le personnage du Père Brown avait inspiré Agatha Christie. Et bien, il se trouve qu’elle lui fait un petit clin d’œil dans la dernière nouvelle de ce recueil, celle intitulée L’homme dans la brume :

« - On ne peut pas dire que cette histoire ait porté la marque du Père Brown, remarqua-t-il d’un air lugubre. Et pourtant, j’ai tout à fait le genre de parapluie qui convient. 

- C’est l’affaire elle-même qui ne correspondait pas. Pour le Père Brown, il faut une atmosphère bien particulière dès le début. Tandis qu’on est plongé dans nos activités habituelles, des choses commencent à se produire. C’est ça, en gros. »

L’humour anglais, c’est imparable ! Et surtout, les britanniques n’hésitent pas à en user dans les situations les plus inconfortable ou les plus périlleuses. Les Beresford en tout cas semblent avoir séduits assez de lecteurs (dont je fais partie) pour que la Reine du crime leur consacre encore 3 romans (en plus de The Secret Adversary en 1922), soit N or M? (N ou M ?) en 1941, By the Pricking of My Thumbs (Mon petit doigt m'a dit) en 1968 et Postern of Fate (Le Cheval à bascule) en 1973. Par ailleurs, les aventures de Tommy et Tuppence Beresford ont fait l’objet de plusieurs adaptations sur le petit ou le grand écran. On pense notamment à la trilogie de Pascal Thomas avec Catherine Frot et André Dussollier dans les rôles principaux. Il existe aussi une mini-série britannique qui a été diffusée sur BBC One en 2015, à l’occasion du 125e anniversaire de la naissance d’Agatha Christie. Une autre série en 6 épisodes serait actuellement en tournage à Londres pour la plateforme BritBox, avec Antonia Thomas (Tuppence) et Josh Dylan (Tommy).

💪Cet opus me permet de participer à trois challenges de lecture : Les Gravillons de l'hiver, chez La Petite Liste, 2026 sera classique chez Nathalie et Un hiver polar sur ce blog.

📌Associés contre le crime. Agatha Christie, nouvelle traduction de Janine Alexandre. Le Livre de Poche, 125 pages (2025)

Je participe à 3 challenges de lecture
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Confession américaine. Eddy L. Harris

Confession américaine. Eddy L. Harris


 « Et, chaque matin, je faisais serment d’allégeance au drapeau, comme tous les enfants de ma classe de mon école, et sans doute, j’imagine, de toutes les classes de toutes les écoles du pays. 
Je jure allégeance au drapeau Des États-Unis d’Amérique
Et à la République qu’il représente
Une nation sous l’autorité de Dieu
Indivisible
Avec la liberté et la justice pour tous »

Trente ans après la parution du pamphlet de James Baldwin, The Evidence of Things Not Seen (Meurtres à Atlanta), Eddy L. Harris publie à son tour un manifeste à charge contre son pays natal. Nous sommes en 2016. L’écrivain américain expatrié en France vient d’avoir 60 ans et Donald Trump accède pour la première fois à la présidence des Etats-Unis. C’est l’occasion pour Eddy L. Harris de faire le bilan d’une vie, de sa carrière littéraire et de l’évolution politique de son pays. Il estime qu’il est en partie responsable du naufrage par son aveuglement volontaire et son inaction. Il se reproche d’avoir choisi de quitter le navire plutôt que de s’engager dans la bataille. Il faut dire que son œuvre n’a pas toujours été comprise aux Etats-Unis et que ses livres n’y sont plus publiés depuis 1996.

Je savais qu’Eddy L. Harris avait écrit plusieurs essais dont A River Quest (Mississippi Solo) que je prévois toujours de lire. L’auteur a descendu les 4 000 du fleuve en canoë dans les années 80. Il s’est également rendu en Afrique et en a tiré un ouvrage intitulé Native Stranger (Le voyage d'un Noir américain au cœur de l'Afrique). Ces ouvrages ne sont pas de simple récits de voyage. Ce sont des récits initiatiques et politiques où l’auteur aborde les questions du racisme, de l’identité, etc.  

Black History Month 2026
Dans House of Lies. American Confessional (Confession américaine), il revient sur ces questions. Eddy L. Harris s’interroge sur l’image de la nation américaine. Selon la devise adoptée depuis la guerre d’indépendance, elle est « une et indivisible ». Les paroles de la Liberty Song de John Dickinson sont devenues un mantra sans cesse répété depuis le berceau jusqu’au cercueil : «By uniting we stand, by dividing we fall ». Le melting pot et l’égalité pour tous sont en réalités de beaux rêves, des mirages  que les gouvernements successifs ne cessent d’entretenir. Même le mandat de Barack Obama n’a pas permis d’entériner l’union du peuple américain. L’auteur récuse les dénominations en trait d’union (Afro-Américain, Italo-Américain, etc) qui séparent plus les citoyens qu’elles ne les rassemblent sous une même bannière.  Il ne se sent d’ailleurs pas de lien avec l’Afrique sachant que son aïeul ayant été affranchi au 18ème siècle. En ce sens, le terme de Noiraméricain semble plus approprié qu’Afro-Américain.

Eddy L. Harris évoque son enfance à Saint Louis, sa famille et notamment son père qui occupait un double emploi pour nourrir sa famille, son employeur blanc se refusant obstinément à lui consentir une promotion pourtant méritée. L’écrivain américain a fini par s’expatrier. Il vit désormais à Pranzac, un petit village de Charente, à quinze kilomètres d’Angoulême. Sa vision de l’Amérique d’aujourd’hui n’est guère optimiste: 

« Trump restera dans l’histoire comme un président crucial. Il a fait ce qu’aucun président n’aurait sans doute pu faire. Il nous a tellement éloignés les uns des autres que nous ne nous retrouveront peut-être jamais ». 

💪J’ai lu cet ouvrage édifiant dans le cadre du Black History Month, dont nous fêtons cette année le 100ème anniversaire dans de nombreux pays. Comme chaque année en février, Enna nous propose un challenge centré sur les Etats-Unis : l’African American History Month challenge 2026. Parallèlement à cette activité, Belette organise la 3ème édition de l’American Year à laquelle je participe également. Et bien sûr, Confession américaine est parfait pour les Gravillons de Sybilline.

📌Confession américaine. Eddy L. Harris, traduit par Grace Raushl. Liana Levi, 96 pages (2024)

Mes trois challenges du jour
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Les trois instruments de la mort. G. K. Chesterton

Les trois instruments de la mort. G. K. Chesterton


«Si vous rencontrez un membre du club des "Douze Vrais Pêcheurs", entrant à l’Hôtel Vernon pour assister au dîner annuel de cette assemblée select, vous remarquerez, lorsqu’il enlèvera son pardessus, qu’il porte un habit vert. À supposer que vous ayez la stupéfiante audace d’adresser la parole à ce demi-dieu, et que vous lui demandiez pourquoi il a adopté cette couleur, il vous répondra probablement que c’est afin de ne pas être pris pour un garçon de café. Vous vous retirerez confus. Mais vous laisserez derrière vous un mystère digne d’être éclairci et une histoire digne d’être contée.»

La littérature policière classique a engendré des héros plus ou moins connus. Certains hantent encore les œuvres contemporaines comme Sherlock Holmes qui s’y invite régulièrement. De la même façon, Hercule Poirot et Miss Marple nous sont-ils devenus familiers. Mais connaissez-vous le Père Brown ? Ce prêtre détective est le personnage principal de plusieurs recueils de nouvelles de Gilbert Keith Chesterton (1874-1936). Sa sagacité est légendaire.

The Innocence of Father Brown
Le présent opus reprend trois nouvelles publiées pour la première fois dans un recueil intitulé La Clairvoyance du père Brown (The Innocence of Father Brown). Cet ouvrage rassemblait 12 textes au total, parmi lesquels The Queer Feet (Les Pas étranges), The Hammer of God (Le Marteau de Dieu) et The Three Tools of Death (Les Trois Instruments de la mort). Ils sont d’abord parus indépendamment dans des magazines mensuels anglais et américains. Le premier recueil de nouvelles est paru en 1911 chez Cassell & Co. 

Le personnage de G. K. Chesterton serait inspiré de la vie du père John O'Connor (1870-1952), un curé paroissial de Bradford dans le Yorkshire. Il lui a inspiré 51 nouvelles et deux textes d'encadrement, réunis en 5 compilations (ainsi que 3 nouvelles isolées). La sélection du présent opus est une sorte de mise en bouche. S’il nous permet de faire la connaissance du Père Brown et d’admirer sa finesse d’esprit, nous n’apprendrons pas grand-chose de plus sur le bonhomme. Ma propre petite enquête m’a permis de découvrir qu’il officiait dans une paroisse du comté de l'Essex. J’ai appris par ailleurs que notre ecclésiastique a influencé les écrivains de son temps (John Dickson Carr, Agatha Christie et Ellery Queen), qu’il fait une apparition dans Retour à Brideshead d’Evelyn Waugh, qu’il a inspiré le Frère Cadfael d'Ellis Peters et fait l’objet de plusieurs adaptations à l’écran. Dans la série diffusée sur la BBC One entre 2013 et 2020, les intrigues sont transposées dans les années 50 et se déroulent dans le village fictif de Kembleford dans les Cotswolds.

Les trois nouvelles sélectionnées par les éditions de L’Aube sont relativement courtes, soit une trentaine de pages en moyenne. Il s’agit davantage d’énigmes à résoudre que de véritables investigations policières. Il n’y a pas forcément de meurtre (dans Les Pas étranges, il s’agit d’un vol) et les enquêtes sont bouclées sur-place, dans la foulée. En théorie, le lecteur détient tous les indices pour résoudre lui-même le mystère mais je dois dire qu’il faut être sacrément ingénieux pour deviner les dénouements. 

Cet opus est une bonne manière d’entrer dans l’œuvre de G. K. Chesterton mais elle m’a laissée un peu sur ma faim. Je pense qu’il m’aurait fallu plus de matière pour me familiariser avec le héros récurrent et m’imprégner vraiment de l’atmosphère. Je recommande donc de se tourner vers une anthologie plus fournie que celle-ci car le Père Brown a beaucoup à nous apprendre sur la manière de mener une enquête. Si vous voulez vous faire une idée plus claire du Père Brown, je vous invite à consulter les blogs de Pativore et d’Antoine. Il existe également deux sites Internet entièrement dédiés à G. K. Chesterton : Les Amis de Chesterton et The Society of Gilbert Keith Chesterton.

💪Cet opus me permet de participer à trois challenges de lecture : 2026 sera classique chez Nathalie, Les Gravillons de l’hiver chez Sybilline et Un hiver polar sur ce blog. 

📌Les trois instruments de la mort et autres enquêtes du Père Brown. Gilbert Keith Chesterton, traduit par Emile Cammaerts. Editions de l’Aube, 94 pages (2025)

Je participe à 3 challenges
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