L’insaisissable Monsieur X. Qiu Xiaolong

L’insaisissable Monsieur X. Qiu Xiaolong


Lorsque que j’ai découvert que Qiu Xiaolong avait publié un nouveau volet de sa série policière, j’ai sauté dessus sans réfléchir. C’est déjà le tome 14 alors même que je n’ai même pas lu le premier, Mort d'une héroïne rouge. Mais voilà, cela faisait très-très-très longtemps que je voulais lire les aventures de l’inspecteur Chen Cao et j’ai adoré la Trilogie de La Cité de la Poussière rouge. Une partie de l’intrigue de L’insaisissable Monsieur X s’y déroule justement. 

Ceux qui connaissent déjà l’ex inspecteur Chen Cao savent qu’il est devenu directeur du Bureau de la Réforme judiciaire de Shanghai avant d’être mis au repos forcé par sa hiérarchie. Notre flic poète et gastronome décide néanmoins de profiter de sa convalescence pour aider officieusement son fidèle ami Vieux Chasseur, un ex-flic devenu détective privé pour le compte de l’agence ZZ Conseil et Enquêtes. Il s’agit d’enquêter sur la disparition d’un autre intellectuel ostracisé par le Parti après les manifestations de la place Tian'anmen en 1989. Cet ancien professeur de philosophie occidentale, devenu simple médium dans la Cité de la poussière rouge, s’appelle en réalité Xiaohui, communément abrégé en « X ». Mei, une femme qui a fait fortune dans l’immobilier, est prête à payer très cher pour le retrouver. Les investigations s’avèrent d’autant plus délicates que Chen doit rester discret dans son implication et faire appel à son assistante pour effectuer les recherches sur le terrain.  

« Chen s’inquiétait à l’idée que son téléphone puisse être sur écoute, et s’évertuait de ce fait à parler une langue politiquement acceptable. Il avait vérifié plusieurs fois l’appareil sans trouver de mouchard, mais le précepte selon lequel « on n’est jamais trop prudent par les temps qui courent » résonnait dans un coin de sa mémoire. Sans doute une vague réminiscence de La Terre vaine, de T.S. Eliot. »

The Secret Sharers
J’ai bien peur d’avoir fait une erreur en choisissant de débuter la série par ce 14ème tome. Pour être honnête, je pense n’avoir jamais mis autant de temps à lire un opus de moins de 200 pages et surtout s’agissant d’un roman policier, un genre dont je suis généralement friande. Je pense que ce volume était plutôt destiné aux nostalgiques de la série qui connaissent déjà bien les personnages récurrents. L’intrigue m’a semblée bien mince et l’enquête policière par procuration ne m’a pas convaincue. En revanche, on apprend beaucoup sur le contexte historique et la société chinoise contemporaine. L’autre originalité tient au fait que chaque chapitre débute par deux poèmes. L’un emprunté à un auteur classique chinois ; l’autre sensé être l’œuvre de l’ex inspecteur Chen Cao. Il faut savoir que Qiu Xiaolong est lui-même poète et traducteur. Il écrit d'ailleurs ces romans directement en Anglais.

« En comparant les poèmes chinois classiques des dynasties Tang et Song et mes poésies sur la Chine d’aujourd’hui, j’ai découvert une vérité paradoxale : la Chine change, et elle ne change pas. Il en résulte une sorte de tension, qui révèle quelque chose de profond dans les préoccupations contemporaines. Comme vous le voyez, ce congé m’est bénéfique. Et mon travail de traduction pourrait même faire écho à l’un des slogans actuels du Parti : « Laissons notre grande littérature chinoise sortir de Chine. »

J’ai pris une bonne résolution en refermant ce livre : je lirai dorénavant les séries policières dans l’ordre de parution des différents épisodes. Je n’exclue pas de lire un jour les premiers volets de celle-ci : Mort d'une héroïne rouge (Liana Levi, 2001), Visa pour Shanghaï (2003), Encres de Chine (2004), etc.

💪Une bonne nouvelle quand même : cet opus me permet de participer au challenge des Gravillons de l’hiver sur le blog de La Petite Liste et à Un hiver polar ici même. 

📌L’insaisissable Monsieur X. Qiu Xiaolong, traduit par Emmanuelle Vial.  Liana Levi, 195 pages (2025)

Deux super challenges d'hiver !


Proies. Andrée A. Michaud

Proies. Andrée A. Michaud


💪J’ai choisi ce titre pour participer à une lecture commune autour d’Andrée A. Michaud dans le cadre du challenge de lecture Un hiver polar. Cela faisait déjà un moment que je voyais passer des critiques enthousiastes de ses romans sur les blogs, dont celui de Cath L

Proies n’est ni le premier livre de la romancière québécoise ni son dernier paru mais le résumé en quatrième de couverture m’a semblé très alléchant. Comment résister à un thriller impliquant trois adolescents partis camper au milieu de nulle part ? Le cadre sauvage de l’Amérique du Nord est très cinématographique. Les principaux protagonistes aiment se faire peur en racontant des histoires de fantômes à la tombée de la nuit. Entre deux marshmallow grillés, ils évoquent Délivrance, le fameux film de John Boorman, adapté du roman de James Dickey. C’est une facétie de l’autrice pour nous signifier qu’elle lui rend hommage au travers de ce huis clos au bord de la rivière Brûlée. 

Proies. Andrée A. Michaud
Proies n’est pas un thriller accrocheur dans le sens où l’autrice n’abuse pas des facilités du genre. Et c’est là qu’elle puise sa force de persuasion car nous avons affaire à des gens normaux (pour la plupart) dans un village ordinaire. Cette histoire, passe-t-on, pourrait arriver à n’importe lequel d’entre nous. L’identification est garantie. On pense aux parents des trois  adolescents qui les ont laissé partir malgré un sentiment d’angoisse diffus. Le premier crime survient presque par inadvertance alors que la chasse à l’homme n’a même pas commencé. Il n’y avait pas de background particulier ni de secrets ésotériques avant cet évènement… mais il révèle le mal à l’état pur. 

Andrée A. Michaud crée une tension folle avec une singulière économie de moyens. L’un de ses outils principaux est un effet de dissonance entre le village en fête et la scène de crime isolée. Ce n'est pas le seul subterfuge qu'elle utilise. A plusieurs reprises, l'autrice intervient dans le texte pour prévenir le lecteur. Je ne dirais pas qu’elle "spoile" mais plutôt qu’elle use d’un effet de "teasing" pour faire monter la pression. S’il fallait vraiment faire une remarque désobligeante, je dirais que certains passages semblent un peu longs… mais j'attribue ce sentiment à la montée d’angoisse crescendo. A l’instar des protagonistes, le lecteur se sent presque acculé.  

📚Pour cette lecture commune autour d'Andrée A. Michaud, nous avions le choix du titre:

📌Proies. Andrée A. Michaud. Rivages Poche, 384 pages (2024)

Challenge de lecture Un hiver polar 2025-2026


Sweet Home. Nancy Guilbert

Sweet Home. Nancy Guilbert


J’aime bien partager de temps en temps des lectures avec mon fils adolescent. Ce n’est pas un grand lecteur mais il a tout de suite été emporté par l’intrigue de Sweet Home de Nancy Guilbert. Le fait qu’il s’agisse d’un roman choral a beaucoup participé à cet enthousiasme. C’est donc sur son conseil que j’ai décidé de le lire à mon tour. 

Quatre personnages se partagent la narration. C’est Birdie, une jeune fille de 16 ans qui s’exprime en premier. Elle voyage en van avec sa mère et son petit frère Yzac. Alors qu’ils roulent en direction de Galway, sur la côte ouest de l’Irlande, leur véhicule tombe en panne. La petite famille trouve refuge chez Curtis, un éleveur canin. Le vieil homme vit avec son petit fils Siam. Le lycéen est le deuxième protagoniste à  prendre la parole. On devine assez vite que Siam est aveugle et qu’il n’a jamais connu ses parents. Yzac, le 3ème narrateur, n’a que 10 ans. C’est un garçon solaire mais hyperactif. Les disputent incessantes entre sa mère et sa sœur n’arrangent pas les choses, ni les déménagements intempestifs et la vie sur la route. La dernière voix, celle de Skye, se différencie nettement des précédentes puisqu’elle resonne depuis le passé. L’histoire qu’elle raconte est terrible. On comprend qu’elle a un rapport avec les autres personnages mais on ne sait pas ce qui les relie. Les adultes cachent bien leurs secrets même s’ils en souffrent beaucoup ! 

L’éditeur indique que l’ouvrage s’adresse aux adolescents à partir de 15 ans mais sur le site Internet du Salon du livre jeunesse, il est recommandé aux enfants dès 12 ans. Le mien en a 13 et n’a pas rencontré de difficulté de lecture particulière. En revanche, les lecteurs les plus sensibles peuvent être choqués par les thèmes abordés et certains passages un peu violents.  Pour le reste, c’est une belle histoire d’amour et de résilience. Le lecteur est happé par les récits émouvants des différents narrateurs et l’envie de découvrir le fin mot de l’histoire. On espère bien-sûr un dénouement heureux pour chacun d’entre eux. 

💪J’ai lu ce roman dans le cadre du challenge de littérature jeunesse organisé par PatiVore.

📌Sweet Home. Nancy Guilbert. Didier Jeunesse, 352 pages (2024)

Challenge Littérature Jeunesse