Carnet de bord #2 : février 2026

Carnet de bord #2 : février 2026


J’ai commencé ce carnet de bord en janvier 2026 pour aborder des sujets qui concernent l’actualité littéraire mais qui n’ont pas forcément leur place dans un compte-rendu de lecture. Ce mois-ci, j’ai glané pas mal d’informations concernant les écrivains, les maisons d’éditions ou la vie de la blogosphère. Il ne s’agit pas d’une revue de presse mais plutôt d’une liste de liens vers des brèves ou des articles.

Le 11 février dernier nous avons malheureusement appris le décès d’une «figure majeure de la littérature néerlandophone et européenne», le poète et romancier Cees Nooteboom, disparu à l’âge de 92 ans. 

Anniversaires

Dans la série des commémorations, il y a plusieurs centenaires d’écrivains à célébrer cette année dont ceux de Michel Butor, Richard Yates, Richard Matheson, Dario Fo et John Fowles

Les éditeurs aussi comptent leurs bougies. Hachette organise un événement inédit au Palais Brongniart à Paris pour célébrer ses 200 ans. Les éditions Phébus ont été créées en 1976 et fêtent donc leurs 50 ans tandis que les éditions du Rouergue, fondées en 1986, peuvent s'enorgueillir de 4 décennies d'existence. La Peuplade a déjà 20 ans cette année. 

Le polar est à l'honneur en 2026. Après l'emblématique Série Noire de Gallimard (80 ans depuis l'an dernier), La collection Rivages Noirs fête son anniversaire (40 ans), de même qu'Actes noirs (20 ans) ! 

Evènements

Avec la saison des festivals qui débute, le mois de mars promet d’être riche en rencontres et découvertes. Parmi les principaux évènements du mois, j’ai noté:  

Evidemment il y a de la vie en dehors de l’hexagone, et sans mentionner tous les évènements du monde, on peut au moins s’intéresser à nos voisins francophones avec :

Et pour ceux qui ont la chance de vivre ou de séjourner outre-Atlantique, on peut signaler

Cinéma

Ceux d’entre nous qui préfèrent voyager tranquillement dans un fauteuil, se sont peut-être rendus au cinéma pour découvrir la dernière adaptation du roman d’Emily Brontë, Hurlevent par Emerald Fennell, sortie en salle le 11 février dernier. 

Sur le blog Tomabooks, il existe une liste exhaustive des adaptations de romans dont les sorties sont prévues en 2026 sur petits et grands écrans.

Lecture

Si vous préférez rester au chaud à la maison, sachez que plusieurs œuvres sont devenues libres de droits en 2025 et peuvent donc être téléchargées gratuitement. Par exemple, sur le site de Gallica, on peut lire en ligne Chéri de Colette et Claudine à Paris. En 2026, c’est Paul Claudel qui est tombé dans le domaine public.

Vous trouverez d’autres idées de lecture sur le site de folio qui propose notamment une sélection autour du Venezuela. Toujours en lien avec l’actualité politique, je suis tombée sur un billet intitulé Groenland, la leçon de Jules Verne publié sur le blog de Mediapart. 

Podcast

Enfin, en mode retro news, je vous suggère les podcasts de Sandrine à écouter tranquillement quelle que soit la météo du jour. 


Je vous souhaite à tous un excellent mois de mars  🙋

 

Associés contre le crime. Agatha Christie

Associés contre le crime. Agatha Christie


Associés contre le crime est un recueil de nouvelles dont les héros récurrents sont Tommy et Tuppence Beresford, un couple de détectives amateurs. La version originale de 1929 compte 15 nouvelles. En France, elles sont parues en deux volumes : Associés contre le crime et Le crime est notre affaire. Il semble que les tourtereaux se soient rencontrés quelques années plus tôt, dans un autre roman d’Agatha Christie, The Secret Adversary (Mr Brown) mais c’est une autre histoire.

Le texte d’ouverture, intitulé Une fée dans l'appartement, raconte pourquoi et comment les Beresford ont fondé leur agence de détectives sous le pseudonyme de Theodore Blunt. Ils décrochent leur première affaire grâce à Une tasse de thé, titre de la seconde nouvelle. Il s’agit de retrouver une jeune femme disparue, Janet Smith (en réalité amie et complice de Tuppence). Après ce coup de pub réussi, "Les fins limiers de Blunt" vont pouvoir décrocher des missions plus sérieuses. L’affaire de la perle rose, va révéler cette fois, la clairvoyance et l’ingéniosité de Tommy. Il faut dire que nos deux héros se complètent parfaitement, tant au niveau des caractères que des compétences. Les enquêtes s’enchainent donc et notre couple de détectives se trouve parfois dans des situations bien périlleuses : cambriolage, séquestration, enlèvement... Or, malgré tous ces efforts et énigmes résolues en un tour de main, l’agence ne fait que vivoter et la question de sa pérennité est évoquée à plusieurs reprises dans le texte.

Partners in Crime
Si le lecteur est impressionné par la clairvoyance et l’intrépidité des Beresford, il faut reconnaître que les nouvelles sont trop courtes pour développer de longues investigations. Il s’agit plutôt d’une série de petites énigmes à la manière de G. K. Chesterton. L’autre jour, je vous disais justement que le personnage du Père Brown avait inspiré Agatha Christie. Et bien, il se trouve qu’elle lui fait un petit clin d’œil dans la dernière nouvelle de ce recueil, celle intitulée L’homme dans la brume :

« - On ne peut pas dire que cette histoire ait porté la marque du Père Brown, remarqua-t-il d’un air lugubre. Et pourtant, j’ai tout à fait le genre de parapluie qui convient. 

- C’est l’affaire elle-même qui ne correspondait pas. Pour le Père Brown, il faut une atmosphère bien particulière dès le début. Tandis qu’on est plongé dans nos activités habituelles, des choses commencent à se produire. C’est ça, en gros. »

L’humour anglais, c’est imparable ! Et surtout, les britanniques n’hésitent pas à en user dans les situations les plus inconfortable ou les plus périlleuses. Les Beresford en tout cas semblent avoir séduits assez de lecteurs (dont je fais partie) pour que la Reine du crime leur consacre encore 3 romans (en plus de The Secret Adversary en 1922), soit N or M? (N ou M ?) en 1941, By the Pricking of My Thumbs (Mon petit doigt m'a dit) en 1968 et Postern of Fate (Le Cheval à bascule) en 1973. Par ailleurs, les aventures de Tommy et Tuppence Beresford ont fait l’objet de plusieurs adaptations sur le petit ou le grand écran. On pense notamment à la trilogie de Pascal Thomas avec Catherine Frot et André Dussollier dans les rôles principaux. Il existe aussi une mini-série britannique qui a été diffusée sur BBC One en 2015, à l’occasion du 125e anniversaire de la naissance d’Agatha Christie. Une autre série en 6 épisodes serait actuellement en tournage à Londres pour la plateforme BritBox, avec Antonia Thomas (Tuppence) et Josh Dylan (Tommy).

💪Cet opus me permet de participer à trois challenges de lecture : Les Gravillons de l'hiver, chez La Petite Liste, 2026 sera classique chez Nathalie et Un hiver polar sur ce blog.

📌Associés contre le crime. Agatha Christie, nouvelle traduction de Janine Alexandre. Le Livre de Poche, 125 pages (2025)

Je participe à 3 challenges de lecture
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Confession américaine. Eddy L. Harris

Confession américaine. Eddy L. Harris


 « Et, chaque matin, je faisais serment d’allégeance au drapeau, comme tous les enfants de ma classe de mon école, et sans doute, j’imagine, de toutes les classes de toutes les écoles du pays. 
Je jure allégeance au drapeau Des États-Unis d’Amérique
Et à la République qu’il représente
Une nation sous l’autorité de Dieu
Indivisible
Avec la liberté et la justice pour tous »

Trente ans après la parution du pamphlet de James Baldwin, The Evidence of Things Not Seen (Meurtres à Atlanta), Eddy L. Harris publie à son tour un manifeste à charge contre son pays natal. Nous sommes en 2016. L’écrivain américain expatrié en France vient d’avoir 60 ans et Donald Trump accède pour la première fois à la présidence des Etats-Unis. C’est l’occasion pour Eddy L. Harris de faire le bilan d’une vie, de sa carrière littéraire et de l’évolution politique de son pays. Il estime qu’il est en partie responsable du naufrage par son aveuglement volontaire et son inaction. Il se reproche d’avoir choisi de quitter le navire plutôt que de s’engager dans la bataille. Il faut dire que son œuvre n’a pas toujours été comprise aux Etats-Unis et que ses livres n’y sont plus publiés depuis 1996.

Je savais qu’Eddy L. Harris avait écrit plusieurs essais dont A River Quest (Mississippi Solo) que je prévois toujours de lire. L’auteur a descendu les 4 000 du fleuve en canoë dans les années 80. Il s’est également rendu en Afrique et en a tiré un ouvrage intitulé Native Stranger (Le voyage d'un Noir américain au cœur de l'Afrique). Ces ouvrages ne sont pas de simple récits de voyage. Ce sont des récits initiatiques et politiques où l’auteur aborde les questions du racisme, de l’identité, etc.  

Black History Month 2026
Dans House of Lies. American Confessional (Confession américaine), il revient sur ces questions. Eddy L. Harris s’interroge sur l’image de la nation américaine. Selon la devise adoptée depuis la guerre d’indépendance, elle est « une et indivisible ». Les paroles de la Liberty Song de John Dickinson sont devenues un mantra sans cesse répété depuis le berceau jusqu’au cercueil : «By uniting we stand, by dividing we fall ». Le melting pot et l’égalité pour tous sont en réalités de beaux rêves, des mirages  que les gouvernements successifs ne cessent d’entretenir. Même le mandat de Barack Obama n’a pas permis d’entériner l’union du peuple américain. L’auteur récuse les dénominations en trait d’union (Afro-Américain, Italo-Américain, etc) qui séparent plus les citoyens qu’elles ne les rassemblent sous une même bannière.  Il ne se sent d’ailleurs pas de lien avec l’Afrique sachant que son aïeul ayant été affranchi au 18ème siècle. En ce sens, le terme de Noiraméricain semble plus approprié qu’Afro-Américain.

Eddy L. Harris évoque son enfance à Saint Louis, sa famille et notamment son père qui occupait un double emploi pour nourrir sa famille, son employeur blanc se refusant obstinément à lui consentir une promotion pourtant méritée. L’écrivain américain a fini par s’expatrier. Il vit désormais à Pranzac, un petit village de Charente, à quinze kilomètres d’Angoulême. Sa vision de l’Amérique d’aujourd’hui n’est guère optimiste: 

« Trump restera dans l’histoire comme un président crucial. Il a fait ce qu’aucun président n’aurait sans doute pu faire. Il nous a tellement éloignés les uns des autres que nous ne nous retrouveront peut-être jamais ». 

💪J’ai lu cet ouvrage édifiant dans le cadre du Black History Month, dont nous fêtons cette année le 100ème anniversaire dans de nombreux pays. Comme chaque année en février, Enna nous propose un challenge centré sur les Etats-Unis : l’African American History Month challenge 2026. Parallèlement à cette activité, Belette organise la 3ème édition de l’American Year à laquelle je participe également. Et bien sûr, Confession américaine est parfait pour les Gravillons de Sybilline.

📌Confession américaine. Eddy L. Harris, traduit par Grace Raushl. Liana Levi, 96 pages (2024)

Mes trois challenges du jour
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