Les Spartiates. Paul Cartledge

Les Spartiates. Paul Cartledge


A part quelques réminiscences datant de mes études, je ne suis pas du tout calée en Histoire antique. Cette réédition des travaux de Paul Cartledge, spécialiste de la civilisation grecque, était pour moi l’occasion de raviver mes faibles connaissances en la matière et de découvrir un certain nombre de choses que j’ignorais sur les Spartiates.

Cet ouvrage, destiné à un large public, est assez dense et nécessite un peu de concentration en dépit de la volonté pédagogique de son auteur. Il est divisé en 3 grandes parties qui respectent la chronologie des évènements, depuis les réformes de Lycurgue et l’ascension militaire de la cité-État, jusqu’au déclin puis la chute de Sparte face à l’Empire romain, en passant par l’apogée mythique de l’une des plus grandes puissances du monde grec égéen.

Il sera bien sûr question des guerres médiques contre les Perses de l'Empire achéménide, de la fameuse marche forcée des hoplites pour devancer la flotte ennemie en route vers Athènes après la bataille de Marathon (en 490 avant notre ère) ainsi que du glorieux sacrifice de Léonidas et de ses 300 soldats spartes aux Thermopyles (en 480). Cette défaite galvanise l’esprit de résistance de la ligue panhellénique. A cela s’ajoute la défaite de Xerxès Ier à la bataille de Salamine qui va marquer un tournant décisif dans le conflit.

The Spartans
L’alliance entre les cités hégémoniques et antagonistes de Sparte et d’Athènes ne pouvaient perdurer trop longtemps. La première est une société eugéniste et élitiste (qui a fasciné et attire toujours les extrémistes de tous genres) dirigée par une dyarchie héréditaire. Le pouvoir est partagé entre les descendants des deux familles royales, les Agiades et les Eurypontides. Les Spartiates sont des citoyens soldats, sélectionnés dès le plus jeune âge en fonction de leur force physique, et dont l’éducation stricte passe obligatoirement par l’Agōgē. Les tâches agricoles et domestiques sont assurées par les Hilotes (comparables aux serfs de l’époque féodale). Les femmes bénéficient aussi d’une éducation particulière contrairement aux autres Grecques. Si Athènes n’accorde pas ce droit à la gente féminine, elle se distingue aussi de Sparte par son attachement au régime démocratique. Les sources historiques font néanmoins penser que la montée de l'impérialisme athénien serait à l’origine de la guerre du Péloponnèse (431 à 404 av. J.-C).

Paul Cartledge ne se contente pas d’énumérer des faits et des dates ou de citer les sources les plus proches comme Herodote, Thucydide, Xenophon ou Plutarque. Il a inséré de nombreuses biographies (Helène, Pausanias, Alcibiade, Gorgô, Cynisca…) et brosse un portrait aussi détaillé que possible de la société spartiate, ainsi que de son organisation institutionnelle et politique. Les cartes et l’annexe chronologique sont précieuses pour se repérer dans cette riche étude mais il me semble que cette documentation aurait pu être complétée d’un lexique reprenant les principaux termes comme Gérousie, Ephores, Périèques, etc.

C’est un essai instructif et passionnant mais qui nécessite quelques connaissances de base. Un lecteur non aguerri peut facilement se perdre dans les méandres de cette documentation foisonnante. N’étant pas spécialiste de cette période, il m’a fallu un petit effort pour entrer dans le vif du sujet et plusieurs recours à la recherche d’informations encyclopédiques . Passé ce cap, j’ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de cet essai. Il reste un certain nombre de détails historiques à élucider et cet ouvrage m’a donné envie de creuser davantage. Il n’est pas impossible que je sélectionne d’autres lectures historiques ou romanesques sur le sujet.   

📌Les spartiates. Paul Cartledge, traduit par Simon Duran . EditionsPassés composés, 350 pages (2026)

Baume du tigre. Lucie Quéméner

Baume du tigre. Lucie Quéméner

Lucie Quéméner est une jeune bédéiste bretonne dont le clan maternel est issu de la diaspora chinoise. Cet album destiné à la jeunesse est un récit multigénérationnel dont chaque partie est dédiée à un membre féminin de la famille. C’est une histoire d’héritage et de transmission. 

Edda et ses trois sœurs adolescentes (Isa, Etta et Wilma) vivent dans la maison de leurs grands-parents. Ald est un patriarche tyrannique qui n’accepte pas le choix de sa petite fille aînée d’entrer à la Haute École de Médecine. Pour lui, ce n’est pas le rôle d’une femme que de subvenir aux besoins de sa famille. Il prend le choix d’Edda comme une marque d’irrespect envers lui, une manière de le rabaisser. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Et puisque leur mère et leur oncle n’osent pas s’opposer au doyen de la famille, la fratrie décide d’entamer les négociations. L’une commence une grève de la faim, l’autre cesse de se laver, la troisième rédige les doléances tandis que la quatrième refuse de prononcer un seul mot jusqu’à l’obtention de leurs revendications. Le grand-père tente de les amadouer en cédant sur les tenues vestimentaires. Après quelques hésitations, les filles continuent de faire bloc. Lorsqu’Ald décide de recourir à la manière forte en poussant Etta dans la baignoire, les quatre sœurs décident de fuguer. A leur grande surprise, Maya, leur mère ne tente pas de les en dissuader et préfère leur confier ses économies. C’est la fin de la première partie intitulée Départ

Baume du tigre. Lucie Quéméner. P28-29

Partant du principe qu’on ne connait jamais vraiment ses parents, l’autrice nous raconte l’histoire de Maya dans une seconde partie (Allées et venues) puis celle de la grand-mère Minna dans une troisième (Arrivée). Ces parcours, qui se font écho, ressemblent à des fuites. J’ai trouvé cette construction à rebours plutôt maline. 

L’album étant dédié à la jeunesse, Lucie Quéméner aborde certains sujets de manière très feutrée. On comprend au détour d’une phrase ou d’un dessin plus suggestif que la vie de ces femmes n’a pas toujours été facile. Il est question de sexisme, de violences sexuelles ou encore d’emprises psychologiques et économiques. 

Les planches en noir et blanc rendent le graphisme assez sobre. Le trait est parfois enfantin et j’avoue que j’ai eu du mal à différencier les faciès des sœurs. Le récit choral et les flashbacks donnent du rythme à la narration et, en dépit des thèmes abordés, l’histoire n’est pas aussi sombre qu’on pourrait le croire. Le poids de l’héritage familial est lourd mais, en dépit des conflits générationnels, les membres du clan sont soudés par une grande tendresse. C’est ce qui rend cette BD si émouvante.

📌Baume du tigre. Lucie Quéméner. Delcourt, 256 pages (2020)


Douze ans après. Lisa Gardner



Je vous avais dit que je m’étais attachée à l’héroïne atypique de Lisa Gadner. Frankie Elkin n’est ni une policière ni une véritable détective privée. C’est une baroudeuse, une ancienne alcoolique dont le crédo est en rapport avec les disparitions qui n’intéressent personne. Notre Don Quichotte féminin vient en aide aux marginaux, aux déshérités, aux personnes issues de minorités ethniques, aux anciens junkies, etc. C’est un passe-temps dangereux et nullement rémunérateur.

Après la jungle urbaine de Boston (L’été d’avant) et les montagnes sauvages du Wyoming (Dernière soirée), Frankie se rend dans une île paradisiaque, à une heure de vol d’Honolulu. Elle a été mandatée par "La Bouchère du Texas", une tueuse en série qui va bientôt passer du couloir de la mort à la chaise électrique. Cette psychopathe qui a tué et découpé ses amants pour les donner à manger à ses cochons a un talon d’Achille : sa petite sœur Léa ou Leilani (son prénom hawaïen) qui a disparu 12 ans plus tôt, à l’âge de 5 ans. A l’époque, Kaylee Pierson, notre condamnée à mort, était la maîtresse du richissime Sanders MacManus. Lorsque leur liaison a tourné au drame, elle a dû rentrer chez elle au Texas mais sans sa sœur cadette. Elle pense qu’il la détient toujours contre son gré. Frankie dispose de 3 semaines avant l’exécution de Kaylee. 

Still See You Everywhere
Notre héroïne est d’abord réticente à venir en aide à une meurtrière mais elle pense à Léa / Leilani qui est peut-être victime d’un pédophile. Elle accepte donc de se rendre sur l'atoll Pomaikai, au milieu de l’océan Pacifique, ou MacManus projette de construire un écolodge de luxe.  Le magnat de la tech et de l’immobilier est censé s’y rendre régulièrement avec "sa pupille". Frankie se fait embaucher comme aide cuisinière/barmaid/lingère. Pour l’instant, l’équipe est réduite car il faut déterminer dans quelle mesure le projet immobilier va bouleverser la flore et la faune ou si le site accueille des vestiges archéologiques à protéger.

Il s’agit donc d’un huis clos insulaire. L’île paradisiaque se transforme bientôt en un lieu cauchemardesque envahi de d’énormes crabes de cocotiers (ces monstres existent vraiment et peuvent vous sectionner un doigt avec leurs pinces) et d’araignées loups qui squattent les bungalows du personnel. La nature luxuriante se fait de plus en plus menaçante, l’humidité et la chaleur épuisent l’équipe et l’iode marin détériore le matériel comme les constructions… à moins qu’un saboteur ne se cache parmi le personnel ? Enfin, en vertu de la loi des séries, l’atoll est balayé par une tempête tropicale qui isole encore davantage ses occupants au pire moment imaginable.

Ce troisième volet ne m’a pas déçue. La tension monte crescendo et le roman s’achève par une chasse à l’homme digne des meilleurs scénarios de cinéma. 

💪J'ai lu ce roman dans le cadre de l'American Year Saison 3.

📚Un autre avis que le mien chez Belette 

📌Douze ans après. Lisa Gardner, traduite par Cécile Deniard. Albin Michel, 464 pages (2026)

American Year Saison 3