Le 20 août dernier, j’écoutais Titiou Lecoq sur France Inter expliquer que les femmes avaient été moins empêchées (de réussir) que rendues invisibles, effacées de l’histoire. Pour moi, la différence reste subtile. Il a quand même fallu attendre les mouvements féministes du 19ème siècles en Europe pour voir le statut des femmes évoluer un peu et leur éducation se démocratiser. J’ai quelques exemples en tête. En France, leur accès à l’Université se concrétise en 1885. En revanche, l’entrée à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris (fondée en 1817) leur reste fermée jusqu’en 1897. Chez nos voisins, notamment en Italie, la situation n’est pas meilleure.
L’héroïne de Melania G. Mazzucco, Plautilla Bricci (1616-1705) est considérée comme la première femme architecte, mais elle est née trop tôt. A la fin du 17ème siècle, le catalogue de l'Académie San Luca établi par Giuseppe Ghezzi (où l’artiste romaine figure) montre que la liste des hommes compte 10 pages tandis que celle des femmes ne représente même pas une page complète du registre. Alors que le statut des artistes s’améliore durant la Renaissance grâce à la création des académies, les femmes sont écartées des ateliers. Il faut qu’un membre masculin de leur famille y soit rattaché pour qu’elles puissent recevoir quelques enseignements. Plautilla Bricci a d’abord bénéficié de celui de son père, Giovanni Briccio (1579-1645), peintre, auteur de théâtre et musicien.
Le roman de Melania G. Mazzucco est divisé en 4 grandes parties chronologiques. Le récit se présente comme une autobiographie fictive de Plautilla Bricci et s’attarde (trop) longuement sur son enfance et sa jeunesse à Rome. Ses pages ne sont pas inintéressantes car elles décrivent bien la vie au 17ème siècle et surtout le quotidien des femmes italiennes à cette époque. Les jeunes filles non mariées étaient surveillées de très près et presque empêchées de sortir du foyer. Or, il n’était pas facile de constituer une dot et certaines ne convolaient jamais en juste noces, condamnées à vivre chez leurs parents jusqu’à leur mort. La vie était rude dans les quartiers populaires où l’artiste a grandi. Il fallait changer de logement régulièrement parce que son père ne pouvait plus payer le loyer. Le taux de mortalité infantile était élevé et Plautilla a vu plusieurs frères et sœurs mourir en bas-âge. Parce que son père pensait ne jamais pouvoir trouver un prétendant honorable pour sa fille cadette, et parce qu’il était en mauvaise santé, il a choisi de lui transmettre son art. Plautilla s’est avérée être une élève talentueuse.
En dépit de l’intérêt que je portais au contexte historique, les deux premières parties du roman m’ont semblée bien longues. Je me suis demandée à plusieurs reprises à quel moment on allait enfin entrer dans le vif du sujet, à savoir l’entrée de Plautilla dans la vie artistique et ses débuts en architecture. J’ai dû faire plusieurs pauses dans ma lecture et alterner avec d’autres romans plus faciles. Par ailleurs, je me méfie des auteurs qui se substituent à des personnes réelles, prenant la parole à leur place et imaginant leurs pensées les plus intimes. Je comprends bien que le but est de redonner vie au sujet mais, au final, j’aurais préféré un essai biographique.
💪Cette lecture me permet de participer au challenge Les pavés de l’été sur le blog de La petite liste.
📌L'Architecte romaine. Melania G. Mazzucco, traduite par Vincent Raynaud. Calmann-Levy, 528 pages (2026)







