Les enfants du rêve chinois. Luxi

Les enfants du rêve chinois. Luxi


 Sur les premières planches de ce roman graphique, le lecteur découvre une jeune femme recroquevillée dans une cellule capitonnée. Ses geôliers, dont on ne voit que les ombres, entrent dans la pièce et la soumettent à un interrogatoire serré. La jeune fille résiste car, dit-elle, elle n’a rien fait de mal.  Elle s’appelle Luxi et elle étudie le cinéma en France. C’est pour cette raison qu’elle a quitté son pays natal, trois ans plus tôt. Et non, elle ne fréquente pas d’opposants politiques en Europe. Elle est en Chine pour boucler son projet de fin d’année avec son petit ami Jean. Ils ont prévu d’interviewer Fanfan, une amie de Luxi qui est enseignante dans un petit village de campagne. Elle doit leur parler de son travail mais aussi de son homosexualité. Ludong, la technicienne qui assure la prise de son, les a rejoints sur-place à la fin d’un autre tournage. Ensemble, les cinéastes en herbe se sont rendus à Gansu, une ville située à 1543 kilomètres exactement de Pékin. Ensuite, ils ont poursuivi leur route jusqu’au district de Beidao et le village de Fanfan. Leur amie devait les héberger chez elle mais elle a changé d’avis à la dernière minute. D’ailleurs, son comportement est devenu de plus en plus bizarre au fil du temps. Elle ne semblait plus très enthousiaste à l’idée d’être filmée. Les évènements survenus quelques jours plus tard, puis l’arrestation de Luxi et Ludong, prouvent qu’elle avait raison de se méfier…


Les enfants du rêve chinois. Luxi - P6-7


Ce roman graphique, qui ne compte pas loin de 200 pages, nous apprend beaucoup sur la Chine contemporaine. Au fil de leurs pérégrinations et de leurs échanges avec la population, nos jeunes héros réalisent qu’il existe de grandes disparités entre citadins et ruraux. Les zones urbaines fleurissent comme des champignons, détruisant les paysages et chamboulant la vie quotidienne des Chinois. Par ailleurs, à cause des conséquences désastreuses de la politique de l’enfant unique mise en œuvre entre 1979 et 2015, il y a désormais, dans les campagnes, qu’une femme pour 3 hommes. Les jeunes agriculteurs doivent recourir à des transactions financières honteuses pour espérer trouver une épouse. En ville, c’est l’inverse. Les jeunes femmes qui font de longues études sont jugées trop vieilles pour se marier et avoir des enfants. L’homosexualité n’est guère tolérée. Dans son village, très excentré de Pékin, Fanfan subit de multiples représailles. La jeunesse chinoise et la communauté LGBT ne sont pas les seules à souffrir. Nos étudiants en cinéma découvrent que les minorités ethniques, comme celles des Ouïghours, sont victimes de discriminations et de violence diverses en dépit de la pression internationale. 


Les enfants du rêve chinois. Luxi. P18-19


Les enfants du rêve chinois n’a pas pour objectif de présenter une Chine de carte postale avec des paysages époustouflants et des couleurs vives. L’intérêt de cet album réside bien sûr dans la trame narrative. Les illustrations, en noir et blanc, permettent de se concentrer davantage sur le propos et de souligner son aspect dramatique. Ce one-shot est néanmoins un manhua de bonne facture avec une couverture rigide rouge plutôt réussie. Il se lit de droite à gauche comme les BD occidentales. L’album est lice pour le Prix Asie de la critique ACDB (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) 2023 qui sera remis au gagnant à l’occasion de la Japan expo à Paris le 16 juillet prochain. Ces concurrents sont Adieu Eri de Tatsuki Fujimoto (éd. Crunchyroll), Box de Daijirô Morohoshi (éd. Le Lézard noir), Darwin’s Incident de Shun Umezawa (éd. Kana) et Hirayasumi de Keigo Shinzô (éd. Le Lézard noir). Personnellement, j’ai déjà fait mon choix. 

📌Les enfants du rêve chinois. Luxi. Sarbacane, 192 pages (2023)


Commentaires

keisha a dit…
Vraiment à découvrir, alors!
je lis je blogue a dit…
La BD est bien faite et aborde beaucoup de sujets qui permettent de découvrir la société chinoise contemporaine.
Livr'escapades a dit…
Encore une proposition très intéressante... Je ne me tourne pas spontanément vers les romans graphiques, une erreur à réparer on dirait!
Fanja a dit…
Ouhlala c'est complètement pour moi ! La Chine contemporaine en BD, loin des images de cartes postales, parfait ! Et j'en profite pour noter ses concurrents chez Le Lézard noir, un éditeur dont j'aime beaucoup le catalogue.
je lis je blogue a dit…
J'ai repéré plusieurs titres publiés chez le Lézard mais, pour l'instant, je n'ai lu aucun ouvrage de leur catalogue. Je pense lire "La cantine de minuit", par exemple. Si tu as d'autres titres à me conseiller, ça m'intéresse.
je lis je blogue a dit…
Ce n'est pas facile de se repérer dans la multitude des publications en BD mais il y a de vraies perles à découvrir.

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