Hmong. Vicky Lyfoung

Hmong. Vicky Lyfoung


 C’est après avoir vu un documentaire de Cyril Payen, consacré aux peuples d’Asie que Vicky Lyfoung a commencé à s’interroger sur ses origines. Ses parents sont des Hmongs. Ils sont arrivés en France dans les années 70 après un long périple qui les a conduits du Nord du Laos à la région parisienne, en passant par les camps de réfugiés thaïlandais. Le père de Vicky ne parle pas très bien le Français et la jeune femme a oublié sa langue maternelle. Elle s’appuie donc sur le témoignage de sa mère et fait des recherches sur l’histoire des Hmongs qui remonte à plus de 2 000 avant l’ère chrétienne. Elle apprend qu’il s’agit d’un peuple de montagnards, originaire du Nord de la Chine (la République Populaire reconnait à ce jour l’existence de 56 ethnies ou Miao). 

Selon la tradition orale, les Hmongs auraient d’abord porté le nom de Chiyou (littéralement Grand-père) en l’honneur d’un seigneur de guerre. Les multiples conflits avec les Hans les poussent toujours plus loin de leur berceau ancestral et au 18ème siècle, la majeure partie de la population Hmong a disparu. Les survivants s’installent dans les territoires situés au sud des frontières chinoises, au Myanmar (Birmanie), au Laos, en Thaïlande et au Vietnam. 


Hmong. Vicky Lyfoung - P24-25


Au 19ème siècle, avec la colonisation française, s’ouvre une nouvelle page de l’histoire de ce peuple. Pour payer leurs impôts, les paysans produisent de plus en plus d’opium. Ce trafic permettra aux occidentaux de financer les deux guerres mondiales puis les conflits qui ont suivi. Au milieu de ce bazar, plusieurs personnages emblématiques s’imposent. Pa Chay est le premier à se rebeller contre l’occupant français. Son assassinat en 1921 marquera la fin de "la Guerre du fou" et de l’insurrection Hmong.  La grande histoire a également retenu le nom de Vuong Chinh Duc, un Kaitong (chef de canton sous le protectorat français). Le château qu’il s’est fait construite dans la province de Hà Giang est aujourd’hui un haut lieu touristique du Nord Vietnam. Néanmoins c’est le Kaitong Louby Lyfoung, dans la province de Xieng Khouang au Laos, qui s’impose comme la grande figure de la période coloniale. 

Premier membre de la communauté Hmong à suivre des études secondaires, Louby Lyfoung est l’allié des Français et, à ce titre, participe activement au trafic d’opium. Pendant la guérilla antijaponaise et la première guerre d'Indochine, notre notable est toujours du côté des Occidentaux. Il s’oppose au Pathet Lao communiste pendant la guerre civile laotienne et joue un rôle primordial dans la formation d’un nouveau royaume indépendant. Après la victoire du régime communiste en 1975, Louby Lyfoung est envoyé en camp de rééducation où il mourra quatre 4 ans plus tard. 


Hmong. Vicky Lyfoung. P32-33


Dès le mois de mai 1975, de nombreux réfugiés politiques Hmongs quittent le Laos pour se réfugier en Thaïlande. Une bonne partie d’entre eux sont ensuite répartis dans des pays d'accueil comme les États-Unis, la France (notamment en Guyane) et l'Australie. La famille de Vicky est ainsi dispatchée aux quatre coins du monde. Ses parents et sa sœur aînée s’installent dans l’Hexagone tandis que les membres de la branche paternelle traverse l’Atlantique. Ses grands parents maternels vivent quelques années en France puis rejoignent le reste de la famille aux Etats-Unis. 

Les parents de notre narratrice parviennent à maintenir un lien avec la communauté Hmong de France mais leurs enfants adolescents sont peu réceptifs à la culture et aux traditions de leurs ancêtres. Vicky, cadette d’une fratrie de huit enfants, ne s’intéresse que tardivement à ses racines. Elle met 15 ans à réaliser son projet, alors qu’elle est elle-même devenue mère. Le fond et la forme de l’album témoignent d’ailleurs de sa volonté de transmettre un héritage familial à son enfant. 


Hmong. Vicky Lyfoung. P56-57


En dépit de l’histoire complexe et tragique de son peuple d’origine, l’autrice signe un album sans pathos ni lourdeur, ce qui le rend accessible à un large public. On sent une volonté pédagogique forte dans les textes et les illustrations. Les Chibis, ces petits personnages enfantins (qui rappellent le graphisme des mangas) permettent de réduire la tension dramatique engendré par le fil narratif. La rondeur du trait apporte beaucoup de douceur à cet album qui n’est d’ailleurs pas dénoué d’humour. 

Hmong. Vicky Lyfoung. Delcourt, 160 pages (2023)


Lecture dans le cadre de l’activité autour des Minorités ethniques


Commentaires

  1. Cette BD me tente beaucoup ! C'est noté !

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    1. On y apprend beaucoup de chose sur ce groupe ethnique. J'ai bien aimé le ton et les dessins.

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  2. Quelle coïncidence ! Je l'ai acheté il y a quelques semaines, mais bon, comme beaucoup d'achats compulsifs, il attend dans un coin d'être lu.^^ J'ai fait fort côté achat de BD dernièrement...

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    1. Ah, tant mieux, j'ai hâte de connaître ton avis ! J'ai acheté aussi pas mal de BD dernièrement.

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  3. Merci pour cette nouvelle participation qui enrichit la partie asiatique de l'activité ! Je découvre que la BD est souvent un média fort instructif. J'en ai une sur les hommes fleurs d'Indonésie qui m'attend, et ma fille m'a offert pour la fête des mères celles sur les Selk'mans, que j'avais noté chez toi..

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    1. Tu as "Au pays des hommes-fleurs" de Raymond FIGUERAS ? Je l'ai repéré aussi mais je ne suis pas sûre d'avoir le temps de le lire.. . sans compter que j'ai encore une BD sous le coude pour la thématique. Pour changer de zone géographique, j'avais beaucoup apprécié la BD des "Selk'mans", très instructive. J'ai hâte de lire ton billet

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    2. Non, la BD sur les hommes fleurs s'appelle "Mentawaï", et je n'ai plus le nom de l'auteur en tête (et je ne suis pas à la maison, là)..

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    3. Ah d'accord, je n'avais pas compris que c'était aussi une BD. Je ne connais pas

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  4. Les thématiques de la migration, de l'exil, de la quête/construction identitaire et de la transmission de l'héritage familial m'intéressent très fortement depuis de nombreuses années. Cette BD m'a l'air passionnante! Merci pour la découverte.

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    1. Oui, elle est très intéressante... parfois un peu trop pédagogique peut-être mais il y a d'autres compensations.

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  5. J'avais vu un reportage sur les Hmongs au Vietnam il y a une éternité et cela m'avait intriguée. En plus j'aime beaucoup la bouille des Chibis. Je note cette référence!

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    1. J'ai beaucoup aimé cette BD. Elle est vraiment bien faite (peut-être un petit peu trop pédagogique parfois mais ce n'est pas dérangeant ) et le graphisme est chouette.

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