Le cas Victor Sommer. Vincent Delareux

Le cas Victor Sommer. Vincent Delareux (Photo by Elia Pellegrini on Unsplash)

Victor Sommer, 33 ans, sans emploi, vit toujours chez sa mère. Ils habitent une maison lugubre dans une ville qui n’est jamais nommée. Françoise Sommer est une mère castratrice qui enferme son enfant dans une routine sans surprise et sans joie, rythmée par ses seules exigences. De son père et du reste de sa famille, le jeune homme ne sait rien. Lorsqu’il a eu 10 ans, sa mère lui a présenté un portrait jauni de son géniteur qu’elle a ensuite soustrait à sa vue de manière définitive. Depuis, Victor tente d’en retracer les contours. Il croit d’ailleurs déceler chez son psychanalyste, le docteur Adam, les traits de ce père dont il ignore tout. Les séances hebdomadaires chez son thérapeute montrent l’ambivalence des sentiments de Victor vis-à-vis de sa mère. Toute l’histoire nous est d’ailleurs contée de son unique point de vue. Une vision d’autant plus partielle que le jeune homme est parfois frappé d’amnésie. Or, justement, lorsque Françoise Sommer disparait de son domicile, le jeune homme est dans l’incapacité de retracer le fil des évènements qui ont précédé. 

J’ai été bluffée par la maturité de ce roman, écrit par un jeune-homme de 25 ans. Le titre suggère un clin d’œil à l’œuvre de Sigmund Freud dont le psychanalyste de Victor est l’un des disciples. On pense à son essai intitulé Cinq leçons sur la psychanalyse expliquant le complexe d'Œdipe et le phénomène du transfert. La question du conflit psychique entre le conscient et l'inconscient, entrainant la résistance et le refoulement, est traitée de manière magistrale dans le roman de Vincent Delareux. L’auteur distille quelques indices (sur l’histoire familiale du narrateur et la disparition de sa mère) qui échappent totalement à son héros mais qu’un lecteur attentif peut percevoir.  

Dans Le cas Victor Sommer, les seules indications de temps sont l’égrènement monotone des jours de la semaine. En dehors, de cette temporalité hebdomadaire, nulle date (mois ou année) n’est indiquée. La manière de s’exprimer du narrateur et son vocabulaire désuet nous donne, pense-t-on, un indice mais la question est de savoir s’il ne s’agit pas de mimétisme pour ce jeune homme sous influence maternelle.  En quatrième de couverture, la romancière Amélie Nothomb fait référence, au sujet de ce roman, au film Psychose d’Alfred Hitchcock, sorti en 1960. Il faut reconnaître que le parallèle est parlant. 

Le cas Victor Sommer. Vincent Delareux. L’archipel, 202 p. (2022)



Commentaires

  1. Pas trop une ambiance plombante?

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  2. Non, la lecture est fluide. il y a même des scène assez drôles

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