Un pays de neige et de cendres. Petra Rautiainen


 En 1947, Inkeri Lindqvist, photographe et journaliste quinquagénaire, débarque à Enontekiö, une ville située au nord-ouest de la Finlande. Le but officiel de son installation sur les terres du peuple Same est un reportage dédié à la reconstruction de la région. En réalité, elle mène une enquête sur la disparition de son mari, Kaarlo Lindqvist, ancien prisonnier de guerre à Inari. En 1944, ce camp était géré par les Allemands mais il avait aussi des gardiens finlandais. L’un d’entre-deux, qui se présente dans son journal intime comme le représentant de l’autorité militaire de son pays et comme interprète, est arrivé au centre de détention en février 1944. Un chapitre sur deux est consacré à son récit. Le lecteur comprend rapidement que ce témoignage détient sans doute la clé du mystère qui permettrait à Inkeri Lindqvist d’en savoir davantage sur la mort de son époux. Ignorant l’existence de ce document, le journaliste tente d’interroger son entourage : le vieux Piera, l’ancien propriétaire de sa maison, ainsi que son locataire, l’énigmatique Olavi Heiskanen. Sans grand succès, au départ. Il lui faudra finalement 3 ans de recherches et d’abnégation pour délier les langues, dont celle de sa jeune protégée, Bigga-Marja.

L’intérêt de ce roman, classé dans la catégorie thriller par son éditeur, réside beaucoup dans le choix du sujet. Petra Rautiainen explore en effet une facette méconnue de la seconde guerre mondiale, à savoir les exactions commises dans la région par les nazis et leurs successeurs pour servir l’idéal d’une Grande Finlande pure et unifiée. Bien entendu, il faut compter avec le lot habituel de collaborateurs plus ou moins volontaires. L’auteur d’Un pays de neige et de cendres sait de quoi elle parle puisque ses travaux universitaires portent sur les Sames ou Samis, ses populations qui vivent sur les terres boréales transfrontalières de la Suède, de la Norvège, de la Finlande et de la Russie. Le roman de Petra Rautiainen n’est pas très long et son écriture est fluide. L’alternance des chapitres entre le journal de guerre du gardien finlandais et la période de reconstruction ne dessert pas l’intrigue bien au contraire. 

Extrait :

« INARI, Février 1944

Je suis arrivé hier à Inari : au centre pénitentiaire suivant, après celui de Hyljelahti. Ce camp ne figure pas sur les cartes finlandaises. Il est situé à une vingtaine de kilomètres à l’est‑nord‑est du centre‑bourg. Le lac est proche. La voie qui mène ici n’a de route que le nom, et deux grands arbres obstruent la vue dans cette direction. À leur niveau, des panneaux signalent qu’il est interdit de passer sous peine de mort. Ils sont écrits en allemand et en same d’Inari. En same parce que, si quelqu’un passait par là, ce serait probablement un nomade traversant la toundra. À supposer qu’ils sachent lire, ces gens‑là. »


Un pays de neige et de cendres. Petra Rautiainen. Seuil, 320 p. (2022)


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