Mystère Mishima. Thierry Hoquet

 Mystère Mishima. Thierry Hoquet

Mystère Mishima n’est pas une lecture de détente mais un ouvrage d’universitaire. Thierry Hoquet est professeur et membre de l'Institut de Recherches Philosophiques de l’Université de Nanterre. Il est également titulaire d’une licence de japonais. Son essai se découpe en quatre parties : 

  • Partie I : Oublier Mishima, retrouver Mishima
  • Partie II : Mishima homoérotique
  • Partie III : Un panthéon viril
  • Partie IV : Narcisse, philosophe de l’histoire

Dans Mystère Mishima, le philosophe analyse l’œuvre de Yukio Mishima (1925-1970) par le prisme de son homosexualité et de son nationalisme exacerbé. Son point de départ et son fil rouge sont deux photos de l’écrivain japonais, emblématiques de son ambivalence. La première a été prise par André Bonin en 1956 ; la seconde, par Tamotsu Yato en 1967 (publiée dans Young Samurai: Bodybuilders of Japan, John Weatherhill editions)

« D’un côté, le romancier élégant, dans son costume impeccable, dans l’atmosphère feutrée de l’hôtel particulier des éditions Gallimard ; de l’autre le même homme, quasiment nu, un sabre à la main, exhibant son corps sculpté et bronzé, la sueur perlant sur sa peau. »

Thierry Hoquet étudie tour à tour les thématiques récurrentes dans les grandes œuvres de l’écrivain japonais. Confession d'un masque (1949), Les Amours interdites (1951), Le Pavillon d'or (1956), La Mer de la fertilité (1965-1970) … Yukio Mishima est un écrivain prolixe. Il a écrit plus de 40 romans, dix-huit pièces de théâtre kabuki pour la compagnie théâtrale le Bungaku-za, vingt recueils de nouvelles et autant d’essais littéraires, ainsi que des récits populaires pour s’assurer le confort matériel. Il a été pressenti plus d’une fois pour le Nobel mais c’est son mentor, Yasunari Kawabata (1899-1972), qui, en 1968, devient le premier récipiendaire japonais de ce prix littéraire.

L’auteur du Mystère Mishima cite le biographe officiel de l’écrivain japonais, John Nathan (Mishima, Gallimard, réédition 2020), et les travaux de Marguerite Yourcenar (Mishima ou la Vision du vide, Gallimard, 1981). Thierry Hoquet évoque l’esthétisme de Mishima, son amour pour la Grèce antique, sa fascination pour la statue d'Antinoüs de Delphes et le Saint-Sébastien de Reni Guido (1575-1642), ainsi que son goût pour le culturisme, son admiration pour la tradition japonaise et les vertus des Samouraïs. Mishima s’est nourri de lettres classiques et de littérature française. Parmi ses auteurs préférés Raymond Radiguet (1903-1923), l’auteur du Diable au corps, occupait une place de choix.

Les convictions de Yukio Mishima le pousseront jusqu’à l’acte ultime. Le 24 novembre 1970, il se suicide par seppuku à la Tour du ministère de la Défense (actuel Ichigaya Memorial Hall). Cet acte spectaculaire a été minutieusement préparé et obéit au rite ancestral de son pays : Mishima s'ouvre le ventre avant de se faire décapiter par la main d'un ami (son « kaishakunin »). C’est Masakatsu Morita qui devait endosser ce rôle mais, après plusieurs tentatives infructueuses, c'est Hiroyasu Koga qui termine le geste.

Extrait : 

« Trop souvent, un écran s’interpose entre Mishima et nous. Sur cet écran fantasmatique défilent des images qui ont plusieurs origines : images de notre désir de Japon, fantasmes de masculinité, spectres de ce que nous croyons savoir de Mishima, clichés produits par Mishima lui-même pour nous expliquer qui il était et ce qu’il faut savoir du Japon. Tout cela se mélange pour former une image-écran, une fausse connaissance dont nous avons trop vite fait de nous repaître. Il s’agit de repousser le fantasme habilement construit par Mishima lui-même d’un « samouraï » moderne en lutte contre l’effémination du monde. Ce Mishima qui s’est surmasculinisé, pour contrer une effémination toujours menaçante, prend la figure du « mâle hystérique ».

📌Mystère Mishima. Thierry Hoquet. Gallimard, 348p. (2021)


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