L'Évangile de la colère. Ghislain Gilberti

L'Évangile de la colère. Ghislain Gilberti


Lorsqu’il projetait d’écrire L'Évangile de la colère, Ghislain Gilberti a décidé de s’imposer deux contraintes. La première était de s’émanciper de ses personnages récurrents. Sur ce point, il n’a pas tenu complètement sa promesse puisqu’une certaine Cécile Sanchez apparait au milieu du roman. Ceux qui ont lu les précédents polars de Ghislain Gilberti connaissent déjà la commissaire de police spécialisée en criminologie. Pour ma part, il me semble qu’on aurait pu se passer d’elle mais sa présence ne me dérange pas non plus. En tout cas, j’ai la sensation que son créateur y est trop attaché pour s’en défaire si facilement. 

Le romancier s’était également promis d’oublier les trilogies et d’écrire un "one-shot", c’est-à-dire une intrigue en un seul épisode. Le résultat est un pavé de plus de 550 pages. Personnellement, je ne m’en plains pas. Je dois avouer que j’ai un peu douté de la réussite du projet en milieu de parcours mais l’auteur est doué pour les rebondissements. Il m’a complètement bernée. J’ai vraiment cru que l’enquête allait se conclure à la fin de la seconde partie et je me suis demandée comment il allait meubler les 250 pages suivantes.  En ce sens, la construction du roman m’a semblée assez atypique.

L’autre intérêt de ce polar tient à sa galerie de personnages. Hormis les psychopathes de service, le reste de la population est franchement borderline. Pour ne pas révéler toute l’intrigue, contentons-nous de dire que les forces du bien et du mal ne sont pas toujours du coté opposée de la ligne rouge. Je suis peut-être naïve mais je continue de penser que ce n’est pas toujours comme ça dans la vraie vie. Par ailleurs, dans le roman, il y a des situations et des actions qui pourraient prêter à débat sur leur légitimité mais ce n’est pas le cas. Ici, on fonce dans le tas !

Parmi les personnages imaginés par Ghislain Gilberti, il y a Seth Kohl dit le Zombie. Cet ancien agent des stups revient en effet d’outre-tombe. Après plusieurs années d’errance parmi la racaille qu’il côtoyait sous couverture, le flic refait surface lors d’une fusillade en banlieue nord. Sa hiérarchie l’envoie en cure de désintoxication puis l’affecte à la Brigade criminelle du SRPJ de Versailles. Il y remplace le chef de groupe, Paul Baptista, qui a été promu. Son binôme et son adjointe, est Céline Fauvel, surnommée Petshop (en référence à une marque de jouets). Les présentations sont écourtées par des meurtres spectaculaires, apriori sans lien entre eux, qui déconcertent d’autant plus les enquêteurs que les empreintes retrouvées sur les lieux sont identiques. D’ailleurs, le meurtrier semble n’avoir pris aucune précaution d’usage. Tandis que l’éventualité d’un tueur en série se confirme, l’équipe se réorganise. Asia Baptista (qui n’est pas seulement la sœur de Paul mais aussi la directrice du service technique et scientifique) et le groupe de sa subordonnée, Karine Perrin, sont déchargés de toutes autres affaires en cours pour venir en renfort sur celle-ci.

Avec "L'Évangile de la colère", Ghislain Gilberti conduit son lecteur à toute berzingue jusqu’aux portes de la folie et de l’enfer. Il n’y a pas de place ici pour les ergoteurs et les âmes sensibles. Du coup, les fameuses 550 pages s’avalent quasiment sans reprendre haleine. Et c’est avec un sentiment de malaise qu’on referme ce polar, presque hagard. Le pari de Ghislain Gilberti, en revanche, est bel et bien réussi. Bravo !

📌L'Évangile de la colère. Ghislain Gilberti. Hugo Thriller, 570 p. (2022)


Commentaires

Brize a dit…
Il a l'air de bien arracher, ce polar (pas trop ma came) ! Beau petit pavé, en tout cas, et challenge d'ores et déjà réussi :) !
je lis je blogue a dit…
J'avoue que c'est assez dur... limite même pour moi mais c'est bien fait.
kathel a dit…
Malaise et déconseillé aux âmes sensibles... ce n'est pas pour moi, c'est sûr !
je lis je blogue a dit…
Et en plus, c'est un pavé ! Double dose de cauchemars !

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