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Neige de sang. JEF, Sallé & Corbeyran

Neige de sang. JEF, Sallé & Corbeyran


Il s’agit d’un emprunt plus ou moins hasardé à la bibli. J’ai tapé Japon dans le moteur de recherche de la médiathèque, j’ai coché bande dessinée et le logiciel m’a proposé Neige de sang. Pas besoin de se poser plus de questions, d’autant que la durée des emprunts est allongée en période estivale. 

Neige de sang. P4-5

Cet album est un one-shot. L’histoire nous conduit dans le petit port de Shikomi, durant l’été 1970. Les habitants sont surpris par un changement de temps radical qui les oblige à se réfugier dans l’auberge du village. Ils découvrent rapidement qu’ils ne sont pas seulement victimes d’un dérèglement météorologique ;  ils ont aussi fait un bond temporel jusqu’aux origines féodales de leur communauté. Et, tandis que le blizzard enveloppe la bourgade, les villageois sont témoins d’évènements glaçants. Quelqu’un semble profiter de la tempête pour régler ses comptes et des ombres surnaturelles percent l’obscurité. Takashi, un jeune pêcheur, et sa compagne, Sayori, décident de braver les éléments pour trouver une explication à ce cauchemar. 

Neige de sang. P10-11

L’illustration en couverture laisse peu de suspense concernant les tueurs qui hantent le village (même si, de loin, j'ai confondu le samouraï avec une locomotive). Bref, ce n'est pas très grave car l’intrigue comporte d’autres mystères dont certains ne seront pas totalement élucidés à la fin de l’album. A ce propos, il me semble que la narration aurait gagné en profondeur si la BD avait compté quelques pages supplémentaires. Les planches sombres participent à créer un huis clos nébuleux et terrifiant. Malgré la brièveté du scénario, Neige de sang reste une belle découverte. 

📌Neige de sang. JEF, Rurik Sallé et Corbeyran. Editions Ankama, 80 pages (2026)


Tokyo Mystery Café, T.01 et T.02. Atelier Sentô

Tokyo Mystery Café, T.01 et T.02. Atelier Sentô


Lors de ma dernière expédition à la bibliothèque municipale, je suis tombée sur les deux tomes de la BD Tokyo Mystery Café que je convoitais depuis un moment. Je connaissais déjà le style japonisant de l’atelier Sento, talentueux duo de bédéistes, grâce au diptyque de La fête des ombres.

Chaque volet de Tokyo Mystery Café peut être lu comme un one shot puisqu’il s’agit de deux enquêtes séparées : La disparue d'Akiba (tome 1) et Les ombres de Jimbocho (tome 2). Ceux qui connaissent un peu le Japon auront compris que les auteurs nous font visiter deux quartiers emblématiques de la capitale Nippone. 

Tokyo Mystery Café, T.01 P16-17


Le Mystery café est un lieu atypique. Son « Patron », est à la fois restaurateur et détective privé. Nahel, un jeune aspirant mangaka tout juste débarqué au Japon, a atterri chez lui par hasard après une course-poursuite échevelée. Monsieur Mirai, le propriétaire de la Guest House où Nahel vient d’aménager a été sauvagement agressé dans son magasin d’électronique au rez-de-chaussée de l’immeuble. Il est situé à Akiba, le fameux quartier d’Akihabara, l’une des plus grandes « Electric Towns » du monde. Depuis les années 90, c’est le quartier des geeks. Nahel fait la connaissance du Patron et de son acolyte Soba, une collégienne surdouée en informatique. Les détectives ont été embauchés par la petite fille de Monsieur Mirai. Elle veut savoir qui a agressé son grand-père mais aussi où est passé sa sœur Mio. Nahel, qui s’est joint aux investigateurs, ne va pas tarder à faire une découverte surprenante.

Le second tome de Tokyo Mystery Café invite ses lecteurs à la découverte de Jimbocho, le quartier des bouquinistes et des éditeurs, mais leur permet aussi d’entrer dans l’univers du manga. Nahel a enfin décroché un emploi dans un atelier de Magakas mais il va rapidement déchanter. Il est confiné dans un petit bureau où il doit se contenter d’encrer les tours des cases. De plus, l’ambiance est plutôt tendue chez l’éditeur. En effet, un pirate a saboté le dernier numéro du Weekly Moon, le magazine phare des éditions Kamigawa. Certaines pages ont été modifiées. Un personnage inconnu apparait sur les planches tandis que les héros récurrents les plus populaires ont été virtuellement assassinés dans les dernières pages du magazine. Si les lecteurs se détournent de l’hebdomadaire, les retombées financières seront catastrophiques pour l’éditeur. Il faut absolument découvrir qui est le faussaire. Au cours de l’enquête, Nahel va faire une étonnante découverte concernant son énigmatique patron. 

Tokyo Mystery Café, T.02- P6-7

Les enquêtes sont intelligemment construites. J’aime beaucoup l’idée de coupler les questions contemporaines (robotique, IA, crise éditoriale, conditions de travail des mangakas, etc) et la découverte culturelle du Japon aux énigmes policières. La BD s’adresse à un large public à partir de 12 ans et les personnages permettent aux lecteurs de tous âges de s’identifier facilement. A la fin des albums, il y a des "Dossiers secrets", des livrets présentés sous forme de reportages pédagogiques avec des cartes, des photos etc.

Les enquêtes proprement dites sont rondement menées et il y a de l’action dans chaque album avec des enlèvements, des courses poursuites, etc. Il y a aussi une aura de mystère autour des personnages principaux. On en sait un peu plus sur le Patron à la fin du second tome mais Soba (dont ce n’est pas le vrai nom) n’a pas livré tous ses secrets. On peut imaginer qu’elle le fera dans un 3ème volet. J’espère en tout cas que la série n’est pas terminée.  

Tokyo Mystery Café, T.02 - P74-75


💪Tokyo Mystery Café. Atelier Sentô. Editions Dupuis, 2 volumes

Tome 1 - La disparue d'Akiba, 80 pages (2024)

Tome 2 - Les ombres de Jimbocho, 80 pages (2025)


Jamais, T.01 et T.02. Bruno Duhamel

Jamais, T.01 et T.02. Bruno Duhamel


Je découvre Bruno Duhamel au travers de ce diptyque de BD et je dois dire que je ne suis pas déçue. Le premier volume devait être un One-shot mais l’auteur a eu envie de lui donner une suite. Tant mieux pour nous ! (NB: j'ai lu cette BD humoristique et rédigé mon compte-rendu avant l'effondrement d'une falaise à Biarritz, le 25 juin 2026. J'ai néanmoins décidé de publier le billet à la date prévue car, si la forme se veut légère, l'intention de l'auteur est bien de dénoncer les dangers encourus).

Madeleine est une nonagénaire au caractère bien trempé. Elle est aveugle mais certainement pas sourde ni muette. Notre mamie habite un charmant village normand sur la côte d’Albâtre. Malheureusement, les falaises sont menacées par l’érosion, conséquence du changement climatique. Le maire de la commune tente de convaincre la vieille dame de déménager car sa maison est située au-dessus de la plage, pile où les sols s’effritent. Une chambre vient justement de se libérer dans la résidence sénior des Hortensias. Or, Madeleine fait de la résistance et refuse de quitter le foyer où le souvenir de son mari défunt est encore bien vivace. Et puis, la maison de retraite n’accepte pas les chats. Que deviendrait le dodu Balthazar (il ressemble tellement à l’un de mes matous) si Madeleine déménageait ?


Jamais, tome 1. P4


Dans le second tome, nous retrouvons Madelaine toujours campée sur sa position. Un évènement va néanmoins l’inciter à réfléchir. Une partie de la falaise, située sous sa maison, s’est effondrée, créant une sorte d’arche fragile. C’est un danger sérieux pour les autochtones et les touristes qui affluent depuis que notre mamie à fait la une des journaux. Cette fois, ce n’est donc plus seulement la vie de la vieille dame qui est menacée. D’ailleurs, Churchill, le chien de la petite Emma a disparu sous l’éboulement. Le candidat d’extrême droite aux élections municipales s’est déjà saisi du drame pour faire campagne. 


Jamais, tome 1. P9


Cette bande dessinée est irrésistible. J’aime beaucoup le graphisme coloré et détaillé (on peut trouver de nouveaux éléments à chaque lecture). Les personnages sont bien campés et leurs faciès évocateurs. Madeleine est une afficionado attachante et le lieutenant de pompiers qui tente de concilier tout le monde est touchant de patience et de gentillesse. Le maire sortant de Troumesnil n’est pas un si mauvais bougre et il saura se rattraper dans le second tome. Son adversaire réactionnaire en revanche est absolument détestable. Les dialogues sont savoureux. J’aime beaucoup ce type d’humour bon enfant et les scènes rocambolesques. Pour autant, l’intrigue n’est pas si légère qu’il n’y parait. Elle aborde de nombreuses questions environnementales et sociales. C’est tout à fait le genre de BD que j’affectionne.


Jamais, tome 2. P19


📌Jamais. Bruno Duhamel. Grand Angle, 2 volumes.

T.01 : Histoire complète, 64 pages (2018)

T.02 : Le jour J, 64 pages (2022)


Le mari de mon frère. Gengoroh Tagame

Le mari de mon frère. Gengoroh Tagame


💪A l’occasion du Mois des fiertés, j’ai décidé de tester des mangas consacrés à la question LGBTQIA+. Le mari de mon frère a l’avantage de sa brièveté puisque la série ne compte que 4 tomes. Ce n’est pas son seul atout. Gengoroh Tagame sort de son registre homoérotique habituel pour s’adresser aux adolescents et aux jeunes adultes. Le style est soft, sans fioriture et très pédagogique. 

Yaichi Origuchi est un papa solo. Il a hérité de biens immobiliers de ses parents et vit de ses rentes. Cela lui laisse du temps pour s’occuper de sa fille Kana, scolarisée en classe de primaire. Depuis son divorce et la mort de son frère jumeau, Ryôji, il n’a pas d’autre famille. Son ex-femme, Natsuki, travaille beaucoup et ne rend visite à sa fille que trop rarement. 

Le mari de mon frère. Gengoroh Tagame. Couv Originale

La vie de Yaichi et de Kana va être bouleversée par l’arrivée inattendue d’un "oncle d’Amérique". Il s’agit de Mike Flanagan, le mari canadien du défunt Ryôji. Mike avait promis à son époux qu’ils se rendraient ensemble au Japon pour renouer avec les derniers membres de la famille Origuchi. D’abord déboussolé, Yaichi décide de se fier à la spontanéité et au bon sens de sa fille. Il propose au flegmatique Canadien de séjourner chez eux. 

Yaichi doit faire face à la monoparentalité, au deuil de son frère, à ses questionnements sur l’homosexualité et aux préjugés de la société nippone. Mais, au fil du temps, la présence de Mike dans son foyer devient une véritable bouffée d’air. Kana s’est tout de suite entichée de cet oncle canadien qui s’adapte si bien au quotidien de la famille. A la demande de sa fille, Natsuki se joint au petit groupe pour une escapade touristique aux sources thermales. Un jeune voisin gay vient déposer le fardeau de son homosexualité sur les épaules bien charpentées de Mike… 


Le mari de mon frère. Gengoroh Tagame. T03 P80-81

J’ai aimé la bienveillance qui émane de cette série. Les personnages ne sont pas caricaturaux, bien au contraire, ils s’interrogent beaucoup. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de ce manga que de découvrir le regard porté par la société japonaise, réputée patriarcale, sur la question de l’homosexualité mais aussi de la répartition des rôles au sein de la cellule familiale.

Yaichi est touchant dans sa maladresse. Son statut de père au foyer le prédispose apriori à une certaine tolérance mais son frère Ryôji avait coupé les ponts depuis longtemps. Il ne l’a jamais revu depuis son départ du Japon et n’a pas assisté au mariage. Il doit gérer des sentiments contradictoires et apprendre à lâcher prise sur les aléas du quotidien. 


Le mari de mon frère. Gengoroh Tagame. T03 P25

Si j’ai été séduite par les personnages et l’intrigue, j’avoue que j’ai toujours du mal avec les codes graphiques du manga. Les faciès sont parfois flous ou à peine esquissés. En revanche, il y a quelques illustrations architecturales et paysagères très détaillées.

C’est peut-être anecdotique mais j’ai été frappée par l’omniprésence de la gastronomie dans ce manga (mais ce n’est pas la première fois que je fais ce constat concernant la BD japonaise). La nourriture apparait comme un élément social et réconfortant,  à l’instar du thé. 

Tout ceci pourrait semblait un peu naïf mais il faut garder en tête que la série s’adresse à des lecteurs à partir de 14 ans. Il y a même des fiches dédiées à l’histoire et la culture LGBTQIA+ (les Petits cours de culture gay de Mike). Pour moi, l’objectif pédagogique est atteint.

📚Un autre avis que le mien chez Audrey

📌Le mari de mon frère, Gengoroh Tagame traduit par Bruno Pham / Erwan Charlès. Editions Akata, 4 tomes (2016-2017)

Le mois des fiertés, saison 2



Dans la combi de Thomas Pesquet. Marion Montaigne

Dans la combi de Thomas Pesquet. Marion Montaigne


Un incident survenu le 5 juin dernier sur Station Spatiale Internationale (ISS) montre, s’il était nécessaire, que jamais rien n’est laissé au hasard dans l’espace. Pour rappel, l’équipage de l’ISS  a du se réfugier dans le vaisseau Dragon en raison de l'aggravation d'une fuite d'air à bord. L’astronaute Thomas Pesquet ne faisait pas parti de cette mission mais il a séjourné plusieurs mois dans la station entre novembre 2016 et juin 2017 puis entre avril et novembre 2021.  

Marion Montaigne est autrice de BD humoristiques de vulgarisation scientifique. C’est déjà tout un programme… surtout quand on connait l’humour ravageur de la bédéiste ! Grâce à cet album, nous allons pouvoir constater qu’entrer Dans la combi de Thomas Pesquet n’est pas une sinécure ! Marion Montaigne nous dévoile presque tout du quotidien de l’astronaute, jusque dans l’intimité. Je dis presque car un second volet du diptyque, intitulé Space Montaigne, vient de paraître.


Dans la combi de Thomas Pesquet. Marion Montaigne. P9


On s’en doutait déjà un peu mais c’est confirmé : Thomas Pesquet est loin d’être un type ordinaire. Pour être astronaute, il faut avoir une tête bien pleine et un corps bien fait ! Voyager dans l’espace, il en a rêvé depuis l’enfance. Après des études d’ingénieur aéronautique, Thomas Pequet est devenu pilote de ligne. Sa carrière a pris un tournant décisif lorsqu’il a passé le concours de l’ESA, l’agence spatiale européenne. 8413 candidatures en ligne pour 6 élus en fin de parcours (du combattant). Après une multitude de tests psychotechniques (sadiques) et médicaux (intrusifs), les choses sérieuses commencent. La formation de l’astronaute est très dense ! Pour résumer, il faut maîtriser jusqu’au fonctionnement du moindre petit boulon en plusieurs langues étrangères. Et je ne parle même pas des entraînements physiques dans divers équipements de torture simulation. Le métier s’avère loin d’être aussi glamour dans la vraie vie que vu au travers de son écran de TV lors des conférences de presse de l’ESA. 


Dans la combi de Thomas Pesquet. Marion Montaigne. P68-69


Absolument rien n’échappe à l’œil de lynx (et démystificateur) de Marion Montaigne : ni l’accumulation de linge sale (il n’y a pas de machine à laver dans l’ISS et il est interdit d’utiliser les toilettes à la place), ni le fonctionnement des WC spatiaux, ni l’agent chargé de localiser l’emplacement des outils à bord grâce à un système de scan, ni le stockage rationalisé des déchets dans le module PMM, ni les miettes de pain dans les yeux à cause de la gravité… sans oublier les blagues dignes d’élèves de classes primaires ! 


Dans la combi de Thomas Pesquet. Marion Montaigne. P144


J’ai découvert Marion Montaigne avec la parution de Nos mondes perdus et j’ai retrouvé Dans la combi de Thomas Pesquet, tous les ingrédients qui avaient fait mon bonheur. L’album est en fait composé d’une série de strips humoristiques retraçant le parcours de l’astronaute, depuis sa Normandie natale, en passant par Hambourg, Cologne, Houston, Baïkonour, Moscou…et jusqu’aux étoiles à bord du Soyouz MS-03 puis de l’ISS. Sur cette route, on de nombreux héros de l’espace dont Luca Parmitano (son camarade de promotion), Peggy Whitson (l’une de ses collègues de mission), Buzz Aldrin (l’incontournable vétéran) ou les nombreuses statuts de Youri Gagarine. L’humour se cache jusque dans les moindres détails des illustrations. C’est espiègle, parfois irrévérencieux mais jamais malveillant… et, sans avoir l’air d’y toucher,  extrêmement documenté et instructif ! J’ai hâte de découvrir la suite !

📚Les avis de Fanja et Eimelle

📌Dans la combi de Thomas Pesquet. Marion Montaigne. Dargaud, 208 pages (2017)


Loire. Étienne Davodeau

Loire. Étienne Davodeau


📝«On ne se baigne pas dans la Loire !» C’est ce que j’ai appris grâce au roman de Guillaume Nail (le compte rendu de lecture est ici). Dans la BD d’Etienne Davodeau, le narrateur ne semble pas au courant de l’adage.


Loire. Étienne Davodeau. P4-5


Louis est venu rendre visite à une vieille amie. Agathe, la fantasque, a été sa maîtresse avant de rompre pour se mettre en ménage avec Jalil. Après toutes ses années, elle a envoyé un message à Louis. Et il a répondu à l’invitation. Quelques kilomètres avant la maison d’Agathe, il décide de terminer le trajet à pied. Une petite clairière tranquille, le soleil, l’eau… l’occasion est trop belle ! Louis ne résiste pas à une petite baignade dans la Loire… ni au courant qui le conduit loin de la berge. Il s’accroche et parvient à rejoindre le bord quelques kilomètres plus loin. Ses vêtements sont restés en amont, là où ils les a posés. Il est complètement à poil ! Pas le choix, il faut attendre la nuit pour rebrousser chemin, récupérer ses affaires et faire le trajet jusque chez Agathe. A son arrivée, il apprendra qu’elle n’est pas là. Ce sont ses voisins qui, à la demande d’Agathe, ont envoyé les invitations. Oui, car tous ses anciens amants et amantes ont été conviés. Jalil, Nicolas et Suzanne ont répondu présents. Mais leur ancienne amoureuse ne viendra jamais. Elle s’est noyée dans la Loire quelques semaines plus tôt. Laure, sa fille, retrouve tout ce petit monde à la maison.


Loire. Étienne Davodeau. P92-93


Je vous l’ai sans doute déjà dit mais Etienne Davodeau est l’un de mes auteurs de BD favoris avec Emmanuel Lepage. J’ai pratiquement tous ses albums dans ma bibliothèque mais je les ai lus avant de commencer ce blog et vous n’y trouverez que Le droit du sol. Dans Loire, Etienne Davodeau revient sur ses sujets fétiches, à savoir l’humain et la nature. Le thème de l’écologie est sans doute plus subtil dans cet album mais il apparait au détour d’une page, d’un dessin ou dans un dialogue : le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est évoqué par l’un des personnages, la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire enlaidit le paysage, etc.


Loire. Étienne Davodeau. P76


A un moment donné je me suis demandé ou nous menait l’intrigue mais ce n’est pas ce qui compte ici… car la véritable héroïne de cette histoire, c’est bien sûr la Loire. Il faut se laisser porter, lâcher prise et observer ce fleuve sauvage si bien mis en valeur dans les illustrations à l’aquarelle d’Etienne Davodeau. Il y a de longues séquences sans dialogue, en mode panoramique. Les tons pastels choisis par l’auteur rendent bien hommage au fleuve. C’est somptueux ! C'est le genre de BD qui donne envie de flâner dans la nature et de passer du temps avec ses proches. Ça permet de remettre les choses en place et de relativiser le quotidien. 

📚Eimelle aussi a beaucoup aimé cet album

📌Loire. Étienne Davodeau. Futuropolis, 104 pages (2023)

Danser avec le vent. Emmanuel Lepage

Danser avec le vent. Emmanuel Lepage

💪Après l’exploration du Glacier Thwaites (cf L’Eveil), je poursuis ma découverte des côtes australes dans le cadre du Book Trip en mer. Cette fois-ci, je passe par l’autre côté. On embarque à La Réunion, on vogue sur l’océan Indien et on met le cap vers l’archipel des Kerguelen à 1 950 km au nord de l'Antarctique. Notre guide dans ce voyage de papier est Emmanuel Lepage. C’est sa seconde expédition vers les TAAF (Terres Australes et Antarctiques françaises). De son premier séjour aux îles Kerguelen, il a tiré un album magnifique paru il y a une dizaine d’années. 

Lorsqu’il rembarque sur le Marion Dufresne en novembre 2022, Emmanuel Lepage apparait comme une sorte de VIP. Son arrivée sur le navire est filmée par une équipe de cinéastes qui réalisent un documentaire pour la chaîne de télévision ARTE. Par ailleurs, le bédéiste est quelque peu courtisé par les autres passagers qui souhaitent obtenir un autographe ou un portrait. L’un d’entre eux lui confie même qu’il a découvert sa vocation grâce à son Voyage aux îles de la désolation. Il s’agit de Brieuc. L’auteur fait un petit clin d’œil à ce jeune scientifique en lui cédant la parole à la fin de l’album. 

Danser avec le vent P190

C’est à l’initiative de Christophe Guinet, directeur de recherche CNRS au centre d’études biologiques de Chizé, qu’Emmanuel Lepage a entrepris ce nouveau voyage. Ce n’est pas un hasard si l’auteur de BD a été sollicité puisqu’il est aussi peintre officiel de la marine française. Il n’a pas réfléchi longtemps avant d’accepter la mission même s’il s’interrogeait sur la pertinence d’un autre séjour aux TAAF. Qu’allait-il tirer de cette aventure ? Une expérience (c’est le terme qu’on doit préférer pour ce type de mission comme le lui expliquent ses compagnons) ! Une expérience humaine unique, avant toute chose, une autre façon d’être ensemble et l’occasion d’en apprendre beaucoup sur soi-même. Alexis, le chef opérateur du documentaire, en fera expérience intime et intense au cours d’une randonnée vers la cabane aux manchots, le point d’observation de l’équipe Popéleph (qui étudie les éléphants de mer) sur la péninsule Courbet.

Emmanuel Lepage décrit bien le quotidien des équipes sur la base de Port-aux-Français ou dans les avant-postes près de la faune ou de la flore. Il y a des passages assez amusants dans les cabanes où les provisions sont constituées de conserves dont les dates de péremption sont dépassées depuis des années. Il faut parfois faire preuve d’imagination et de débrouillardise. A l’Estacade, les jeunes chercheurs font préchauffer le four avec des bougies ou cuisinent des sardines à l’huile grillées en faisant flamber du papier toilette directement dans la boîte de conserve. Ils utilisent aussi les casseroles comme caisses de résonnance pour les téléphones portables.

Danser avec le vent P102-103

Bien sûr tout n’est pas idyllique. Le travail est parfois laborieux à cause du climat et du terrain. Il y a aussi quelques tensions et tabous. L’équipe chargée de baguer les pingouins demande aux cinéastes de ne pas filmer l’opération. Ils craignent que les images soient mal interprétées par le grand public. Un autre sujet longuement évoqué concerne la régulation d’espèces introduites aux premières heures de l’exploration polaire. Elles perturbent désormais le microcosme de l’archipel. Mathéo et Tobie sont les "Mamintros" (contraction de mammifères introduits) de l’archipel. Ils sont chargés de prélever (comprenez tuer) les mammifères qui mettent en danger l’écosystème. C’est notamment le cas de la colonie de chats. Ils ont été introduits au milieu du 20ème siècle pour chasser les rongeurs. Or, il est plus facile pour les félins d’attaquer les oiseaux qui nichent au sol. Ils font de véritables hécatombes parmi les Albatros, par exemple. 

L’album est riche d’informations et anecdotes similaires. Cela prouve, s’il était besoin, que ce voyage était loin d’être inutile. Cela, les lecteurs assidus d’Emmanuel Lepage s’en doutaient bien. L’auteur de BD ne manque jamais d’inspiration. Le simple plaisir de retrouver la patte du bédéiste se suffit à lui-même. Le dessinateur nous régal de planches somptueuses comme à son habitude. Dans son récit de voyage précédent, il regrettait de pas être bien équipé en matériel de dessin et en vêtement adaptés (on n’imagine pas comme il est important de porter des gants chauds n’entravant pas les mains du dessinateur). Il explique que sa technique s’est affinée, notamment dans la représentation de la mer. Il utilise des brosses à dents pour dessiner l’écume, par exemple. Il y a aussi des plans très audacieux depuis le pont du bateau. L’illustrateur est très exigeant avec lui-même et donc pas toujours satisfait de ses œuvres. Lorsqu’on lui demande de faire un dessin  pour un collègue sur l’une des cloisons de la station, il ne le trouve pas très réussi. C’est dire l’humilité du bonhomme !

Danser avec le vent. P76-77

Il m’a fallu un peu de temps pour retrouver le documentaire de 52 minutes dédié à ce voyage. Les îles Kerguelen, aux confins du monde a été diffusé sur ARTE en mars 2024 mais  on peut voir la bande annonce ici

📝D’autres albums Emmanuel Lepage: 

📌Danser avec le vent. Emmanuel Lepage. Futuropolis, 224 pages (2025)


Book Trip en mer saison 3


Baume du tigre. Lucie Quéméner

Baume du tigre. Lucie Quéméner

Lucie Quéméner est une jeune bédéiste bretonne dont le clan maternel est issu de la diaspora chinoise. Cet album destiné à la jeunesse est un récit multigénérationnel dont chaque partie est dédiée à un membre féminin de la famille. C’est une histoire d’héritage et de transmission. 

Edda et ses trois sœurs adolescentes (Isa, Etta et Wilma) vivent dans la maison de leurs grands-parents. Ald est un patriarche tyrannique qui n’accepte pas le choix de sa petite fille aînée d’entrer à la Haute École de Médecine. Pour lui, ce n’est pas le rôle d’une femme que de subvenir aux besoins de sa famille. Il prend le choix d’Edda comme une marque d’irrespect envers lui, une manière de le rabaisser. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Et puisque leur mère et leur oncle n’osent pas s’opposer au doyen de la famille, la fratrie décide d’entamer les négociations. L’une commence une grève de la faim, l’autre cesse de se laver, la troisième rédige les doléances tandis que la quatrième refuse de prononcer un seul mot jusqu’à l’obtention de leurs revendications. Le grand-père tente de les amadouer en cédant sur les tenues vestimentaires. Après quelques hésitations, les filles continuent de faire bloc. Lorsqu’Ald décide de recourir à la manière forte en poussant Etta dans la baignoire, les quatre sœurs décident de fuguer. A leur grande surprise, Maya, leur mère ne tente pas de les en dissuader et préfère leur confier ses économies. C’est la fin de la première partie intitulée Départ

Baume du tigre. Lucie Quéméner. P28-29

Partant du principe qu’on ne connait jamais vraiment ses parents, l’autrice nous raconte l’histoire de Maya dans une seconde partie (Allées et venues) puis celle de la grand-mère Minna dans une troisième (Arrivée). Ces parcours, qui se font écho, ressemblent à des fuites. J’ai trouvé cette construction à rebours plutôt maline. 

L’album étant dédié à la jeunesse, Lucie Quéméner aborde certains sujets de manière très feutrée. On comprend au détour d’une phrase ou d’un dessin plus suggestif que la vie de ces femmes n’a pas toujours été facile. Il est question de sexisme, de violences sexuelles ou encore d’emprises psychologiques et économiques. 

Les planches en noir et blanc rendent le graphisme assez sobre. Le trait est parfois enfantin et j’avoue que j’ai eu du mal à différencier les faciès des sœurs. Le récit choral et les flashbacks donnent du rythme à la narration et, en dépit des thèmes abordés, l’histoire n’est pas aussi sombre qu’on pourrait le croire. Le poids de l’héritage familial est lourd mais, en dépit des conflits générationnels, les membres du clan sont soudés par une grande tendresse. C’est ce qui rend cette BD si émouvante.

📌Baume du tigre. Lucie Quéméner. Delcourt, 256 pages (2020)


Un palais au village. Minna Yu

Un palais au village. Minna Yu


J’ai l’impression que ça faisait un sacré bout de temps que je n’avais pas lu de roman graphique dont l’intrigue se déroule en Asie. Je me rattrape donc avec Un palais au village de Minna Yu. Le récit est en partie autobiographique mais l’autrice indique qu’elle a fait quelques arrangements avec la vraie vie au profit de la fiction. L’idée étant de donner plus de rythme et de cohérence à la narration. Le contexte historique et social de la Chine rurale, en revanche, est très fidèlement retranscrit. 

Cet album nous amène dans la province méridionale du Guangdong au milieu des années 90. La petite Nannan, âgée de 5 ans, habite un village dont le nom signifie "Le trou du serpent". Son père fait partie des migrants qui travaillent en ville et ne reviennent dans leurs foyers qu’une ou deux fois par an. La vie de la fillette est donc partagée entre sa mère et ses deux frères.  Le quotidien est assez rude mais elle n’est pas malheureuse. Ses grands parents maternels n’ont jamais approuvé le mariage de ses parents. Il faut dire que son père a eu du mal a trouver sa voie. Il s’est essayé à divers emplois manuels sans grande réussite jusqu’au jour où il a découvert la mécanique et l’électronique. Dès lors, il a étudié jour et nuit. Il a décroché un emploi d’ingénieur avant de créer sa propre entreprise qui lui a permis de faire fortune. C’est grâce à cette ascension qu’il construit une maison moderne pour sa famille. Au village, on avait jamais connu un tel luxe. D’ailleurs, tous les voisins prennent l’habitude de venir chez Nannan regarder la télé ou d’utiliser l’unique téléphone de la communauté. En revanche, sa mère n’est guère convaincue par l’utilité d’un réfrigérateur et le débranche dès que son époux a le dos tourné. 

Un palais au village. Minna Yu. P10-11

C’était plutôt malin de la part de l’autrice de raconter son histoire à hauteur d’enfant. Sous une apparence faussement naïve, qui transparait également dans les dessins, elle nous offre une vision personnelle de la Chine contemporaine et de son évolution rapide vers la mondialisation. Au travers de son récit familial, le lecteur prend pleinement conscience des mutations découlant des réformes de Deng Xiaoping, chef suprême de la République Populaire de Chine de 1978 à 1989, à l'origine de l'ouverture du pays et de son développement économique. 

Il faut noter que que Minna Yu a obtenu un master en bande dessinée à l’École Européenne Supérieure de l’Image d'Angoulême, qu'elle a été artiste en résidence de création à Montpellier, au Musée d'illustration jeunesse de Moulins et au Malévoz Quartier Culturel en Suisse. 

Le graphisme relativement simpliste ne plaira peut-être pas à tout le monde mais je trouve qu’il va bien avec l’aspect intime du récit. Il y a des passages assez drôles qui ajoutent encore de la fraîcheur à la narration. Cette Bande dessinée n’a certes pas autant d’ambition que la trilogie chinoise de Li Kunwu mais j’ai passé un bon moment de lecture et c’est déjà pas mal. 

Un palais au village. Minna Yu. P64-65

📌Un palais au village - Quand papa est devenu riche. Minna Yu. La Boîte à Bulles, 184 pages (2022)


Les mâchoires de la peur. Cittadini et Wybon

Les mâchoires de la peur. Cittadini et Wybon


J’ai toujours eu un penchant pour la pop culture. Parmi mes dadas, il y a des requins. Je suis fan du film Les dents de la mer de Steven Spielberg. Les volets 2,3 et 4, réalisés respectivement par Jeannot Szwarc, Joe Alves et Joseph Sargent sont nettement moins réussies. Quoi qu’il en soit, chaque année, à la même période, je regarde la rediffusion de la série. Je ne m’en lasse pas et pourtant j’ai du mal à dire ce qui me fascine tellement.  Je ne pouvais évidemment pas passer à côté du roman graphique publié par les éditions Huginn & Muninn, à l’occasion du cinquantième anniversaire du long métrage. 


Les mâchoires de la peur. Cittadini et Wybon P3


Comme l’indique le sous-titre, l’album a pour vocation de raconter les coulisses de ce tournage mythique. En 1973, lorsque le manuscrit original de Peter Benchley commence à circuler à Hollywood, Steven Spielberg est un tout jeune réalisateur. Il achève le tournage de Sugarland Express et n’a pas encore réalisé les grands films qui feront son succès : Jaws (littéralement mâchoires) / Les dents de la mer sortira le 20 juin 1975 (28 janvier 1976 en France), Rencontres du troisième type en 1977, Les Aventuriers de l'arche perdue en 1981, E.T. en 1982, etc. Le réalisateur américain est très emballé par le scénario que lui soumettent les producteurs d’Universal Pictures mais craint de se compromettre avec un film trop commercial. David Brown et Richard Zanuck finissent néanmoins par le convaincre d’accepter le job. 

Le manuscrit de  Peter Benchley sera retravaillé par plusieurs scénaristes successifs dont Carl Gottlieb et Howard Sackler. Après quelques tergiversations, il est décidé que les protagonistes principaux seront incarnés par Roy Scheider, Richard Dreyfuss, Lorraine Gary et Robert Shaw (l’acteur a hésité à accepter un rôle qui a d’abord été proposé à Lee Marvin). Pour les effets spéciaux, les producteurs vont demander à Robert A. Mattey de sortir de sa retraite tandis que Joe Alves assura la direction artistique. C’est lui qui propose l’île de Martha’s Vineyard dans le Massachusetts plutôt que Nantucket pour servir de décor à la petite ville d'Amity.

Le tournage s’avère chaotique dès le début. L’équipe de tournage ne dispose pas de toutes les accréditations nécessaires pour tourner, l’eau de mer gelée rend les longues prises très difficiles à supporter pour les acteurs, les requins mécaniques tombent en panne à cause de l’eau salée, la durée du tournage est considérablement allongée par rapport aux prévisions de départ, le scénario est sans cesse modifié pour s’adapter aux contraintes inattendues, le budget explose, la tension monte entre les membres de l’équipe… Bref, plus personne n’y croit et même Steven Spielberg finit par douter qu’il arrivera à boucler le tournage.  Quelle ironie quand on sait que Les dents de la mer sera l’un des plus grands succès cinématographiques de tous les temps et que le blockbuster estival rapportera plus de 470 millions de dollars aux Studios d’Universal.

Il me semble que la bande dessinée d’Antonio Cittadini & Jérôme Wybon s’adresse vraiment aux aficionados tant l’histoire du tournage est passée au crible dans ses moindres détails.  Evidemment, j’ai trouvé l’album passionnant de bout en bout et j’y ai beaucoup appris sur le film. Je savais que réaliser un long métrage était une affaire compliquée mais je ne me rendais pas compte à quel point. En revanche, le récit m’a semblé parfois un peu brouillon à cause des nombreux flashbacks qui l’alourdissent. D’un autre côté, je comprends qu’une narration linéaire aurait été bien monotone et aurait ressemblé à un article de Wikipédia. Les dessins sont très réussis. On reconnait bien les acteurs et il y a de nombreux clins d’œil aux scènes d’anthologie du film. Il ne me reste plus qu’à lire le roman original de Peter Benchley et ça tombe bien car les éditions Gallmeister l’ont réédité à l’occasion des commémorations. Dans un autre contexte politique, je me serais volontiers rendu aux Etats-Unis visiter les lieux du tournage et l’exposition anniversaire au Martha's Vineyard Museum. Un jour peut-être…


Les mâchoires de la peur. Cittadini et Wybon P5


📌Les mâchoires de la peur - Les coulisses d'un tournage mythique. Antonio Cittadini (Dessin, Couleurs) & Jérôme Wybon (Scénario). Huginn & Muninn, 192 pages (2025)


Les Piliers de la Terre, T.01 et T.02. Alcante & Dupré

Les Piliers de la Terre, T.01 et T.02. Alcante & Dupré


Je n’ai pas pu résister à une adaptation en BD des Piliers de la Terre, la fameuse saga historique de Ken Follett. C’était déjà hardi de la part de l’écrivain britannique d’imaginer une intrigue de plus de 1000 pages autour de la construction d’une cathédrale. Il s’en était sorti grâce à des personnages forts et un rythme de narration effréné. Moultes complots jalonnent l’histoire de ce chantier médiéval. J’étais vraiment curieuse de découvrir comment Didier Alcante (le scénariste) et Steven Dupré (le dessinateur) s’y étaient pris pour transposer un texte comme celui-ci dans un format si contraignant. Selon les informations que j’ai pu glaner, le roman graphique devrait compter 6 tomes. Le troisième sortira ce mois-ci. Il va donc falloir être patient avant de voir le résultat final mais les deux premiers volets sont déjà très prometteurs et donnent envie de poursuivre l’aventure. 


Les Piliers de la Terre, T.01. Alcante & Dupré P26-27


Le premier tome commence par un naufrage. Dans la nuit du 25 novembre 1120, un navire appelé La Blanche-Nef est emporté dans une tempête au large des côtes normandes. L’unique héritier du roi Henri 1er d’Angleterre disparait dans La Manche, augurant une période de troubles. Elle se traduira par une guerre de succession à la mort du souverain 15 ans plus tard. Deux camps s’affrontent. D’un côté, Stephen (Etienne de Blois) s’empare du pouvoir avec l’aide de son cadet, l’évêque de Winchester. De l’autre, Robert de Gloucester, fils illégitime du défunt roi Henri, soutient le parti de sa demi-sœur Maud (Mathilde l'Emperesse) et de son neveu, le futur Henri II Plantagenêt. Comme si cela ne suffisait pas, cette période dite d’Anarchie, se double d’un hiver très rude et de mauvaises récoltes. 


Les Piliers de la Terre, T.01. Alcante & Dupré . P76-77


Tom le bâtisseur et sa famille doivent battre la campagne pour trouver du travail. Notre héros, qui rêvait de construire une cathédrale, doit se résoudre à louer ses bras pour subvenir aux besoins de son clan. Agnès, son épouse, meurt au milieu d’une forêt gelée en donnant naissance à un fils.  Tom doit déjà nourrir deux enfants, Alfred et Martha. Il n’a donc pas d’autre choix que d’abandonner le nourrisson sur-place, près de la sépulture hâtive d’Agnès. Il est finalement pris de remords et rebrousse chemin. Trop tard ! Le bébé a disparu. Une jeune femme appelée Ellen lui apprend que des moines l’ont recueilli au sein de leur communauté religieuse de Saint-John-de-la-Forêt.


Les Piliers de la Terre, T.02. Alcante & Dupré. P30-31


🚩Passez votre chemin sans lire les deux paragraphes suivants si vous ne voulez pas en savoir trop sur la suite de l’intrigue.

Nous retrouvons dans le second tome les personnages déjà croisés précédemment dont certains que je n’ai pas encore évoqués pour ne pas divulgâcher toute l’intrigue. Le père Philip Gwynedd, par exemple, prieur de Saint-John-de-la-Forêt est entrainé dans un complot politique qui le dépasse. Waleran Bigod, l’archidiacre de Kingsbridge, le manipule pour obtenir l’évêché et les terres du comté de Shiring. L’ancien comte Bartholomew a été accusé de comploter avec Robert de Gloucester contre le roi Stephen. Sa fille Aliena et son fils Richard, devenus orphelins, sont jetés en pâture au jeune William Hamleigh. Ce cruel lord souhaite se venger de la jouvencelle qui l’avait éconduit au temps de la puissance de Bartholomew. 


Les Piliers de la Terre, T.02. Alcante & Dupré P64-65


Tom, Ellen et leurs enfants, qui avaient trouvés refuge à Earlcastle, le château du comte déchu, doivent reprendre la route. Le hasard les pousse jusqu’à l’abbaye de Kingsbridge dont le bon père Philip est devenu le prieur. Or, la bâtisse mériterait d’être rénovée et les fonds risquent de manquer cruellement sans les revenus du comté de Shiring. Il faudrait un évènement extraordinaire pour débloquer la situation. Jack, le fils d’Ellen, a sa petite idée sur la question… 🚩

Ouf ! Comme vous pouvez le constater, le lecteur est loin de s’ennuyer ! Les dessins de Steven Dupré servent très bien le scénario haletant de Didier Alcante. Les planches, loin d’être encombrées de textes et de détails inutiles, sont claires et les fonds épurés. Pour mettre en valeur les bâtiments et certains évènements, l’illustrateur alterne les découpages de tailles différentes. Par exemple, lorsque les personnages arrivent dans la cité royale de Winchester, une vue quasi pleine page de son plan et de son architecture apparait au lecteur. J’ai aimé aussi les paysages enneigés du premier volume contrastant avec les intérieurs plus sombres (et un peu plus douillet) des bâtisses. J’ai vraiment hâte de découvrir la suite. 

📌Les Piliers de la Terre. Tome 01 : Le Rêveur de cathédrales, Glénat, 104 pages (2023)

Les Piliers de la Terre. Tome 02 : Le Feu de Dieu, Glénat, 88 pages (2024)

Didier Alcante (Scénariste) et Steven Dupré (Dessinateur), d'après l'oeuvre de Ken Follett.


Celui qui hantait les ténèbres. Gou Tanabe

Celui qui hantait les ténèbres. Gou Tanabe


Je profite de l’ambiance morose de ce mois d’octobre pour poursuivre ma découverte des chefs d’œuvre de Lovecraft adaptés par le mangaka Gou Tanabe. Comme Le molosse, il s’agit ici d’un recueil de nouvelles. Il y a deux histoires dans cet album mais la première, Dagon, est très courte et ne dépasse guère une trentaine de pages. Celui qui hantait les ténèbres, la nouvelle éponyme, compte plus du double.

Dagon est parue pour la première fois en 1919 dans The Vagrant, un fanzine publié par William Paul Cook. Le texte a ensuite était réédité en 1965 dans une anthologie intitulée Dagon and Other Macabre Tales (Dagon et autres récits de terreur dans la version française chez Belfond). Comme dans Le Temple, ce récit nous conduit en mer durant la première guerre mondiale. Le héros est un subrécargue, c’est-à-dire un officier de marine marchande. Il a été fait prisonnier par les Allemands avant de voler un canot pour s’échapper et de dériver en plein milieu du Pacifique. 

🚩Je vous recommande de zapper le paragraphe suivant si vous ne voulez pas connaître la suite de l’intrigue

Celui qui hantait les ténèbres. Gou Tanabe. P20-21

C’est ainsi qu’il échoue dans un lieu de cauchemar où gisent des créatures étranges, souvenirs des temps immémoriaux. Alors qu’il explore cette nécropole aquatique, le héros est confronté à une sorte de dieu pisciforme. Comme souvent dans l’œuvre de Lovecraft, la fin du récit reste très énigmatique. La nouvelle Dagon est parfois considérée comme la première histoire du mythe de Cthulhu même si le dieu ne porte pas un nom imprononçable comme les Grands Anciens extraterrestres qui peuplent l’univers lovecraftien. Existe-t-il une relation entre ce Dagon et le dieu archaïque des Philistins ? 🚩

La seconde nouvelle, Celui qui hantait les ténèbres, est parue bien plus tard en 1936. Elle a été publiée dans Weird Tales comme plusieurs autres œuvres d’HP Lovecraft. L’histoire est divisée en 3 parties : La tour noire, Une pierre mystérieuse et Le châtiment des profondeurs

L’intrigue nous conduit cette fois à Providence dans le Rhodes Island (un lieu récurrent chez Lovecraft). Le 9 août 1935, un jeune écrivain nommé Robert Blake est retrouvé mort dans son bureau, la porte de son logement étant fermée de l’intérieur. En dépit de plusieurs autres éléments troublants, le décès de l’écrivain est attribué à la foudre tombée lors de l’orage de la nuit précédente. L’attention du lecteur est alors dirigée vers son énigmatique journal intime. Les évènements qu’il raconte sont plutôt effrayants. S’agit-il d’un récit véridique ou d’un roman destiné à la publication. Tout cela est fort étrange !

Le graphisme teinté de noirceur de Gou Tanabe est le refle de l’univers torturé d’HP Lovecraft. Il est vrai qu’il est parfois difficile de distinguer tous les détails des illustrations mais le mangaka ne fait qu’interpréter les mystères lovecraftiens. Au travers de ce cinquième volet, le dessinateur japonais rend encore un bel hommage au maître américain du fantastique et de l’horreur.

Celui qui hantait les ténèbres. Gou Tanabe. p146-147

Toute la collection:

  • Les montagnes hallucinées (2 tomes, 2019)
  • Dans l'abîme du temps (2019)
  • La Couleur tombée du ciel (2020)
  • L'Appel de Cthulhu (2020)
  • Celui qui hantait les ténèbres (2021)
  • Le Cauchemar d'Innsmouth (2 volumes parus entre 2021 et 2022) 
  • Le Molosse (2022)
  • L'Abomination de Dunwich (3 volumes entre 2023 et 2024)
  • Les Chats d'Ulthar (2025)
  • L'Indicible (2025)

📚D’autres avis que le mien: Célindanaé, Allan, Feyd Rautha, Gramovar, Lady Livre

📌Celui qui hantait les ténèbres. Gou Tanabe, traduit par Sylvain Chollet. Ki-oon, 160 pages (2021)


Le molosse. Gou Tanabe

Le molosse. Gou Tanabe


Depuis quelques années, Gou Tanabe s’acquitte de la mission qu’il s’est lui-même fixée : adapter les textes d’H. P. Lovecraft en mangas. Il en a déjà publié une dizaine, parmi lesquels L'Appel de Cthulhu et Les montagnes hallucinées que j’ai trouvé très convaincants. La proximité de la fête d’Halloween était l’occasion idéale pour poursuivre la découverte de cette belle collection de BD, reliée cuir. Cet album regroupe en réalité trois nouvelles de l’écrivain américain. La première partie du manga  est dédiée à l’adaptation d’un texte intitulé Le temple, publié dans Weird Tales en 1925.  Le molosse (The Hound en version originale), la nouvelle qui a donné son titre au présent ouvrage, est paru dans le même magazine en 1924. Enfin, La cité sans nom, a été publiée en 1921 dans The Wolverine.


Le molosse. Gou Tanabe P12-13


L’une des nouvelles nous conduit dans un sous-marin allemand de la première guerre mondiale, un univers confiné qui se prête bien à l’angoisse surtout lorsque que quelque chose ne tourne pas rond. Un autre texte raconte comment deux jeunes gens blasés et versés d’ésotérisme vont se perdre définitivement dans une quête horrifique. La dernière nouvelle n’est pas sans rappeler un peu les aventures d’Indiana Jones. Le héros part sur les traces d’une mystérieuses cité maudite. 


Le molosse. Gou Tanabe P78-79

 

Ceux qui sont familiers de l’univers fantastique de Lovecraft, en retrouveront les ingrédients dont le fameux "Necronomicon" (un ouvrage démoniaque fictif) qui est mentionné dans deux histoires. Gou Tanabe est passé maître dans l’art de restituer l’atmosphère cauchemardesques des nouvelles de Lovecraft grâce à des illustrations qui sont parfois très nébuleuses. Les dessins en noir & blanc se prêtent d’ailleurs bien à l’exercice. Le lecteur doit accepter un certain flou et des ellipses. Ceux qui attendent des nouvelles à chute risquent d’être un peu déçus car les portes de l’enfer restent ouvertes.


Le molosse. Gou Tanabe P142-143


Toute la collection : 

  • Les montagnes hallucinées (2 tomes, 2019)
  • Dans l'abîme du temps (2019)
  • La Couleur tombée du ciel (2020)
  • L'Appel de Cthulhu. (2020)
  • Celui qui hantait les ténèbres (2021), 
  • Le Cauchemar d'Innsmouth (2 volumes parus entre 2021 et 2022) 
  • Le Molosse (2022)
  • L'Abomination de Dunwich (3 volumes entre 2023 et 2024)
  • Les Chats d'Ulthar (2025)
  • L'Indicible (2025)

Lovecraft vs Tanabe, ma collection


📚D’autres avis que le mien via L’épaule d’Orion, Quoi de neuf sur ma pile, Les carnets Dystopiques, Au pays des cave Trolls, Yozone

📌Le molosse. Gou Tanabe, traduit par Sylvain Chollet. Kioon, 170 pages (2022)