Affichage des articles dont le libellé est Romans gothiques. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Romans gothiques. Afficher tous les articles

Le Château des Carpathes. Jules Verne

Le Château des Carpathes. Jules Verne


💪La vie de Jules Verne s’est achevée le 24 mars 1905 à Amiens. La ville commémore donc son 120ème anniversaire cette année. Par ailleurs Tadloiduciné (qui squatte le blog de Dasola) propose de lui rendre hommage à travers un challenge de lecture dédié. C’est dans ce contexte que j’ai choisi de vous présenter Le Château des Carpathes, qui n’est sans doute pas le plus connu de ses 64 Voyages extraordinaires mais qui présente beaucoup d’intérêt. 

Le choix du cadre est très intéressant sachant que le roman a été publié 5 ans avant le Dracula de Bram Stoker (1897). D'abord paru sous la forme d’un feuilleton dans le Magasin d'éducation et de récréation (du 1er janvier au 15 décembre 1892), il a fait l’objet d’une édition en un seul volume chez Hetzel en octobre de la même année. Les illustrations originales sont reproduites dans la version de poche que je possède. Les dessins sont des crayonnés en noir et blanc assez sombres. 

A la fin du 19ème siècle, la Transylvanie est alors une région méconnue que Jules Verne nous présente à travers les travaux de son ami le géographe Élisée Reclus et ceux d’Auguste de Gérando. Ils sont cités à plusieurs reprises dans le roman, à l’instar des poèmes de Victor Hugo. L’intrigue se déroule en partie dans le village fictif de Werst, près de la bourgade (réelle celle-ci) de Vulkan, dans le comitat de Klausenburg ou Kolozsvár. Les habitants de cette région enclavée seraient tellement arriérés, selon l’écrivain, qu’ils n’auraient jamais eu vent de l’existence d’un objet comme la lorgnette ou la longue vue. La découverte de cet outil bien pratique est le point de départ du récit.


2025, année Jules Verne à Amiens


Un berger nommé Frik croise le chemin d’un colporteur venu d’Hermannstadt (Sibiu). Celui-ci lui propose plusieurs babioles de sa camelote avant d’éveiller son intérêt pour un tube qu’il porte autour du cou. Il s’agit de la fameuse longue-vue. Notre rustique pâtour y jette un œil, se tourne vers le plateau d’Orgall que domine le vieux burg, le château en ruine des seigneurs, de Gortz. Mais quoi ? De la fumée semble sortir de la cheminée alors même que la bâtisse n’est plus habitée et que le baron Rodolphe, le dernier représentant de la lignée, s’est évaporé dans la nature depuis belle lurette.  Affolé, le berger achète la lunette et préviens les notables du village : le juge Koltz,  le magister Hermod et le docteur Patak. Une réunion est organisée à l’auberge du Roi Mathias avec l’ensemble des superstitieux villageois. Nic Deck, le forestier (et fiancée de la belle Miriota), se porte volontaire pour se rendre au château et découvrir ce qui s’y trame.  On lui adjoint le docteur Patak qui a eu l’imprudence de prétendre qu’il ne craignait point le Chort (diable) ni la sorcellerie. Nos deux compères prennent la route dès le lendemain, par inadvertance un mardi, jour maudit selon les croyances du lieu.  

Cette histoire comporte encore bien des rebondissements incluant une cantatrice italienne, un mélomane fou, un savant diabolique et un jeune noble rongé de tristesse depuis la parte de son grand amour. Une voix narrative intervient à plusieurs reprises au début et à la fin du roman pour apporter des précisions utiles au lecteur. Jules Verne précise d’ailleurs que 

« Cette histoire n’est pas fantastique, elle n’est que romanesque. Faut-il en conclure qu’elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d’un temps où tout arrive (…). Si notre récit n’est pas vraisemblable aujourd’hui, il peut l’être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l’avenir…». 

Je ne vous en dis pas plus pour ne pas divulgâcher l’intrigue. Ce roman a un peu vieilli et n’a pas été expurgé des deux remarques antisémites de l’auteur. Si on peut faire abstraction de cela, c’est un ouvrage qui se lit relativement bien et qui pousse le lecteur à s’interroger sur l’état des connaissances scientifiques et technologiques au moment de son écriture. Je pense, par exemple, au phonographe ou à la lanterne magique. Ce livre devrait plaire également aux amateurs de littérature gothique pour son atmosphère inquiétante et l’évocation du surnaturel.  

📚Voir aussi l'avis de Choup

📌Le Château des Carpathes. Jules Verne. Le Livre de Poche, 256 pages (1976)

Challenge Jules Verne 2025



Mexican Gothic. Silvia Moreno-Garcia

Mexican Gothic. Silvia Moreno-Garcia


💪Je poursuis mon escapade littéraire au Mexique dans le cadre mois latino organisé par Ingannmic. Après L'Hacienda d’Isabel Cañas, je passe la limite du fantastique pour plonger carrément dans l’horreur. Avec Mexican Gothic, Silvia Moreno-Garcia nous propose en effet une relecture des codes du genre, lui insufflant un brin de modernité et une petite touche latina.  Ainsi, dans un manoir hanté, au cœur de l’état d’Hidalgo, cohabitent de pimpantes jeunes femmes de la haute bourgeoisie mexicaine avec de ténébreux aristocrates anglais et leur valetaille apathique. Il y a, comme il se doit, des portes qui grincent, un système électrique défaillant nécessitant l’usage de bougies, une météo déplorable avec un brouillard persistant, des sorties nocturnes dans le cimetière familial, et une ambiance plombée par le poids des traditions. 

Nous sommes dans les années 50 à Mexico. Notre héroïne est une jeune et insouciante citadine appelée Noemí Taboada. Etudiante à l’université Nationale, elle change sans cesse d’orientation et s’étourdie de fêtes mondaines. Ses parents, qui ne cautionnent pas son comportement, souhaiteraient plutôt qu’elle s’emploie à trouver le mari idéal comme l’exigent les convenances. Son père la convoque un soir, interrompant un énième bal masqué où Noemi s’était rendue secrètement avec son flirt du moment. Il a reçu une inquiétante lettre de sa cousine Catalina, récemment (et précipitamment) mariée à Virgil Doyle. Le riche industriel pense faire une pierre deux coups en envoyant sa bouillonnante fille au chevet de sa cousine souffrante. Le lundi suivant, en dépit de ses réticences, Noemi prend donc le chemin de la bourgade d’El Triunfo, près de Pachuca dans l’État d'Hidalgo. Dès son arrivée, elle est frappée par les paysages mornes et l’état de délabrement des maisons. Les mines d’argent qui ont fait la fortune du lieu sont fermées depuis la Révolution, trois décennies plus tôt. A la gare, elle est accueillie par le jeune homme évanescent, Francis, cousin germain de Virgil Doyle et résidant permanent de High Place, le domaine familial. L’accueil au manoir est plutôt froid. Noemi est "invitée" à respecter de nombreuses règles très contraignantes : interdiction de fumer, impossibilité d’ouvrir les fenêtres et de tirer les rideaux, de parler à table, d’écouter de la musique… et surtout de voir Catalina quand elle le souhaite. Sa cousine passe ses journées alitée dans sa chambre et recluse dans un état de semi-conscience. Le docteur Cummins, ami et médecin de la famille, prétend qu’elle est atteinte de tuberculose.  Noemi entre rapidement en conflit avec Florence, la mère de Francis, véritable cerbère de la maisonnée. Howard Doyle, le patriarche agonisant, abreuve Noemi de théories eugénistes qui ne le rendent guère sympathique. Même Virgil, l’époux de Catalina, cultive un charme inquiétant. Heureusement, notre héroïne se lie d’amitié avec Francis, jeune homme doux et poli, qui deviendra un précieux allié dans ce huis clos cauchemardesque. 

Selon l’éditeur de Silvia Moreno-Garcia, H.P. Lovecraft et Emily Brontë seraient les principales sources d’inspiration de l’autrice mexicano-canadienne. Il est clair qu’elle puise ses références dans la littérature gothique mais, pour ma part, j’ai plutôt pensé à Bram Stocker, pour les classiques, et Anne Rice pour les contemporains.  Je suis friande de ce type de littérature et j’ai trouvé que Mexican Gothic tenait ses promesses. J’ai été happée par l’intrigue et l’atmosphère presque asphyxiante du roman. Il y a quelques passages perturbants, mais ce sont surtout les descriptions peu ragoutantes du mal affligeant le manoir anglais et ses habitants qui m’ont marquée. 

Mexican gothique est le premier roman traduit en Français de Silvia Moreno-Garcia mais Bragelonne a également édité La Fille du docteur Moreau (2023) et Les Dieux de jade et d'ombre (2024). L’autrice a publié une dizaine d’autres ouvrages (romans et nouvelles) en Anglais. Elle a reçu plusieurs prix littéraires dont le Locus et le British Fantasy du meilleur roman d'horreur pour Mexican Gothic en 2021.

Pour information, l’œuvre de Silvia Moreno-Garcia a été l’objet d’un article universitaire de Patrick Bergeron, paru dans la revue canadienne Les Cahiers Anne Hébert (Les filles de la nuit. Le fantastique féminin de Silvia Moreno-Garcia, Numéro 17, 2021, p. 184–202). 

📚Un autre avis que le mien chez Fanja 

📌Mexican Gothic. Silvia Moreno-Garcia, traduit par Claude Mamier. Bragelonne Poche, 360 pages (2022)

Le mois latino 2024