Ar-Men. Emmanuel Lepage

Ar-Men. Emmanuel Lepage (édition 2022)

Imaginons notre point de départ du côté de la Pointe du Raz dans le Finistère. Nous prenons la mer en direction de l’ouest jusqu’à la Tour de la vieille. En bifurquant vers le nord, nous pourrions admirer le phare de Tévennec mais en poursuivant dans le même sillage, nous irions vers l’île de Sein. Dans son prolongement, se trouve le phare d’Ar-Men, le véritable héros de ce roman graphique. Le phare Ar-Men est réputé comme l’un des dangereux du monde, si bien que les gardiens le surnomment L’enfer des enfers. Les conditions d’abordage sont rendues difficiles par la houle et l’édifice tout entier tremble lorsque les tempêtes sont trop fortes.  Situé dans la mer d’Iroise, le phare est construit sur un promontoire rocheux étroit dominant La chaussée de l’ile de Sein. La chaussée est un ensemble de formations granitiques qui prolonge l’île sur 25 km vers l’ouest. Jusqu’à la fin du 19ème siècle, c’est-à-dire la construction du bâtiment, cette partie de la mer d’Iroise était considérée comme un cimetière à bateaux tant les naufrages étaient fréquents. Dans ces conditions, il aura fallu près de 15 ans pour terminer le phare.

Pour nous parler de cet incroyable édifice, Emmanuel Lepage a fait le choix de l’intrigue romanesque. C’est ainsi que nous suivons le quotidien de deux gardiens de phare dans les années 60. Une seconde trame fictionnelle puis une troisième viennent se greffer à celle-ci pour évoquer la construction de la bâtisse entre 1867 et 1881 et la légende de la cité engloutie d’Ys. Ce choix est peut-être discutable (Ys, capitale du roi Gradlon, est censée avoir été construite dans la baie de Douarnenez) mais, pour ma part, je le trouve plutôt ingénieux car il donne du rythme et de la profondeur au récit. 


Ar-Men. Emmanuel Lepage. Pages 4 et 5

En novembre dernier, les éditions Futuropolis ont publié une édition anniversaire de Ar-Men avec un 1 cahier graphique inédit de 8 pages. Cette bande dessinée parue initialement en 2017 est née d’une boutade. L’idée s’est imposée en 2015 après la réalisation d’un film documentaire pour l’émission Thalassa (Les Gardiens de nos côtes de Herlé Jouon). Emmanuel Lepage s’était plié à un artifice narratif, jouant le rôle d’un dessinateur en quête d’informations sur la construction des phares bretons. A la fin du tournage, son éditeur lui à souffler à l’oreille qu’une vraie BD sur le sujet pourrait voir le jour. Emmanuel Lepage a accepté de relever le défi. Deux ans plus tard, paraissait Ar Men, l'enfer des enfers. Si le cadre romanesque s’est imposé assez vite, le dessinateur explique qu’il a butté quelque temps sur le fil narratif à adopter. La difficulté était de trouver une cohérence entre fiction, histoire et légendes. C’est une combinaison qu’affectionne particulièrement Emmanuel Lepage. On la retrouve par exemple dans son triptyque en collaboration avec Sophie Michel et notamment dans Les voyages d’Ulysse. Pour en revenir à Ar-Men, Il faudra finalement 8 mois à son auteur pour finaliser le scénario et terminer les dernières planches. Le résultat est une belle réussite. Le dessinateur est particulièrement doué pour les illustrations maritimes. Sous ses pinceaux, la force des éléments nous apparait avec un réalisme saisissant. 

📚Je tiens à remercier Sandrine du blog Tête de lecture de m’avoir incitée à exhumer ce trésor de ma bibliothèque. 


Ar-Men. Emmanuel Lepage. Pages 42 et 43

📌Ar-Men. Emmanuel Lepage. Futuropolis, 107 pages (réédition 2022)


Commentaires

Sandrine a dit…
Une des personnes avec lesquelles j'ai passé Noël a reçu cette nouvelle édition en cadeau. Je ne sais pas si le volume est plus cher en tout cas, il n'y a que quelques planches en plus avec explications de la genèse de l'album. J'ai trouvé que ça n'apportait pas grand-chose.
En tout cas, je suis contente qu'il t'ait plu.
je lis je blogue a dit…
Les dessins sont magnifiques. Nous sommes jamais déçus avec Emmanuel Lepage. Je prévois de lire bientôt son dernier album
Blandine a dit…
J'en garde un magnifique souvenir!
je lis je blogue a dit…
Emmanuel Lepage est très doué pour les représentations marines. Les illustrations sont superbes et le sujet est intéressant
tadloiducine a dit…
Je note pour un éventuel emprunt en bibli, la partie qui m'intéresserait le plus serait celle sur la construction du phare, en résonance avec le "Journal de la construction d'un phare" de Stevenson que je vins de lire et dois chroniquer...
(s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola
je lis je blogue a dit…
Je suis curieuse de lire ta chronique maintenant ! J'ai vu que le livre dont tu parles est paru récemment chez Paulsen. On peut même lire les premières pages ici. Je pense que cela sera effectivement très intéressant d'établir un parallèle avec la BD de Lepage.

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