Une ascension est un roman polyphonique à quatre voix. La narratrice principale, Aurore, est une journaliste suisse. Elle vit seule avec sa fille adolescente depuis la disparition de son mari en haute montagne. Théo a été emporté par une avalanche lors d’une randonnée entre amis et son corps n’a jamais été retrouvé. Laure est la seconde à prendre la parole. Elle n’a que 15 ans à la mort de son père. Si un fantôme hante les personnages, ce n’est pas celui de Théo mais de Marguette Bouvier. Aurore est fascinée par cette championne de ski française et souhaite écrire sa biographie. Mais elle peine à se concentrer depuis le décès de son époux et n’entend pas le spectre murmurer à son oreille.
Marguette Bouvier n’est pas seulement une héroïne de papier. Née en 1908 en Algérie, elle a été la première femme à descendre le Mont-Blanc à ski en 1929… par- 40 degrés ! Elle est morte centenaire à Madrid, après avoir vécu plusieurs vies. Patineuse, aviatrice puis journaliste, elle a rencontré Henri Matisse, Pablo Picasso, André Malraux et Albert Skirra.
La quatrième protagoniste du roman s’appelle Eva. Cette bibliothécaire enthousiaste s’invite de temps en temps dans ce chœur féminin et féministe. Elle est célibataire et en pince terriblement pour Fabiano, l’amant éconduit d’Aurore.
J’ai l’impression d’être passée complètement à côté de ce roman mais je l’ai terminé parce que je m’étais engagée à le lire auprès de ma complice du blog Livr’escapades. Il y a, je crois, trois raisons principales à mon manque d’intérêt pour cet ouvrage.
Tout d’abord, je m’attendais à une biographie traditionnelle. Or, l’intrigue est moins focalisée sur la vie de Marguette Bouvier que sur le deuil blanc et l’émancipation de la narratrice principale. Les passages qui sont dédiés à l’aventurière sont trop rares et manquent un peu d'âme. A l’exception de la fameuse ascension du Mont-Blanc, le récit reste très factuel. De ce point de vue, je suis restée sur ma faim.
Je n’ai pas éprouvé beaucoup d'empathie pour Aurore ou pour sa fille Laure. Je les ai trouvées au contraire très agaçantes dans leur manière de s’encenser mutuellement... (vous pouvez aussi vous dire que je suis une personne aigrie qui a développé une sorte de jalousie inconsciente vis à vis de ces deux belles et intelligentes protagonistes). Par ailleurs, la métamorphose d’Aurore ne me paraît pas très cohérente par rapport aux reproches dont elle accable son défunt mari. Elle agit aussi égoïstement que lui en partant à l’assaut de la montagne et abandonnant sa fille comme Théo avait délaissé sa famille au profit de sa passion pour l’alpinisme. C’est pourtant ainsi qu’elle prétend s’émanciper.
Enfin, je n’ai pas adhéré au style de Pauline Desnuelles que j’ai trouvé un peu sec et trop concis.
Je retiendrais néanmoins l’excellente playlist de l’autrice franco-suisse, composée entre autres de chansons de Nick Cave et Jeff Buckley, ainsi que son amour de la montagne qui lui a inspiré de belles lignes à la fin du roman.
📚Pour contrebalancer mon avis, je vous propose donc de lire des avis plus enthousiastes sur les blogs de L’apostrophée, T’as eu où les livres, Ma collection de livres et La nuit sera mots, sans oublier bien sûr le billet de Livr’escapades.
📌Une ascension. Pauline Desnuelles. Editions Slatkine, 186 pages (2023)


















