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Je crois que mon fils est gay. Okura

Je crois que mon fils est gay. Okura


💪Dans le cadre du Mois des fiertés et du Challenge de littérature jeunesse, j’ai lu un manga Seinen qui s’adresse aux jeunes lecteurs à partir de 12 ans. Les éditions Akata, s’engagent officiellement en faveur la diversité et de l’inclusion. Plusieurs séries sont axées sur la thématique LGBTQIA+ comme Le mari de mon frère, dont j’ai parlé récemment, et Je crois que mon fils est gay. C’est une série relativement courte pour un manga puisqu’elle ne compte que 5 tomes. La BD a été prépubliée dans le webzine Gangan Pixiv à partir du mois d’août 2019.

Je crois que mon fils est gay. Okura. T1 VO

Tomoko Aoyama est la maman de deux adorables garçons. Au début de la série, l’aîné, Hiroki, est en première année de lycée tandis que son cadet, Yûri, est encore au collège. Le père, Akiyoshi, travaille loin du foyer familial et ne reviens que rarement à la maison. Contrairement à ce qu’il semble au début, Mme Aoyama n’est pas mère au foyer. On découvre (je crois dans le second tome) qu’elle travaille dans un restaurant de paniers repas à emporter. Le seul homme de l’équipe est gay et ne s’en cache pas. Il a déjà fait son coming-out et présenté son compagnon à ses collègues féminines.

Tomoko a deviné qu’Hiroki est aussi homosexuel et cette pensé revient sans cesse comme un leitmotiv : je crois que mon fils est gay. Il ne s’agit pas d’un jugement de sa part mais elle s’inquiète pour ce fils sensible qui ne sait pas cacher ses sentiments. L’adolescent fait sans cesse des gaffes et même son petit frère a compris qu’il préfère les garçons aux filles. Seul le père reste aveugle devant l’évidence et s’embourbe involontairement dans des remarques inappropriées qui mettent très mal à l’aise les autres membres de la famille. Pourtant, Tomoko est persuadée que ce n’est pas à elle d’informer Akiyoshi de l’orientation sexuelle de son fils. Evidemment, il s’avère très compliqué de garder le secret et de de préserver l’équilibre du cocon familial.


Je crois que mon fils est gay. Okura. T01 P4-5

Le manga est composé d’une série de scènes de vie dans lesquelles interviennent divers personnages récurrents dont Daigo, le meilleur copain, et Asumi l’amie d’enfance. Il s’agit en fait d’un trio amoureux qui s’ignore. La question étant de savoir si cette histoire peut se terminer sans que personne n’ait le cœur brisé ou ne soit blessé dans son amour propre. Le manga nous rappelle qu’il faut toujours respecter les règles de respect et de tolérance. D’ailleurs, tous les personnages évoluent dans le bon sens en dépit de leurs préjugés initiaux.  

Ce manga est parfaitement adapté aux pré-adolescents. Au travers du regard bienveillant de la mère de famille, de nombreuses questions sont abordées (l’acceptation de soi, le regard d’autrui, les relations amoureuses,  le coming-out, etc). Les réponses sont autant destinées aux jeunes homosexuels qu’à leurs proches. 

Je crois que mon fils est gay. Okura. Postface Tome 05

Au-delà de l’aspect pédagogique consacré à la question LGBTQIA+ , ce manga à été l’occasion pour moi de découvrir certains aspects de la culture et de la vie quotidienne des Japonais. Par exemple, j’ai appris qu’à la Saint Valentin, les femmes (et uniquement les femmes) offrent des chocolats aux hommes. Le 14 mars, pour le White Day, les hommes les remercient par des cadeaux d'une valeur supérieure. J’ai également découvert les yaoi  ou Boys' Love, un genre de fictions populaires centrées sur les relations sentimentales et/ou sexuelles entre personnages masculins. Il s’avère qu’Hiraki, lui, aime un groupe d’Idols féminines très médiatisé ce qui surprend beaucoup son père.   

A la fin de chaque tome, en postface, il y a une page de strips supplémentaires qui mettent en scène le mangaka s'adressant à ses lecteurs. J’ai trouvé l’idée très sympathique. 

📌Je crois que mon fils est gay. Okura, traduit par Jordan Sinnes et Isabelle Bovey. Editions Akata, 5 volumes (2021-2023)


Aujourd'hui, je participe à 2 challenges

Le mari de mon frère. Gengoroh Tagame

Le mari de mon frère. Gengoroh Tagame


💪A l’occasion du Mois des fiertés, j’ai décidé de tester des mangas consacrés à la question LGBTQIA+. Le mari de mon frère a l’avantage de sa brièveté puisque la série ne compte que 4 tomes. Ce n’est pas son seul atout. Gengoroh Tagame sort de son registre homoérotique habituel pour s’adresser aux adolescents et aux jeunes adultes. Le style est soft, sans fioriture et très pédagogique. 

Yaichi Origuchi est un papa solo. Il a hérité de biens immobiliers de ses parents et vit de ses rentes. Cela lui laisse du temps pour s’occuper de sa fille Kana, scolarisée en classe de primaire. Depuis son divorce et la mort de son frère jumeau, Ryôji, il n’a pas d’autre famille. Son ex-femme, Natsuki, travaille beaucoup et ne rend visite à sa fille que trop rarement. 

Le mari de mon frère. Gengoroh Tagame. Couv Originale

La vie de Yaichi et de Kana va être bouleversée par l’arrivée inattendue d’un "oncle d’Amérique". Il s’agit de Mike Flanagan, le mari canadien du défunt Ryôji. Mike avait promis à son époux qu’ils se rendraient ensemble au Japon pour renouer avec les derniers membres de la famille Origuchi. D’abord déboussolé, Yaichi décide de se fier à la spontanéité et au bon sens de sa fille. Il propose au flegmatique Canadien de séjourner chez eux. 

Yaichi doit faire face à la monoparentalité, au deuil de son frère, à ses questionnements sur l’homosexualité et aux préjugés de la société nippone. Mais, au fil du temps, la présence de Mike dans son foyer devient une véritable bouffée d’air. Kana s’est tout de suite entichée de cet oncle canadien qui s’adapte si bien au quotidien de la famille. A la demande de sa fille, Natsuki se joint au petit groupe pour une escapade touristique aux sources thermales. Un jeune voisin gay vient déposer le fardeau de son homosexualité sur les épaules bien charpentées de Mike… 


Le mari de mon frère. Gengoroh Tagame. T03 P80-81

J’ai aimé la bienveillance qui émane de cette série. Les personnages ne sont pas caricaturaux, bien au contraire, ils s’interrogent beaucoup. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de ce manga que de découvrir le regard porté par la société japonaise, réputée patriarcale, sur la question de l’homosexualité mais aussi de la répartition des rôles au sein de la cellule familiale.

Yaichi est touchant dans sa maladresse. Son statut de père au foyer le prédispose apriori à une certaine tolérance mais son frère Ryôji avait coupé les ponts depuis longtemps. Il ne l’a jamais revu depuis son départ du Japon et n’a pas assisté au mariage. Il doit gérer des sentiments contradictoires et apprendre à lâcher prise sur les aléas du quotidien. 


Le mari de mon frère. Gengoroh Tagame. T03 P25

Si j’ai été séduite par les personnages et l’intrigue, j’avoue que j’ai toujours du mal avec les codes graphiques du manga. Les faciès sont parfois flous ou à peine esquissés. En revanche, il y a quelques illustrations architecturales et paysagères très détaillées.

C’est peut-être anecdotique mais j’ai été frappée par l’omniprésence de la gastronomie dans ce manga (mais ce n’est pas la première fois que je fais ce constat concernant la BD japonaise). La nourriture apparait comme un élément social et réconfortant,  à l’instar du thé. 

Tout ceci pourrait semblait un peu naïf mais il faut garder en tête que la série s’adresse à des lecteurs à partir de 14 ans. Il y a même des fiches dédiées à l’histoire et la culture LGBTQIA+ (les Petits cours de culture gay de Mike). Pour moi, l’objectif pédagogique est atteint.

📚Un autre avis que le mien chez Audrey

📌Le mari de mon frère, Gengoroh Tagame traduit par Bruno Pham / Erwan Charlès. Editions Akata, 4 tomes (2016-2017)

Le mois des fiertés, saison 2



Celui qui hantait les ténèbres. Gou Tanabe

Celui qui hantait les ténèbres. Gou Tanabe


Je profite de l’ambiance morose de ce mois d’octobre pour poursuivre ma découverte des chefs d’œuvre de Lovecraft adaptés par le mangaka Gou Tanabe. Comme Le molosse, il s’agit ici d’un recueil de nouvelles. Il y a deux histoires dans cet album mais la première, Dagon, est très courte et ne dépasse guère une trentaine de pages. Celui qui hantait les ténèbres, la nouvelle éponyme, compte plus du double.

Dagon est parue pour la première fois en 1919 dans The Vagrant, un fanzine publié par William Paul Cook. Le texte a ensuite était réédité en 1965 dans une anthologie intitulée Dagon and Other Macabre Tales (Dagon et autres récits de terreur dans la version française chez Belfond). Comme dans Le Temple, ce récit nous conduit en mer durant la première guerre mondiale. Le héros est un subrécargue, c’est-à-dire un officier de marine marchande. Il a été fait prisonnier par les Allemands avant de voler un canot pour s’échapper et de dériver en plein milieu du Pacifique. 

🚩Je vous recommande de zapper le paragraphe suivant si vous ne voulez pas connaître la suite de l’intrigue

Celui qui hantait les ténèbres. Gou Tanabe. P20-21

C’est ainsi qu’il échoue dans un lieu de cauchemar où gisent des créatures étranges, souvenirs des temps immémoriaux. Alors qu’il explore cette nécropole aquatique, le héros est confronté à une sorte de dieu pisciforme. Comme souvent dans l’œuvre de Lovecraft, la fin du récit reste très énigmatique. La nouvelle Dagon est parfois considérée comme la première histoire du mythe de Cthulhu même si le dieu ne porte pas un nom imprononçable comme les Grands Anciens extraterrestres qui peuplent l’univers lovecraftien. Existe-t-il une relation entre ce Dagon et le dieu archaïque des Philistins ? 🚩

La seconde nouvelle, Celui qui hantait les ténèbres, est parue bien plus tard en 1936. Elle a été publiée dans Weird Tales comme plusieurs autres œuvres d’HP Lovecraft. L’histoire est divisée en 3 parties : La tour noire, Une pierre mystérieuse et Le châtiment des profondeurs

L’intrigue nous conduit cette fois à Providence dans le Rhodes Island (un lieu récurrent chez Lovecraft). Le 9 août 1935, un jeune écrivain nommé Robert Blake est retrouvé mort dans son bureau, la porte de son logement étant fermée de l’intérieur. En dépit de plusieurs autres éléments troublants, le décès de l’écrivain est attribué à la foudre tombée lors de l’orage de la nuit précédente. L’attention du lecteur est alors dirigée vers son énigmatique journal intime. Les évènements qu’il raconte sont plutôt effrayants. S’agit-il d’un récit véridique ou d’un roman destiné à la publication. Tout cela est fort étrange !

Le graphisme teinté de noirceur de Gou Tanabe est le refle de l’univers torturé d’HP Lovecraft. Il est vrai qu’il est parfois difficile de distinguer tous les détails des illustrations mais le mangaka ne fait qu’interpréter les mystères lovecraftiens. Au travers de ce cinquième volet, le dessinateur japonais rend encore un bel hommage au maître américain du fantastique et de l’horreur.

Celui qui hantait les ténèbres. Gou Tanabe. p146-147

Toute la collection:

  • Les montagnes hallucinées (2 tomes, 2019)
  • Dans l'abîme du temps (2019)
  • La Couleur tombée du ciel (2020)
  • L'Appel de Cthulhu (2020)
  • Celui qui hantait les ténèbres (2021)
  • Le Cauchemar d'Innsmouth (2 volumes parus entre 2021 et 2022) 
  • Le Molosse (2022)
  • L'Abomination de Dunwich (3 volumes entre 2023 et 2024)
  • Les Chats d'Ulthar (2025)
  • L'Indicible (2025)

📚D’autres avis que le mien: Célindanaé, Allan, Feyd Rautha, Gramovar, Lady Livre

📌Celui qui hantait les ténèbres. Gou Tanabe, traduit par Sylvain Chollet. Ki-oon, 160 pages (2021)


Le molosse. Gou Tanabe

Le molosse. Gou Tanabe


Depuis quelques années, Gou Tanabe s’acquitte de la mission qu’il s’est lui-même fixée : adapter les textes d’H. P. Lovecraft en mangas. Il en a déjà publié une dizaine, parmi lesquels L'Appel de Cthulhu et Les montagnes hallucinées que j’ai trouvé très convaincants. La proximité de la fête d’Halloween était l’occasion idéale pour poursuivre la découverte de cette belle collection de BD, reliée cuir. Cet album regroupe en réalité trois nouvelles de l’écrivain américain. La première partie du manga  est dédiée à l’adaptation d’un texte intitulé Le temple, publié dans Weird Tales en 1925.  Le molosse (The Hound en version originale), la nouvelle qui a donné son titre au présent ouvrage, est paru dans le même magazine en 1924. Enfin, La cité sans nom, a été publiée en 1921 dans The Wolverine.


Le molosse. Gou Tanabe P12-13


L’une des nouvelles nous conduit dans un sous-marin allemand de la première guerre mondiale, un univers confiné qui se prête bien à l’angoisse surtout lorsque que quelque chose ne tourne pas rond. Un autre texte raconte comment deux jeunes gens blasés et versés d’ésotérisme vont se perdre définitivement dans une quête horrifique. La dernière nouvelle n’est pas sans rappeler un peu les aventures d’Indiana Jones. Le héros part sur les traces d’une mystérieuses cité maudite. 


Le molosse. Gou Tanabe P78-79

 

Ceux qui sont familiers de l’univers fantastique de Lovecraft, en retrouveront les ingrédients dont le fameux "Necronomicon" (un ouvrage démoniaque fictif) qui est mentionné dans deux histoires. Gou Tanabe est passé maître dans l’art de restituer l’atmosphère cauchemardesques des nouvelles de Lovecraft grâce à des illustrations qui sont parfois très nébuleuses. Les dessins en noir & blanc se prêtent d’ailleurs bien à l’exercice. Le lecteur doit accepter un certain flou et des ellipses. Ceux qui attendent des nouvelles à chute risquent d’être un peu déçus car les portes de l’enfer restent ouvertes.


Le molosse. Gou Tanabe P142-143


Toute la collection : 

  • Les montagnes hallucinées (2 tomes, 2019)
  • Dans l'abîme du temps (2019)
  • La Couleur tombée du ciel (2020)
  • L'Appel de Cthulhu. (2020)
  • Celui qui hantait les ténèbres (2021), 
  • Le Cauchemar d'Innsmouth (2 volumes parus entre 2021 et 2022) 
  • Le Molosse (2022)
  • L'Abomination de Dunwich (3 volumes entre 2023 et 2024)
  • Les Chats d'Ulthar (2025)
  • L'Indicible (2025)

Lovecraft vs Tanabe, ma collection


📚D’autres avis que le mien via L’épaule d’Orion, Quoi de neuf sur ma pile, Les carnets Dystopiques, Au pays des cave Trolls, Yozone

📌Le molosse. Gou Tanabe, traduit par Sylvain Chollet. Kioon, 170 pages (2022)


La Cantine de minuit T.01. Yarô Abe

La Cantine de minuit T.01. Yarô Abe


La cantine de minuit c’est une institution dans l’univers du manga. Une bonne vingtaine de volumes sont déjà parus au Japon, 14 tomes en France, 1 livre de cuisine inspiré de la BD, une série télévisée japonaise de 50 épisodes reprise par Netflix (Midnight Diner: Tokyo Stories), plusieurs récompenses prestigieuses comme le Grand prix du manga, Prix Shōgakukan, deux sélections Festival d'Angoulême … c’était largement suffisant pour que je tente l’expérience.


La Cantine de minuit T.01. Yarô Abe. P12-13


Il s’agit d’un vrai manga ; donc on le lit dans l’autre sens, de la droite vers la gauche (c’est un coup à prendre). Les 2 ou 3 premières pages sont en couleurs, le reste en noir et blanc. Les arrières plans sont sans fioritures mais les faciès assez reconnaissables.  Plus qu’une intrigue en continue, le manga est une succession de saynètes, de personnages qui défilent dans un izakaya ouvert uniquement la nuit. Les isakayas sont des petits restaurants traditionnels japonais qu’on pourrait comparer à nos bistrots ou aux bars à tapas espagnols. L’établissement est situé dans un quartier chaud de Tokyo. La clientèle est donc plutôt représentative du milieu interlope (stripteaseuses, acteurs de porno, yakuzas, escrocs à la petite semaine,…). Le propriétaire les accueille avec bienveillance la plupart du temps et leur prête une oreille attentive avec une éternelle clope entre les doigts. Sur lui, en revanche, on apprendra pas grand-chose dans ce premier volume. Il a une cicatrice qui lui barre l’œil gauche ce qui ouvre la porte à de nombreuses suppositions. 


La Cantine de minuit T.01. Yarô Abe. P148-149


Je comprends le côté addictif de cette série et je ne dis pas ça pour faire un jeu de mots facile. Comme dans une série télévisée, on s’attache facilement aux personnages et on a envie de savoir comment ils vont évoluer. Par contre, je ne peux pas dire que les recettes soient très développées dans la BD ni qu’elles ont toujours stimulé mes papilles. Ce n’est qu’une histoire de goût (je n’aime pas les algues, par exemple) et donc pas un frein à la lecture de ce manga. Pour les aventuriers de la gastronomie, c’est même plutôt un moteur (désolée pour les métaphores automobiles intempestives).  J’ai lu cet album avec plaisir mais sans plus. Je pense que le charme opère davantage dans la continuité. A suivre, donc !

📚D'autres idées de lecture autour de la gastronomie japonaise ici

📌La Cantine de minuit T.01. Yarô Abe, traduit par Miyako Slocombe. Le Lézard Noir, 300 pages (2017)


Le Voyage de Shuna. Hayao Miyazaki

Le Voyage de Shuna. Hayao Miyazaki


Shuna est un jeune prince. Son royaume n’est pas très florissant car les récoltes d’hiwabié suffisent à peine à nourrir les humains et leurs animaux. Un espoir se fait jour lorsqu’un voyageur lui révèle, juste avant de mourir, l’existence d’une graine dorée donnant de magnifiques champs de céréales. Malheureusement, les échantillons qu’il transporte ont été délestés de leurs cosses de fertilité. Shuna décide de partir à la recherche de cette graine miraculeuse qui pourrait sauver son peuple de la famine. Suivant les recommandations du vieil homme, il se dirige vers l’ouest avec sa fidèle monture, un Yukkaru (une sorte de cheval bouquetin). Au cours de sa quête, le jeune prince découvre des cités fortifiées décadentes où le seul commerce est celui des esclaves. Les marchands les échangent contre des graines dorées. Celles-ci seraient cultivées par les dieux, au bout du monde terrestre. N’écoutant que son courage, notre héro décide de s’y rendre, non sans avoir délivré deux jeunes filles réduites en esclavage. 


Le Voyage de Shuna. Hayao Miyazaki. Fin


Cet album d’Hayao Miyazaki est assez surprenant dans sa présentation. C’est un ouvrage hybride entre le manga (avec une reliure à droite et une lecture de droite à gauche) et le livre illustré en couleurs à l'aquarelle : les planches avec des cases alternent avec les illustrations en pleine page et il n'y a pas toujours de bulles. Il s’agit en fait d’un "monogatari", c’est-à-dire d’un conte (il est accessible à un jeune public à partir de 11 ans). Le mangaka s’est inspiré librement pour cette histoire d’un conte folklorique tibétain, intitulé Le prince qui fut changé en chien. On trouve ses thèmes de prédilection, un monde apocalyptique, un questionnement écologique et de drôles de bestioles. 


Le Voyage de Shuna. Hayao Miyazaki  - Le début du voyage


Dans une longue postface, le journaliste Alex Dudok de Wit (spécialiste de l’histoire des studios Ghibli) revient sur la genèse du Voyage de Shuna. Cet album qui a été publié en français le 1er novembre dernier (jour de la sortie du douzième long-métrage de Hayao Miyazaki, Le Garçon et le Héron) est resté confiné au Japon pendant 40 ans. Le maître de l'animation japonaise a écrit cette histoire dans les années 80 (avant la création des studios Ghibli) et elle n’a jamais été adaptée à l’écran faute de soutien. Je ne suis personnellement pas spécialiste de l’œuvre d’Hayao Miyazaki mais je ne prends pas trop de risques en mentionnant qu’on trouve dans Le Voyage de Shuna de nombreux points communs avec les films du réalisateur japonais. Le Yukkaru ressemble par exemple à l’une des montures dans la Princesse Mononoké. L’univers du Voyage de Shuna rappelle aussi celui dans Nausicaä de la Vallée du Vent.


Le Voyage de Shuna. Hayao Miyazaki. Couv


J’ai trouvé ce manga plutôt agréable à lire mais pas au point d’écrire un billet dithyrambique comme j’ai pu en lire sur de nombreux sites. Il faut dire que je ne suis pas une grande amatrice d’animes japonais (même si j'ai beaucoup aimé des œuvres comme Mon voisin Totoro) et qu’il me manque sans doute les codes pour apprécier cet album à sa juste valeur. Mon enthousiasme modéré ne doit donc pas dissuader les amateurs du genre de lire Le Voyage de Shuna.  

📌Le Voyage de Shuna. Hayao Miyazaki, traduit par Léopold Dahan. Editions Sarbacane, 160 pages (2023)


Les 50 titres cultes de la bande dessinée asiatique. Mourier & Inghilterra

Les 50 titres cultes de la bande dessinée asiatique. Mourier & Inghilterra

Cet ouvrage est paru dans la collection 9ème Art Panorama, une série de guides dédiés à BD et édités par les éditions Bubble. Le premier volet, intitulé L’Anthologie du 9e art, a été publié en 2020. Deux ans plus tard, l’éditeur propose trois nouveaux titres thématiques consacrés la bande dessinée jeunesse, à la bande dessinée asiatique et à la bande dessinée érotique. Ces ouvrages sont vendus en coffret ou à l’unité et ont l’avantage de ne pas être onéreux. Leur petit format et leur couverture souple s’inspirent davantage de la revue spécialisée que du livre de collection relié. Le contenu est néanmoins assez soigné. 


Les 50 titres cultes de la bande dessinée asiatique. Mourier & Inghilterra

Le tome consacré à la BD asiatique est divisé en trois grandes parties : "Les grands classiques" (œuvres cultes et auteurs iconiques), "Les valeurs sûres" (pépites méconnues et auteurs à suivre) et "Les œuvres insolites" (curiosités et limites affranchies). A la fin de l’opus, un lexique donne les définitions des termes spécialisés. On parle, par exemple, de mangas au Japon, de manhuas en Chine et de manhwas en Corée. D’autres pays sont représentés, dont Taïwan, la Malaisie Les Philippines et Hong-kong. Chaque œuvre bénéficie d’une notice complète indiquant l’éditeur, la date de parution, le nom du traducteur, etc. Ces informations sont complétées par une brève biographie de l’auteur et une évocation de sa bibliographie. Il y a aussi un résumé de la bande dessinée recommandée et une planche en extrait. 


Collection 9ème Art Panorama @Bubble éditions

Les auteurs ont choisi de ne présenter que des One-shot, c’est-à-dire des BD en un seul volume. Pour chaque album mis en avant, ils proposent également des lectures connexes, c’est-à-dire des bandes dessinées dans la même veine. Parmi les livres ou auteurs présentés, on peut mentionner Yoshiharu Tsuge, Uen Chen, Satoshi Kon, Li-Chin Lin, Osamu Tezuka, Chihoi, Sonny Liew, Golo Zhao, Keum Suk Gendry-Kim, Gou Tanabe ou Shiguru Mizuki. A la fin de l’ouvrage, des index par auteurs et par titres permettent de s’y retrouver facilement. 

📌Les 50 titres cultes de la bande dessinée asiatique. 9ème art Panorama. Thomas Mourier & Rémi Inghilterra. Bubble éditions, 129 pages (2022)


L' Appel de Cthulhu. Gou Tanabe

L' Appel de Cthulhu. Gou Tanabe


Depuis 2014, Gou Tanabe s’est donné pour objectif d’adapter en bande dessinée l’œuvre de l’écrivain américain H.P. Lovecraft et en particuliers les textes composant le "Mythe de Cthulhu". Plusieurs mangas sont parus à ce jour, parmi lesquels Les Montagnes hallucinées, Le Cauchemar d'Innsmouth ou Dans l’abîme du temps. L'Appel de Cthulhu, que les spécialistes considèrent comme le texte fondateur, est une nouvelle publiée en 1928 dans le magazine Weird Tales

Le narrateur est Francis Wayland Thurston, jeune homme originaire de Boston. Un soir, après une course-poursuite échevelée, il échappe de justesse à deux inconnus pendus à ses trousses. En rentrant chez lui, conscient d’être en grand danger, il décide de consigner dans un rapport les connaissances dont il est dépositaire. Son récit débute avec les funérailles de son grand-oncle, le professeur George Gammell Angell, à Providence dans le Rhode-Island. Francis était son seul héritier et donc son exécuteur testamentaire. A ce titre, il prend connaissance des divers documents qui lui ont été transmis par le notaire de son oncle et fait une étonnante découverte. Le professeur conservait dans un coffre hermétiquement fermé, une tablette en argile représentant un monstre hybride pourvu des attributs d’une pieuvre, d’un dragon et d’un être anthropomorphe. Les notes qui accompagnent le bas-relief mettent Francis sur la piste d’un sculpteur nommé Henry Anthony Wilcox. Il est également question du compte-rendu d’enquête d’un inspecteur de la Nouvelle-Orléans sur un étrange culte. Francis décide de suivre tous ces indices. Ils le conduisent sur la piste de R’lyeh, une cité oubliée. 

L'Appel de Cthulhu. Gou Tanabe. Pages 24 et 25

📝J’ai retrouvé dans cet album l’ambiance et les mécanismes psychologiques des Montagnes hallucinées. Comme cette précédente adaptation, L'Appel de Cthulhu se présente sous la forme d’un manga, c’est-à-dire qu’il se lit de la droite vers la gauche. Le graphisme, en revanche, s’émancipe des codes japonais. Les illustrations, très riches de détails, sont en noir et blanc. Les représentations du Grand Ancien et de sa cité sont, je pense, volontairement floues afin de laisser une part de liberté à l’imagination du lecteur. 

Gou Tanabe a une nouvelle fois relevé avec brio le défi d’adapter l’univers d’H.P. Lovecraft en bande dessinée. Depuis la parution de L'Appel de Cthulhu en version française, les éditions Ki-oon ont publié Celui qui hantait les ténèbres (2021), Le Cauchemar d'Innsmouth (2 volumes parus entre 2021 et 2022) et Le molosse (2022). 

L'Appel de Cthulhu. Gou Tanabe. Pages 156 et 157

Le monde horrifique de Lovecraft a inspiré de nombreux dessinateurs parmi lesquels l’artiste suisse Gwabryel qui se définit lui-même comme un illustrateur lovecraftien. Il serait laborieux d’établir une liste exhaustive des auteurs s’étant emparés des thèmes chers à l’écrivain américain mais on peut mentionner plusieurs BD récentes :

  • Le cercle de Providence de Anne-Catherine Ott (illustration) et Sébastien Viozat (scénario) chez Jungle: une bande dessinée pour la jeunesse dont le tome 1 (L’appel) est paru en 2020 et le tome 2 (Le Roi en Jaune) en 2022
  • Les Mythes de Lovecraft: Ph'nglui mglw'nafh Cthulhu est un ouvrage collectif paru cet automne (2022) chez Ynnis et abordant l'univers lovecraftien par le prisme de la culture populaire (BD, cinéma, jeux-vidéo...) 
  • L'Antre de l'horreur de Richard Corben est paru en 2019 chez Panini Comics. L’ouvrage est malheureusement épuisé à ce jour mais on peut le trouver sur les sites des librairies en ligne. Selon le synopsis, ce recueil Ce recueil reprend les épisodes 1 à 3 de Haunt of Horror: Edgar Allan Poe  et les épisodes 1 à 3 de Haunt of Horror: Lovecraft. Les adaptations de Lovecraft qui étaient absentes de l'édition précédente de Panini Comics, publiée en 2007.  Richard Corben, considéré comme l’un des maîtres de l’horreur, a reçu le Grand Prix du Festival international de la bande dessinée d'Angoulême en 2018.
  • Les Mythes de Cthulhu d’Alberto Breccia ont été publiés chez Rackham en 2018. Il s’agit d’une réédition de la BD de 1974 en collaboration avec Norberto Buscaglia. 
  • Les Cauchemars de Lovecraft, L'Appel de Cthulhu et autres récits de terreur d’Horacio Lalia, paru chez Glénat en 2014, est un ouvrage graphique proposant une compilation de 18 récits d’H.P. Lovecraft.
  • L’auteur de bande dessinée britannique I. N. J. Culbard a adapté plusieurs œuvres de Lovecraft qui sont parues aux éditions Akileos : Les Montagnes hallucinées (2011), L'Affaire Charles Dexter Ward (2012) et Dans l'abîme du temps (2013, Akileos). Ces titres ont été réunis en un seul volume, avec La Quête onirique de Kadath l'inconnue, en 2016.
L'Appel de Cthulhu. Gou Tanabe. Pages 208 et 209


📌L'Appel de Cthulhu. Gou Tanabe. Ki-oon, 294 p. (2020)


Les montagnes hallucinées. Gou Tanabe

Les montagnes hallucinées. Gou Tanabe


Parmi la profusion de mangas publiées ces dernières années, certains titres se distinguent particulièrement. Les montagnes hallucinées, l’adaptation de la nouvelle éponyme de Howard Phillips Lovecraft par Gou Tanabe, fait partie du lot. L’objet lui-même est déjà une œuvre de belle facture. L’éditeur l’a habillé d’une couverture cuir très chic. Disponible en coffret ou en deux volumes séparés, il se lit comme un manga traditionnel, c’est-à-dire de droite à gauche. Il est plus petit (format proche du A5) et plus épais que les bandes dessinées franco-belges (presque 300 pages par tome). Les dessins s’éloignent du graphisme très codé des mangas mais apparait plutôt classique selon les critères occidentaux. La plupart des illustrations sont en noir et blanc. 

Selon moi, Les montagnes hallucinées est une excellente introduction à l’univers de H.P. Lovecraft. Depuis son plus jeune âge, l’écrivain américain était fasciné par l’Antarctique et les récits d’exploration de la Terre Australe. Comme dans le roman d’Edgar Allan Poe, Les Aventures d'Arthur Gordon Pym, dont Lovecraft s’est inspiré, le « continent blanc » devient le théâtre d’une aventure cauchemardesque. Il faut dire qu’en 1931 (date de rédaction de la nouvelle) l’état des connaissances du pôle sud laissait encore une place aux spéculations et à l’imagination romanesque. Ici, le narrateur est le Pr. Dyer, géologue de l’Université Miskatonic du Massachusetts. Il est accompagné de Danforth, son assistant. Le noyau dur de son équipe scientifique compte encore trois universitaires, parmi lesquels le professeur Lake, biologiste, et le jeune Gedney, son doctorant. Lorsque l’histoire commence, Dyer prend la tête d’une équipe de sauvetage dont la mission est de retrouvé Lake, parti quelques jours plus tôt en prospection dans une zone située à près de 500 km au nord-ouest de la base. Son dernier message radio mentionnait la découverte de 14 spécimens végétaux ou organiques inconnus. 

Les montagnes hallucinées. Tome 1. Gou Tanabe

Les Montagnes hallucinées, dont le titre original est At the Mountains of Madness ("les montagnes de la folie"), fait de nombreuses références aux œuvres précédentes de Lovecraft. La nouvelle peut même être considérée comme la genèse des "Grands Anciens", dont la cosmogonie serait décrite dans l’ouvrage fictif du Necronomicon d'Abdul al-Hazred. Selon la légende, le "Necronomicon" serait conservé à la bibliothèque de l'université de Miskatonic. L’ouvrage est cité dès 1921 dans la nouvelle La Cité sans nom. Il apparait ensuite de manière récurrente dans l’œuvre de Lovecraft et même chez d’autres auteurs comme Jorge Luis Borges, Umberto Eco ou Stephen King. Sans révéler trop l’intrigue, on peut dire qu’il sera aussi question des "Shoggoths" qui figurent dans plusieurs récits du mythe de Cthulhu (Mythos en anglais), cet univers de fiction collectif développé par de multiples auteurs à partir de l'œuvre de Lovecraft. 

Interpellé par son éditeur japonais, Gou Tanabe a commencé à s’intéresser à l’œuvre de H.P. Lovecraft en 2005. Le nombre de ses publications permettent de lui attribuer désormais le titre de spécialiste de l’univers lovecraftien. En effet, le mangaka publie successivement au Japon The Outsider (2007), librement adapté de la nouvelle Je suis d'ailleurs, puis viennent des adaptations de La Couleur tombée du ciel (2015), Celui qui hantait les ténèbres (2016), Dans l’abîme du temps (2019), L'Appel de Cthulhu (2019). Le Cauchemar d'Innsmout (2021).

Les montagnes hallucinées. Gou Tanabe

Pour ma part, j’ai découvert l’écrivain américain par l’intermédiaire de L'Affaire Charles Dexter Ward, sa novella publiée en dans le magazine Weird Tales. Mon goût pour les jeux de plateau m’a permis de m’immerger dans son univers particulier via Horreur à Arkham, un jeu de société coopératif, réédité en 2005 en France par Edge Entertainment. Cette version compte plusieurs extensions comme L'Horreur de Dunwich (2008), L'Horreur de Kingsport (2009), L'Horreur d'Innsmouth (2010) et L’Horreur de Miskatonic (2012). Bref, le mythe de Cthulhu promet bien des heures de lecture et de jeu !

📌Les montagnes hallucinées. Gou Tanabe. Les chefs-d’œuvre de Lovecraft. Ed. Ki-oon, 2 tomes (2019)


Blue Lock, T.1. Yusuke Nomura & Muneyuki Kaneshiro

Blue Lock, T.1. Yusuke Nomura & Muneyuki Kaneshiro


 Blue Lock est une bande dessinée dédiée aux champions de foot en herbe. Il s’agit plus précisément d’un Shônen, c’est-à-dire un manga pour enfants et adolescents (à partir de 12 ans pour celui-ci), dont 7 tomes ont déjà été traduits à ce jour (sur 18 en version originale). Foot + manga, c’est le combo gagnant pour séduire les jeunes lecteurs… qui ne demandent qu’à s’identifier aux héros. C’est d’ailleurs l’objectif annoncé des auteurs de la série. Chez nous, on n’échappe pas à la «foot-manga-mania» et quelqu’un m’a été soufflé un compte-rendu très enthousiaste. 

Le manga nous conduit au lendemain de la coupe du monde de 2018. L’Union japonaise de football a décidé de changer de stratégie et de se donner toutes les chances pour la prochaine compétition en 2022. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’organisme sportif ne lésine pas sur les moyens mis en œuvre. En effet, un centre de formation révolutionnaire voit le jour, sous la houlette de la directrice Anri Teieri et de l’entraîneur Jinpachi Ego. Le Blue Lock, tel est son nom, se donne pour objectif de former le meilleur buteur de tous les temps (rien que ça), ses équipiers étant relégués à des rôles de simples figurants. Trois cents lycéens, considérés comme les meilleurs espoirs du pays, sont ainsi convoqués au centre de formation. Parmi eux, Yoichi Isagi, élève de première et attaquant dans l’équipe du lycée Ichinan. Il y retrouve Ryôsuke kira, le capitaine d’équipe du lycée Matsukaze Kokuô contre lequel il a perdu la finale du tournoi départemental de Saitama (ratant de peu les qualifications pour le tournoi national). Contre toute attente, les deux rivaux sympathisent. Ils se retrouvent d’ailleurs dans le même pool au sein du Blue Lock : l’équipe Z, la dernière du classement ! 


Blue Lock, T.1.P50-51


Pour être honnête, je suis loin d’adhérer à cette série, qui valorise l’individualisme au détriment de l’esprit d’équipe. Les auteurs reprennent, en effet, les principes des « battle royale ». Ces jeux de survie s’inspirent des fictions telles que Battle Royale (le film de Kinji Fukasaku adapté du roman éponyme de Kōshun Takami,), Hunger Games (les films de Gary Ross et Francis Lawrence inspirés de la trilogie écrite par Suzanne Collins) ou plus récemment Squid Game (la série réalisée par Hwang Dong-hyeok). On retrouve ses codes dans plusieurs jeux vidéo comme Fornite. Pour résumer l’idée, les candidats doivent éliminer progressivement les autres participants. Plusieurs stratégies peuvent être utilisées au cours du jeu (y compris l’entraide temporaire) sachant qu’il ne peut y avoir qu’un seul gagnant (voire survivant) à la fin. Dans Blue Lock, il ne devra rester qu’un footballeur sur les trois cents attaquants sélectionnés. Les candidats éliminés ne sont évidemment pas exécutés au sens propre mais définitivement évincés des concours nationaux. Il s’agit donc d’un suicide professionnel. Bref, on est loin des valeurs traditionnelles du football (qui ont pourtant fait leurs preuves sur le terrain) ! 


Blue Lock, T1 à T4


📌Blue Lock, T.1. Yusuke Nomura & Muneyuki Kaneshiro. Pika, 208p. (2021)


Manga, le phénomène (enfin) décrypté. Lire Magazine Littéraire

Manga, le phénomène (enfin) décrypté. Lire Magazine Littéraire


 Le magazine Lire publie un numéro bimensuel hors-série dédié au manga. Cette publication part d’un constat : les ventes de mangas ont explosé entre janvier en août 2021 avec 6 millions d’exemplaires vendus (soit 124% d’augmentation par rapport à l’année précédente). Dès lors, les mangas détrônent la BD franco-Belge sur son propre terrain.  Ainsi la saga de L’attaque des Titans d’Hajime Isayama a grillé la première place des ventes annuelles (en format numérique) à Astérix et le Griffon. Le Pass Culture serait en partie responsable de cet évènement puisque le dispositif aurait permis de vendre 1.5 millions d’exemplaires depuis sa mise en place. Parmi les titres phares, on peut citer le premier tome de Kaiju n°8 de Naoya Matsumoto dont 22 041 exemplaires se sont arrachés dès la première semaine de mise en vente. La série L’attaque des Titans, quant à elle, s’est écoulée à 6 millions d’exemplaires depuis sa parution en France en 2013. Ses ventes ont été multipliées par 12, entre 2020 et 2021, avec son adaptation à l’écran et la diffusion des premières saisons sur Netflix.

Au sommaire de ce numéro, il y a une partie dédiée aux origines de la bande-dessinée japonaise, dont l’histoire remonte au Xème siècle. Le manga est le fruit d’un système productif bien spécifique qui lui a permis d’aller au-delà du format papier pour investir l’ensemble des médias (cinéma, télé, jeux vidéo, etc).  C’est également un genre très codifié qui distingue ses publics cibles à travers les seinen, shonen et autres shojo. Il y a un lexique à la fin du magazine pour s’y retrouver. On y trouve également une bibliothèque idéale de la BD made in Japan. Parmi les séries et titres incontournables, on peut mentionner Monster de Naoki Urasawa, Akira de Katsuhiro Ôtomo, Dragon Ball Z d’Akira Toriyama, Astro Boy d’Otsamu Tezuka, Les chevaliers du zodiaque de Masami Kurumada, ou encore Quartier lointain de Jirô Taniguchi. Du même auteur, il y a évidement Le sommet des dieux, adapté récemment au cinéma par Patrick Imbert. Le film sort en DVD et Blu-ray le 2 février 2022. Une autre adaptation célèbre est le fameux Ghost in the Shell de Masamune Shirow par Mamoru Oshii puis par Rupert Sanders. Enfin, une bibliothèque spécialisée en manga serait bien incomplète sans la monumentale série des One Piece d’Eiichirô Oda. La série compte 100 tomes à ce jour ! Lors de sa parution, le 100ème  volume s’est vendu à 130 000 exemplaires en 3 jours ! 


Manga, le phénomène (enfin) décrypté. Lire Magazine Littéraire. P90-91


Si l’art du manga a longtemps été réservé aux hommes, ces dernières années ont vu s’imposer de remarquables autrices. L’impulsion vient de Riyoko Ikeda (La rose de Versailles), la fondatrice du Groupe de l’an 24 à l’origine du shōjo manga (littéralement « bande dessinée pour fille »). La dessinatrice est rejointe par Naoki Takeuchi (Sailor Moon), Natsuki Tayaka (Fruits Basket) ou Yoshiki Nakamura (Skip Beat !). Certaines, comme Miyako Maki (Femmes du zodiaque) vont contribuer à la naissance d’un nouveau genre : le Josei ou ladies comics. Les histoires « porno-chic » sont destinées à un public féminin adulte. Néanmoins, le manga féminin doit beaucoup à Rumiko Takahashi (Ranma ½). Elle a reçu plusieurs prix dont le prestigieux prix Shôgakukan (en 1980 et en 2001) et Grand prix de la ville d'Angoulême (en 2019).

La France est l’un des pays les plus réceptifs aux mangas, au point que le genre suscite des vocations. Une école spécialisée est née à Angoulême, la Human Academy. Un établissement unique en Europe qui a déjà formé plusieurs centaines de mangakas. Le phénomène est tel que le manga à la française est désormais considéré comme un genre à part entière désigné sous les termes de « manfra » ou « franga». Parmi les pionniers, on peut citer Bastien Vivès, Michaël Sanlaville et Balak, les auteurs de la série Lastman. Pas moins de 12 tomes sont parus entre mars 2013 et novembre 2019, en dépit d’un succès qui s’est fait attendre. 


Manga, le phénomène (enfin) décrypté. Lire Magazine Littéraire. P48-49


En plus de ce panorama très complet de l’univers du manga, le magazine publie des extraits de plusieurs bandes dessinées, des portraits de Yoshihiro Tatsumi et Jirô Tanigushi, ainsi que des entretiens, des points de vue, une « story » de la fameuse série Akira et un article consacré au grand retour (papier) de Goldorak, le personnage culte de l’Anime dans les années 1970. Gō Nagai, le père du robot de l’espace, a en effet donné son autorisation pour la publication d’un 75ème et dernier épisode de la série. L’album a été réalisé par 5 auteurs français : Xavier Dorison (scénario), Denis Bajram (Illustrations), Brice Cossu (Illustrations), Alexis Sentenac (Illustrations) et Yoann Guillo (couleurs). On peut dire que la boucle est bouclée entre le Japon et la France.

📌Manga, le phénomène (enfin) décrypté. Lire Magazine Littéraire. Hors-série février/ Mars 2022


Chi, une vie de chat T.1.Konami Kanata

Chi, une vie de chat T.1.Konami Kanata


C’est l’histoire d’un chaton un peu curieux et aussi très étourdi qui s’est égaré en jouant avec un papillon. Le petit animal a perdu sa maman et se sent tout déboussolé. Il est recueilli par une famille d’humains très gentille, les Yamada, mais un peu néophyte en matière de félins. A cela s’ajoute le fait que les animaux domestiques sont interdits dans la résidence où ils vivent. Il va donc leur falloir inventer plein de stratagèmes pour soustraire le chaton à la vue du voisinage… Attention ! Chi est un chat facétieux qui réserve bien des surprises à ses nouveaux maîtres…  Mais, chut, je ne divulguerai rien !  Miaaaaa….

Une histoire amusante et toute mignonne qui s’adresse d’abord aux enfants mais qui touche toutes les âmes sensibles aux charmes félins.


Chi, une vie de chat T.1.Konami Kanata. P4-5


Le format de ce livre (A5 pour la version en poche) est assez classique des mangas traditionnels mais je dois reconnaître qu’il m’a un peu déroutée. En fait, j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de pages et peu de texte ! Concrètement, il y a 8 cases par page ce qui correspond à une mini-histoire ou un gag.  Le style de narration un peu lent (presque contemplatif) et les dessins sont très épurés.  Il faut dire que c’est parfait pour les jeunes lecteurs. Sinon, il existe une version en format A4, pour les grandes mains des adultes, et qui compte 24 tomes au lieu de 12.

Le manga a fait l’objet de plusieurs adaptations en Animes au Japon. Il s’agit de petits épisodes de 3 mn qui ont été diffusés, en France, sur les chaînes Piwi et Canal + Family. Les aventures de Chi ont aussi été déclinées en une version « escape book » avec la complicité de l’auteur et illustrateur Fabien Fernandez qui travaille également avec les éditions Glénat. 

Konami Kanata semble être une grande amoureuse des chats. Avant la série des Chi, elle a, en effet, publié d’autres histoires de matous, comme Choubi-Choubi, mon chat tout petit et Choubi-Choubi, mon chat pour la vie, parues aux éditions Soleil.

📝 La bibliographie sur le chat dans la littérature japonaise ici

📌Chi, une vie de chat T.1.Konami Kanata. Glénat, 168 p. (2010)