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La proie. Yrsa Sigurðardóttir

La proie. Yrsa Sigurðardóttir


Dans ce nouveau roman de Yrsa Sigurðardóttir, il n’y a pas UNE mais DES proies. Les premières sont un groupes de randonneurs, partis chercher l’aventure en plein hiver dans la réserve naturelle de Lónsöræfi à l’Est de l’Islande. Nos deux couples de citadins sont guidés par Haukur, un scientifique chargé de recueillir les données d’une station de mesure à la lisière du glacier de Vatnajökull. Le blizzard va rapidement compromettre l’expédition et surtout la survie des participants. Une semaine plus tard, Jóhanna et þorir, les sauveteurs bénévoles de Höfn, partent à la recherche des randonneurs égarés. Très rapidement, Jóhanna succombe à l’atmosphère singulière du lieu. Elle est nouvelle venue dans la région. La maison qu’elle occupe avec son mari policier était une opportunité. Les héritiers, Kolbeinn et Hjövar, avaient hâte de s’en débarrasser et l’ont vendue pour une bouchée de pain.  Est-ce l’un d’entre eux qui s’introduit nuitamment dans la maison et repart en laissant la porte d’entrée ouverte à tous vents ? Hjövar travaille désormais pour l’OTAN, à la station radar isolée de Stokksnes. Lors de ses missions solitaires, seul le chat qu’il a recueilli lui tient compagnie. Mais son ami à quatre pattes commence à se comporter bizarrement. Par ailleurs, l’interphone émet des bruits étranges rappelant les murmures d’une femme ou d’un enfant. Chacun des personnages du roman semble hanté par cette voix glaçante. Quel est le lien entre tous ? Comment l’autrice va-t-elle rassembler tous les fils des évènements pour créer une intrigue cohérente ? C’est la question que je me suis posée pendant toute ma lecture. 

Le contexte du roman rappelle un peu Sarek de Ulf Kvensler mais la comparaison s’arrête là. La proie est un thriller à la limite du surnaturel. Le décor frigorifiant participe largement à créer une atmosphère horrifique, propice aux fantômes ou aux visions. Il parait que l’hypothermie peut provoquer des hallucinations. Yrsa Sigurðardóttir est scénariste et cela se sent dans ce roman très visuel. J’ai été bluffée par sa capacité à connecter entre eux tous les éléments de cette intrigue complexe mais sa volonté de plonger le lecteur dans une ambiance pesante ralentit le rythme de la narration. Cela pourrait agacer certains lecteurs. La proie reste un excellent thriller qui donne envie de découvrir davantage l’œuvre de son autrice. Je sais qu’elle a écrit plusieurs séries dont celle mettant en scène les personnages de Freyja et Huldar et qui compte déjà 6 tomes (ADN, Succion, Absolution, Le trou, La poupée et Le Silence). 

📚D’autres avis que le mien via Bibliosurf et Babelio

📌La proie. Yrsa Sigurðardóttir, traduite par Catherine et Veronique Mercy. Actes Sud, 320 pages (2026)

Les cités-jardins, une utopie habitée

Les cités-jardins, une utopie habitée


A la fin du 19ème siècle en Grande-Bretagne, est née une utopie urbanistique, sociale et hygiéniste qui s’est rapidement concrétisée et qui a même traversé la Manche. Le concept de Garden-City imaginé par Ebenezer Howard (1850-1928) donne naissance à plusieurs villes nouvelles comme Letchworth (1903), Hampstead (1907) ou Welwyn (1920). Il s’agit alors d’assurer de bonnes conditions de vie aux ouvriers attirés en ville par le développement industriel. Les loyers, qui ne relevaient que du marché, étaient trop élevés et les agglomérations qui poussaient comme des champignons accumulaient tous les maux de la société. Howard préconise donc une forme d’organisation collective, dans des lieux moins pollués, ouverts sur la nature, c’est à dire en bordure des villes. 

Les cités-jardins, une utopie habitée P8-9

Les idées de l’urbaniste londonien intéressent beaucoup Henri Sellier (1883-1943), Président de l'Office public d'habitations à bon marché de la Seine, et Berthe Leymarie (1898-1982),  directrice-adjointe, qui deviendront les pionniers des cités-jardins à la française. Grâce à eux, l’expérience originale d’Howard s’enrichit de 6 grands principes : hiérarchisation de la voirie, organisation des espaces intérieurs, confort accru des habitations, qualité des espaces privatifs, diversité des services… réservés exclusivement à une population modeste. Si les projets de cités-jardins sont essentiellement soutenus par les communes et les départements, des complexes urbains sont également financés par des bailleurs privés, des coopératives ouvrières ou des sociétés de chemins de fer. 

Les cités-jardins, une utopie habitée. P30-31

Après une courte introduction historique en bande dessinée, les cités-jardins qui ont adhéré au projet du livre font l’objet d’une présentation. Le modèle est toujours le même. La première page présente les caractéristiques du complexe (période de construction, architectes, commanditaires, superficie totale, nombre de logements individuels et collectifs) et l’histoire de son évolution jusqu’à aujourd’hui (destruction, rénovation, inscription au plan local d’urbanisme ou au titre des monuments historiques, etc). Les artistes sollicités bénéficient ensuite d’une carte blanche. Ils ont visité les sites qu’ils illustrent et ont rencontré les habitants. Ceux-ci ont été incités à témoigner. Les planches sont évidemment d’une grande diversité. Contrairement à ce que je pensais avant de l’ouvrir, et en feuilletant les premières pages, il s’agit davantage d’un livre illustré que d’une bande dessinée. 

Les cités-jardins, une utopie habitée. P110-111

L’histoire de ces différents lieux est ancrée dans la mémoire collective populaire. On ne peut pas toutes les citer mais je pense à la cité-jardin de la Poudrerie à Livry-Gargan, par exemple. Ce complexe a été construit à la demande du Ministère de la Guerre pour loger les ouvriers et les employés de la Poudrerie nationale de Sevran. D’autres cités sont emblématiques de la culture cheminote comme les cités de Mitry-Mory, liée à la présence de la gare de chemin de fer de Mitry-Claye et l’installation d’un dépôt à proximité. La Compagnie des chemins de fer du Nord recourt d’abord à des maisons de bois pour loger ses ouvriers. La cité en dur est construite à partir de 1930-1931. 

Les cités-jardins, une utopie habitée. P66-67

Cette ouvrage a été publié à l’occasion des 10 ans de l’Association régionale des cités-jardins d’Île-de-France s’est accompagné d’une exposition éponyme au Musée d'Histoire Urbaine et Sociale (MUS) de Suresnes du 9 juillet au 20 septembre 2026. On y apprend beaucoup sur la vision urbaine des architectes mais aussi sur la vie de quartier. Les illustrations, réalisées par 16 artistes, rendent hommage à la diversité des sites présentés dans le livre. Il y en a 12, tous situés en région Ile-de-France, dont les cités-jardins de Stains, Suresnes ou Champigny sur Marne. Certaines portent des noms très parlant comme la cité-jardin du Moulin de Senlis à Montgeron, la cité-jardin des dents de scie à Trappes ou la cité-jardin des Briques Rouges au Pré Saint-Gervais. 

💪J’ai lu ce livre dans le cadre du challenge Sous les pavés, les pages, organisé par Athalie et Ingannmic. 

📌Les cités-jardins, une utopie habitée. Elytis, 128 pages (2026)

Challenge de lecture Sous les pavés, les pages


Bratislava 68, été brulant. Viliam Klimacek

Bratislava 68, été brulant. Viliam Klimacek


En 1968, un vent de liberté souffle d’Ouest en Est de l’Europe. En Tchécoslovaquie, le socialisme arbore le « visage humain » d’Alexander Dubček, premier secrétaire du Parti communiste depuis le 5 janvier.  Or les réformes initiées par son gouvernement à partir du mois d’avril ne sont pas du goût de Léonid Brejnev et des autres dirigeants des pays satellites de l’URSS. Ils craignent la défection de la République socialiste tchécoslovaque du bloc soviétique. 

Le printemps de Prague s’achève dans la nuit du 20 au le 21 août 1968 avec l’invasion du pays par les troupes du Pacte de Varsovie. A Bratislava comme à Prague, le réveil de la population est brutal. Les chars stationnent dans la ville dans le cadre de l’opération Danube. Cette occupation va provoquer une importante vague d’émigration. Au travers des témoignages de plusieurs exilés slovaques au Canada, Viliam Klimacek nous raconte cette période trouble de l’histoire de son pays natal. Horúce leto 68 est paru en 2011 en Slovaquie.

L’auteur nous raconte le drame des habitants de Bratislava autour de 50 tableaux. Une dizaine de personnages en occupent le cœur, permettant aux lecteurs de vivre les évènements en immersion. La stupéfaction et le sentiment de trahison sont très forts. Hommes, femmes et enfants descendent dans les rues pour manifester leur opposition. Sous un soleil torride, les actes de résistances pacifiques se multiplient. Cette partie est très bien décrite par les héros de Viliam Klimacek. 

« Derrière les fenêtres, le jour pointe et les rues se remplissent de personnes. Elles ne vont pas au travail mais occupent les trottoirs, discutant avec les soldats. Ce n’est qu’un monologue. (…) La discussion ne se fait pas. Les officiers ne l’autorisent pas. Lorsque la foule se presse contre les chenilles des chars, les soldats tirent en l’air par avertissement. Après chaque salve, la foule recule et revient aussitôt. »

Jozef, le pasteur défroqué, traverse la ville pour rejoindre sa radio et transmettre son témoignage. Anna est dans l’interminable file d’attente à la porte du magasin d’alimentation. Alexander (surnommé Sani) refuse d’abandonner son usine, fleuron de la fabrication de matériel médical. Petra, sa fille tout juste diplômée de la faculté de médecine, hésite à traverser la frontière autrichienne tant que les barrières sont encore ouvertes. Tereza, fille de rescapés des camps de concentration nazis, est partie en mission estivale dans un kibboutz. Lorsqu’elle apprend l’invasion de la Tchécoslovaquie, elle ne sait plus s’il faut rester à l’abri en Israël ou rentrer à la maison pour rejoindre ses parents. 

Viliam Klimacek s’immisce peu à peu dans la narration romanesque. Dans la seconde partie du livre, il change parfois de sujet et emploie volontiers la 1ère personne du pluriel… un peu comme s’il se sentait de plus en plus concerné par les évènements. Il intervient aussi à plusieurs reprises pour nous donner des informations sur le destin futur des personnages. On comprend peu à peu qu’il s’appuie sur des témoignages non fictifs. A la fin du livre, dans les remerciements d’usage, il mentionne d’ailleurs les noms des personnes qui se sont exprimées 40 ans après les faits et qui vivent désormais à Toronto. La dernière partie du roman montre les difficultés de l’exil. 

💪J’ai déniché ce livre sur le blog d’Eva et Patrice et j’en ai réservé la lecture pour participer aux challenges de lecture Une rentrée à l’Est, chez Sacha, et Sous les pavés les pages, organisé par Ingannmic et Athalie. 

Sur l’invasion de Bratislava par les troupes du Pacte de Varsovie, je recommande le documentaire intitulé Čierne dni (Jours noirs) de Ladislav Kudelka, Milan Černák, Ctibor Kováč et Štefan Kamenický. C’est un classique qui a été présenté lors d’une rétrospective au festival international du film de Leipzig en 2023. 

📌Bratislava 68, été brulant. Viliam Klimacek, traduit par Richard Palachak et Lydia Palascak . Agullo, 384 pages (2018)

Aujourd'hui, je participe à deux challenges


How I Came to Know Fish. Ota Pavel

How I Came to Know Fish. Ota Pavel


La "feuille de route" des activités littéraires automnales me conduit aujourd’hui chez Sacha pour une Rentrée à l’Est. Pour l’occasion, je partage une lecture commune avec Ingannmic. Il s'agit d'un classique de la littérature tchèque :  Jak jsem potkal ryby (How I Came to Know Fish ou Comment j'ai rencontré les poissons) d’Ota Pavel (1930-1973)

J’ai déniché cet ouvrage dans le rayon anglais d’une librairie de Brno lors d’un séjour en République Tchèque. Il m’a permis d’améliorer considérablement mon vocabulaire autour du champ lexical de la pêche ! Il faut dire que cette activité, qui plonge le lecteur dans l’intimité naturelle de la Bohême, s’est avérée à la fois constructive (au sens identitaire) et vitale pour l’auteur. Les parties de pêche sont omniprésentes dans les souvenirs d’enfance d’Ota Pavel. Elles lui ont permis de créer du lien avec son père et ses deux frères aînés. Ses fruits l’ont sauvé de la famine durant la seconde guerre mondiale. A la fin de sa vie, l’évocation des souvenirs de pêches ont adouci les séjours de l’auteur en établissements psychiatriques. C’est durant cette dernière période qu’Ota Pavel a commencé à écrire ses récits autobiographiques. 

Il ne faut pas se fier à la brièveté de l’opus ni à la tonalité souvent légère de la narration. Il est en réalité riche d’enseignements sur l’auteur et sur l’histoire de l’ex Tchécoslovaquie. Sans avoir l’air d’y toucher, Ota Pavel évoque de nombreuses épreuves dont le martyr du village de Lidice durant l’occupation allemande ainsi que la déportation de son père et de ses deux frères aînés dans les camps de concentration nazis. 

Avant la guerre, la vie des Popper (la famille d’Otto/ Ota, d’origine juive du côté paternel, a changé de nom en 1939 pour le "tchéquiser") était plutôt confortable. Leo, le père, était un beau parleur. Employé par la firme suédoise Elektrolux (j’ai gardé l’orthographe utilisée dans la version anglaise de ce livre), il était tellement convaincant qu’il était capable de vendre des appareils  électro-ménagers à des fermiers dans les habitations n’étaient pas raccordées au réseau électrique. Son faible pour la belle Irma, la femme du directeur, a néanmoins failli causer la faillite de la famille. Leo avait heureusement une autre passion : la pêche. Il possédait même un étang à carpes dans la région de Buštěhrad où il se rendait le plus souvent possible en compagnie de "l’oncle" Karel Prosek (Karel est sans doute le prénom le plus courant en Tchéquie si je me fie à mes observations) et de ses jeunes fils. L’auteur évoque aussi la rivière Berounka, près de Křivoklát, une bourgade située à une petite heure de route de Prague en voiture (la Tchéquie est un petit pays et il me semble que rien n’est vraiment très éloigné de Prague au nord ou de Brno au sud, la seconde ville du pays). Holan, le chien d’oncle Prosek (un berger alsacien) joue aussi un rôle dans l’histoire mais je ne vous en dirai pas plus. Une chose est certaine : les Popper n’auraient pas survécu sans la pêche. Et des poissons, il y en avaient beaucoup dans le pays natal d’ Ota Pavel ! Carpes, anguilles, barbeaux, gardons, vairons… voilà autant de mots à chercher dans le dictionnaire Anglais/Français !  

Des extraits de ce recueil ont été publiés une première fois au début des années 70. Les textes les plus connus, dont Carp for the Wehrmacht ou The Death of Beautiful Deer (d’abord intitulé How I Came to Know Fish), ont été adaptés à l’écran par Karel Smyczek (1975) et Karel Kachyňa (1986). Il faut ajouter à cette filmographie, l’adaptation de Golden Eels réalisée par Karel Kachyňa en 1979. 

La chronologie de ces souvenirs d’enfance n’est pas linéaire car la présente édition est une compilation de nouvelles. Je pense qu’elle reprend en partie la sélection proposée par l’éditeur praguois d’Ota Pavel, sous la direction de Slávka Kopecký, au début des années 2000. Par ailleurs, les nouvelles d’Ota Pavel ont été soumises à la censure des comités éditoriaux du régime communiste et il faudrait se référer aux versions originales. En ce qui concerne la traduction française, parue aux éditions Do, elle est le résultat du travail de Barbora Faure. Elle s’exprime à ce propos dans un article du Matricule des Anges en mars 2017.

Ota Pavel a d’abord été journaliste sportif. En 1964, lors des IXe Jeux olympiques d’hiver à Innsbruck en Autriche, il fait une crise psychotique qui le conduit à une première hospitalisation pour des troubles bipolaires. Il y en aura 16 jusqu’à sa mort. L’écrivain est décédé d’une insuffisance cardiaque au sanatorium de Bohnice en mars 1973.

📚D’autres avis que le mien chez ClaudiaLucia, Patrice, Luocine, Athalie, Keisha et Ingannmic

📌How I Came to Know Fish. Ota Pavel, traduit par Jindriska Badal & Robert McDowell . Penguin classics, 144 pages (2010-2026) 

Je fais ma Rentrée à l'Est chez Sacha


Les Demoiselles de Fontaine. Cătălin Mihuleac

Les Demoiselles de Fontaine. Cătălin Mihuleac


💪Dans le cadre des Escapades européennes, le challenge de lecture organisé par Cléanthe et de sa thématique mensuelle des Balkans, j’ai choisi ce roman de Cătălin Mihuleac. L’intrigue des Demoiselles de Fontaine est centrée sur l’histoire de l’amitié Franco Roumaine depuis la première guerre mondiale jusqu’à la fin du 20ème siècle. Elle est incarnée par deux personnages principaux. 

Le premier personnage à entrer en scène est Marcel fontaine. Il s’agit d’un militaire français envoyé en Roumanie dans le cadre de la mission dirigée par le général Berthelot à partir de 1916. Le capitaine Fontaine est chargé de réorganiser une armée roumaine nouvellement alliée. Or, elle est bien piteux état. L’officier va remplumer ses soldats grâce à un coq appelé Maurice et aux œufs de ses poules. Mais le meilleur fait d’arme de Fontaine se joue à la bataille de Mărășești où il a su trouver les mots pour nourrir l’étincelle de courage sommeillant au fond de l’âme de ses hommes. Pourtant, si on en croit l’auteur, il s’en est fallu d’une saucisse pour que la victoire leur échappe :

« Lorsqu’ils sentirent l’odeur unique de hareng, les Allemands pilonnèrent les positions avec des obus tactiques bourrés de l’explosifs le plus destructeur du front : des appels exhortant à la désertion.

« Soldats roumains, attendez-vous d’être massacrés ? Rendez-vous à l’armée roumaine triomphante, vous serez traités avec tous les égards que vos chefs vous refusent ! Vous n’en avez pas assez des harengs saurs ? Ici, vous aurez des saucisses et de la bière à volonté ! »

S’il est vrai que la chance peut se manifester partout, y compris dans l’analphabétisme, celle de l’armée roumaine fut donc que la majorité des soldats ne savait pas lire. »

Le second héros de ce roman, Petru Negru, est l’ordonnance de Fontaine pendant la première guerre mondiale. Il parle français et se montre doué pour la contrebande ainsi que pour la collecte de contes folkloriques roumains. Il semblerait que ce personnage s’inspire de Petru Caraman (1898-1980), un universitaire polyglotte spécialiste de la culture populaire et des traditions orales de son pays (voir le compte-rendu de lecture de Tandarica sur le site de Babelio).  Après la guerre, le Petru du roman obtient la direction de la bibliothèque universitaire des langues slaves à Iași.  C’est ainsi qu’il découvre l’œuvre du savant russe Lev Berg dont un ouvrage consacré à la démographie de la Bessarabie. Ce livre inspire à Petru un article pamphlétaire qui sera censuré avant même sa parution. La Direction générale de la sécurité du peuple lui reproche également la sauvetage des livres russes collectés dans les territoires libérés par l’armée roumaine durant la seconde guerre mondiale. 

Pendant ce temps, son ami Fontaine œuvre pour la diffusion de la culture française en Roumanie. Ici, il faut mentionner le troisième personnage du roman, que l’on désignera sous le terme collectif de "lot français". Il s’agit d’un groupe de jeunes filles du lycée français de Bucarest accusées de trahison par le régime communiste à la fin des années 40. Ces demoiselles sont à l’origine du titre de ce roman. 

📚Le récit de Cătălin Mihuleac oscille entre tragique et comique. Le style très imagé me l’a rendu parfois un peu nébuleux mais il serait dommage de s’arrêter à cette remarque car il y a des passages extrêmement croustillants. Nicole, Ghilaine et Anne-yes en parlent sans doute mieux que moi.

📌Les Demoiselles de Fontaine. Cătălin Mihuleac, traduit par Marily Le Nir. Editions Noir sur Blanc, 312 pages (2025)

Aujourd'hui, je participe aux Escapades européennes

Tuer le vieux. Daria Marx

Tuer le vieux. Daria Marx

 

« Je ne sais pas pourquoi les hommes tuent, je ne sais pas pourquoi les hommes violent. Je suis abrutie par leur violence, elle est au centre de ma construction, je les hais, elle m’habite complètement. Je veux les rejoindre pourtant. Réclamer mon droit à la violence. J’ai trop pris, rien ne me répare, il faut me rendre un peu. Je suis une enfant violée qui ne sait pas comment grandir sans se venger ». 

Cet extrait résume assez bien l’esprit de ce court roman, un long cri de colère, expiré d’une traite et qu’on espère libérateur (mais on en doute). Sur Instagram, les lecteurs parlent de "roman coup de poing". L’expression me semble juste.

Il n’y a ni faux-semblants, ni bien-pensance dans ce roman inspiré de la vie de l’autrice. Le langage est direct, cru. Il n’est pas question de pardon ou de résilience. La narratrice n’aspire qu’à une vengeance jugée salvatrice. Son grand-père paternel l’a maltraitée, violée à de nombreuses reprises lorsqu’il en avait la garde pendant les vacances. Elle raconte l’indicible et ça gêne ses interlocuteurs. Il faut prévenir, lui dit-on, avant de parler de ces choses là. Est-ce qu’on prévient les victimes avant de les violenter ? 

La narratrice a tenté d’oublier puis de se reconstruire. Elle s’est confiée à ses proches, a consulté des thérapeutes. Pas de réponses. A l’adolescence, elle s’est abîmée dans un dégoût de soi. Deux ou trois décennies plus tard, elle trouve enfin le courage de porter plainte. Le commissariat l’appelle. L’audience est reportée. C’est trop ! Elle se fera justice elle-même. La quadragénaire prend le train, la rage au ventre. Le lecteur suis son trajet halluciné vers Biarritz, la ville théâtre de son martyr. La jeune femme passera-t-elle à l’acte ? L’intérêt du propos est ailleurs.

Je pense qu’il n’y a pas grand-chose à ajouter. La voix de l’autrice se suffit à elle-même. Elle exprime tout ce qu’une victime peut ressentir : la peur, l’anesthésie, le déni, la souffrance, la dépression… la colère apparait dès lors comme un moindre mal, une béquille de survie. Il ne sera jamais question de pardon. Comment même l’envisager ? Le choix de la vengeance est-il légitime ? Son désir est compréhensible, sans aucun doute. 

Sur le thème de l’inceste mais dans un genre sans doute très différent, on pense inévitablement au livre de Neige Sinno, Triste tigre, publié à l’occasion d’une autre rentrée littéraire. Je ne l’ai pas lu, aussi je ne me risquerai pas à comparer les deux ouvrages. En revanche, je ne peux me réjouir que la parole des victimes se libère un peu. 

📌Tuer le vieux. Daria Marx. Flammarion, 160 pages (2026)


L'Architecte romaine. Melania G. Mazzucco

L'Architecte romaine. Melania G. Mazzucco


Le 20 août dernier, j’écoutais Titiou Lecoq sur France Inter expliquer que les femmes avaient été moins empêchées (de réussir) que rendues invisibles, effacées de l’histoire. Pour moi, la différence reste subtile. Il a quand même fallu attendre les mouvements féministes du 19ème siècles en Europe pour voir le statut des femmes évoluer un peu et leur éducation se démocratiser. J’ai quelques exemples en tête. En France, leur accès à l’Université se concrétise en 1885. En revanche, l’entrée à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris (fondée en 1817) leur reste fermée jusqu’en 1897. Chez nos voisins, notamment en Italie, la situation n’est pas meilleure.

L’héroïne de Melania G. Mazzucco, Plautilla Bricci (1616-1705) est considérée comme la première femme architecte, mais elle est née trop tôt.  A la fin du 17ème siècle, le catalogue de l'Académie San Luca établi par Giuseppe Ghezzi (où l’artiste romaine figure) montre que la liste des hommes compte 10 pages tandis que celle des femmes ne représente même pas une page complète du registre. Alors que le statut des artistes s’améliore durant la Renaissance grâce à la création des académies, les femmes sont écartées des ateliers. Il faut qu’un membre masculin de leur famille y soit rattaché pour qu’elles puissent recevoir quelques enseignements. Plautilla Bricci a d’abord bénéficié de celui de son père, Giovanni Briccio (1579-1645), peintre, auteur de théâtre et musicien. 

Le roman de Melania G. Mazzucco est divisé en 4 grandes parties chronologiques. Le récit se présente comme une autobiographie fictive de Plautilla Bricci et s’attarde (trop) longuement sur son enfance et sa jeunesse à Rome. Ses pages ne sont pas inintéressantes car elles décrivent bien la vie au 17ème siècle et surtout le quotidien des femmes italiennes à cette époque. Les jeunes filles non mariées étaient surveillées de très près et presque empêchées de sortir du foyer. Or, il n’était pas facile de constituer une dot et certaines ne convolaient jamais en juste noces, condamnées à vivre chez leurs parents jusqu’à leur mort. La vie était rude dans les quartiers populaires où l’artiste a grandi. Il fallait changer de logement régulièrement parce que son père ne pouvait plus payer le loyer. Le taux de mortalité infantile était élevé et Plautilla a vu plusieurs frères et sœurs mourir en bas-âge. Parce que son père pensait ne jamais pouvoir trouver un prétendant honorable pour sa fille cadette, et parce qu’il était en mauvaise santé, il a choisi de lui transmettre son art. Plautilla s’est avérée être une élève talentueuse.

En dépit de l’intérêt que je portais au contexte historique, les deux premières parties du roman m’ont semblée bien longues. Je me suis demandée à plusieurs reprises à quel moment on allait enfin entrer dans le vif du sujet, à savoir l’entrée de Plautilla dans la vie artistique et ses débuts en architecture. J’ai dû faire plusieurs pauses dans ma lecture et alterner avec d’autres romans plus faciles. Par ailleurs, je me méfie des auteurs qui se substituent à des personnes réelles, prenant la parole à leur place et imaginant leurs pensées les plus intimes. Je comprends bien que le but est de redonner vie au sujet mais, au final, j’aurais préféré un essai biographique. 

💪Cette lecture me permet de participer au challenge Les pavés de l’été sur le blog de La petite liste et au challenge Sous les pavés, les pages (avec un peu d'avance).

📌L'Architecte romaine. Melania G. Mazzucco, traduite par Vincent Raynaud. Calmann-Levy, 528 pages (2026)

Aujourd'hui je participe à deux challenges

Il suffira d’un cygne. Robert Thorogood

Il suffira d’un cygne.  Robert Thorogood


J’ai retrouvé avec grand plaisir les Dames de Marlow, une série de Cosy Mystery mettant en scène trois habitantes de la petite ville de Marlow sur le bord de la Tamise. Il s’agit d’un second tome après Mort compte triple. 

Judith, la doyenne du groupe, est contactée par Sir Peter Bailey. Il souhaite qu’elle assiste à la réception qui doit avoir lieu ce jour même, veille de son mariage avec son ex-infirmière. Beck, la femme du vicaire est également parmi les convives. Sir Bailey a dévoilé à mi-mots qu’il s’inquiétait d’une tentative d’assassinat à son encontre . Aussi, Judith vient accompagnée de Suzie, troisième membre de notre groupe de détectives amatrices. Il s’avère que leur hôte avait raison de craindre pour sa vie. Le jour de la fête, l’aristocrate est retrouvé mort, écrasé par l’armoire massive de son bureau. La pièce était fermée à clé de l'intérieur. La dite clé était dans la poche de Sir Bailey et il n'en existe pas de double. L'accident semble plausible. Tanika Malik, la policière qui s’est accoquinée avec nos trois drôles de dames, va devoir convaincre son supérieur hiérarchique de ne pas classer l’affaire. 

Cette histoire de chambre close m’a rappelé un roman policier historique que j’ai lu récemment, Le rêve du luth de jade de Paul Hurand (mais la comparaison s'arrête là) et j’étais très curieuse de découvrir comment Robert Thorogood résoudrait à son tour le problème de la pièce fermée d’une clé unique. Je n’ai pas été déçue par son ingéniosité même si elle ne laisse pratiquement aucune chance au lecteur de découvrir le stratagème. En revanche, le coupable se devine de manière intuitive lorsqu’on est amateur de romans policiers. 

Le fait est que j’ai été totalement emportée par cette intrigue. J’ai hâte de retrouver tout ce petit monde dans le prochain volet. Judith, la cruciverbiste, est incroyablement énergique et il est bien difficile de lui résister. Suzie est désarmante de maladresse et Beck arrive toujours à nous surprendre. J’ai également beaucoup d’admiration pour Tanika Malik, qui doit jongler entre une vie personnelle compliquée et un univers professionnel peu enclin à faire de la place aux femmes. 

💪Je crois que cette série vient de passer dans mon groupe de Cosy Crimes favoris. Il me donne aussi l'occasion de participer au challenge de Philippe consacré aux séries de l'été. 

📌Les Dames de Marlow enquêtent - Vol. 2 : Il suffira d’un cygne.  Robert Thorogood, traduit par Sophie Brissaud. Editions de La Martinière, 400 pages (2022) / Editions Points, 432 pages (2024)

Aujourd'hui je participe au challenge Trilogies et séries de l'été


Mourir en scène. Christos Markogiannakis

Mourir en scène. Christos Markogiannakis

Je commence à m’attacher au capitaine Christophoros Markou, ce flic grec amateur de littérature policière et d’opéra (avec un faible pour la Callas). J’ai lu ses enquêtes dans le désordre mais ce n’est vraiment pas grave puisque les différents volets ne sont pas parus dans le même ordre en France et dans le pays natal de l’auteur. 

Mourir en scène nous fait entrer dans l’univers cruel du show-business. Nous sommes en juillet et les investigations de Markou vont nous conduire sur la "Riviera athénienne" à une petite demi-heure de route de la capitale. La star incontestée de la pop grecque, Neni Vanda, possède une villa à Voula, sur la côte de l’Attique. Pour son concert d’adieu, elle a choisi la fameuse plage de Vouliagméni. Malheureusement pour la Diva, la fin du spectacle va s’avérer digne d’une tragédie grecque. La chanteuse était pourtant sous la protection de Markou. Les proches de la chanteuse (dont son ancien soupirant, le ministre de la culture) lui avaient demandé d’enquêter suite à une série d’incidents bizarres. Neni Vanda était harcelée par un fan, un amant éconduit, un membre de sa famille écarté de son cercle intime, ou un artiste jaloux de sa longévité sur scène. Serait-il (ou elle) passé à l’acte ? 

Θάνατος επί σκηνής

Le roman est divisé en deux parties : avant et après l’attentat. Bien qu’elle soit tarabiscotée, comme il se doit dans un polar, l’intrigue est plausible. Elle pourrait s’inspirer d’une véritable affaire criminelle. C’est peut-être pour cette raison que j’en ai deviné l’essentiel aux alentours de la page 125. Je me demande si l’auteur n’a pas été trop prévenant avec son lecteur en lui fournissant des indices de manière anticipée. Cela ne m’a pas empêché d’apprécier les mécanismes de l’intrigue. Les personnages ont assez de profondeur et de contradictions pour être crédibles. La diva, dont la carrière bat de l’aile, est bien que difficile à vivre. Pourtant, son désarroi suscite la sympathie du lecteur. 

Il me reste encore deux tomes à lire après Mourir en scène : Qui a tué Lucy Davis ? et Auteur de crimes. En effet, Christos Markogiannakis vient de publier un 5ème volume intitulé Les Yeux sur moi. Le premier tome publié en France est Au 5e étage de la faculté de droit. 

💪Cette lecture me permet de participer à deux challenges de lecture dont Les trilogies et séries de l’été organisé par Philippe. Pour le challenge Sing Me a Song chez Sunalee, j’ai choisi un extrait de concert en live de Despina Vandi, une chanteuse grecque  qui me fait penser à l’héroïne de Mourir en scène.

📌Mourir en scène. Christos Markogiannakis, traduit par Loïc Marcou et Hélène Zervas. Albin Michel, 288 pages (2020)


Date with Mystery. Julia Chapman

Date with Mystery. Julia Chapman


Puisque les détectives du Yorkshire me sont devenus familiers, j’ai décidé de lire le 3ème volet de la série dans sa version originale. Et là, surprise ! Delilah Metcalfe et Samson O’Brien sont bien présents mais j’ai découvert que leur fidèle compagnon à quatre pattes ne s’appelle pas vraiment Calimero. Son nom anglais est Tolpuddle (en hommage aux six Martyrs de Tolpuddle dans le Dorset). Evidemment cela ne change pas grand-chose aux tumultueuses aventures de nos héros. 

Le mois de février est assez rigoureux dans les Yorkshire Dales mais rien n’arrête le duo d’enquêteurs dans sa soif d’élucider les mystères de la région. Mandatés par Matty Thistlethwaite, le notaire de Bruncliffe, Delilah et Samson doivent mettre la main sur le certificat de décès d’une jeune femme. Livvy Thornton a été désignée comme héritière conjointe de la ferme familiale avec son frère Jimmy alors même qu’elle est censée être morte dans un accident de voiture depuis deux décennies. Sa mère en était parfaitement consciente au moment où elle a rédigé son testament. Quel était donc son but ? Exhumer des secrets familiaux ? On sait que la jeune fille a quitté le domicile de ses parents pour s’installer à Leeds. Peu de temps après son décès, son père s’est suicidé. Pourquoi ? Entre-nous, le lecteur n’a pas de mal à démêler cette intrigue tant les indices sont clairs.

La prévenance de l’autrice vis-à-vis de ses lecteurs nuit malheureusement à ce troisième volet. Du coup, son humour et le plaisir de retrouver ses sympathiques personnages n’ont pas suffi à satisfaire mon appétit de lectrice. Je dois même avouer que l’exaspération est montée crescendo face à l’incapacité de nos détectives à voir l’évidence. Il faut croire que leur amourette platonique les rend aveugles. Je leur pardonne volontiers en espérant que l’intrigue policière du quatrième tome sera plus convaincante. 

💪Cette lecture s’inscrit dans le cadre du challenge Les séries de l’été chez Philippe.

📚D’autres avis que le mien chez Manou et Ju lit les mots

📌Date with Mystery. Julia Chapman. Pan Macmillan, 464 pages (2022)

Aujourd'hui, je participe au challenge "Séries de l'été"


Le Revenant d'Albanie. Jean-Christophe Rufin

Le Revenant d'Albanie. Jean-Christophe Rufin


📚J’avais repéré ce livre à la médiathèque puis chez Luocine et ça faisait donc un petit moment que je voulais rencontrer le consul adjoint Aurel Timescu. Ce diplomate Franco-Roumain est nommé dans des pays qui me semblent très exotiques. Après la Guinée Conakry, le Mozambique ou l'Azerbaïdjan, son protecteur, le sénateur Mauvignier, s’est démené pour lui trouver un poste en Europe. Evidement, il n’est pas encore question d’un consulat trop prestigieux. 

Ce sera l’Albanie. Ouf ! Aurel craignait de se retrouver sur un poste nécessitant un véritable investissement professionnel. Autre point positif, à Tirana, il va travailler avec Amélie Grey. La carrière de la jeune femme a bien évolué depuis leur première rencontre à Bakou puisqu’elle est désormais ambassadrice. D’un autre côté, Aurel n’a pas conservé un souvenir réjouissant de son premier séjour en Albanie. Il a découvert le "Pays des aigles" lorsqu’il était un jeune pionnier soviétique. Il était gouverné par le dictateur communiste Enver Hoxha et la vie n’y était pas facile. 

A peine arrivé à Tirana, Aurel se voit confier une affaire délicate concernant la mort de Marsel Rustemi, un ressortissant Franco-Albanais assassiné à Chamonix. Pour l’administration albanaise, l’homme était officiellement décédé en 1997 à  Shkodër. En réalité, l’homme avait été naturalisé grâce à son mariage et vivait en France sous un nom d’emprunt. Grobert, le policier de l’ambassade, est persuadé qu’il s’agit d’un règlement de compte entre membres de la mafia. Aurel penche plutôt pour un acte de vengeance. Qui a raison ? Le défi est lancé. 

C’est le sixième tome de la série et son héros a évolué depuis sa première mission en Afrique. S’il apprécie toujours le vin blanc et ne refuse jamais de s’assoir derrière un piano, il a acquis une certaine expérience pour se défausser des tâches administratives les plus ingrates. Il préfère de loin jouer au détective amateur. Son apparence vestimentaire, digne d’un bureaucrate des pays de l’ancien bloc de l’Est, est désormais égayée par des guayaberas rapportées de son séjour consulaire au Mexique.

On aurait pourtant tort de sous-estimer Aurel Timescu. Pour résoudre une enquête, le consul, d’ordinaire un peu couard, n’hésite presque pas à mouiller ses chemises bariolées. Il se rend donc à Tropojë, près de la frontière kosovar, une région rude gouvernée par un code coutumier ancestral, le fameux  Kanun.

💪Il faut reconnaître que l’extravagance et les ambitions très mesurées d’Aurel le rendent plutôt sympathique. A travers lui, Jean-Christophe Rufin fait voyager son lecteur dans les régions les plus reculées du globe. Cette nouvelle mission du consul adjoint en Albanie nous permet d’en savoir un peu plus sur le "Pays des aigles", son histoire tourmentée, ses traditions et son évolution contemporaine. Le roman s’inscrit dans la mouvance des Cosy Crimes, avec l’humour qui caractérise l’auteur,  ce qui en fait une lecture distrayante, idéale pour les vacances. Il me permet de participer au challenge des Séries et trilogies de l’été.

📌Le Revenant d'Albanie. Les énigmes d'Aurel le Consul tome 6. Jean-Christophe Rufin. Le Livre de Poche, 240 pages (2026)

Mon challenge du jour

Rendez-vous avec le mal. Julia Chapman

Rendez-vous avec le mal. Julia Chapman


Je profite des vacances pour reprendre les aventures des détectives du Yorkshire là où je les avais laissées, c’est-à-dire juste après le Rendez-vous avec le crime. Cette lecture date un peu mais les comptes-rendus enthousiastes que je vois régulièrement passer sur les blogs sont autant de piqures de rappel en faveur de la série. 

Rendez-vous avec le mal, le second épisode, nous ramène donc dans la bourgade de Bruncliffe où le duo Delilah Metcalfe / Samson O'Brien partage un bail commercial. Delilah s’occupe de l'Agence de Rencontre des Vallons et Samson de l'Agence de Recherches du même nom. La jeune femme a néanmoins la fâcheuse tendance à fourrer son nez dans les affaires de son co-locataire et celui-ci squatte en secret l’appartement du dessus.  Calimero, le Braque de Weimar de Delilah souffre du syndrome d’abandon. L’hyperattachement que le chien  a développé vis-à-vis de sa maîtresse provoque des crises de stress et d’anxiété intenses lorsqu’il est livré à lui-même. Cette particularité peut provoquer des retournements de situations inattendues au cours d’une enquête délicate. Il se pourrait même que cette fois-ci, paradoxalement, elle sauve la mise aux humains. 

Delilah et Samson mènent de front une double mission. Leurs premières investigations concernent l’enlèvement de Ralph, un bélier de concours. Son pedigree le désigne comme un reproducteur idéal. Le fermier a payé cet animal une fortune et sa perte risque de le conduire à la ruine. La seconde enquête est plus personnelle puisqu’elle pointe vers la maison de retraite de Fellside Court où vit Joseph O’brien, le père de Samson. Alice Shepherd, l’une des résidentes, est décédée peu de temps après sa visite à l’agence de détective(s). Samson, qui n’avait pas pris sa requête au sérieux, commence à culpabiliser. La vieille dame n’était peut-être pas sénile finalement.  D’ailleurs, plusieurs incidents inquiétants gâchent fortement les préparatifs de Noël des séniors. 

Date With Malice

📚Quel plaisir de retrouver la petite communauté de Bruncliffe et surtout nos deux irrésistibles héros! Je crois bien que la série des détectives du Yorkshire est le Cosy Crime préféré de la blogosphère (voir les avis de Anne, Belette, Bianca, Cath L, Eimelle, Emilie, Keisha, Manou…). Je partage cet engouement car l’autrice ne confond pas feel good et gnangnantitude. J’aime la bienveillance des personnages, l’énergie de Delilah et le caractère énigmatique de Samson. Leur bluette platonique apporte un brin de fraîcheur liée à leur maladresse respective. L’intrigue policière n’est pas reléguée au second plan comme c’est parfois le cas dans les séries de ce genre. La bonne nouvelle, c'est qu'il me reste encore 8 tomes à lire: 

  • 1. Date with Death (2017) / Rendez-vous avec le crime ✔
  • 2. Date with Malice (2017) / Rendez-vous avec le mal ✔
  • 3. Date with Mystery (2018) / Rendez-vous avec le mystère
  • 4. Date with Poison (2019) / Rendez-vous avec le poison
  • 5. Date with Danger (2020) / Rendez-vous avec le danger
  • 6. Date with Deceit (2021) / Rendez-vous avec la ruse
  • 7. Date with Betrayal (2022) / Rendez-vous avec la menace
  • 8. Date with Evil (2023) / Rendez-vous avec le diable
  • 9. Date with Justice (2024) / Rendez-vous avec la justice
  • 10. Date with Destiny (2025) / Rendez-vous avec le destin

💪Cette agréable lecture me permet de participer au challenge Séries et trilogies de l’été, organisé par Philippe. 

📌Rendez-vous avec le mal (Les Détectives du Yorkshire - Tome 2). Julia Chapman, traduite par Dominique Haas et Stéphanie Leigniel. Robert Laffont, 408 pages (2018)

challenge Séries et trilogies de l’été organisé par Philippe.


Mrs. McGinty's Dead. Agatha Christie

Mrs. McGinty's Dead. Agatha Christie


💪J’ai pris beaucoup de retard sur le challenge Read Christie 2026 dédié à la Reine du crime. J’ai prévu de lire un roman par mois en me focalisant davantage sur Miss Marple (voir The Thirteen problems et The Body in the Library). J’ai également découvert le couple d’enquêteurs formé par Tommy et Tuppence Beresford (Partners in Crime). Finalement, j’ai eu envie de revenir à mon premier amour : le prétentieux Hercule Poirot. J’ai abandonné l’idée de suivre ses enquêtes dans l’ordre, d’autant que j’en ai déjà lu un certain nombre lorsque j’étais adolescente. C’est donc la couverture bucolique de Mrs. McGinty's Dead (Mrs McGinty est morte en version française) qui m’a fait chavirer. 

Paru en 1952 en version originale, Mrs. McGinty's Dead est le 28ème roman de la série. Autant dire que nous avons affaire à un détective aguerri dont les petites cellule grises sont bien entrainées. Et pourtant, notre cher Poirot, aussi clairvoyant soit-il, va ramer un peu pour élucider le meurtre de la vieille dame. 

McGinty est morte (Nouvelle traduction révisée)

Le détective belge a été sollicité par son ami, le Superintendent Spence, retraité de la police de Kilchester. L’enquêteur pense avoir fait une erreur judiciaire en arrêtant le locataire de Mrs. McGinty, un certain James Bentley. Le jeune homme a été déclaré coupable lors de son procès et condamné à mort. Poirot dispose donc de peu de temps avant l’exécution de la sentence pour trouver le véritable coupable. Or, les indices ne parlent pas en faveur de Bentley. Le jeune homme venait de perdre son emploi chez Breather & Scuttle. Il avait des dettes et plusieurs loyers de retard. Il était de notoriété publique que Mrs. McGinty ne faisait pas confiance aux banques et gardait un bas de laine dans une cachette sous le plancher. Son argent a été retrouvé chez le suspect après son meurtre. 

Hercule Poirot a d’autant plus de mal à se concentrer qu’il loge dans une chambre d’hôte bruyante dans le village de Broadhinny. La propriétaire de la résidence Long Meadows, Maureen Summerhayes, n’est pas hôtelière de métier. Elle est rentrée récemment d’Inde avec son époux et a hérité de la maison. C’est une logeuse charmante mais extrêmement désorganisée et une exécrable cuisinière. Elle a néanmoins des raisons d’être débordée puisqu’elle a perdu sa femme de ménage, Mrs. McGinty. La victime était employée de maison chez plusieurs notables du village. Pour des raisons que je divulguerai pas, Poirot à l’intuition que le meurtrier est l’un de ses anciens patrons. 

Hercule Poirot est prétentieux mais quel plaisir de le retrouver ! Comme toujours, il va mener son enquête avec doigté et diligence. La solution est délicieusement alambiquée et les ressorts de l’intrigue sont toujours les mêmes… pour notre plus grand plaisir ! Comme d’habitude, cette affaire va se terminer par une réunion en huis clos où le détective va exposer tous les éléments qui l’ont conduit jusqu’au coupable. Parmi les protagonistes principaux, nous retrouvons sa chère amie, Ariadne Oliver, autrice de romans policiers à succès dont le héros est l’enquêteur norvégien Sven Hjerson. C’est l’occasion d’une amusante mise en abîme puisque son œuvre doit être adaptée au théâtre par le fameux dramaturge Robin Upward, l’un des suspects de Poirot. Dans la vraie vie, une série TV scénarisée par Patrik Gyllström s’inspire du personnage inventé par notre romancière fictive !  Les protagonistes principaux sont incarnés par Johan Rheborg, Hanna Alström et David Fukamachi Regnfors. Ariadne Oliver, quant à elle, apparait dans la nouvelle The Case of the Discontented Soldier (1934) aux côtés de son ami Parker Pyne mais elle mène sa première enquête avec Hercule Poirot dans Cards on the Table (1936). Elle se retrouve finalement seule investigatrice dans The Pale Horse (1961).

💪Bianca et Belette ont été aussi bluffées que moi par l’habilité d’Agatha Christie à nous mener en bateau. Par ailleurs, la Reine du crime me permet de participer une nouvelle fois au challenge 2026 sera classique, organisé par Nathalie. Le roman a fait l’objet d’une nouvelle traduction en Français en 2023. Il a été porté à l’écran en 2008 au Royaume-Uni (Episode 11 de la première saison de la série Agatha Christie's Poirot) et en 2015 en France (Épisode 10 de la deuxième saison des Petits Meurtres d'Agatha Christie). 

📌Mrs. McGinty's Dead (A Hercule Poirot Mystery). Agatha Christie. William Morrow, 272 pages (2025)

2026 sera classique aussi
Challenge de lecture


Remède de Cheval. M. C. Beaton

Remède de Cheval. M. C. Beaton


💪Cette période de vacances estivales me fait pencher vers des lectures légères, sans lien avec l’actualité littéraire. C’est l’occasion de reprendre mes sagas policières là où je les avais laissées et de participer au challenge des Séries de l'été organisé par Philippe. Les enquêtes d’Agatha Raisin sont l’option idéale. Le premier tome, Quiche fatale, s’était avéré être un cosy Mystery distrayant et sans ambition littéraire particulière. Je retrouve donc l’héroïne de cette série anglaise dans Remède de cheval.

Vicious Vet
Nous voici de retour dans les Cotswolds, lieu de résidence d’Agatha Raisin. Cette quinquagénaire, un brin déjantée, a revendu son agence de communication londonienne pour financer sa retraite anticipée dans le pittoresque village de Carsely. Après une adaptation nécessaire à la vie provinciale, Agatha semble avoir trouvé ses marques au sein de la petite communauté. Elle continue de fréquenter la Société des Dames de Carsely, de fourrer son nez partout et de se montrer un peu trop empressée auprès de son séduisant voisin, le colonel James Lacey. Celui-ci s’emploie à l’éviter au maximum, créant des situations délicieusement rocambolesques. Frustrée, Agatha décide de se consoler avec le nouveau vétérinaire. Or, l’arrivée du praticien n’est pas passée inaperçue dans le village et son charme a déjà fait des ravages parmi les habitantes. Pourtant, la salle d’attente de la clinique vétérinaire va rapidement désemplir. Les méthodes de Paul Bladen choquent les propriétaires d’animaux domestiques. Lorsque le vétérinaire décède suite à une piqure d’étorphine destinée à un cheval de Lord Pendlebury, un doute s’insinue. S’agit-il vraiment d’un accident ? L’instinct aiguisé d’Agatha l’incite à fouiner dans les affaires de Bladen pour exhumer de vilains secrets. Et cerise sur le gâteau, son voisin préféré (le susdit James Lacey) est tout aussi curieux qu’elle de découvrir la vérité. Ils vont former un duo mal assorti, parfois maladroit, mais redoutablement efficace en matière d’investigations criminelles. Le sergent Bill Wong tente sans succès de les dissuader de poursuivre car ils enquêtent au péril de leurs vies.

Je n’ai petit reproche à faire à ce second volet et encore, il arrive fortuitement. Je trouve que l’intrigue à quelques similitudes avec celle de Coiffeur pour dames, le huitième tome que j’ai découvert avant celui-ci au travers de la série télévisée. J’apprécie beaucoup l’humour de M. C. Beaton même s’il est parfois familier. Son style est direct et le lecteur entre tout de suite dans le vif du sujet. Contrairement à certains Cosy Mysteries, il y a une véritable enquête, avec des interrogatoires de témoins qui tournent souvent à la catastrophe… pour notre plus grand bonheur. L’intrigue est rythmée et pétillante. Les personnages sont assez excentriques pour créer des situations relativement improbables dans la vraie vie et distraire le lecteur.  Bref, c’est une lecture idéale pour se détendre au bord de la piscine.

📌Remède de Cheval (Agatha Raisin enquête, Tome 2). M. C. Beaton, traduite par Esther Ménévis. Le Livre de Poche, 240 pages (2025)

Challenge Série de l'été


Apprends-moi tout ce que tu sais. Hanna Bervoets

Apprends-moi tout ce que tu sais. Hanna Bervoets


💪Le titre et l’illustration en couverture m’ont fait penser qu’il s’agissait d’un livre de développement personnel. Heureusement, le résumé en quatrième m’a convaincue de donner une chance à ce gros roman queer qui tombe pile dans la thématique du Mois des Fiertés (un grand merci à Anne-yes qui a accepté une participation retardataire à son challenge de lecture) et pour participer aux Pavés de l'été chez Sibylline.

Jodie, la narratrice, se penche sur le passé de son amoureuse décédée. Presque malgré elle, Daniel (sans E bien qu’il s’agisse d’une femme) s’est engagée très tôt dans des causes sanitaires et sociales. Lorsqu’elle était étudiante, la future compagne de Jodie a été victime d’un grave accident de randonnée qui lui a laissé des séquelles douloureuses. Après plusieurs mois de doute puis de rééducation, la jeune femme a retrouvé l’usage de ses jambes mais pas la motivation suffisante pour chercher un emploi accessible à son handicap. Alors que Barbara, son ex petite amie médecin l’a quittée, Daniel survit chichement grâce à une maigre allocation. Sa rééducatrice, Lucile, lui propose de partager une co-location avec son propre fils. Sjoerd est gay. C’est à son instigation que Daniel devient bénévole dans une association de lutte contre le VIH. Lorsqu’elle fait la connaissance de Jodie, elle travaille avec des personnes qui peinent à obtenir des diagnostics médicaux cohérents avec leurs pathologies et à convaincre leurs médecins traitants de les adresser à des spécialistes. Il s’agit souvent de femmes atteintes d’endométriose mais pas seulement. Jodie décide d’abandonner ses études de droit et convainc Daniel de créer une Fondation. Elles pourront ainsi obtenir des subventions et venir en aide à plus de personnes. Le nombre de sollicitations de patients désespérés est exponentiel d’autant que Daniel apparait régulièrement dans les médias. Parallèlement au développement de leur activité, Jodie et Daniel construisent leur vie de couple, avec ses hauts et ses bas : le premier appartement commun, l’intimité fluctuante, les compromis, les incompréhensions, les jalousies, les réconciliations et les espoirs… souvent rythmés par l’état de santé physique de Daniel. 

Leer me alles wat je weet
Au moment où j’écris ce compte-rendu, je ne suis pas sûre d’avoir compris toutes les intentions de l’autrice mais je ne peux pas laisser décanter davantage. La psychologie des personnages est assez fine et les évènements rapportés sentent le vécu. Hanna Bervoets est atteinte d’une maladie génétique orpheline qui provoquent des douleurs chroniques dans tout le corps. Je soupçonne que son parcours médical n’a pas toujours été facile. Or, c’est bien de cela dont il est question dans ce roman même si d’autres questions sont abordées parmi lesquelles l’homosexualité et la vie de couple tiennent une place prépondérante. Le parcours des deux femmes force l’admiration pourtant ce n’est pas toujours ainsi qu’il est décrit. La narratrice évoque des motivations parfois moins altruistes et aussi des échecs dont les conséquences peuvent compromettre les chances de survie des personnes qui les ont sollicitées. 

Les intentions du roman sont bonnes et il possède d’indéniables qualités. Il me semble néanmoins que l’autrice aurait pu éviter certaines ellipses et réduire le livre d’une bonne centaine de pages. Je n’ai pas vu l’intérêt de ne révéler la cause de la mort de Daniel que dans les dernières pages. Sans divulguer tout le contexte, il n’y avait pas besoin de la tenir secrète. Est-ce un procédé narratif pour capter l’attention du lecteur jusqu’à la fin du livre au risque que la révélation ne le déçoive ? Par ailleurs, je me suis un peu lassée des descriptions de cas médicaux. Certes, l’exploration des procédures médicales néerlandaises est intéressante. La question de la mauvaise prise en compte et/ou en charge de la douleur est universelle et mérite d’être abordée mais il n’était peut-être pas nécessaire d’évoquer autant de dossiers. C’est pesant au détriment du propos. L’autrice réussie surtout la psychologie de ses personnages. Ses héroïnes sont à la fois crédibles et touchantes dans leurs forces et leurs faiblesses. Leur histoire d’amour n’est pas qu’une histoire de couple homosexuel ; elle a des résonnances pour tous les amoureux quelques soient l’âge, le sexe ou les préférences.

📌Apprends-moi tout ce que tu sais. Hanna Bervoets, traduite par Noëlle Michel. Le Bruit du Monde, 608 pages (2026)