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Date with Mystery. Julia Chapman

Date with Mystery. Julia Chapman


Puisque les détectives du Yorkshire me sont devenus familiers, j’ai décidé de lire le 3ème volet de la série dans sa version originale. Et là, surprise ! Delilah Metcalfe et Samson O’Brien sont bien présents mais j’ai découvert que leur fidèle compagnon à quatre pattes ne s’appelle pas vraiment Calimero. Son nom anglais est Tolpuddle (en hommage aux six Martyrs de Tolpuddle dans le Dorset). Evidemment cela ne change pas grand-chose aux tumultueuses aventures de nos héros. 

Le mois de février est assez rigoureux dans les Yorkshire Dales mais rien n’arrête le duo d’enquêteurs dans sa soif d’élucider les mystères de la région. Mandatés par Matty Thistlethwaite, le notaire de Bruncliffe, Delilah et Samson doivent mettre la main sur le certificat de décès d’une jeune femme. Livvy Thornton a été désignée comme héritière conjointe de la ferme familiale avec son frère Jimmy alors même qu’elle est censée être morte dans un accident de voiture depuis deux décennies. Sa mère en était parfaitement consciente au moment où elle a rédigé son testament. Quel était donc son but ? Exhumer des secrets familiaux ? On sait que la jeune fille a quitté le domicile de ses parents pour s’installer à Leeds. Peu de temps après son décès, son père s’est suicidé. Pourquoi ? Entre-nous, le lecteur n’a pas de mal à démêler cette intrigue tant les indices sont clairs.

La prévenance de l’autrice vis-à-vis de ses lecteurs nuit malheureusement à ce troisième volet. Du coup, son humour et le plaisir de retrouver ses sympathiques personnages n’ont pas suffi à satisfaire mon appétit de lectrice. Je dois même avouer que l’exaspération est montée crescendo face à l’incapacité de nos détectives à voir l’évidence. Il faut croire que leur amourette platonique les rend aveugles. Je leur pardonne volontiers en espérant que l’intrigue policière du quatrième tome sera plus convaincante. 

💪Cette lecture s’inscrit dans le cadre du challenge Les séries de l’été chez Philippe.

📚D’autres avis que le mien chez Manou et Ju lit les mots

📌Date with Mystery. Julia Chapman. Pan Macmillan, 464 pages (2022)

Aujourd'hui, je participe au challenge "Séries de l'été"


Le Revenant d'Albanie. Jean-Christophe Rufin

Le Revenant d'Albanie. Jean-Christophe Rufin


📚J’avais repéré ce livre à la médiathèque puis chez Luocine et ça faisait donc un petit moment que je voulais rencontrer le consul adjoint Aurel Timescu. Ce diplomate Franco-Roumain est nommé dans des pays qui me semblent très exotiques. Après la Guinée Conakry, le Mozambique ou l'Azerbaïdjan, son protecteur, le sénateur Mauvignier, s’est démené pour lui trouver un poste en Europe. Evidement, il n’est pas encore question d’un consulat trop prestigieux. 

Ce sera l’Albanie. Ouf ! Aurel craignait de se retrouver sur un poste nécessitant un véritable investissement professionnel. Autre point positif, à Tirana, il va travailler avec Amélie Grey. La carrière de la jeune femme a bien évolué depuis leur première rencontre à Bakou puisqu’elle est désormais ambassadrice. D’un autre côté, Aurel n’a pas conservé un souvenir réjouissant de son premier séjour en Albanie. Il a découvert le "Pays des aigles" lorsqu’il était un jeune pionnier soviétique. Il était gouverné par le dictateur communiste Enver Hoxha et la vie n’y était pas facile. 

A peine arrivé à Tirana, Aurel se voit confier une affaire délicate concernant la mort de Marsel Rustemi, un ressortissant Franco-Albanais assassiné à Chamonix. Pour l’administration albanaise, l’homme était officiellement décédé en 1997 à  Shkodër. En réalité, l’homme avait été naturalisé grâce à son mariage et vivait en France sous un nom d’emprunt. Grobert, le policier de l’ambassade, est persuadé qu’il s’agit d’un règlement de compte entre membres de la mafia. Aurel penche plutôt pour un acte de vengeance. Qui a raison ? Le défi est lancé. 

C’est le sixième tome de la série et son héros a évolué depuis sa première mission en Afrique. S’il apprécie toujours le vin blanc et ne refuse jamais de s’assoir derrière un piano, il a acquis une certaine expérience pour se défausser des tâches administratives les plus ingrates. Il préfère de loin jouer au détective amateur. Son apparence vestimentaire, digne d’un bureaucrate des pays de l’ancien bloc de l’Est, est désormais égayée par des guayaberas rapportées de son séjour consulaire au Mexique.

On aurait pourtant tort de sous-estimer Aurel Timescu. Pour résoudre une enquête, le consul, d’ordinaire un peu couard, n’hésite presque pas à mouiller ses chemises bariolées. Il se rend donc à Tropojë, près de la frontière kosovar, une région rude gouvernée par un code coutumier ancestral, le fameux  Kanun.

💪Il faut reconnaître que l’extravagance et les ambitions très mesurées d’Aurel le rendent plutôt sympathique. A travers lui, Jean-Christophe Rufin fait voyager son lecteur dans les régions les plus reculées du globe. Cette nouvelle mission du consul adjoint en Albanie nous permet d’en savoir un peu plus sur le "Pays des aigles", son histoire tourmentée, ses traditions et son évolution contemporaine. Le roman s’inscrit dans la mouvance des Cosy Crimes, avec l’humour qui caractérise l’auteur,  ce qui en fait une lecture distrayante, idéale pour les vacances. Il me permet de participer au challenge des Séries et trilogies de l’été.

📌Le Revenant d'Albanie. Les énigmes d'Aurel le Consul tome 6. Jean-Christophe Rufin. Le Livre de Poche, 240 pages (2026)

Mon challenge du jour

Rendez-vous avec le mal. Julia Chapman

Rendez-vous avec le mal. Julia Chapman


Je profite des vacances pour reprendre les aventures des détectives du Yorkshire là où je les avais laissées, c’est-à-dire juste après le Rendez-vous avec le crime. Cette lecture date un peu mais les comptes-rendus enthousiastes que je vois régulièrement passer sur les blogs sont autant de piqures de rappel en faveur de la série. 

Rendez-vous avec le mal, le second épisode, nous ramène donc dans la bourgade de Bruncliffe où le duo Delilah Metcalfe / Samson O'Brien partage un bail commercial. Delilah s’occupe de l'Agence de Rencontre des Vallons et Samson de l'Agence de Recherches du même nom. La jeune femme a néanmoins la fâcheuse tendance à fourrer son nez dans les affaires de son co-locataire et celui-ci squatte en secret l’appartement du dessus.  Calimero, le Braque de Weimar de Delilah souffre du syndrome d’abandon. L’hyperattachement que le chien  a développé vis-à-vis de sa maîtresse provoque des crises de stress et d’anxiété intenses lorsqu’il est livré à lui-même. Cette particularité peut provoquer des retournements de situations inattendues au cours d’une enquête délicate. Il se pourrait même que cette fois-ci, paradoxalement, elle sauve la mise aux humains. 

Delilah et Samson mènent de front une double mission. Leurs premières investigations concernent l’enlèvement de Ralph, un bélier de concours. Son pedigree le désigne comme un reproducteur idéal. Le fermier a payé cet animal une fortune et sa perte risque de le conduire à la ruine. La seconde enquête est plus personnelle puisqu’elle pointe vers la maison de retraite de Fellside Court où vit Joseph O’brien, le père de Samson. Alice Shepherd, l’une des résidentes, est décédée peu de temps après sa visite à l’agence de détective(s). Samson, qui n’avait pas pris sa requête au sérieux, commence à culpabiliser. La vieille dame n’était peut-être pas sénile finalement.  D’ailleurs, plusieurs incidents inquiétants gâchent fortement les préparatifs de Noël des séniors. 

Date With Malice

📚Quel plaisir de retrouver la petite communauté de Bruncliffe et surtout nos deux irrésistibles héros! Je crois bien que la série des détectives du Yorkshire est le Cosy Crime préféré de la blogosphère (voir les avis de Anne, Belette, Bianca, Cath L, Eimelle, Emilie, Keisha, Manou…). Je partage cet engouement car l’autrice ne confond pas feel good et gnangnantitude. J’aime la bienveillance des personnages, l’énergie de Delilah et le caractère énigmatique de Samson. Leur bluette platonique apporte un brin de fraîcheur liée à leur maladresse respective. L’intrigue policière n’est pas reléguée au second plan comme c’est parfois le cas dans les séries de ce genre. La bonne nouvelle, c'est qu'il me reste encore 8 tomes à lire: 

  • 1. Date with Death (2017) / Rendez-vous avec le crime ✔
  • 2. Date with Malice (2017) / Rendez-vous avec le mal ✔
  • 3. Date with Mystery (2018) / Rendez-vous avec le mystère
  • 4. Date with Poison (2019) / Rendez-vous avec le poison
  • 5. Date with Danger (2020) / Rendez-vous avec le danger
  • 6. Date with Deceit (2021) / Rendez-vous avec la ruse
  • 7. Date with Betrayal (2022) / Rendez-vous avec la menace
  • 8. Date with Evil (2023) / Rendez-vous avec le diable
  • 9. Date with Justice (2024) / Rendez-vous avec la justice
  • 10. Date with Destiny (2025) / Rendez-vous avec le destin

💪Cette agréable lecture me permet de participer au challenge Séries et trilogies de l’été, organisé par Philippe. 

📌Rendez-vous avec le mal (Les Détectives du Yorkshire - Tome 2). Julia Chapman, traduite par Dominique Haas et Stéphanie Leigniel. Robert Laffont, 408 pages (2018)

challenge Séries et trilogies de l’été organisé par Philippe.


Mrs. McGinty's Dead. Agatha Christie

Mrs. McGinty's Dead. Agatha Christie


💪J’ai pris beaucoup de retard sur le challenge Read Christie 2026 dédié à la Reine du crime. J’ai prévu de lire un roman par mois en me focalisant davantage sur Miss Marple (voir The Thirteen problems et The Body in the Library). J’ai également découvert le couple d’enquêteurs formé par Tommy et Tuppence Beresford (Partners in Crime). Finalement, j’ai eu envie de revenir à mon premier amour : le prétentieux Hercule Poirot. J’ai abandonné l’idée de suivre ses enquêtes dans l’ordre, d’autant que j’en ai déjà lu un certain nombre lorsque j’étais adolescente. C’est donc la couverture bucolique de Mrs. McGinty's Dead (Mrs McGinty est morte en version française) qui m’a fait chavirer. 

Paru en 1952 en version originale, Mrs. McGinty's Dead est le 28ème roman de la série. Autant dire que nous avons affaire à un détective aguerri dont les petites cellule grises sont bien entrainées. Et pourtant, notre cher Poirot, aussi clairvoyant soit-il, va ramer un peu pour élucider le meurtre de la vieille dame. 

McGinty est morte (Nouvelle traduction révisée)

Le détective belge a été sollicité par son ami, le Superintendent Spence, retraité de la police de Kilchester. L’enquêteur pense avoir fait une erreur judiciaire en arrêtant le locataire de Mrs. McGinty, un certain James Bentley. Le jeune homme a été déclaré coupable lors de son procès et condamné à mort. Poirot dispose donc de peu de temps avant l’exécution de la sentence pour trouver le véritable coupable. Or, les indices ne parlent pas en faveur de Bentley. Le jeune homme venait de perdre son emploi chez Breather & Scuttle. Il avait des dettes et plusieurs loyers de retard. Il était de notoriété publique que Mrs. McGinty ne faisait pas confiance aux banques et gardait un bas de laine dans une cachette sous le plancher. Son argent a été retrouvé chez le suspect après son meurtre. 

Hercule Poirot a d’autant plus de mal à se concentrer qu’il loge dans une chambre d’hôte bruyante dans le village de Broadhinny. La propriétaire de la résidence Long Meadows, Maureen Summerhayes, n’est pas hôtelière de métier. Elle est rentrée récemment d’Inde avec son époux et a hérité de la maison. C’est une logeuse charmante mais extrêmement désorganisée et une exécrable cuisinière. Elle a néanmoins des raisons d’être débordée puisqu’elle a perdu sa femme de ménage, Mrs. McGinty. La victime était employée de maison chez plusieurs notables du village. Pour des raisons que je divulguerai pas, Poirot à l’intuition que le meurtrier est l’un de ses anciens patrons. 

Hercule Poirot est prétentieux mais quel plaisir de le retrouver ! Comme toujours, il va mener son enquête avec doigté et diligence. La solution est délicieusement alambiquée et les ressorts de l’intrigue sont toujours les mêmes… pour notre plus grand plaisir ! Comme d’habitude, cette affaire va se terminer par une réunion en huis clos où le détective va exposer tous les éléments qui l’ont conduit jusqu’au coupable. Parmi les protagonistes principaux, nous retrouvons sa chère amie, Ariadne Oliver, autrice de romans policiers à succès dont le héros est l’enquêteur norvégien Sven Hjerson. C’est l’occasion d’une amusante mise en abîme puisque son œuvre doit être adaptée au théâtre par le fameux dramaturge Robin Upward, l’un des suspects de Poirot. Dans la vraie vie, une série TV scénarisée par Patrik Gyllström s’inspire du personnage inventé par notre romancière fictive !  Les protagonistes principaux sont incarnés par Johan Rheborg, Hanna Alström et David Fukamachi Regnfors. Ariadne Oliver, quant à elle, apparait dans la nouvelle The Case of the Discontented Soldier (1934) aux côtés de son ami Parker Pyne mais elle mène sa première enquête avec Hercule Poirot dans Cards on the Table (1936). Elle se retrouve finalement seule investigatrice dans The Pale Horse (1961).

💪Bianca et Belette ont été aussi bluffées que moi par l’habilité d’Agatha Christie à nous mener en bateau. Par ailleurs, la Reine du crime me permet de participer une nouvelle fois au challenge 2026 sera classique, organisé par Nathalie. Le roman a fait l’objet d’une nouvelle traduction en Français en 2023. Il a été porté à l’écran en 2008 au Royaume-Uni (Episode 11 de la première saison de la série Agatha Christie's Poirot) et en 2015 en France (Épisode 10 de la deuxième saison des Petits Meurtres d'Agatha Christie). 

📌Mrs. McGinty's Dead (A Hercule Poirot Mystery). Agatha Christie. William Morrow, 272 pages (2025)

2026 sera classique aussi
Challenge de lecture


Remède de Cheval. M. C. Beaton

Remède de Cheval. M. C. Beaton


💪Cette période de vacances estivales me fait pencher vers des lectures légères, sans lien avec l’actualité littéraire. C’est l’occasion de reprendre mes sagas policières là où je les avais laissées et de participer au challenge des Séries de l'été organisé par Philippe. Les enquêtes d’Agatha Raisin sont l’option idéale. Le premier tome, Quiche fatale, s’était avéré être un cosy Mystery distrayant et sans ambition littéraire particulière. Je retrouve donc l’héroïne de cette série anglaise dans Remède de cheval.

Vicious Vet
Nous voici de retour dans les Cotswolds, lieu de résidence d’Agatha Raisin. Cette quinquagénaire, un brin déjantée, a revendu son agence de communication londonienne pour financer sa retraite anticipée dans le pittoresque village de Carsely. Après une adaptation nécessaire à la vie provinciale, Agatha semble avoir trouvé ses marques au sein de la petite communauté. Elle continue de fréquenter la Société des Dames de Carsely, de fourrer son nez partout et de se montrer un peu trop empressée auprès de son séduisant voisin, le colonel James Lacey. Celui-ci s’emploie à l’éviter au maximum, créant des situations délicieusement rocambolesques. Frustrée, Agatha décide de se consoler avec le nouveau vétérinaire. Or, l’arrivée du praticien n’est pas passée inaperçue dans le village et son charme a déjà fait des ravages parmi les habitantes. Pourtant, la salle d’attente de la clinique vétérinaire va rapidement désemplir. Les méthodes de Paul Bladen choquent les propriétaires d’animaux domestiques. Lorsque le vétérinaire décède suite à une piqure d’étorphine destinée à un cheval de Lord Pendlebury, un doute s’insinue. S’agit-il vraiment d’un accident ? L’instinct aiguisé d’Agatha l’incite à fouiner dans les affaires de Bladen pour exhumer de vilains secrets. Et cerise sur le gâteau, son voisin préféré (le susdit James Lacey) est tout aussi curieux qu’elle de découvrir la vérité. Ils vont former un duo mal assorti, parfois maladroit, mais redoutablement efficace en matière d’investigations criminelles. Le sergent Bill Wong tente sans succès de les dissuader de poursuivre car ils enquêtent au péril de leurs vies.

Je n’ai petit reproche à faire à ce second volet et encore, il arrive fortuitement. Je trouve que l’intrigue à quelques similitudes avec celle de Coiffeur pour dames, le huitième tome que j’ai découvert avant celui-ci au travers de la série télévisée. J’apprécie beaucoup l’humour de M. C. Beaton même s’il est parfois familier. Son style est direct et le lecteur entre tout de suite dans le vif du sujet. Contrairement à certains Cosy Mysteries, il y a une véritable enquête, avec des interrogatoires de témoins qui tournent souvent à la catastrophe… pour notre plus grand bonheur. L’intrigue est rythmée et pétillante. Les personnages sont assez excentriques pour créer des situations relativement improbables dans la vraie vie et distraire le lecteur.  Bref, c’est une lecture idéale pour se détendre au bord de la piscine.

📌Remède de Cheval (Agatha Raisin enquête, Tome 2). M. C. Beaton, traduite par Esther Ménévis. Le Livre de Poche, 240 pages (2025)

Challenge Série de l'été


Apprends-moi tout ce que tu sais. Hanna Bervoets

Apprends-moi tout ce que tu sais. Hanna Bervoets


💪Le titre et l’illustration en couverture m’ont fait penser qu’il s’agissait d’un livre de développement personnel. Heureusement, le résumé en quatrième m’a convaincue de donner une chance à ce gros roman queer qui tombe pile dans la thématique du Mois des Fiertés (un grand merci à Anne-yes qui a accepté une participation retardataire à son challenge de lecture) et pour participer aux Pavés de l'été chez Sibylline.

Jodie, la narratrice, se penche sur le passé de son amoureuse décédée. Presque malgré elle, Daniel (sans E bien qu’il s’agisse d’une femme) s’est engagée très tôt dans des causes sanitaires et sociales. Lorsqu’elle était étudiante, la future compagne de Jodie a été victime d’un grave accident de randonnée qui lui a laissé des séquelles douloureuses. Après plusieurs mois de doute puis de rééducation, la jeune femme a retrouvé l’usage de ses jambes mais pas la motivation suffisante pour chercher un emploi accessible à son handicap. Alors que Barbara, son ex petite amie médecin l’a quittée, Daniel survit chichement grâce à une maigre allocation. Sa rééducatrice, Lucile, lui propose de partager une co-location avec son propre fils. Sjoerd est gay. C’est à son instigation que Daniel devient bénévole dans une association de lutte contre le VIH. Lorsqu’elle fait la connaissance de Jodie, elle travaille avec des personnes qui peinent à obtenir des diagnostics médicaux cohérents avec leurs pathologies et à convaincre leurs médecins traitants de les adresser à des spécialistes. Il s’agit souvent de femmes atteintes d’endométriose mais pas seulement. Jodie décide d’abandonner ses études de droit et convainc Daniel de créer une Fondation. Elles pourront ainsi obtenir des subventions et venir en aide à plus de personnes. Le nombre de sollicitations de patients désespérés est exponentiel d’autant que Daniel apparait régulièrement dans les médias. Parallèlement au développement de leur activité, Jodie et Daniel construisent leur vie de couple, avec ses hauts et ses bas : le premier appartement commun, l’intimité fluctuante, les compromis, les incompréhensions, les jalousies, les réconciliations et les espoirs… souvent rythmés par l’état de santé physique de Daniel. 

Leer me alles wat je weet
Au moment où j’écris ce compte-rendu, je ne suis pas sûre d’avoir compris toutes les intentions de l’autrice mais je ne peux pas laisser décanter davantage. La psychologie des personnages est assez fine et les évènements rapportés sentent le vécu. Hanna Bervoets est atteinte d’une maladie génétique orpheline qui provoquent des douleurs chroniques dans tout le corps. Je soupçonne que son parcours médical n’a pas toujours été facile. Or, c’est bien de cela dont il est question dans ce roman même si d’autres questions sont abordées parmi lesquelles l’homosexualité et la vie de couple tiennent une place prépondérante. Le parcours des deux femmes force l’admiration pourtant ce n’est pas toujours ainsi qu’il est décrit. La narratrice évoque des motivations parfois moins altruistes et aussi des échecs dont les conséquences peuvent compromettre les chances de survie des personnes qui les ont sollicitées. 

Les intentions du roman sont bonnes et il possède d’indéniables qualités. Il me semble néanmoins que l’autrice aurait pu éviter certaines ellipses et réduire le livre d’une bonne centaine de pages. Je n’ai pas vu l’intérêt de ne révéler la cause de la mort de Daniel que dans les dernières pages. Sans divulguer tout le contexte, il n’y avait pas besoin de la tenir secrète. Est-ce un procédé narratif pour capter l’attention du lecteur jusqu’à la fin du livre au risque que la révélation ne le déçoive ? Par ailleurs, je me suis un peu lassée des descriptions de cas médicaux. Certes, l’exploration des procédures médicales néerlandaises est intéressante. La question de la mauvaise prise en compte et/ou en charge de la douleur est universelle et mérite d’être abordée mais il n’était peut-être pas nécessaire d’évoquer autant de dossiers. C’est pesant au détriment du propos. L’autrice réussie surtout la psychologie de ses personnages. Ses héroïnes sont à la fois crédibles et touchantes dans leurs forces et leurs faiblesses. Leur histoire d’amour n’est pas qu’une histoire de couple homosexuel ; elle a des résonnances pour tous les amoureux quelques soient l’âge, le sexe ou les préférences.

📌Apprends-moi tout ce que tu sais. Hanna Bervoets, traduite par Noëlle Michel. Le Bruit du Monde, 608 pages (2026)











Les Morts ne chantent pas. Adler-Olsen, Holm & Bolther

Les Morts ne chantent pas. Adler-Olsen, Holm & Bolther


Les enquêteurs du département V sont dans une mauvaises passe. Ils sont retournés dans leur ancien local dans le sous-sol de l'hôtel de police et sont persuadés que la brigade sera bientôt dissoute. Il faut dire que l’équipe est réduite à la portion congrue. Carl Mørck, son pilier, a quitté le groupe pour écrire des polars inspirés de ses anciennes enquêtes. Gordon Taylor a demandé sa mutation dans le Jutland ce qui a permis d’être promu au grade de commissaire de police. Rose Knudsen et Hafez El-Assad sont les derniers des Mohicans. Les remplaçants envoyés par Terje Ploug, leur supérieur hiérarchique, n’ont pas tenu plus d’une semaine. Terje prétend néanmoins qu’il n’est pas à l’ordre du jour de fermer le département. D’ailleurs, il leur présente une nouvelle recrue. Il s’agit d’Helena Henry, une policière franco-danoise. Rose, malade et d’humeur massacrante, ne l’accueille pas à bras ouverts. Assad déchante après une opération en duo qui tourne mal suite à une imprudence d’Héléna. La policière s’avère à la fois peu subtile au cours des interrogatoires et très énigmatique le reste du temps. 

Døde sjæle synger ikke
En dépit de tous ces difficultés internes, le département V n’en poursuis pas moins ses missions avec l’efficacité qu’on lui connait. Carl, sollicité par l’une de ses lectrices, leur apporte d’ailleurs un cold case sur un plateau. Il s’agit d’une affaire de meurtre par compassion et d’un suicide qui remontent à 2019, soit 4 ans en arrière (nous sommes en 2023). Mais les investigations vont conduire les enquêteurs sur une piste bien plus ancienne. Dans les années 80, un groupe de jeunes choristes a été à l’origine d’un drame dans les détails nous sont révélés au compte-goutte au fil des pages. On sait en revanche que les victimes de 2019 était le chef de chœur et son épouse. Il s’agit d’une affaire de vengeance. 

Les Enquêtes du Département V devaient s’arrêter au bout de 10 tomes (7m² étant l’ultime épisode de la série). Il semblerait donc que Jussi Adler-Olsen ait changé d’avis et que ce 11ème volet soit en réalité le premier épisode d’un nouveau cycle. Le cliffhanger final laisse en fait peu de doute sur la poursuite de la série. Celle-ci a retrouvé un souffle grâce à la collaboration de Line Holm et Stine Bolther. La première a été journaliste d’investigation pendant plus de 20 ans et la seconde a autant d’expérience comme reporter judiciaire et criminelle. Il y a plusieurs clins d’œil des auteurs à leurs carrières respectives puisque Carl est devenu écrivain (les titres de ses premiers livres sont empruntés à ceux de la série : Miséricorde et Profanation) et il y a un journaliste parmi les protagonistes principaux du roman. 

J’ai apprécié le souffle narratif de ce nouveau volet qui m’a tenue en haleine jusqu’à la dernière page (et il y en a plus de 600). Les lecteurs qui suivent la série depuis le premier tome retrouveront leurs héros avec plaisir. Ceux qui la découvrent avec ce titre ne seront pas perdus pour autant. L’arrivée d’un nouveau membre au sein de l’équipe permet aux auteurs de se focaliser sur son histoire et gardant crédibles celles des autres personnages récurrents.

💪La lecture de ce gros polar me permet de faire une première proposition pour le challenge des Pavés de l’été 2026, sur le blog de La petite liste et le challenge des Séries de l'été 2026 chez Philippe. 

📌Les Morts ne chantent pas. Jussi Adler-Olsen, Line Holm et Stine Bolther, traduits par Caroline Berg. Albin Michel, 608 pages (2026)

Aujourd'hui je participe à deux challenges

Jamais, T.01 et T.02. Bruno Duhamel

Jamais, T.01 et T.02. Bruno Duhamel


Je découvre Bruno Duhamel au travers de ce diptyque de BD et je dois dire que je ne suis pas déçue. Le premier volume devait être un One-shot mais l’auteur a eu envie de lui donner une suite. Tant mieux pour nous ! (NB: j'ai lu cette BD humoristique et rédigé mon compte-rendu avant l'effondrement d'une falaise à Biarritz, le 25 juin 2026. J'ai néanmoins décidé de publier le billet à la date prévue car, si la forme se veut légère, l'intention de l'auteur est bien de dénoncer les dangers encourus).

Madeleine est une nonagénaire au caractère bien trempé. Elle est aveugle mais certainement pas sourde ni muette. Notre mamie habite un charmant village normand sur la côte d’Albâtre. Malheureusement, les falaises sont menacées par l’érosion, conséquence du changement climatique. Le maire de la commune tente de convaincre la vieille dame de déménager car sa maison est située au-dessus de la plage, pile où les sols s’effritent. Une chambre vient justement de se libérer dans la résidence sénior des Hortensias. Or, Madeleine fait de la résistance et refuse de quitter le foyer où le souvenir de son mari défunt est encore bien vivace. Et puis, la maison de retraite n’accepte pas les chats. Que deviendrait le dodu Balthazar (il ressemble tellement à l’un de mes matous) si Madeleine déménageait ?


Jamais, tome 1. P4


Dans le second tome, nous retrouvons Madelaine toujours campée sur sa position. Un évènement va néanmoins l’inciter à réfléchir. Une partie de la falaise, située sous sa maison, s’est effondrée, créant une sorte d’arche fragile. C’est un danger sérieux pour les autochtones et les touristes qui affluent depuis que notre mamie à fait la une des journaux. Cette fois, ce n’est donc plus seulement la vie de la vieille dame qui est menacée. D’ailleurs, Churchill, le chien de la petite Emma a disparu sous l’éboulement. Le candidat d’extrême droite aux élections municipales s’est déjà saisi du drame pour faire campagne. 


Jamais, tome 1. P9


Cette bande dessinée est irrésistible. J’aime beaucoup le graphisme coloré et détaillé (on peut trouver de nouveaux éléments à chaque lecture). Les personnages sont bien campés et leurs faciès évocateurs. Madeleine est une afficionado attachante et le lieutenant de pompiers qui tente de concilier tout le monde est touchant de patience et de gentillesse. Le maire sortant de Troumesnil n’est pas un si mauvais bougre et il saura se rattraper dans le second tome. Son adversaire réactionnaire en revanche est absolument détestable. Les dialogues sont savoureux. J’aime beaucoup ce type d’humour bon enfant et les scènes rocambolesques. Pour autant, l’intrigue n’est pas si légère qu’il n’y parait. Elle aborde de nombreuses questions environnementales et sociales. C’est tout à fait le genre de BD que j’affectionne.


Jamais, tome 2. P19


📌Jamais. Bruno Duhamel. Grand Angle, 2 volumes.

T.01 : Histoire complète, 64 pages (2018)

T.02 : Le jour J, 64 pages (2022)


L'enfant des vagues. Julia R. Kelly

L'enfant des vagues. Julia R. Kelly


« Une bourrasque s’abat sur les hauteurs qui dominent le village. Les vaches, dans les étables, se collent les unes aux autres ; les moutons se regroupent dans les champs. Elle s’engouffre entre les habitations et les commerces de Copse Cross Street, devant la fenêtre ouverte au-dessus de l’épicerie où Mrs Brown, qui ne dort pas encore, contemple la rue étroite et, au-delà, l’étendue sombre de l’océan éclairée par les étoiles. Elle sent à son odeur que le vent a tourné. Elle accroche ses volets, s’assied près du fourneau, prend son chien Rab sur ses genoux et attend. 

Au pied de la colline, dans la petite maison près des marches qui mènent à la plage de Skerry Sands, Dorothy allume une lampe et la pose sur le rebord de la fenêtre à l’étage – une lumière dans les ténèbres pour ramener au bercail ceux qui sont perdus sur la mer démontée. »

Ce premier roman de Julia R. Kelly nous conduit dans un village de pêcheurs, sur la côte écossaise. Nous sommes au tournant des 19ème et 20ème siècles. Dans cette communauté isolée, les relations humaines sont aussi rudes que le climat. Les ragots et les non-dits peuvent briser des destins. Le récit s’inscrit dans une double temporalité qui va permettre de dévoiler progressivement les secrets gardés de longue date.

The Fisherman's Gift
En 1878, Dorothy Gray s’installe à Skerry Sand où elle a obtenu le poste d’institutrice et une petite maison sur la plage. Elle fuit une mère autoritaire et une enfance austère. Elle a conscience qu’il est difficile de surmonter les blessures d’une éducation rigide mais ne parvient pas pour autant à s’intégrer dans la petite communauté de pêcheurs. Les autres femmes assimilent son manque d’assurance à de la froideur voire de la condescendance. Seul, Joseph, un pêcheur solitaire, semble déterminé à apprivoiser la jeune femme. Son caractère introverti l’émeut et le séduit. Bien vite, leur amitié amoureuse nourrit le cercle des commérages qui a élu domicile dans l’épicerie de Mrs Brown. La jeune Agnès, qui espérait attirer l’attention du séduisant pêcheur, va tout mettre en œuvre pour écarter sa rivale. Qui pourrait la blâmer d’espérer une vie meilleure que sa mère, victime de violences conjugales ? 

Les années passent avec leur lot de bonheurs et de malheurs mais l’année 1900 va marquer la communauté villageoise d’une manière inattendue. Après une tempête, un enfant est retrouvé miraculeusement vivant sur la plage. Cet évènement va exhumer les souvenirs douloureux et les vieilles rancœurs. 

J’ai beaucoup apprécié l’écriture sensible de Julia R. Kelly. Sa description des paysages balayés par le vent est très évocatrice. Les personnages émeuvent par leur complexité et leurs traumatismes. La malveillance n’est jamais profonde. Il n’y a que des individus malmenés par la rudesse du quotidien et qui tentent d’y survivre.

📚D'autres avis que le mien via Babelio et Bibliosurf

📌L'enfant des vagues. Julia R. Kelly, traduite par Claire Desserrey. JC Lattès, 408 pages (2026)


Place de la victoire, 1936. Alexandre Courban

Place de la victoire, 1936. Alexandre Courban


Nous fêtons cette année les 90 ans du Front populaire, la coalition qui a conduit Léon Blum à la tête du gouvernement français. L’intrigue de ce roman policier socio-historique se situe dans ce contexte politique. 

« Plus d’un  demi-million de personnes avait convergé depuis la place de la Nation vers le Père-Lachaise. Plus tôt, la circulation automobile avait été interrompue sur la plus grande largeur du boulevard de Ménilmontant, depuis la place Auguste-Métivier jusqu’au boulevard de Charonne. Un bas-côté de la chaussée avait été réservé aux taxis, pour la plupart occupés par des jeunes qui s’égosillaient à chanter L’Internationale à tue-tête le poing levé. Le terre-plein central fourmillait d’une foule compacte. Coude à coude, communistes, socialistes, syndicalistes de toutes tendances se pressaient le long de l’enceinte de la nécropole, en s’efforçant de donner une bonne impression aux opérateurs des actualités filmées. Le lendemain, les journaux annonceraient en première page la participation de 600 00 personnes à ce rassemblement historique, occultant la bousculade survenue en fin de soirée entre militants de tendances divergentes. »

 

La une de l’Humanité du 8 juin 1936. Source : Gallica

En mai-juin 1936, pendant le grand mouvement de grève qui devait aboutir aux Accords de Matignon, un travailleur tombe du toit de son usine parisienne. La victime, Pierre Augustin, était rondier (gardien) à la Doyenne, l’usine automobile Panhard-Levassor, avenue d’Ivry. Cet alcoolique était un jongleur au sens figuré. Il mentait sur son identité et s’était parfois vanté d’un passé peu glorieux. Accident ou crime? Le commissaire Bornec et son adjoint, l’inspecteur principal Béziat, doivent mener leurs investigations à distance car il n’est pas question d’entrer dans les locaux occupés. Ils peuvent néanmoins compter sur l’aide de Gabriel Funel, journaliste à L’Humanité, et de sa compagne Camille Dubois, une ex ouvrière devenue photographe. Son ancien poste de peseuse à la Raffinerie de la Jamaïque à Ivry lui ouvre les portes des usines. 

Il s’agit de la 3ème enquête du  commissaire Bornec après Passage de l’Avenir, 1934 (Agullo, 2024) et Rue de l’Espérance, 1935 (Agullo, 2025). Mais au-delà de l’intrigue romanesque, somme toute assez secondaire, Alexandre Courban brosse un portrait très évocateur de cette époque mouvementée et pleine d’espoir. Il rend leur dignité aux Zoniers, les habitants des bidonvilles qui ceinturaient la capitale le long des fortifications de Thiers avant la construction du boulevard périphérique (au 19ème siècle la bande de terre située en avant des bastions qui correspondait à la zone de tir de canon était communément appelée la Zone). Alexandre Courban exhume la mémoire du prolétariat et du Paris populaire, celle des ouvriers et des métiers disparus (la dactylographe, la marchande de 4 saisons, le portefaix…). On y croise aussi des représentants hautement antipathiques d’Action française et des Camelots du roi, malgré l’interdiction de ces mouvements après l’agression de Léon Blum lors des obsèques de l'historien royaliste Jacques Bainville en février 1936. 

Alexandre Courban a l’art de restituer l’atmosphère de l’époque grâce à la description minutieuse des évènements et la présence de nombreux protagonistes mais aussi des évocations plus fugitives, des images en apparence anodines, des odeurs, etc. En revanche, l’enquête policière m’a semblée (trop ?) rondement menée. Le roman est court. Quelques pages supplémentaires pour l’étayer n’aurait pas été de trop. Ce bémol, si l’en est vraiment un, est largement compensé par le contexte historique passionnant, mais je préfère prévenir les amateurs de polars attachés aux intrigues complexes. 

📚D’autres avis que le mien chez Alex et Matatoune.

📌Place de la victoire, 1936. Alexandre Courban. Agullo Editions, 228 pages (2026)



Le bâtiment. Mehdi Bayad

Le bâtiment. Mehdi Bayad


Je cherchais dans ma pile à lire un livre pour participer aux Escapades européennes organisées par Cléanthe. Le thème du mois est l’insularité. Justement, le roman de Mehdi Bayad nous conduit sur une île fictive au large de la Belgique. C’est le premier roman de l’auteur mais il s’est fait connaître avant cela grâce à ses fictions sonores (podcasts et pièces radiophoniques) et a reçu plusieurs récompenses, dont celles de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), des Phonurgia Nova Awards et du Brussels Podcast Festival. Il vit en Belgique mais il est né en Lorraine. 

Le narrateur, dont on ne connaître jamais l’identité exacte (à l’instar des autres personnages), débarque un soir sur une île à quelques encablures de la côte belge. Il a pris le dernier ferry et on comprend rapidement que son escapade touristique est en réalité une fuite. Il envoie des messages audio à son ex compagnon, auquel il promet de changer. On devine aussi que notre héros ne se sent pas très bien dans sa peau. La narration est rythmée par deux intrigues parallèles qui finiront par se rejoindre. L’ambiance sur l’île est un peu bizarre et le narrateur y fait de drôles de rencontres.  Il apprend l’existence d’un complexe touristique, un bâtiment où l’on promet aux vacanciers qu’ils pourront s’isoler à leur gré et participer à des activités sans intérêts (TV en boucle, scrolling, etc). Dans les faits, le club ressemble davantage à une secte. Le narrateur décide de mener sa petite enquête. 

Le premier mot qui me vient à l’esprit au sujet de ce roman est étrangeté. L’appétence de Mehdi Bayad pour le théâtre et l’oralité transpire dans la narration. L’intrigue est aussi déroutante que le style mais cela fonctionne car c’est intelligemment construit. L’auteur crée un huis clos insulaire et psychologique, malaisant et étouffant, dont on a envie de s’échapper au plus vite (le romancier a l'air plutôt sympa dans la vraie vie). Au final, j’ai tourné les pages de ce livre sans m’en rendre compte tant j'avais envie de découvrir son dénouement.  

📚 D'autres avis que le mien via Babelio et Bibliosurf

📌Le bâtiment. Mehdi Bayad. Le Masque, 360 pages (2026)


Escapades européennes saison 2 : juin 2026, les îles




La Folie Océan. Vincent Message

La Folie Océan. Vincent Message


Comment participer à un Book Trip en mer (littéraire) sans s’interroger un minimum sur l’écologie marine ? Cependant, je n’avais pas envie de me plonger dans un essai trop dense ou trop complexe. Le roman de Vincent Message apparaissait donc comme un entre-deux satisfaisant. En bonus, il a suscité une lecture partagée avec Manou et Keisha !

Les personnages sont fictifs mais les dangers qui menacent l’écosystème marin sont bien réels. Maya Ferrer, l’héroïne presque quadragénaire de La Folie océan, est une biologiste, chercheuse accréditée CNRS à Jussieu. Elle est spécialisée dans l’étude de minuscules algues unicellulaires joliment appelées Coccolithophores. Ces micro-organismes du plancton ont la particularité de former autour de leur unique cellule de minuscules plaques de calcaire dont les formes magnifiques varient selon les espèces. 

Maya partage sa vie entre deux hommes très différents. Bruno, son compagnon de longue date, la soixantaine, est également un universitaire. Le couple n’habite pas sous le même toit en permanence. Ils occupent occasionnellement l’appartement parisien de Bruno et sa maison de famille à Roscoff. Deux ans plus tôt, la jeune femme, un rencontré Quentin, un Breton de 10 ans son cadet. C’est un plongeur scientifique qui vient d’être embauché au sein de la réserve naturelle des Sept-Iles, au large de Perros-Guirec sur la côte de Granit rose. L’archipel accueille une importante colonie de Fous de Bassan (sur Île Rouzic) et de nombreuses autres espèces d’oiseaux marins . 

Nous sommes au début de l’été 2019. La réserve des Sept-Iles, gérée par la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux), vient de faire l’objet d’une extension portant la surface classée de 280 ha à 19 700 ha. L’un des personnages s’interroge d’ailleurs sur la faisabilité de protéger correctement un espace aussi important. Le roman explore de nombreuses questions en lien avec la protection du biotope marin. Pour mieux y répondre, dans un soucis d’équité et de transparence, l’auteur donne la parole à toutes les parties, qu’il s’agisse des experts scientifiques, des membres des associations de défense de la nature, des représentants du patronat de la pêche industrielle ou des artisans pêcheurs. Evidemment, le sujet est à la fois complexe et explosif. L’un des personnage en fera d’ailleurs les frais.

Vous aurez peut-être compris que ce roman s’est avéré, certes passionnant, mais beaucoup moins facile à lire que prévu. Les 150 premières pages nécessitent une certaine concentration liée aux informations scientifiques et écologiques fournies par les principaux protagonistes. A ce stade, l’intrigue romanesque apparait bien accessoire. Ce n’est pas un reproche car Vincent Message a réussi à m’embarquer totalement dans son récit. J’imagine que tout lecteur, un tant soit peu concerné par le propos (peut-il en être autrement ?), ne lui tient pas rigueur de ces longues et nécessaires digressions. La seconde partie du roman se lit d’autant plus facilement, que l’intrigue se focalise davantage sur les évènements qui touchent directement les personnages. Dommage que j’ai eu tant de mal à m’y attacher !

On voit bien que Vincent Message, auteur parisien, a passé beaucoup de temps en Bretagne. Son roman est extrêmement bien documenté et riche de réflexions environnementales. Il est question du dérèglement climatique, de la surexploitation des océans et de l’accaparement des ressources. Il serait fastidieux de les développer dans ce résumé et je dois admettre qu’il m’est arrivé de sauter quelques pages tant le propos est dense. 

📚D’autres avis que le mien chez Sandrine, Nicole, Manou et Keisha

📌La Folie Océan. Vincent Message. Seuil, 372 pages (2025)

Aujoud'hui, je participe à la 3ème saison du Book Trip en mer chez Fanja


Loire. Étienne Davodeau

Loire. Étienne Davodeau


📝«On ne se baigne pas dans la Loire !» C’est ce que j’ai appris grâce au roman de Guillaume Nail (le compte rendu de lecture est ici). Dans la BD d’Etienne Davodeau, le narrateur ne semble pas au courant de l’adage.


Loire. Étienne Davodeau. P4-5


Louis est venu rendre visite à une vieille amie. Agathe, la fantasque, a été sa maîtresse avant de rompre pour se mettre en ménage avec Jalil. Après toutes ses années, elle a envoyé un message à Louis. Et il a répondu à l’invitation. Quelques kilomètres avant la maison d’Agathe, il décide de terminer le trajet à pied. Une petite clairière tranquille, le soleil, l’eau… l’occasion est trop belle ! Louis ne résiste pas à une petite baignade dans la Loire… ni au courant qui le conduit loin de la berge. Il s’accroche et parvient à rejoindre le bord quelques kilomètres plus loin. Ses vêtements sont restés en amont, là où ils les a posés. Il est complètement à poil ! Pas le choix, il faut attendre la nuit pour rebrousser chemin, récupérer ses affaires et faire le trajet jusque chez Agathe. A son arrivée, il apprendra qu’elle n’est pas là. Ce sont ses voisins qui, à la demande d’Agathe, ont envoyé les invitations. Oui, car tous ses anciens amants et amantes ont été conviés. Jalil, Nicolas et Suzanne ont répondu présents. Mais leur ancienne amoureuse ne viendra jamais. Elle s’est noyée dans la Loire quelques semaines plus tôt. Laure, sa fille, retrouve tout ce petit monde à la maison.


Loire. Étienne Davodeau. P92-93


Je vous l’ai sans doute déjà dit mais Etienne Davodeau est l’un de mes auteurs de BD favoris avec Emmanuel Lepage. J’ai pratiquement tous ses albums dans ma bibliothèque mais je les ai lus avant de commencer ce blog et vous n’y trouverez que Le droit du sol. Dans Loire, Etienne Davodeau revient sur ses sujets fétiches, à savoir l’humain et la nature. Le thème de l’écologie est sans doute plus subtil dans cet album mais il apparait au détour d’une page, d’un dessin ou dans un dialogue : le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est évoqué par l’un des personnages, la centrale nucléaire de Belleville-sur-Loire enlaidit le paysage, etc.


Loire. Étienne Davodeau. P76


A un moment donné je me suis demandé ou nous menait l’intrigue mais ce n’est pas ce qui compte ici… car la véritable héroïne de cette histoire, c’est bien sûr la Loire. Il faut se laisser porter, lâcher prise et observer ce fleuve sauvage si bien mis en valeur dans les illustrations à l’aquarelle d’Etienne Davodeau. Il y a de longues séquences sans dialogue, en mode panoramique. Les tons pastels choisis par l’auteur rendent bien hommage au fleuve. C’est somptueux ! C'est le genre de BD qui donne envie de flâner dans la nature et de passer du temps avec ses proches. Ça permet de remettre les choses en place et de relativiser le quotidien. 

📚Eimelle aussi a beaucoup aimé cet album

📌Loire. Étienne Davodeau. Futuropolis, 104 pages (2023)

Septembre noir. Sandro Veronesi

Septembre noir. Sandro Veronesi


Oui, Septembre noir fait référence à l'organisation terroriste responsable de l’assassinat de 11 athlètes israéliens pendant les Jeux olympiques de Munich, les 5 et 6 septembre 1972. C’est aussi une date importante pour le jeune Gigio dont la vie va être bouleversée successivement par les premiers émois adolescents puis par un drame familial. Le narrateur remonte le temps pour mieux dénouer le fil des évènements de cet été à la fois merveilleux et tragique. Le lecteur devra être patient car rien ne lui sera délivré à la hâte dans cette chronique romanesque. 

Le véritable nom de Gigio est Luigi Bellandi. Il vit à Vinci, petite bourgade de Toscane, avec ses parents et sa sœur cadette Gilda. C’est une belle rousse à la peau fragile comme sa maman d’origine irlandaise. Notre jeune narrateur, lui, n’a pas la fragilité du rutilisme, puisqu’il est brun et mate de peau. Sans être lui-même un grand sportif, il adore suivre les exploits des athlètes et collectionne les vignettes Panini. L’été 72 est celui du sacre de la nageuse australienne Shane Gould et des premières découvertes musicales pour notre jeune narrateur.  

Settembre Nero
Le père de Gigio est avocat pénaliste à Florence. Chaque année, durant la période estivale, la famille Bellandi s’installe à Fiumetto sur la côte Ligure. Ils y retrouvent les Raimondi, leurs voisins de plage, et Gigio doit se coltiner les incontournables sorties en voilier avec son père…  mais, en cette année 1972, les habitudes vont être bousculées de multiples façons. Le départ pour le lieu de villégiature et les retrouvailles avec Astel Raimondi, 13 ans, sont retardées. Le père de Gigio est accaparé par un procès difficile et brille par son absence. Notre pré-ado doit prendre son mal en patience. Et comme il cela ne suffisait pas, son cycliste préféré, Franco Bitossi, rate de peu la 1ère place des championnats du monde de cyclisme à Gap ! 

J’ignore si le personnage de Gigio est en partie l’alter ego Sandro Veronesi mais il faut reconnaître que le romancier à l’art de la restitution. Le lecteur partage les sensations de touffeur et les langueurs de cet été italien. C’est vrai que l’auteur nous fait volontairement mijoter mais cette élasticité narrative se fait l’écho de l’étirement des premières journées de vacances à Vinci. Les émotions du jeune narrateur, elles, sont en dents de scie. L’été 72 marquera pour lui la fin du temps de l’innocence.

💪La musique joue un rôle primordial dans la vie de Giogio cet été là. Pour son anniversaire, il a reçu un mange disque par son père et trois 45 tours par l’oncle Giotti. Il passe une bonne partie des vacances à traduire en Italien des paroles de chansons anglaises pour son amie et voisine de parasol. C’est la raison pour laquelle, je propose cet ouvrage pour le challenge Sing me A Song orchestré par Sunalee. Parmi les titres de la Play List de Sandro Veronesi, je retiens Lady Stardust de David Bowie, une chanson inoubliable pour le jeune narrateur.

📚Un autre avis que le mien chez Cath L

📌Septembre noir. Sandro Veronesi, traduit par Dominique Vittoz. Grasset, 320 pages (2026)



Aujourd'hui je participe au challenge Sing Me A Song


Les Silencieuses. Anna McPartlin

Les Silencieuses. Anna McPartlin


Le matin du 21 janvier 1980, une jeune promeneuse fait une découverte macabre sur une plage du comté de Kerry en Irlande. Le cadavre meurtri d’un nouveau-né a été abandonné dans les bras d’une dune qui le protège mal du vent. Parce que deux de ses collègues masculins sont malades ou blessés, la "garda" Mary Shea est autorisée à se rendre sur les lieux avec l’agent Donal McCarthy (alias Dicey). Malgré l’horreur de la scène qui s’offrent à eux, la jeune policière sait qu’elle ne doit montrer aucune faiblesse. L’enquête va s’avérer aussi sinistre que le crime. Elle va lever le voile sur les dysfonctionnements du système judicaire, ainsi que sur les tabous d’une société patriarcale régentée par des règles religieuses explicites et implicites.

Décidément ce mois de mai me réserve bien des découvertes. Je ne connaissais pas la romancière irlandaise Anna McPartlin qui a pourtant publié plusieurs livres dont 5 traduits en Français. Il faut dire qu’elle a changé de registre avec ce polar inspiré d’un fait divers survenu à Cahersiveen, une bourgade située dans sa région natale. Son retentissement a largement dépassé les frontières du comté de Kerry. Ce cold case datant en réalité de 1984 a bouleversé l’opinion publique au point de remettre en cause le modèle social irlandais. De nouveaux éléments, liés aux analyses ADN, ont permis de relancer l’affaire à plusieurs reprises. Un documentaire en 3 épisodes, Murdered: The baby on the beach, a été diffusé sur Channel 4. 

Anna McPartlin prend néanmoins ses distances avec l’affaire des bébés du Kerry et en modifie plusieurs éléments au profit de l’intrigue romanesque. Le contexte reste au cœur du roman. En dépit des combats menés par les militantes féministes européennes au cours des décennies précédentes, on peut dire qu’il restait encore pas mal de boulot dans les années 80. Lors d’un referendum en 1983, les Irlandais ont voté en faveur de l'ajout d'une interdiction de l'avortement dans la Constitution. La contraception était illégale ; le divorce aussi. Les homosexuels n’avaient même pas droit de cité. 

The Silent Ones
Mary Shea, l’héroïne des Silencieuses, sait qu’elle devra abandonner son emploi dans la police si elle se marie. De toute façon,  la garda doit faire profil bat pour survivre dans cet univers exclusivement masculin et gangrené par un machiste décomplexé. Cela nécessite quelques arrangements au quotidien et surtout de fermer les yeux sur les débordements de ses collègues. Aussi atroce que cela paraisse, l’affaire Crónán (c’est le prénom que Mary donne au nourrisson pour qu’on puisse le baptiser avant de l’enterrer) est une opportunité pour cette jeune flic de 28 ans. Pour la première fois depuis son entrée dans la police, on l’autorise à se rendre sur le terrain et à interroger les témoins. Elle enquête en binôme avec l'inspecteur Matt Foley, détaché de Dublin avec l’ensemble de son équipe. Il a immédiatement flairé les compétences et le bon sens de Mary. Par ailleurs, sa féminité est en atout non négligeable dans cette affaire… n’en déplaise à ses collègues ! 

Anna McPartlin a construit son intrigue d’une main de maître. Elle a évité les écueils du voyeurisme et des personnages caricaturaux. Elle montre bien comment le crime sert de révélateur à une communauté désunie, bourrée de préjugés et liberticide. Sur le site de la maison d’édition Penguin, j’ai appris qu’un 2ème volet de la série Mary Shea, intitulé Her Final Hours,  doit paraître d’ici l’horizon 2027. J’en ai pris bonne note. 

📚D'autres avis que le mien via Babelio et Bibliosurf

📌Les Silencieuses. Anna McPartlin, traduite par Valérie Le Plouhinec. Le Cherche Midi, 408 pages (2026)