Affichage des articles dont le libellé est Auteurs classiques. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Auteurs classiques. Afficher tous les articles

Le Meurtre de Roger Ackroyd. Agatha Christie

Le Meurtre de Roger Ackroyd. Agatha Christie

💪Je poursuis mon défi personnel autour d’Agatha Christie et de son œuvre.  Je ne respecte pas toujours l’ordre des prescriptions des sites dédiés au challenge Read Christie 2026 en V.O. et en V.F. Pour le mois de juillet, leurs sélections étaient respectivement The Rose and the Yew Tree (L'if et la rose), publié sous le pseudonyme de Mary Westmacott, et The Moving Finger (La Plume Empoisonnée). The Murder of Roger Ackroyd (Le Meurtre de Roger Ackroyd) était proposé en juin sur les deux listes. Ce roman, paru en 1926, me permet de participer au challenge 2026 sera classique aussi, organisé par Nathalie.

Le docteur James Sheppard, notable de la commune fictive de King's Abbot, est le narrateur de cette nouvelle enquête d’Hercule Poirot. Le détective belge est son voisin. Il s’est installé incognito dans la villa des mélèzes où il compte passer une retraite paisible à cultiver des courgettes. Son acolyte habituel, le capitaine Arthur Hastings, quant à lui, s’est expatrié en Argentine. C’est la raison pour laquelle Poirot semble s’être entiché du docteur Sheppard qui l’accompagne dans ses investigations. Il lui confie même quelques missions individuelles. 

The Murder of Roger Ackroyd

C’est la jeune Flora Ackroyd, la nièce du défunt, qui a fait appel au détective pour résoudre le meurtre. Roger Ackroyd a été poignardé dans le dos alors qu’il se trouvait dans son bureau dans sa propriété de Fernly Park. Pour trouver le coupable, il faut d’abord déterminer l’heure de sa mort. Le docteur Sheppard, qui était invité à dîner, a quitté son ami à 20h50 et semble être le dernier a l’avoir vu vivant. Pourtant, certains témoins prétendent avoir entendu Roger Ackroyd s’entretenir avec quelqu’un aux alentours de 21h45. Parmi les hôtes du riche industriel se trouvait sa belle-sœur, le major Hector Blunt et bien-sûr la jeune Flora. Il faut ajouter à cette liste le personnel de maison de Roger Ackroyd, c’est à dire son secrétaire particulier, le majordome, la femme de chambre et la gouvernante. Une personne brillait par son absence ce soir-là. Il s’agit du fils adoptif de la victime, le séduisant mais prodigue Ralph Paton. Le jeune homme venait de se fiancer avec sa cousine Flora qui dépendait elle aussi de l’aide financière de son oncle. Par ailleurs, il se pourrait que l’assassinat de Roger Ackroy ait un lien avec le suicide de sa bonne amie, l’élégante veuve Ferrars. Celle-ci lui avait confié juste avant sa mort qu’elle était victime d’un odieux chantage. 

C’est la première fois, depuis que je lis les romans policiers d’Agatha Christie, que j’ai une bonne intuition concernant les suspects. Il faut dire qu’une remarque sur un blogue m’était restée en tête et m’a mise directement sur la bonne voie. Les lecteurs non avertis des stratagèmes de la romancière anglaise mettront peut-être plus de temps à élucider le meurtre. Fort heureusement, il me manquait les détails permettant de relier tous les évènements entre eux. J’ai donc pu savourer cette enquête comme il se doit, observer le fonctionnement des petites cellules grises de Poirot, m’amuser de son autosatisfaction et me réjouir de l’ironie corrosive de la Reine du crime. 

Mon défi Agatha Christie


📚D’autres avis que le mien chez Max et Amandine

📝Les romans d’Agatha Christie sur ce blog : Miss Marple au club du mardi, Un cadavre dans la bibliothèque, Mrs McGinty est morte, Associés contre le crime

📌Le Meurtre de Roger Ackroyd (Nouvelle traduction révisée de Françoise Jamoul). Agatha Christie. Le Livre de Poche, 320 pages (2021)

2026 sera classique aussi




Mrs. McGinty's Dead. Agatha Christie

Mrs. McGinty's Dead. Agatha Christie


💪J’ai pris beaucoup de retard sur le challenge Read Christie 2026 dédié à la Reine du crime. J’ai prévu de lire un roman par mois en me focalisant davantage sur Miss Marple (voir The Thirteen problems et The Body in the Library). J’ai également découvert le couple d’enquêteurs formé par Tommy et Tuppence Beresford (Partners in Crime). Finalement, j’ai eu envie de revenir à mon premier amour : le prétentieux Hercule Poirot. J’ai abandonné l’idée de suivre ses enquêtes dans l’ordre, d’autant que j’en ai déjà lu un certain nombre lorsque j’étais adolescente. C’est donc la couverture bucolique de Mrs. McGinty's Dead (Mrs McGinty est morte en version française) qui m’a fait chavirer. 

Paru en 1952 en version originale, Mrs. McGinty's Dead est le 28ème roman de la série. Autant dire que nous avons affaire à un détective aguerri dont les petites cellule grises sont bien entrainées. Et pourtant, notre cher Poirot, aussi clairvoyant soit-il, va ramer un peu pour élucider le meurtre de la vieille dame. 

McGinty est morte (Nouvelle traduction révisée)

Le détective belge a été sollicité par son ami, le Superintendent Spence, retraité de la police de Kilchester. L’enquêteur pense avoir fait une erreur judiciaire en arrêtant le locataire de Mrs. McGinty, un certain James Bentley. Le jeune homme a été déclaré coupable lors de son procès et condamné à mort. Poirot dispose donc de peu de temps avant l’exécution de la sentence pour trouver le véritable coupable. Or, les indices ne parlent pas en faveur de Bentley. Le jeune homme venait de perdre son emploi chez Breather & Scuttle. Il avait des dettes et plusieurs loyers de retard. Il était de notoriété publique que Mrs. McGinty ne faisait pas confiance aux banques et gardait un bas de laine dans une cachette sous le plancher. Son argent a été retrouvé chez le suspect après son meurtre. 

Hercule Poirot a d’autant plus de mal à se concentrer qu’il loge dans une chambre d’hôte bruyante dans le village de Broadhinny. La propriétaire de la résidence Long Meadows, Maureen Summerhayes, n’est pas hôtelière de métier. Elle est rentrée récemment d’Inde avec son époux et a hérité de la maison. C’est une logeuse charmante mais extrêmement désorganisée et une exécrable cuisinière. Elle a néanmoins des raisons d’être débordée puisqu’elle a perdu sa femme de ménage, Mrs. McGinty. La victime était employée de maison chez plusieurs notables du village. Pour des raisons que je divulguerai pas, Poirot à l’intuition que le meurtrier est l’un de ses anciens patrons. 

Hercule Poirot est prétentieux mais quel plaisir de le retrouver ! Comme toujours, il va mener son enquête avec doigté et diligence. La solution est délicieusement alambiquée et les ressorts de l’intrigue sont toujours les mêmes… pour notre plus grand plaisir ! Comme d’habitude, cette affaire va se terminer par une réunion en huis clos où le détective va exposer tous les éléments qui l’ont conduit jusqu’au coupable. Parmi les protagonistes principaux, nous retrouvons sa chère amie, Ariadne Oliver, autrice de romans policiers à succès dont le héros est l’enquêteur norvégien Sven Hjerson. C’est l’occasion d’une amusante mise en abîme puisque son œuvre doit être adaptée au théâtre par le fameux dramaturge Robin Upward, l’un des suspects de Poirot. Dans la vraie vie, une série TV scénarisée par Patrik Gyllström s’inspire du personnage inventé par notre romancière fictive !  Les protagonistes principaux sont incarnés par Johan Rheborg, Hanna Alström et David Fukamachi Regnfors. Ariadne Oliver, quant à elle, apparait dans la nouvelle The Case of the Discontented Soldier (1934) aux côtés de son ami Parker Pyne mais elle mène sa première enquête avec Hercule Poirot dans Cards on the Table (1936). Elle se retrouve finalement seule investigatrice dans The Pale Horse (1961).

💪Bianca et Belette ont été aussi bluffées que moi par l’habilité d’Agatha Christie à nous mener en bateau. Par ailleurs, la Reine du crime me permet de participer une nouvelle fois au challenge 2026 sera classique, organisé par Nathalie. Le roman a fait l’objet d’une nouvelle traduction en Français en 2023. Il a été porté à l’écran en 2008 au Royaume-Uni (Episode 11 de la première saison de la série Agatha Christie's Poirot) et en 2015 en France (Épisode 10 de la deuxième saison des Petits Meurtres d'Agatha Christie). 

📌Mrs. McGinty's Dead (A Hercule Poirot Mystery). Agatha Christie. William Morrow, 272 pages (2025)

2026 sera classique aussi
Challenge de lecture


The Body in the Library. Agatha Christie

The Body in the Library. Agatha Christie


Le titre du roman fait tout de suite penser au jeu du Cluedo, vous ne trouvez pas? La suite s’en éloigne assez vite puisque l'intrigue ne se déroule pas en huis clos. Il y a néanmoins de nombreux suspects comme toujours dans les polars d’Agatha Christie. La bibliothèque dont il est question est celle du colonel Bantry. Autant dire que son épouse Dolly n’est pas ravie de découvrir le cadavre d’une jeune blonde dans la pièce préférée de son mari! Les ragots peuvent ruiner la réputation d’un gentleman. Pour mettre fin rapidement à cette situation inconfortable, Dolly sollicite l’aide de son amie Jane Marple dont la perspicacité est connue bien au-delà du village de St. Mary Mead. Le superintendant Harper, le chef de la police criminelle de Danemouth, mène aussi son enquête. Il sera bientôt rejoint par un troisième investigateur. Il s'agit de Sir Henry Clithering, un ancien détective de Scotland Yard. L’identité de la jeune fille est assez vite découverte grâce à un signalement de disparition. La victime, Ruby Keene, était danseuse à l’hôtel Majestic. Reste à savoir comment elle est arrivée chez les Bantry qui ne la connaissaient pas.

The Body in the Library (Un cadavre dans la bibliothèque) est ma seconde incursion dans l’univers de Miss Marple, même si elle n'est pas seule à conduire les investigations. Cette petite mamie détient un super pouvoir : une lucidité non dénouée d’empathie en ce qui concerne les faiblesses d'autrui. Elle met cette compétence à profit pour élucider les énigmes les plus tortueuses. Sa technique imparable consiste à établir des rapprochements avec les histoires de son village; les habitants de St. Mary Mead apparaissant comme autant de profils types emblématiques de la société humaine. Si je la trouve plus sympathique que l’arrogant Hercule Poirot, je dois reconnaître que j’ai trouvé ses premières enquêtes moins palpitantes que celles menées par le détective belge. La technique est néanmoins la même, de nombreux protagonistes ayant tous des secrets bien gardés. La Reine du crime se débrouille pour que son lecteur soupçonne tour à tour chacun des personnages. Cette fois-ci j’ai néanmoins réussi à deviner une partie de la solution avant la fin du roman.

La liste de lecture d'Agatha Christie 2026

💪En début d’année, j’ai lu Miss Marple au Club du Mardi (The Thirteen problems) et Associés contre le crime (Partners in Crime). Je ne suis pas trop en retard sur mon programme puisque j’avais prévu de lire un moins un roman d’Agatha Christie par mois dans le cadre du Read Christie 2026. Ce challenge est organisé par les éditeurs de la Reine du crime, via son compte Instagram officiel, à l’occasion du 50ème anniversaire de sa mort (12 janvier 1976). J'ai eu envie d'y participer en dépit de l'aspect mercantile de l'opération. The Body in the Library était la suggestion de lecture du mois de janvier. Je me suis également procuré Mrs McGinty's Dead (Mrs McGinty est morte), la proposition de février. La version française du challenge suggère Les sept cadrans mais j’ai vu l’adaptation télévisée de la plateforme Netflix. On peut s’inscrire à la Newsletter du défi ici.

📌The Body in the Library. Agatha Christie. William Morrow, 224 pages (2022)


La Cinquième femme. Maria Fagyas

La Cinquième femme. Maria Fagyas


Ce titre vous fait peut-être penser au polar d’Henning Mankell, La Cinquième Femme. Et pourtant, le cadre historique et géographique de ce roman-là n’a rien à voir avec celui de l’écrivain suédois.  L’autrice, Maria Fagyas, est née à Budapest en 1905. Elle s’est installée à Berlin en 1925 puis aux Etats-Unis en 1937. Elle n’a certes pas vécu l’insurrection de Budapest en 1956 mais il s’agit de son pays natal et on peut supposer qu’un certain nombre d’éléments lui sont familiers. 

La Cinquième femme a été écrit en Anglais et publié pour la première fois chez Doubleday en 1963. Il est paru un an plus tard en Français dans la collection Série Noire. A l’époque, les ouvrages en format de poche ne devaient pas dépasser 256 pages. Cette réédition de 2025, est donc enrichie des passages qui avaient été supprimés pour répondre aux exigences éditoriales des années 60. Ainsi que l’indique Marie-Caroline Aubert dans sa préface, c’est au profit de la psychologie des personnages.

The Fifth Woman
La chronologie du roman colle de près à celle de la Grande Histoire. Nous sommes le samedi 27 octobre 1956, soit 4 jours après la manifestation étudiante qui a mis le feu aux poudres. En tirant sur la foule, l’AVH (Államvédelmi Hatóság), la police secrète communiste, n’a fait qu’envenimer la situation. Les émeutes font goutte d’huile dans tout le pays et, tandis que le gouvernement fuit la capitale pour se placer sous la protection des troupes soviétiques, des milices populaires s’organisent pour affronter l’armée rouge. C’est dans ce contexte que le héros de ce roman, l'inspecteur Lajos Nemetz, va devoir enquêter sur le meurtre d’une ménagère. 

Au petit matin, alors que le policier se rend à son bureau, il voit 4 corps de femmes alignés sur le trottoir devant la boulangerie à l’angle de Perc Köz. Leurs cabas avachis indiquent qu’elles faisaient la queue pour le ravitaillement lorsqu’elles ont été fauchées par les balles. Il enregistre la scène avec les vitres cassées, les façades éventrées et les carcasses de bus éventrées. Au cours de sa journée à l’hôtel de police, la femme du docteur Halmy vient porter plainte contre son époux. Elle prétend qu’il veut l’assassiner. L’inspecteur écoute son témoignage, demande à sa secrétaire de taper la déposition puis renvoie la plaignante chez elle car elle n’a aucune preuve pour étayer ses accusations. De plus, le commissariat doit fonctionner avec un personnel restreint du fait des émeutes et des exfiltrations vers la frontière autrichienne. Le soir, au retour du commissariat, il note une anomalie. Il y a un cinquième cadavre dans la rue. Et c’est celui de Mme Halmy ! 

L'inspecteur Lajos Nemetz doit mener son enquête dans une atmosphère apocalyptique, avec des moyens réduits et en se gardant des intrigues politiques. C’est un homme intègre qui éprouve de l’empathie pour son suspect. Il tente néanmoins de rester objectif. Le docteur Halmy, quant à lui, renonce à fuir le pays avec sa maîtresse pour sauver des vies à l’hôpital. Il soigne sans distinction les Hongrois comme les Russes et met sa propre existence en danger pour respecter le serment d’Hippocrate.  Le lecteur ne peut qu’être admiratif devant l’abnégation de ces deux hommes courageux. 

📚Ce polar était dans ma PAL depuis plusieurs mois. Le billet de Choup m’a incitée à l’en sortir et je l’en remercie. C’est un roman policier qui pourrait être classique dans la résolution de l’intrigue mais le cadre historique oblige le héros à sortir de sa zone de confort. C’est ce qui fait l’originalité de La Cinquième femme. Comme Choup, j’ai été touchée par le dénouement de l’intrigue. 

💪J'ai lu ce roman dans le cadre du challenge 2026 sera classique.

📌La Cinquième femme. Maria Fagyas, Trad. par Jane Fillion et révisé par Marie-Caroline Aubert. Gallimard, 320 pages (Réédition 2025)

Je participe au challenge 2026 sera classique chez Nathalie


Étude en rouge. Arthur Conan Doyle

Etude en rouge vs A Study in Scarlet Athur Conan Doyle


J’ai pris conscience grâce au challenge de lecture Un hiver polar que j’avais quelques lacunes en ce qui concerne la littérature de mauvais genres et ses classiques. Je n’avais jamais lu une seule enquête de Sherlock Holmes ! J’ai donc décidé de tout (re)prendre depuis le début. Etude en rouge est la genèse des aventures impliquant le fameux détective londonien. Sherlock Holmes et son fidèle acolyte se rencontrent au début de ce premier volume.

Affiche pour le film A Study in Scarlet
Le docteur John Watson a été blessé pendant la seconde guerre Anglo afghane (1878-1880). La pension qu’il reçoit pour la durée de sa convalescence est un peu chiche si bien qu’il doit faire des économies. Un ami lui présente Sherlock Holmes qui cherche un colocataire pour l’appartement du 221B Baker Street. Les excentricités de Sherlock étonnent un peu Watson mais ce n’est pas rédhibitoire, au contraire ! Le médecin est intrigué par les expériences de son nouveau compagnon. La science de la déduction et de l’analyse n’en est qu’à ses premiers balbutiements et il faut un certain temps au bon docteur pour comprendre la nature exacte des activités de Sherlock. L’oisiveté aidant, John Watson accepte de suivre Sherlock Holmes dans ses investigations. Celles-ci conduiront nos deux protagonistes sur une scène de crime dans Brixton Road. 

Lestrade et Gregson, les enquêteurs de Scotland Yard, sont sur les dents. Un homme, dont l’identité est inconnu a été laissé pour mort dans une maison abandonnée. Aucun élément ne permet de détecter la cause du décès mais des indices prouvent qu’il s’agit bien d’un assassinat. La difficulté de l’affaire les incitent à faire appel au détective consultant pour en démêler les fils. 

Je ne veux pas vous en dire trop mais sachez que nos deux héros vont devoir aller chercher la clé de l’énigme dans le passé de la victime. Elle conduit le lecteur bien loin de la grisaille londonienne, de l’autre côté de l’Atlantique, dans les déserts arides de l’Utah et à Salt Lake City, capitale des pionniers mormons. Pour être honnête, je ne m’attendais pas à autant de dépaysement ! Je craignais également que le style de l’auteur ne soit un peu désuet et me donne du fil à retordre mais cela n’a pas été le cas. L’écriture Arthur Conan Doyle est très fluide et je n’ai pas boudé mon plaisir. Je sais pas encore si cette première incursion dans l’univers holmésien me conduira un jour jusqu’à l’adhésion à la SSHF (Société Sherlock Holmes de France) mais on ne sait jamais ! 

Il existe de très nombreuses adaptations à l’écran des aventures de Sherlock Holmes. La toute première version inspirée d’Une étude en rouge est un film muet de 1914, A Study in Scarlet, produit par G. B. Samuelson avec James Bragington dans le rôle du célèbre détective. 

💪Lecture dans la cadre des challenges Un hiver polar, les Gravillons de l'hiver et 2026 sera classique.

📌Étude en rouge. Arthur Conan Doyle, traduit par Pierre Baillargeon. Le Livre de Poche, 188 pages (1995)

Aujourd'hui je participa à 3 challenges de lecture

Associés contre le crime. Agatha Christie

Associés contre le crime. Agatha Christie


Associés contre le crime est un recueil de nouvelles dont les héros récurrents sont Tommy et Tuppence Beresford, un couple de détectives amateurs. La version originale de 1929 compte 15 nouvelles. En France, elles sont parues en deux volumes : Associés contre le crime et Le crime est notre affaire. Il semble que les tourtereaux se soient rencontrés quelques années plus tôt, dans un autre roman d’Agatha Christie, The Secret Adversary (Mr Brown) mais c’est une autre histoire.

Le texte d’ouverture, intitulé Une fée dans l'appartement, raconte pourquoi et comment les Beresford ont fondé leur agence de détectives sous le pseudonyme de Theodore Blunt. Ils décrochent leur première affaire grâce à Une tasse de thé, titre de la seconde nouvelle. Il s’agit de retrouver une jeune femme disparue, Janet Smith (en réalité amie et complice de Tuppence). Après ce coup de pub réussi, "Les fins limiers de Blunt" vont pouvoir décrocher des missions plus sérieuses. L’affaire de la perle rose, va révéler cette fois, la clairvoyance et l’ingéniosité de Tommy. Il faut dire que nos deux héros se complètent parfaitement, tant au niveau des caractères que des compétences. Les enquêtes s’enchainent donc et notre couple de détectives se trouve parfois dans des situations bien périlleuses : cambriolage, séquestration, enlèvement... Or, malgré tous ces efforts et énigmes résolues en un tour de main, l’agence ne fait que vivoter et la question de sa pérennité est évoquée à plusieurs reprises dans le texte.

Partners in Crime
Si le lecteur est impressionné par la clairvoyance et l’intrépidité des Beresford, il faut reconnaître que les nouvelles sont trop courtes pour développer de longues investigations. Il s’agit plutôt d’une série de petites énigmes à la manière de G. K. Chesterton. L’autre jour, je vous disais justement que le personnage du Père Brown avait inspiré Agatha Christie. Et bien, il se trouve qu’elle lui fait un petit clin d’œil dans la dernière nouvelle de ce recueil, celle intitulée L’homme dans la brume :

« - On ne peut pas dire que cette histoire ait porté la marque du Père Brown, remarqua-t-il d’un air lugubre. Et pourtant, j’ai tout à fait le genre de parapluie qui convient. 

- C’est l’affaire elle-même qui ne correspondait pas. Pour le Père Brown, il faut une atmosphère bien particulière dès le début. Tandis qu’on est plongé dans nos activités habituelles, des choses commencent à se produire. C’est ça, en gros. »

L’humour anglais, c’est imparable ! Et surtout, les britanniques n’hésitent pas à en user dans les situations les plus inconfortable ou les plus périlleuses. Les Beresford en tout cas semblent avoir séduits assez de lecteurs (dont je fais partie) pour que la Reine du crime leur consacre encore 3 romans (en plus de The Secret Adversary en 1922), soit N or M? (N ou M ?) en 1941, By the Pricking of My Thumbs (Mon petit doigt m'a dit) en 1968 et Postern of Fate (Le Cheval à bascule) en 1973. Par ailleurs, les aventures de Tommy et Tuppence Beresford ont fait l’objet de plusieurs adaptations sur le petit ou le grand écran. On pense notamment à la trilogie de Pascal Thomas avec Catherine Frot et André Dussollier dans les rôles principaux. Il existe aussi une mini-série britannique qui a été diffusée sur BBC One en 2015, à l’occasion du 125e anniversaire de la naissance d’Agatha Christie. Une autre série en 6 épisodes serait actuellement en tournage à Londres pour la plateforme BritBox, avec Antonia Thomas (Tuppence) et Josh Dylan (Tommy).

💪Cet opus me permet de participer à trois challenges de lecture : Les Gravillons de l'hiver, chez La Petite Liste, 2026 sera classique chez Nathalie et Un hiver polar sur ce blog.

📌Associés contre le crime. Agatha Christie, nouvelle traduction de Janine Alexandre. Le Livre de Poche, 125 pages (2025)

Je participe à 3 challenges de lecture
Cliquez pour agrandir l'image


Les trois instruments de la mort. G. K. Chesterton

Les trois instruments de la mort. G. K. Chesterton


«Si vous rencontrez un membre du club des "Douze Vrais Pêcheurs", entrant à l’Hôtel Vernon pour assister au dîner annuel de cette assemblée select, vous remarquerez, lorsqu’il enlèvera son pardessus, qu’il porte un habit vert. À supposer que vous ayez la stupéfiante audace d’adresser la parole à ce demi-dieu, et que vous lui demandiez pourquoi il a adopté cette couleur, il vous répondra probablement que c’est afin de ne pas être pris pour un garçon de café. Vous vous retirerez confus. Mais vous laisserez derrière vous un mystère digne d’être éclairci et une histoire digne d’être contée.»

La littérature policière classique a engendré des héros plus ou moins connus. Certains hantent encore les œuvres contemporaines comme Sherlock Holmes qui s’y invite régulièrement. De la même façon, Hercule Poirot et Miss Marple nous sont-ils devenus familiers. Mais connaissez-vous le Père Brown ? Ce prêtre détective est le personnage principal de plusieurs recueils de nouvelles de Gilbert Keith Chesterton (1874-1936). Sa sagacité est légendaire.

The Innocence of Father Brown
Le présent opus reprend trois nouvelles publiées pour la première fois dans un recueil intitulé La Clairvoyance du père Brown (The Innocence of Father Brown). Cet ouvrage rassemblait 12 textes au total, parmi lesquels The Queer Feet (Les Pas étranges), The Hammer of God (Le Marteau de Dieu) et The Three Tools of Death (Les Trois Instruments de la mort). Ils sont d’abord parus indépendamment dans des magazines mensuels anglais et américains. Le premier recueil de nouvelles est paru en 1911 chez Cassell & Co. 

Le personnage de G. K. Chesterton serait inspiré de la vie du père John O'Connor (1870-1952), un curé paroissial de Bradford dans le Yorkshire. Il lui a inspiré 51 nouvelles et deux textes d'encadrement, réunis en 5 compilations (ainsi que 3 nouvelles isolées). La sélection du présent opus est une sorte de mise en bouche. S’il nous permet de faire la connaissance du Père Brown et d’admirer sa finesse d’esprit, nous n’apprendrons pas grand-chose de plus sur le bonhomme. Ma propre petite enquête m’a permis de découvrir qu’il officiait dans une paroisse du comté de l'Essex. J’ai appris par ailleurs que notre ecclésiastique a influencé les écrivains de son temps (John Dickson Carr, Agatha Christie et Ellery Queen), qu’il fait une apparition dans Retour à Brideshead d’Evelyn Waugh, qu’il a inspiré le Frère Cadfael d'Ellis Peters et fait l’objet de plusieurs adaptations à l’écran. Dans la série diffusée sur la BBC One entre 2013 et 2020, les intrigues sont transposées dans les années 50 et se déroulent dans le village fictif de Kembleford dans les Cotswolds.

Les trois nouvelles sélectionnées par les éditions de L’Aube sont relativement courtes, soit une trentaine de pages en moyenne. Il s’agit davantage d’énigmes à résoudre que de véritables investigations policières. Il n’y a pas forcément de meurtre (dans Les Pas étranges, il s’agit d’un vol) et les enquêtes sont bouclées sur-place, dans la foulée. En théorie, le lecteur détient tous les indices pour résoudre lui-même le mystère mais je dois dire qu’il faut être sacrément ingénieux pour deviner les dénouements. 

Cet opus est une bonne manière d’entrer dans l’œuvre de G. K. Chesterton mais elle m’a laissée un peu sur ma faim. Je pense qu’il m’aurait fallu plus de matière pour me familiariser avec le héros récurrent et m’imprégner vraiment de l’atmosphère. Je recommande donc de se tourner vers une anthologie plus fournie que celle-ci car le Père Brown a beaucoup à nous apprendre sur la manière de mener une enquête. Si vous voulez vous faire une idée plus claire du Père Brown, je vous invite à consulter les blogs de Pativore et d’Antoine. Il existe également deux sites Internet entièrement dédiés à G. K. Chesterton : Les Amis de Chesterton et The Society of Gilbert Keith Chesterton.

💪Cet opus me permet de participer à trois challenges de lecture : 2026 sera classique chez Nathalie, Les Gravillons de l’hiver chez Sybilline et Un hiver polar sur ce blog. 

📌Les trois instruments de la mort et autres enquêtes du Père Brown. Gilbert Keith Chesterton, traduit par Emile Cammaerts. Editions de l’Aube, 94 pages (2025)

Je participe à 3 challenges
Cliquez pour agrandir l'image


Miss Marple au club du mardi. Agatha Christie

Miss Marple au club du mardi. Agatha Christie


J’ai commencé à lire Agatha Christie quand j’étais adolescente. Dans la bibliothèque de mes parents, il y avait une anthologie dont je me suis régalée tout un été. Je ne me suis jamais lassée de la Reine du crime depuis cette première découverte et j’aime (re)lire quelque uns de ses ouvrages de temps en temps. Les fameuses "petites cellules grises" du détective belge Hercule Poirot me sont plus familières que les aiguilles à tricoter de la perspicace Jane Marple. Aussi, j’ai décidé de combler mes lacunes en m’intéressant enfin à cette charmante petite mamie qui démêle si bien les fils des mystères les plus complexes. 

Miss Marple au club du mardi reprend en partie les nouvelles publiées dans The Thirteen problems en 1932. La version originale n’a été traduite en Français qu’en 1966 et divisée en deux volumes : Miss Marple au Club du Mardi (Le Sanctuaire d'Astarté, Les Lingots d'or, Le Seuil ensanglanté,… ) et Le Club du Mardi continue

Thirteen problems Agatha Christie
Miss Marple est conviée à une petite réunion amicale au cours de laquelle quelqu’un suggère de raconter à tour de rôle des histoires criminelles complexes. Le but du jeu étant de trouver la solution du mystère. Il y a parmi les participants, le propre neveu de Miss Marple, Raymond West et surtout l'ex superintendant de Scotland Yard, Sir Henry Clithering. Cette première séance du Club du mardi va révéler les extraordinaires qualités de déductions de Jane Marple. Elle coiffe systématiquement les autres participants au poteau. En effet, bien que cette tranquille petite bonne femme n’ait presque jamais quitté la bourgade de St. Mary Mead, elle en sait beaucoup sur la nature humaine. 

Si j’ai apprécié ces brèves nouvelles à suspense, je dois reconnaître que je préfère les intrigues plus longues. Le personnage de Jane Marple est plus sympathique que le prétentieux Hercule Poirot et on s’attache très vite à son esprit bienveillant et facétieux. 

📝[petite note hors sujet] Depuis le 16 janvier dernier, Netflix diffuse Les Sept cadrans d'Agatha Christie, un série en 3 épisodes qui revisite le roman éponyme et met en scène un autre détective amateur. Il s’agit de l'intrépide Lady Eileen Bundle Brent. La jeune aristocrate interfère dans l'enquête menée par le Superintendant Battle de Scotland Yard (le policier reste néanmoins un personnage secondaire). C'est une adaptation très réussie que j'ai eu plaisir à découvrir. Ce mois-ci, on peut également voir en replay La reine du crime présente sur France TV. Cette série s'inspire d'Agatha Christie et la met parfois en scène. Il ne s'agit pas d'adaptations de ses romans. Dans Meurtre à l’ambassade et Invitation à un meurtre, c'est Miranda Green qui mène les enquêtes "à la manière de". [/petite note hors sujet]

💪Ce court recueil de nouvelles policières me permet de participer à trois challenges:  Un hiver polar sur ce blog, Gravillons de l’hiver chez La Petite Liste et 2026 sera classique chez Nathalie. 

📌Miss Marple au club du mardi. Agatha Christie, traduite par Sylvie Durastanti. Le Livre de Poche, 187 pages (1992) / Nouvelle traduction en 2023.

Je participe à trois super challenges ! 180126
Cliquez pour agrandir l'image

Une enfance de château. Lord Berners

Une enfance de château. Lord Berners


Je cherchais un roman classique sur la vie de château et je suis tombée sur cette autobiographie de Lord Berners, dont la plume est un régal. Les portraits qu’il brosse de ses proches sont irrésistibles. 

Cet opus, publié en 1934, est le premier qu’une tétralogie composée de First Childhood (Une enfance de château), A distant Prospect (Un château au loin), The Chateau de Resenlieu et Dresden. Les deux derniers volets sont paru au Royaume-Uni à titre posthume et n’ont pas encore été traduits en français. L’auteur a modifié la plupart des noms de personnes et de lieux mais ils sont suffisamment reconnaissables. Ainsi, Apley Park, le château familial est nommé Arley ; Cheam, son école est devenue Elmley, ses grands-parents maternels, les Forster, sont Monsieur et Madame Farmer, etc.

Gerald Hugh Tyrwhitt-Wilson, le 14ème baron Berners, est né en 1883. Fils unique, il a grandi à Apley Hall, la demeure familiale, dans le Shropshire en Angleterre. La description du château fait un peu froid dans le dos mais le petit lord Berners y a été très heureux. Le décor gothique du bâtiment, ainsi que le parc constitué de falaises et de forêts se prêtaient parfaitement aux aventures enfantines les plus imaginatives.

« Arley était une immense maison néo-gothique de pierre grise, construite vers la fin du XVIIIème siècle. Elle avait quelque chose de Strawberry Hill et, si son architecture n’était pas aussi aérienne et fantastique, elle était bien pourvue de créneaux et de tourelles. Son atmosphère était hautement romantique et je pense qu’Horace Walpole, le moine Lewis ou l’auteur des Mystères d’Udolphe l’auraient appréciée. (…) »

A l’âge de 9 ans, ses parents l’envoient à la Cheam School où il a passé 4 ans avant d’être inscrit au fameux collège d’Eton. Lord Berners a reçu une éducation aristocratique traditionnelle où les pratiques sportives (cricket, équitation, etc) et une attitude virile sont jugés plus séants que les penchants trop prononcés pour la littérature, la musique ou le surnaturel. 

« Enfant, on ne m’encourageait pas à croire aux frivolités du monde surnaturel. Les rares fois que ma mère ou ma nourrice me racontèrent des contes de fées, elles semblèrent délibérément employer un style manquant de conviction. En dépit de cette politique matérialiste, je réussi à amasser une substantielle collection de livres de contes, Grimm, Perrault, d’Aulnoy, un volume de folklore russe et une éditions des Mille et une nuits dont les illustrations orientalement voluptueuses rachetaient le texte, expurgé au point de ressembler à un pudding aux pruneaux sans les pruneaux. » 

Un brin de mélancolie pour ses souvenirs d’enfance transperce néanmoins sous la carapace de l’ironie. Le snobisme et les conventions sociales n’excluent pas la tendresse, surtout féminine. Le petit Lord Berners n’est pas simplement confié à des gouvernantes et à des précepteurs. Il passe aussi beaucoup de temps avec ses grands-mères, sa tante Flora et bien sûr sa mère. Elle n’est pas insensible à ses déboires d’écolier et surtout à la sévérité du directeur d’ Elmley/ Cheam.

« Ma mère et moi étions constamment ensemble. Les jours où nous ne faisions pas de longues marches à travers les champs ou au bord du fleuve, nous partions en charrette au hasard des chemins. Ma mère me permettait parfois de l’aider au jardin. Mon aide consistait pour l’essentiel à détruire des fleurs de prix et à planter des mauvaises herbes aux endroits les plus visibles. En retour, elle s’activait activement, mais non très savamment, à mes études ornithologiques »

Les hommes de la famille sont généralement absents physiquement (Lord Berners père est accaparé par sa carrière et semble mener une vie parallèle loin de sa famille) et/ou mentalement (le grand-père est sénile depuis longtemps et l’oncle Luke semble perdu dans un chagrin d’amour sans fin). Ils sont rarement évoqués sauf lorsque le grand-père sort de ses gongs. 

« Nous savions que c’était seulement « bon papa ». Je me rappelle même avoir tendu l’oreille a certaines des injures étranges qu’il lui arrivait de prononcer , bien que je n’ai jamais tenté de les appliquer à ma conversation. Sans doute m’étais-je rendu compte que ces raffinements rhétoriques étaient pour l’usage exclusifs des adultes ».

Sans être fascinée par l’aristocratie britannique, j’ai trouvé cet opus très agréable à lire et j'ai aimé côtoyer un peu ses protagonistes. Je me souviens avoir éprouver le même plaisir à regarder la série télévisée Downton Abbey.

📚Un autre avis que le mien chez Titine

📌Une enfance de château. Lord Berners, traduit par Anatole Tomczak . Grasset, 208 pages (2021)


Le lion. Joseph Kessel

Le lion. Joseph Kessel


Pour une thématique autour de l’Afrique, j'avais d’abord pensé lire La ferme africaine de Karen Blixen mais mon cœur a finalement penché pour Le lion de Joseph Kessel, cette histoire d’amour entre un grand fauve et une fillette de 10 ans. Je ne sais pas si on peut le qualifier de pamphlet en faveur de la cause animale mais le roman parle très bien au lecteur contemporain. Certains passages concernant les autochtones sont par contre ancrés dans le contexte colonial des années 50. 

L’intrigue en elle-même est assez vite résumée. Le narrateur, alter ego de Joseph Kessel s’arrête dans une réserve animalière du Kilimandjaro avant de se rendre à Zanzibar. Or, ce séjour au Kenya, qui ne devait être qu’une brève étape, va se prolonger inopinément. John Bullit, qui à la fois l'hôte du journaliste et le directeur du parc royal, est une sorte de géant fougueux et un chasseur repenti. Il assume désormais son rôle de protecteur des animaux avec abnégation. Bullit a deux autres amours : sa femme et sa fille. Son épouse, Sybil, supporte de moins en moins le mode de vie qu’elle a embrassé en Afrique. Elle s’inquiète surtout pour sa fille Patricia. Elle souhaiterait envoyer l’enfant, contre son gré, dans un pensionnat à Nairobi pour la soustraire au mode de vie sauvage qu’elle a adopté. Patricia, ainsi que le découvre le narrateur dès le lendemain de son arrivée, s’est entichée d’un lionceau. Or, King a grandi. Il est devenu un mâle puissant qui semble encore se plier aux jeux de la fillette. Mais pour combien de temps ? Notre voyageur est fasciné par le pouvoir que Patricia semble exercer sur les animaux comme sur les humains, notamment ses parents et les autochtones au service de son père. 

Les sentiments, la curiosité et la bienveillance du narrateur, semblent déteindre sur le lecteur. On éprouve de l’empathie pour les parents de Patricia, de la fascination pour cette petite fille hors du commun, de l’admiration pour les orgueilleux et courageux guerriers Maasaïs ( oui, j’ai omis de vous en parler pour ne pas tout dévoiler de l’intrigue). Joseph Kessel décrit bien l’atmosphère et les paysages africains, ainsi que les rapports que les humains entretiennent avec la faune. Le thème de la protection de la nature, qui revient souvent dans la bouche de l’administrateur du parc, et sa condamnation virulente de ses anciennes pratiques de chasseurs m’ont fait parfois penser au roman de Romain Gary, Les Racines du ciel. Cette œuvre (que j’ai lu il y a bien longtemps) aborde la question de l'extermination des éléphants d’Afrique. Tout ça pour dire que les préoccupations écologiques et la défense de la condition animale ne sont pas des préoccupations nées au 21ème siècle avec l’avènement des "millenials". Néanmoins, j’ai l’espoir que les nouvelles générations parviendront à faire mieux que les précédentes. Ces remarques dépassent sans doute le cadre du beau roman de Joseph Kessel dont je vous en recommande chaudement la lecture.

📝On peut écouter des extraits du Lion de Joseph Kessel, lus par Guillaume Galienne dans le cadre de l’émission Ça peut pas faire de mal sur France Inter. 

📚Un autre avis que le mien sur le blog Un livre dans ma valise

📌Le lion. Joseph Kessel. Folio, 256 pages (1972)



Voyage avec un âne dans les Cévennes. Robert Louis Stevenson

Voyage avec un âne dans les Cévennes. Robert Louis Stevenson


💪Cet été, je suis allée faire de la randonnée dans les Gorges du Tarn et les Grands Causses. J’ai également visité les librairies du coin et j’y ai bien sûr trouvé le fameux récit de voyage de Stevenson avec son ânesse. Comment passer à côté alors même que Cléanthe nous suggérait cet ouvrage dans le cadre de son challenge européen et sa thématique sur les récits de voyage ? J’aurais eu bien tort de me priver de cette lecture de circonstance.

L’écrivain écossais part du Monastier, une petite commune située à une vingtaine de kilomètres au sud-Est du Puy-en-Velay, non loin des hauts plateaux du mont Mézenc. C’est une région que je connais un peu aussi pour y avoir séjourné à la période estivale il y a quelques années. Robert Louis Stevenson, lui, s’y est rendu pour soigner sa déprime après le départ de sa maîtresse pour la Californie. Pendant un mois, il a préparé son voyage, sous les regards ébahis, un peu moqueurs, mais plutôt bienveillants des villageois. Il s’avéra plus tard qu’il a en effet été mal conseillé dans ses préparatifs de randonneur amateur et en subira les conséquences pendant une bonne partie de son parcours. Il acquière un âne au marché du Monastier (la désormais célèbre Modestine), fait fabriquer une sorte de sac de couchage/tente sur mesure et une sacoche de transport qui s’avéra très peu pratique. Finalement, le 22 septembre 1878, il est fin prêt… enfin, si on peut dire car, dès le début, le projet va virer au grandguignolesque !

  « Le jour de mon départ, je me levai peu après 5 heures. À 6 heures, nous commençâmes à charger l’âne, et dix minutes plus tard, mes espoirs étaient réduits à néant. Le coussinet de cuir refusait de tenir l’espace d’un instant sur le dos de Modestine. Je retournai chez le fabricant, avec qui j’eus une conversation si véhémente que dehors, la rue se remplit d’un mur à l’autre de curieux, tout yeux et tout oreilles. Le coussinet passait de main en main à un rythme soutenu. Il serait peut-être plus exact de dire que nous nous le lancions à la tête. En tout état de cause, nous étions très agités et fort peu amicaux, et nous nous exprimions avec une grande liberté. »

Les déboires de Stevenson avec Modestine réjouiront plusieurs générations de lecteurs. A cela s’ajoute des scènes de rencontres et de discussions très drôles avec la population. J’ai adoré les échanges avec les paysannes qui s’interrogent sur la langue du voyageur. S’il ne parle pas Français, c’est qu’il parle un patois, pensent-elles. L’écrivain ne parviendra pas à leur faire entendre que l’Anglais est une langue à part entière !  

Rien n’échappe à l’ironie taquine de l’écrivain écossais, surtout lorsqu’il s’agit de politique, de mœurs ou d’anecdotes sur les figures locales. 

« En effet, comme Maybole en Ayrshire, Le Monastier fut jadis une sorte de capitale régionale, où l’aristocratie locale avait ses hôtels en ville pour l’hiver. Il existe encore un certain baron qui, me dit-on, fait pénitence extrême pour avoir réussi à se ruiner en menant la grande vie dans ce village de montagne. Ce monsieur a certes le droit d’être considéré comme le plus remarquable des prodigues connus. Comment il y est parvenu en un lieu où l’on ne vend rien de luxueux et où la pension dans la meilleure auberge ne dépasse guère six sous par jour, voilà un sujet à méditer. Son fils, si ruinée que fût la famille, alla faire des folies à Paris : le cas de ce père et de son fils marque donc une date importante dans l’histoire de la centralisation en France. C’est seulement quand le rejeton eut pris le train que l’œuvre de Richelieu fut achevée.»

Parti en direction du sud, Stevenson met 12 jours pour atteindre Saint-Jean-du-Gard, son ultime étape. Le 4 octobre, Modestine peut enfin prendre un repos bien mérité ! L’animal et son maître ont quand même réalisé un périple de presque 200 km à travers les plateaux volcaniques du Velay, le Haut Gévaudan et la vallée du Tarn.  Cet itinéraire, qui empruntait les chemins de bergers, est devenu un parcours officiel du GR (70) en 1978, à l’occasion du centenaire de la randonnée de Stevenson. Pour ma part, j’ai emprunté d’autres itinéraires en Lozère, sans escorte animalière, mais avec un plaisir transcendé par cette lecture à la fois instructive et rafraîchissante. Les paysages, si bien décrits par Stevenson, valent le détour. On peut trouver l'itinéraire ici.

📚Un autre avis que le mien chez Keisha

📌Voyage avec un âne dans les Cévennes. Robert Louis Stevenson. Folio, 144 pages (2023)

A pied, à cheval, en voiture ou en train...


L'Ile mystérieuse. Jules Verne

L'Ile mystérieuse. Jules Verne


 L’île mystérieuse est certainement la Robinsonnade la plus connue de Jules Verne. Treizième volet des Voyages extraordinaires, ce roman d’aventure nous conduit quelques part au large de la Nouvelle-Zélande, au cœur du Pacifique sud. Nous sommes en mars 1865, à la fin de la guerre de Sécession. 

Un groupe de soldats et sympathisants nordistes, prisonnier des troupes confédérées à Richmond, décide de  fuir le siège militaire à bord d’un aérostat. Malheureusement pour nos courageux évadés, le ballon est pris dans un terrible ouragan. Au bout de 4 jours de dérive incontrôlée, l’engin s’échoue sur les côtes d’une île inconnue. L'ingénieur Cyrus Smith et son chien Top ont été emportés par les flots, loin de leurs compagnons d’infortune. Les 4 autres rescapés partent immédiatement à leur recherche. Il y a parmi eux Nab, le fidèle serviteur de Cyrus, le journaliste Gédéon Spilett, le marin Pencroff, et un adolescent nommé Harbert. Leur survie dépend beaucoup des compétences de l’ingénieur. Heureusement, celui-ci a échappé miraculeusement à la noyade. D’ailleurs, la petite équipe va bientôt s’apercevoir qu’elle bénéficie d’une chance providentielle… à moins qu’il ne s’agisse d’autre chose ? Mais, pour l’heure, il s’agit d’organiser la survie de la petite colonie. 

Le roman fait plus de 800 pages mais on ne s’y ennuie jamais grâce à la plume enlevée de Jules Verne. Le récit est divisé en 3 parties qui correspondent aux premières publications de l’œuvre dans la revue littéraire Magasin d’éducation et de récréation : Les naufragés de l’air (1874), L’Abandonné (1875) et Le secret de l’île (1875). Jules Verne s’attarde un bon moment sur l’installation des colons, la manière dont il s’approprie l’île au fil de leurs explorations et comment ils utilisent ses ressources naturelles. On est bluffé par l’abnégation, le courage et les compétences des personnages. Tous semblent de nature sociable et la vie de la communauté s’en trouve grandement facilitée. Comme souvent dans l’œuvre de Jules Verne, le récit foisonne de connaissances. Le contexte implique qu’elles se concentrent sur la géographie, la géologie, la botanique, la zoologie mais aussi la physique et la chimie. Tous ces éléments, (les qualités des personnages et les aspects pédagogique du roman) sont sans doute emblématique de la littérature de jeunesse du 19ème siècle. Pour autant, le lecteur contemporain ne se sent pas étranger au récit. Bien au contraire, il est totalement embarqué par la narration ! 

Par ailleurs (et je n’en dirai pas trop à ce sujet pour ne pas divulgâcher l’intrigue), Jules Verne nous régale de plusieurs surprises dont un petit clin d’œil aux Enfants du capitaine Grant et un lien avec un autre de ses romans précédents parmi les plus célèbres. Les facéties de l’auteur reflètent sans doute son plaisir à écrire et à partager ses découvertes scientifiques et culturelles avec le lecteur. J’ai lu très peu de roman de Jules Verne mais je peux au moins dire que j’ai préféré L’île mystérieuse au Château des Carpathes, à Vingt Mille Lieues sous les mers et à Voyage au centre de la terre

💪Grâce à L’île mystérieuse, je peux m’enorgueillir d’avoir relevé une série de défis littéraires : Le challenge Jules Verne, Les pavés de l’été, Les épais de l’été et le Book Trip en mer.  

📌L'Ile mystérieuse. Jules Verne. Le Livre de Poche, 826 pages (2002)

Les challenges de l'été 2025


Premier de cordée. Roger Frison-Roche

Premier de cordée. Roger Frison-Roche


 Depuis sa publication en feuilleton dans le journal La Dépêche Algérienne en 1941 puis sa première édition en version intégrale chez Arthaud, le succès de Premier de cordée ne s’est jamais démenti. Le roman de Roger Frison-Roche est devenu un classique de la littérature de montagne et une prescription de lecture en classe. Pourtant, et bien que je raffole de récits d’alpinisme, je n’avais jusqu’ici jamais trouvé le bon moment pour le lire!

L’histoire, qui se déroule dans les années 1920-1930 dans le massif du Mont-Blanc, rend hommage aux guides chamoniards qui accompagnent les touristes dans leurs "courses" dans la montagne. La Compagnie des guides de Chamonix est une institution créée en 1821 et donc la plus ancienne du genre. Roger Frison-Roche s’est inspiré de ses légendes, de ses héros et de ses drames.

Nous faisons d’abord la connaissance d’un jeune homme, Pierre Servettaz, que son père destine à l’hôtellerie. Jean Servettaz est l’un des guides les plus estimés de la compagnie et il connait tous les dangers du métier. Il refuse que son fils se lance dans cette voie ingrate et peu rémunératrice. Mais Pierre est un passionné. Il ne s’imagine pas vivre et travailler loin des sommets. Alors qu’il accompagne le vieux Joseph Ravanat, dit Le Rouge, dans sa dernière expédition, il apprend que son père a été foudroyé par l’orage au sommet des Drus. Son client américain est sain et sauf grâce au courage du porteur, Georges, qui secondait Jean dans cette course. Il en gardera néanmoins les stigmates toutes sa vie car ses pieds ont gelé et il sera amputé. Mais, pour l’heure, Pierre s’inquiète davantage de redescendre le cadavre de son père. Tous les camarades disponibles se sont portés volontaires alors que les conditions météorologique rendent l’ascension très périlleuse.

Ecrit dans le contexte de la seconde guerre mondiale, Premier de cordée est un hymne au courage, au dépassement de soi et à la fraternité. Roger Frison-Roche décrit des hommes taiseux, parfois un peu rudes, mais liée par un amour inconditionnel des sommets. Leur camaraderie indéfectible sera le ciment nécessaire à la réussite de la mission de sauvetage et l’élément essentiel dans le processus de résilience des survivants. Le lecteur est touché par l’abnégation de ces guides de l’extrême, dotés d’un fort sens de l’honneur. La règle primordiale étant de toujours ramener le client à bon port quelques soient les circonstances. Roger Frison-Roche en brosse un portrait toujours bienveillant.

Le terme de "premier de cordée" est entré dans le vocabulaire coutumier des alpinistes après la parution du roman de Roger Frison-Roche. L’écrivain était lui-même un fameux grimpeur, familier du massif du Mont Blanc et des techniques d’escalade. Sa parfaite connaissance du terrain et du contexte professionnel se ressentent dans le roman qui marque par son réalisme. Certains détails, comme la présence du personnage de Joseph Ravanat (alter ego de Joseph Ravanel, le mentor de l’écrivain), me font penser qu’il y a une part très personnelle dans ce roman (à défaut d’être autobiographique). En 1930, Roger Frison-Roche est devenu le premier membre non chamoniard de la Compagnie des guides de Chamonix.

L’écrivain explorateur s’est illustré dans bien d’autres circonstances mais c’est une autre histoire que l’on peut sans doute découvrir dans Le Versant du soleil (1981), son autobiographie. Par ailleurs, il évoque plus précisément son expérience au sein résistance française en Savoie dans Les Montagnards de la nuit (1968). Roger Frison-Roche a également publié plusieurs récits de montagne dont le 2ème et le 3ème volet de la trilogie initiée avec Premier de cordée :  La Grande Crevasse (1948) et Retour à la montagne (1957)… pour moi, de belles heures de lecture en perspective !

💪Cette lecture s’inscrit dans le challenge Escapades en Europe : La grande traversée des Alpes

📌Premier de cordée. Roger Frison-Roche. J’ai Lu, 320 pages (2020)

Escapades en Europe : La grande traversée des Alpes


Mrs. Dalloway. Virginia Woolf

Mrs. Dalloway. Virginia Woolf

Comme de nombreux lecteurs, j’ai une liste d’auteurs incontournables (souvent des classiques) que je projette de lire un jour. Or, il se trouve que le chef d’œuvre de Virginia Woolf, Mrs. Dalloway, fête son centenaire cette année et qu’une nouvelle traduction du roman a été publiée dans la prestigieuse collection de la Bibliothèque de la Pléiade. C’était l’occasion idéale pour me lancer dans une lecture que j’appréhendais et repoussais sans cesse à plus tard. L’argument ultime a été la proposition de lecture commune de Cléanthe autour du roman européen de l’entre-deux-guerres dont Mrs Dalloway est un exemple emblématique. Impossible de me défiler davantage !

Evidemment, j’ai lu quelques études de l’œuvre au cours de ma vie de lectrice et je savais que Mrs Dalloway était un roman expérimental par bien des aspects, sur le fond comme sur la forme. On dit souvent qu’il n’y a pas d’intrigue, au sens traditionnel, mais des pérégrinations introspectives. Celles-ci finissent par former un maillage complexe, un chœur silencieux mais un peu étourdissant. Au milieu de cette cacophonie, Big Ben s’impose comme le métronome des heures qui s’écoulent. Le titre initial du roman, The Hours (Les heures), a d’ailleurs été repris par Michael Cunningham dans son roman s’inspirant de Virginia Woolf, puis le film réalisé par Stephen Daldry,

Virginia Woolf invite son lecteur à suivre la journée de Clarissa Dalloway, une aristocrate londonienne quinquagénaire. Nous sommes en juin 1923. Notre héroïne prépare une réception qui doit avoir lieu le soir même. La journée est splendide, si bien qu’elle décide de se dispenser de sa domestique et d’acheter elle-même les fleurs pour la décoration. Cette promenade permet au lecteur de profiter avec elle du paysage urbain dans le quartier de Westminster. Chemin faisant, Clarissa s’abandonne dans quelques divagations intimes, préjugés et souvenirs de jeunesse. Mrs. Dalloway rencontre d’autres protagonistes, des proches (comme Peter Walsh, son ex fiancé revenu des Indes) et des inconnus (comme Septimus Warren Smith, un ancien soldat qui présente les symptômes d’un choc post-traumatique). Chaque fois que des personnages se croissent, ils semblent se transmettre un témoin fictif, comme dans une course de relais. Le lecteur entre ainsi dans leurs cerveaux et entend leurs soliloques intérieurs respectifs. Grâce à l’effet de miroir obtenu, Virginia Woolf brosse un portrait saisissant de la société londonienne des années 20. 

Pour être vraiment honnête, je dirais que j’ai davantage apprécié ce livre à rebours que pendant ma lecture effective. Les circonvolutions introspectives des personnages semblent parfois bien longues et bien ennuyeuses quand on pas d’appétence particulière pour les désidératas de l’aristocratie britannique. Evidemment, le roman de Virginia Woolf ne se réduit pas à cela : la guerre et la pauvreté sont évoquées plus ou moins brièvement, ainsi que les rapports de la population à la famille royale. Par ailleurs, je me rends bien compte que les partis pris de l’autrice sont les atouts majeurs du roman. Il faut resituer l’écriture et la parution du roman dans son contexte, car la romancière s’affranchie des règles de narration qui étaient alors la norme. Trois ans plus tôt, James Joyce avait déjà créé la controverse avec son Ulysse. Pour mémoire, il raconte la journée et les déambulations de Leopold Bloom (Ulysse) et Stephen Dedalus (Télémaque) dans la ville de Dublin. Bref, les raisons de lire Mrs. Dalloway sont solides et il serait dommage de passer à côté, comme je l’ai fait jusqu’à aujourd’hui.

💪Pour cette première étape des Escapades en Europe, Cléanthe a lu La Conscience de Zeno, Patrice a lu Raboliot de Maurice Genevoix, Sandrine a lu La grande peur dans la montagne de Charles Ferdinand Ramuz et Tullia a lu Avril enchanté d'Elizabeth von Arnim.

📌Mrs. Dalloway et autres écrits. Virginia Woolf. Bibliothèque de la Pléiade, 800 pages (2025) / Mrs. Dalloway. POL, 384 pages (2021) / Le Livre de Poche, 224 pages (1982)

Challenge européen : mai 2025