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Date with Mystery. Julia Chapman

Date with Mystery. Julia Chapman


Puisque les détectives du Yorkshire me sont devenus familiers, j’ai décidé de lire le 3ème volet de la série dans sa version originale. Et là, surprise ! Delilah Metcalfe et Samson O’Brien sont bien présents mais j’ai découvert que leur fidèle compagnon à quatre pattes ne s’appelle pas vraiment Calimero. Son nom anglais est Tolpuddle (en hommage aux six Martyrs de Tolpuddle dans le Dorset). Evidemment cela ne change pas grand-chose aux tumultueuses aventures de nos héros. 

Le mois de février est assez rigoureux dans les Yorkshire Dales mais rien n’arrête le duo d’enquêteurs dans sa soif d’élucider les mystères de la région. Mandatés par Matty Thistlethwaite, le notaire de Bruncliffe, Delilah et Samson doivent mettre la main sur le certificat de décès d’une jeune femme. Livvy Thornton a été désignée comme héritière conjointe de la ferme familiale avec son frère Jimmy alors même qu’elle est censée être morte dans un accident de voiture depuis deux décennies. Sa mère en était parfaitement consciente au moment où elle a rédigé son testament. Quel était donc son but ? Exhumer des secrets familiaux ? On sait que la jeune fille a quitté le domicile de ses parents pour s’installer à Leeds. Peu de temps après son décès, son père s’est suicidé. Pourquoi ? Entre-nous, le lecteur n’a pas de mal à démêler cette intrigue tant les indices sont clairs.

La prévenance de l’autrice vis-à-vis de ses lecteurs nuit malheureusement à ce troisième volet. Du coup, son humour et le plaisir de retrouver ses sympathiques personnages n’ont pas suffi à satisfaire mon appétit de lectrice. Je dois même avouer que l’exaspération est montée crescendo face à l’incapacité de nos détectives à voir l’évidence. Il faut croire que leur amourette platonique les rend aveugles. Je leur pardonne volontiers en espérant que l’intrigue policière du quatrième tome sera plus convaincante. 

💪Cette lecture s’inscrit dans le cadre du challenge Les séries de l’été chez Philippe.

📚D’autres avis que le mien chez Manou et Ju lit les mots

📌Date with Mystery. Julia Chapman. Pan Macmillan, 464 pages (2022)

Aujourd'hui, je participe au challenge "Séries de l'été"


Le Revenant d'Albanie. Jean-Christophe Rufin

Le Revenant d'Albanie. Jean-Christophe Rufin


📚J’avais repéré ce livre à la médiathèque puis chez Luocine et ça faisait donc un petit moment que je voulais rencontrer le consul adjoint Aurel Timescu. Ce diplomate Franco-Roumain est nommé dans des pays qui me semblent très exotiques. Après la Guinée Conakry, le Mozambique ou l'Azerbaïdjan, son protecteur, le sénateur Mauvignier, s’est démené pour lui trouver un poste en Europe. Evidement, il n’est pas encore question d’un consulat trop prestigieux. 

Ce sera l’Albanie. Ouf ! Aurel craignait de se retrouver sur un poste nécessitant un véritable investissement professionnel. Autre point positif, à Tirana, il va travailler avec Amélie Grey. La carrière de la jeune femme a bien évolué depuis leur première rencontre à Bakou puisqu’elle est désormais ambassadrice. D’un autre côté, Aurel n’a pas conservé un souvenir réjouissant de son premier séjour en Albanie. Il a découvert le "Pays des aigles" lorsqu’il était un jeune pionnier soviétique. Il était gouverné par le dictateur communiste Enver Hoxha et la vie n’y était pas facile. 

A peine arrivé à Tirana, Aurel se voit confier une affaire délicate concernant la mort de Marsel Rustemi, un ressortissant Franco-Albanais assassiné à Chamonix. Pour l’administration albanaise, l’homme était officiellement décédé en 1997 à  Shkodër. En réalité, l’homme avait été naturalisé grâce à son mariage et vivait en France sous un nom d’emprunt. Grobert, le policier de l’ambassade, est persuadé qu’il s’agit d’un règlement de compte entre membres de la mafia. Aurel penche plutôt pour un acte de vengeance. Qui a raison ? Le défi est lancé. 

C’est le sixième tome de la série et son héros a évolué depuis sa première mission en Afrique. S’il apprécie toujours le vin blanc et ne refuse jamais de s’assoir derrière un piano, il a acquis une certaine expérience pour se défausser des tâches administratives les plus ingrates. Il préfère de loin jouer au détective amateur. Son apparence vestimentaire, digne d’un bureaucrate des pays de l’ancien bloc de l’Est, est désormais égayée par des guayaberas rapportées de son séjour consulaire au Mexique.

On aurait pourtant tort de sous-estimer Aurel Timescu. Pour résoudre une enquête, le consul, d’ordinaire un peu couard, n’hésite presque pas à mouiller ses chemises bariolées. Il se rend donc à Tropojë, près de la frontière kosovar, une région rude gouvernée par un code coutumier ancestral, le fameux  Kanun.

💪Il faut reconnaître que l’extravagance et les ambitions très mesurées d’Aurel le rendent plutôt sympathique. A travers lui, Jean-Christophe Rufin fait voyager son lecteur dans les régions les plus reculées du globe. Cette nouvelle mission du consul adjoint en Albanie nous permet d’en savoir un peu plus sur le "Pays des aigles", son histoire tourmentée, ses traditions et son évolution contemporaine. Le roman s’inscrit dans la mouvance des Cosy Crimes, avec l’humour qui caractérise l’auteur,  ce qui en fait une lecture distrayante, idéale pour les vacances. Il me permet de participer au challenge des Séries et trilogies de l’été.

📌Le Revenant d'Albanie. Les énigmes d'Aurel le Consul tome 6. Jean-Christophe Rufin. Le Livre de Poche, 240 pages (2026)

Mon challenge du jour

Le Meurtre de Roger Ackroyd. Agatha Christie

Le Meurtre de Roger Ackroyd. Agatha Christie

💪Je poursuis mon défi personnel autour d’Agatha Christie et de son œuvre.  Je ne respecte pas toujours l’ordre des prescriptions des sites dédiés au challenge Read Christie 2026 en V.O. et en V.F. Pour le mois de juillet, leurs sélections étaient respectivement The Rose and the Yew Tree (L'if et la rose), publié sous le pseudonyme de Mary Westmacott, et The Moving Finger (La Plume Empoisonnée). The Murder of Roger Ackroyd (Le Meurtre de Roger Ackroyd) était proposé en juin sur les deux listes. Ce roman, paru en 1926, me permet de participer au challenge 2026 sera classique aussi, organisé par Nathalie.

Le docteur James Sheppard, notable de la commune fictive de King's Abbot, est le narrateur de cette nouvelle enquête d’Hercule Poirot. Le détective belge est son voisin. Il s’est installé incognito dans la villa des mélèzes où il compte passer une retraite paisible à cultiver des courgettes. Son acolyte habituel, le capitaine Arthur Hastings, quant à lui, s’est expatrié en Argentine. C’est la raison pour laquelle Poirot semble s’être entiché du docteur Sheppard qui l’accompagne dans ses investigations. Il lui confie même quelques missions individuelles. 

The Murder of Roger Ackroyd

C’est la jeune Flora Ackroyd, la nièce du défunt, qui a fait appel au détective pour résoudre le meurtre. Roger Ackroyd a été poignardé dans le dos alors qu’il se trouvait dans son bureau dans sa propriété de Fernly Park. Pour trouver le coupable, il faut d’abord déterminer l’heure de sa mort. Le docteur Sheppard, qui était invité à dîner, a quitté son ami à 20h50 et semble être le dernier a l’avoir vu vivant. Pourtant, certains témoins prétendent avoir entendu Roger Ackroyd s’entretenir avec quelqu’un aux alentours de 21h45. Parmi les hôtes du riche industriel se trouvait sa belle-sœur, le major Hector Blunt et bien-sûr la jeune Flora. Il faut ajouter à cette liste le personnel de maison de Roger Ackroyd, c’est à dire son secrétaire particulier, le majordome, la femme de chambre et la gouvernante. Une personne brillait par son absence ce soir-là. Il s’agit du fils adoptif de la victime, le séduisant mais prodigue Ralph Paton. Le jeune homme venait de se fiancer avec sa cousine Flora qui dépendait elle aussi de l’aide financière de son oncle. Par ailleurs, il se pourrait que l’assassinat de Roger Ackroy ait un lien avec le suicide de sa bonne amie, l’élégante veuve Ferrars. Celle-ci lui avait confié juste avant sa mort qu’elle était victime d’un odieux chantage. 

C’est la première fois, depuis que je lis les romans policiers d’Agatha Christie, que j’ai une bonne intuition concernant les suspects. Il faut dire qu’une remarque sur un blogue m’était restée en tête et m’a mise directement sur la bonne voie. Les lecteurs non avertis des stratagèmes de la romancière anglaise mettront peut-être plus de temps à élucider le meurtre. Fort heureusement, il me manquait les détails permettant de relier tous les évènements entre eux. J’ai donc pu savourer cette enquête comme il se doit, observer le fonctionnement des petites cellules grises de Poirot, m’amuser de son autosatisfaction et me réjouir de l’ironie corrosive de la Reine du crime. 

Mon défi Agatha Christie


📚D’autres avis que le mien chez Max et Amandine

📝Les romans d’Agatha Christie sur ce blog : Miss Marple au club du mardi, Un cadavre dans la bibliothèque, Mrs McGinty est morte, Associés contre le crime

📌Le Meurtre de Roger Ackroyd (Nouvelle traduction révisée de Françoise Jamoul). Agatha Christie. Le Livre de Poche, 320 pages (2021)

2026 sera classique aussi




Le Lecteur de cadavres. Antonio Garrido

Le Lecteur de cadavres. Antonio Garrido


Antonio Garrido nous entraîne dans la Chine du 12ème siècle, sous la domination de la dynastie des Song du sud. Le héros de son roman s’inspire d’un personnage réel, Song Ci, médecin, préfet et intendant judiciaire. Il fut l’auteur du premier traité de médecine légale au monde, le Xi Yuan Ji Lu (Le Recueil de cas d'injustice rectifiés ou Le Lavage des torts) utilisé comme référence officielle par des générations de fonctionnaires en Chine, en Corée et au Vietnam. Il a été traduit en plusieurs langues dont le Néerlandais, l’Allemand et l’Anglais et a servi de base à de nombreux manuels. C’est grâce à ce document qu’ Antonio Garrido a découvert l’existence de Song Ci, à l’occasion d’un congrès de médecine légale. Sa biographie lacunaire offrait une large place à l’imagination romanesque. L’écrivain espagnol a su l’exploiter pour en tirer un roman historique d’aventures, doublé d’une intrigue policière.

Song Ci se destinait aux études de droit et de médecine à l’université de Lin’an, la capitale de l’empire. Un décès dans sa famille et les traditions ancestrales l’obligent à rentrer dans sa province natale. Le jeune homme a peu d’appétence pour les travaux agricoles mais il doit abandonner son poste d’assistant auprès du juge Feng, un magistrat qu’il admire et respecte. Quelques mois après son retour à la campagne, son frère Lu est accusé de meurtre et ses parents meurent dans l’incendie de leur maison. Non seulement Ci est orphelin mais il doit prendre soin de sa sœur cadette atteinte d’une grave maladie. Lorsqu’il est accusé à tort d’escroquerie, notre héros n’a pas d’autre choix que de fuir le village. De retour à Lin’an, le jeune homme s’associe à un fossoyeur et devient lecteur de cadavres. Son habilité va le conduire jusqu’au palais impérial où il est contraint d’enquêter sur d’horribles meurtres. Soit il trouve le coupable et obtient ce dont il a toujours rêvé, soit il sera condamné à mort. 

El lector de cadaveres

Ce roman est très habilement construit mais il faut aller jusqu’au bout pour le comprendre. Dans un premier temps, j’ai eu l’impression de lire deux romans différents : la première moitié de l’ouvrage compte tous les ingrédients du roman d’aventures. Il faut attendre la seconde moitié du livre pour voir débuter l’enquête. Le quiproquo vient de la mention « policier » inscrite en couverture alors que l’auteur parle bien d’un roman historique dans la note en fin d’ouvrage. Il est vrai néanmoins qu’il y a une intrigue policière et même une énigme très bien ficelée. L’auteur a fait de minutieuses recherches et les a habilement exploitées. Les autopsies réalisées par Song Ci sont extrêmement réalistes. Les âmes sensibles seront peut-être rebutées par les descriptions de cadavres mais les méthodes d’investigations légales sont extrêmement intéressantes. Le lecteur pourrait s’impatienter parfois à cause de l’accumulation de malheurs qui frappent le héros et le machiavélisme des autres protagonistes avant de comprendre que rien n’est gratuit dans cette histoire. Antonio Garrido a tout pensé dans les moindres détails. 

💪Une lecture dans le cadre des challenges de lecture estivaux : Les épais de l’été et Les pavés de l’été.

📚D’autres avis que le mien via Babelio

📝Sur le même thèmeLe rêve du luth de jade de Paul Hurand & Par une nuit claire de Kim Yi-sak

📌Le Lecteur de cadavres. Antonio Garrido, traduit par Nelly et Alex Lhermillier. Le Livre de Poche, 768 pages (2015)

Aujourd'hui je participe à deux challenges de lecture


Rendez-vous avec le mal. Julia Chapman

Rendez-vous avec le mal. Julia Chapman


Je profite des vacances pour reprendre les aventures des détectives du Yorkshire là où je les avais laissées, c’est-à-dire juste après le Rendez-vous avec le crime. Cette lecture date un peu mais les comptes-rendus enthousiastes que je vois régulièrement passer sur les blogs sont autant de piqures de rappel en faveur de la série. 

Rendez-vous avec le mal, le second épisode, nous ramène donc dans la bourgade de Bruncliffe où le duo Delilah Metcalfe / Samson O'Brien partage un bail commercial. Delilah s’occupe de l'Agence de Rencontre des Vallons et Samson de l'Agence de Recherches du même nom. La jeune femme a néanmoins la fâcheuse tendance à fourrer son nez dans les affaires de son co-locataire et celui-ci squatte en secret l’appartement du dessus.  Calimero, le Braque de Weimar de Delilah souffre du syndrome d’abandon. L’hyperattachement que le chien  a développé vis-à-vis de sa maîtresse provoque des crises de stress et d’anxiété intenses lorsqu’il est livré à lui-même. Cette particularité peut provoquer des retournements de situations inattendues au cours d’une enquête délicate. Il se pourrait même que cette fois-ci, paradoxalement, elle sauve la mise aux humains. 

Delilah et Samson mènent de front une double mission. Leurs premières investigations concernent l’enlèvement de Ralph, un bélier de concours. Son pedigree le désigne comme un reproducteur idéal. Le fermier a payé cet animal une fortune et sa perte risque de le conduire à la ruine. La seconde enquête est plus personnelle puisqu’elle pointe vers la maison de retraite de Fellside Court où vit Joseph O’brien, le père de Samson. Alice Shepherd, l’une des résidentes, est décédée peu de temps après sa visite à l’agence de détective(s). Samson, qui n’avait pas pris sa requête au sérieux, commence à culpabiliser. La vieille dame n’était peut-être pas sénile finalement.  D’ailleurs, plusieurs incidents inquiétants gâchent fortement les préparatifs de Noël des séniors. 

Date With Malice

📚Quel plaisir de retrouver la petite communauté de Bruncliffe et surtout nos deux irrésistibles héros! Je crois bien que la série des détectives du Yorkshire est le Cosy Crime préféré de la blogosphère (voir les avis de Anne, Belette, Bianca, Cath L, Eimelle, Emilie, Keisha, Manou…). Je partage cet engouement car l’autrice ne confond pas feel good et gnangnantitude. J’aime la bienveillance des personnages, l’énergie de Delilah et le caractère énigmatique de Samson. Leur bluette platonique apporte un brin de fraîcheur liée à leur maladresse respective. L’intrigue policière n’est pas reléguée au second plan comme c’est parfois le cas dans les séries de ce genre. La bonne nouvelle, c'est qu'il me reste encore 8 tomes à lire: 

  • 1. Date with Death (2017) / Rendez-vous avec le crime ✔
  • 2. Date with Malice (2017) / Rendez-vous avec le mal ✔
  • 3. Date with Mystery (2018) / Rendez-vous avec le mystère
  • 4. Date with Poison (2019) / Rendez-vous avec le poison
  • 5. Date with Danger (2020) / Rendez-vous avec le danger
  • 6. Date with Deceit (2021) / Rendez-vous avec la ruse
  • 7. Date with Betrayal (2022) / Rendez-vous avec la menace
  • 8. Date with Evil (2023) / Rendez-vous avec le diable
  • 9. Date with Justice (2024) / Rendez-vous avec la justice
  • 10. Date with Destiny (2025) / Rendez-vous avec le destin

💪Cette agréable lecture me permet de participer au challenge Séries et trilogies de l’été, organisé par Philippe. 

📌Rendez-vous avec le mal (Les Détectives du Yorkshire - Tome 2). Julia Chapman, traduite par Dominique Haas et Stéphanie Leigniel. Robert Laffont, 408 pages (2018)

challenge Séries et trilogies de l’été organisé par Philippe.


Mrs. McGinty's Dead. Agatha Christie

Mrs. McGinty's Dead. Agatha Christie


💪J’ai pris beaucoup de retard sur le challenge Read Christie 2026 dédié à la Reine du crime. J’ai prévu de lire un roman par mois en me focalisant davantage sur Miss Marple (voir The Thirteen problems et The Body in the Library). J’ai également découvert le couple d’enquêteurs formé par Tommy et Tuppence Beresford (Partners in Crime). Finalement, j’ai eu envie de revenir à mon premier amour : le prétentieux Hercule Poirot. J’ai abandonné l’idée de suivre ses enquêtes dans l’ordre, d’autant que j’en ai déjà lu un certain nombre lorsque j’étais adolescente. C’est donc la couverture bucolique de Mrs. McGinty's Dead (Mrs McGinty est morte en version française) qui m’a fait chavirer. 

Paru en 1952 en version originale, Mrs. McGinty's Dead est le 28ème roman de la série. Autant dire que nous avons affaire à un détective aguerri dont les petites cellule grises sont bien entrainées. Et pourtant, notre cher Poirot, aussi clairvoyant soit-il, va ramer un peu pour élucider le meurtre de la vieille dame. 

McGinty est morte (Nouvelle traduction révisée)

Le détective belge a été sollicité par son ami, le Superintendent Spence, retraité de la police de Kilchester. L’enquêteur pense avoir fait une erreur judiciaire en arrêtant le locataire de Mrs. McGinty, un certain James Bentley. Le jeune homme a été déclaré coupable lors de son procès et condamné à mort. Poirot dispose donc de peu de temps avant l’exécution de la sentence pour trouver le véritable coupable. Or, les indices ne parlent pas en faveur de Bentley. Le jeune homme venait de perdre son emploi chez Breather & Scuttle. Il avait des dettes et plusieurs loyers de retard. Il était de notoriété publique que Mrs. McGinty ne faisait pas confiance aux banques et gardait un bas de laine dans une cachette sous le plancher. Son argent a été retrouvé chez le suspect après son meurtre. 

Hercule Poirot a d’autant plus de mal à se concentrer qu’il loge dans une chambre d’hôte bruyante dans le village de Broadhinny. La propriétaire de la résidence Long Meadows, Maureen Summerhayes, n’est pas hôtelière de métier. Elle est rentrée récemment d’Inde avec son époux et a hérité de la maison. C’est une logeuse charmante mais extrêmement désorganisée et une exécrable cuisinière. Elle a néanmoins des raisons d’être débordée puisqu’elle a perdu sa femme de ménage, Mrs. McGinty. La victime était employée de maison chez plusieurs notables du village. Pour des raisons que je divulguerai pas, Poirot à l’intuition que le meurtrier est l’un de ses anciens patrons. 

Hercule Poirot est prétentieux mais quel plaisir de le retrouver ! Comme toujours, il va mener son enquête avec doigté et diligence. La solution est délicieusement alambiquée et les ressorts de l’intrigue sont toujours les mêmes… pour notre plus grand plaisir ! Comme d’habitude, cette affaire va se terminer par une réunion en huis clos où le détective va exposer tous les éléments qui l’ont conduit jusqu’au coupable. Parmi les protagonistes principaux, nous retrouvons sa chère amie, Ariadne Oliver, autrice de romans policiers à succès dont le héros est l’enquêteur norvégien Sven Hjerson. C’est l’occasion d’une amusante mise en abîme puisque son œuvre doit être adaptée au théâtre par le fameux dramaturge Robin Upward, l’un des suspects de Poirot. Dans la vraie vie, une série TV scénarisée par Patrik Gyllström s’inspire du personnage inventé par notre romancière fictive !  Les protagonistes principaux sont incarnés par Johan Rheborg, Hanna Alström et David Fukamachi Regnfors. Ariadne Oliver, quant à elle, apparait dans la nouvelle The Case of the Discontented Soldier (1934) aux côtés de son ami Parker Pyne mais elle mène sa première enquête avec Hercule Poirot dans Cards on the Table (1936). Elle se retrouve finalement seule investigatrice dans The Pale Horse (1961).

💪Bianca et Belette ont été aussi bluffées que moi par l’habilité d’Agatha Christie à nous mener en bateau. Par ailleurs, la Reine du crime me permet de participer une nouvelle fois au challenge 2026 sera classique, organisé par Nathalie. Le roman a fait l’objet d’une nouvelle traduction en Français en 2023. Il a été porté à l’écran en 2008 au Royaume-Uni (Episode 11 de la première saison de la série Agatha Christie's Poirot) et en 2015 en France (Épisode 10 de la deuxième saison des Petits Meurtres d'Agatha Christie). 

📌Mrs. McGinty's Dead (A Hercule Poirot Mystery). Agatha Christie. William Morrow, 272 pages (2025)

2026 sera classique aussi
Challenge de lecture


Remède de Cheval. M. C. Beaton

Remède de Cheval. M. C. Beaton


💪Cette période de vacances estivales me fait pencher vers des lectures légères, sans lien avec l’actualité littéraire. C’est l’occasion de reprendre mes sagas policières là où je les avais laissées et de participer au challenge des Séries de l'été organisé par Philippe. Les enquêtes d’Agatha Raisin sont l’option idéale. Le premier tome, Quiche fatale, s’était avéré être un cosy Mystery distrayant et sans ambition littéraire particulière. Je retrouve donc l’héroïne de cette série anglaise dans Remède de cheval.

Vicious Vet
Nous voici de retour dans les Cotswolds, lieu de résidence d’Agatha Raisin. Cette quinquagénaire, un brin déjantée, a revendu son agence de communication londonienne pour financer sa retraite anticipée dans le pittoresque village de Carsely. Après une adaptation nécessaire à la vie provinciale, Agatha semble avoir trouvé ses marques au sein de la petite communauté. Elle continue de fréquenter la Société des Dames de Carsely, de fourrer son nez partout et de se montrer un peu trop empressée auprès de son séduisant voisin, le colonel James Lacey. Celui-ci s’emploie à l’éviter au maximum, créant des situations délicieusement rocambolesques. Frustrée, Agatha décide de se consoler avec le nouveau vétérinaire. Or, l’arrivée du praticien n’est pas passée inaperçue dans le village et son charme a déjà fait des ravages parmi les habitantes. Pourtant, la salle d’attente de la clinique vétérinaire va rapidement désemplir. Les méthodes de Paul Bladen choquent les propriétaires d’animaux domestiques. Lorsque le vétérinaire décède suite à une piqure d’étorphine destinée à un cheval de Lord Pendlebury, un doute s’insinue. S’agit-il vraiment d’un accident ? L’instinct aiguisé d’Agatha l’incite à fouiner dans les affaires de Bladen pour exhumer de vilains secrets. Et cerise sur le gâteau, son voisin préféré (le susdit James Lacey) est tout aussi curieux qu’elle de découvrir la vérité. Ils vont former un duo mal assorti, parfois maladroit, mais redoutablement efficace en matière d’investigations criminelles. Le sergent Bill Wong tente sans succès de les dissuader de poursuivre car ils enquêtent au péril de leurs vies.

Je n’ai petit reproche à faire à ce second volet et encore, il arrive fortuitement. Je trouve que l’intrigue à quelques similitudes avec celle de Coiffeur pour dames, le huitième tome que j’ai découvert avant celui-ci au travers de la série télévisée. J’apprécie beaucoup l’humour de M. C. Beaton même s’il est parfois familier. Son style est direct et le lecteur entre tout de suite dans le vif du sujet. Contrairement à certains Cosy Mysteries, il y a une véritable enquête, avec des interrogatoires de témoins qui tournent souvent à la catastrophe… pour notre plus grand bonheur. L’intrigue est rythmée et pétillante. Les personnages sont assez excentriques pour créer des situations relativement improbables dans la vraie vie et distraire le lecteur.  Bref, c’est une lecture idéale pour se détendre au bord de la piscine.

📌Remède de Cheval (Agatha Raisin enquête, Tome 2). M. C. Beaton, traduite par Esther Ménévis. Le Livre de Poche, 240 pages (2025)

Challenge Série de l'été


Les Morts ne chantent pas. Adler-Olsen, Holm & Bolther

Les Morts ne chantent pas. Adler-Olsen, Holm & Bolther


Les enquêteurs du département V sont dans une mauvaises passe. Ils sont retournés dans leur ancien local dans le sous-sol de l'hôtel de police et sont persuadés que la brigade sera bientôt dissoute. Il faut dire que l’équipe est réduite à la portion congrue. Carl Mørck, son pilier, a quitté le groupe pour écrire des polars inspirés de ses anciennes enquêtes. Gordon Taylor a demandé sa mutation dans le Jutland ce qui a permis d’être promu au grade de commissaire de police. Rose Knudsen et Hafez El-Assad sont les derniers des Mohicans. Les remplaçants envoyés par Terje Ploug, leur supérieur hiérarchique, n’ont pas tenu plus d’une semaine. Terje prétend néanmoins qu’il n’est pas à l’ordre du jour de fermer le département. D’ailleurs, il leur présente une nouvelle recrue. Il s’agit d’Helena Henry, une policière franco-danoise. Rose, malade et d’humeur massacrante, ne l’accueille pas à bras ouverts. Assad déchante après une opération en duo qui tourne mal suite à une imprudence d’Héléna. La policière s’avère à la fois peu subtile au cours des interrogatoires et très énigmatique le reste du temps. 

Døde sjæle synger ikke
En dépit de tous ces difficultés internes, le département V n’en poursuis pas moins ses missions avec l’efficacité qu’on lui connait. Carl, sollicité par l’une de ses lectrices, leur apporte d’ailleurs un cold case sur un plateau. Il s’agit d’une affaire de meurtre par compassion et d’un suicide qui remontent à 2019, soit 4 ans en arrière (nous sommes en 2023). Mais les investigations vont conduire les enquêteurs sur une piste bien plus ancienne. Dans les années 80, un groupe de jeunes choristes a été à l’origine d’un drame dans les détails nous sont révélés au compte-goutte au fil des pages. On sait en revanche que les victimes de 2019 était le chef de chœur et son épouse. Il s’agit d’une affaire de vengeance. 

Les Enquêtes du Département V devaient s’arrêter au bout de 10 tomes (7m² étant l’ultime épisode de la série). Il semblerait donc que Jussi Adler-Olsen ait changé d’avis et que ce 11ème volet soit en réalité le premier épisode d’un nouveau cycle. Le cliffhanger final laisse en fait peu de doute sur la poursuite de la série. Celle-ci a retrouvé un souffle grâce à la collaboration de Line Holm et Stine Bolther. La première a été journaliste d’investigation pendant plus de 20 ans et la seconde a autant d’expérience comme reporter judiciaire et criminelle. Il y a plusieurs clins d’œil des auteurs à leurs carrières respectives puisque Carl est devenu écrivain (les titres de ses premiers livres sont empruntés à ceux de la série : Miséricorde et Profanation) et il y a un journaliste parmi les protagonistes principaux du roman. 

J’ai apprécié le souffle narratif de ce nouveau volet qui m’a tenue en haleine jusqu’à la dernière page (et il y en a plus de 600). Les lecteurs qui suivent la série depuis le premier tome retrouveront leurs héros avec plaisir. Ceux qui la découvrent avec ce titre ne seront pas perdus pour autant. L’arrivée d’un nouveau membre au sein de l’équipe permet aux auteurs de se focaliser sur son histoire et gardant crédibles celles des autres personnages récurrents.

💪La lecture de ce gros polar me permet de faire une première proposition pour le challenge des Pavés de l’été 2026, sur le blog de La petite liste et le challenge des Séries de l'été 2026 chez Philippe. 

📌Les Morts ne chantent pas. Jussi Adler-Olsen, Line Holm et Stine Bolther, traduits par Caroline Berg. Albin Michel, 608 pages (2026)

Aujourd'hui je participe à deux challenges

Le rêve du luth de jade. Paul Hurand

Le rêve du luth de jade. Paul Hurand


Le songe du joueur de luth (le narrateur), nous fait voyager dans l’espace et le temps puisqu’il nous conduit dans la Chine ancienne. Les évènements qui nous sont rapportés ne sont pas sans rappeler les aventures du Juge Ti.

Le héros de cette histoire est le juge Wang Tingjian. Le magistrat  originaire de Huazhou est envoyé en mission à l’autre extrémité de l’empire par la cour métropolitaine de justice. Après un voyage de plusieurs jours en palanquin, le juge Wang débarque au Yamen (siège administratif) de  Langzhou, pour prêter main forte à son homologue le juge Fei Po. Il s’agit d’enquêter sur la mort de Zheng Luoming, fils d’un censeur impérial à la retraite.

« Après avoir passé avec succès les Examens Littéraires, Zheng Luoming avait décidé de voyager à travers l’empire pour connaître le monde et l’art. Il était, disait-on, doué pour la peinture et la poésie. Parti de Chang’an, son premier voyage l’amena vers l’ouest jusqu’à Langzhou. Plaines et montagnes s’y rencontrent, et la région offrait à l’amateur d’art des points de vue plus pittoresques les uns que les autres. La population était à moitié barbare, et certains jeunes gens trouvaient à ces villes frontalières un certain charme ; sans doute, pensa le juge, représentaient elles à leurs yeux le début d’un ailleurs, la porte de l’Occident, que peu de citoyens de l’empire avaient franchie. »

Le jeune homme se serait donné la mort au cours d’une réunion au sein du cercle littéraire qu’il fréquentait.  Celle-ci avait eu lieu dans un ancien monastère, propriété d’un citoyen fortuné, ex magistrat du district, appelé Hong Guo. Le corps avait été découvert par ses hôtes, dans une pièce hermétiquement fermée de l’intérieur. La thèse du suicide avait été néanmoins rejetée par le père de Zheng Luoming, visité nuitamment par le fantôme de son fils réclamant vengeance. Par ailleurs, un certain nombre d’éléments, dont la présence de Hong Guo soupçonné de corruption (il aurait tiré un profit financier de la paix avec les Turcs), ont plaidé en faveur de l’ouverture d’une nouvelle enquête. Or, dès l’arrivée du juge Wang, de nouveaux suicides sont à déplorer : celui d’un mendiant et celui d’un conseiller impérial à la retraite. Cela commence à faire beaucoup pour une tranquille ville de province !

Le résumé en 4ème de couverture précise que l’intrigue se situe 7ème siècle de notre ère alors que la dynastie Tang dirige l’Empire. Sauf si j’ai raté quelque chose, cela n’est pas très explicite dans le roman. Néanmoins, il y a quelques indices. On apprend que la capitale du moment est Chang’an (l'actuelle Xi'an) et que les conflits avec les Turcs sont apaisés. Or, on sait qu’en 630 l'empereur Taizong a écrasé les Turcs orientaux, un puissant empire des steppes, et apporté la paix à la frontière nord. Son règne (626-649) marque le début de l'âge d'or des Tang, dont l’apogée, appelée ère Kaiyuan, a été marqué par la prospérité et l'essor culturel. Justement, dans ce roman défilent de nombreux personnages emblématiques (lettrés, représentants du pouvoir impérial, marchands Sogdiens, courtisanes ...).

Le dépaysement est garanti d’autant que l’auteur prend soin du moindre détail. Par exemple, la journée est découpée en douze heures doubles : Zi, l’heure du rat (de 23h à 1h), Chou, l’heure du bœuf (de 1h à 3h), etc. Au début du roman, il y a également une carte de l’empire, un plan de Langzhou, une liste des principaux personnages et un calendrier des fêtes (Fête des lanternes, Festival des Bateaux dragons…).

Le cadre historique est donc parfaitement rendu. Le caractère un peu désuet de l’intrigue ajoute un charme supplémentaire à ce polar émaillé de citations poétiques. Il s’agit d’un premier roman bien maîtrisé qui rend un bel hommage à l’œuvre de Robert van Gulik. On y trouve d’ailleurs de nombreux éléments communs comme la présence du contrôleur des décès, le respect de la hiérarchie sociale, l’intégrité du héros, une touche d’érotisme, des scènes de ripaille, des bagarres, etc.

L’intrigue policière est complexe à souhait et pratiquement impossible à deviner sans l’aide du héros. J’ignore si l’auteur a prévu de donner une suite à cette première enquête mais je l’espère vivement.

📚D’autres avis que le mien via Babelio et Bibliosurf

📌Le rêve du luth de jade. Paul Hurand. Flammarion, 400 pages (2026)

Place de la victoire, 1936. Alexandre Courban

Place de la victoire, 1936. Alexandre Courban


Nous fêtons cette année les 90 ans du Front populaire, la coalition qui a conduit Léon Blum à la tête du gouvernement français. L’intrigue de ce roman policier socio-historique se situe dans ce contexte politique. 

« Plus d’un  demi-million de personnes avait convergé depuis la place de la Nation vers le Père-Lachaise. Plus tôt, la circulation automobile avait été interrompue sur la plus grande largeur du boulevard de Ménilmontant, depuis la place Auguste-Métivier jusqu’au boulevard de Charonne. Un bas-côté de la chaussée avait été réservé aux taxis, pour la plupart occupés par des jeunes qui s’égosillaient à chanter L’Internationale à tue-tête le poing levé. Le terre-plein central fourmillait d’une foule compacte. Coude à coude, communistes, socialistes, syndicalistes de toutes tendances se pressaient le long de l’enceinte de la nécropole, en s’efforçant de donner une bonne impression aux opérateurs des actualités filmées. Le lendemain, les journaux annonceraient en première page la participation de 600 00 personnes à ce rassemblement historique, occultant la bousculade survenue en fin de soirée entre militants de tendances divergentes. »

 

La une de l’Humanité du 8 juin 1936. Source : Gallica

En mai-juin 1936, pendant le grand mouvement de grève qui devait aboutir aux Accords de Matignon, un travailleur tombe du toit de son usine parisienne. La victime, Pierre Augustin, était rondier (gardien) à la Doyenne, l’usine automobile Panhard-Levassor, avenue d’Ivry. Cet alcoolique était un jongleur au sens figuré. Il mentait sur son identité et s’était parfois vanté d’un passé peu glorieux. Accident ou crime? Le commissaire Bornec et son adjoint, l’inspecteur principal Béziat, doivent mener leurs investigations à distance car il n’est pas question d’entrer dans les locaux occupés. Ils peuvent néanmoins compter sur l’aide de Gabriel Funel, journaliste à L’Humanité, et de sa compagne Camille Dubois, une ex ouvrière devenue photographe. Son ancien poste de peseuse à la Raffinerie de la Jamaïque à Ivry lui ouvre les portes des usines. 

Il s’agit de la 3ème enquête du  commissaire Bornec après Passage de l’Avenir, 1934 (Agullo, 2024) et Rue de l’Espérance, 1935 (Agullo, 2025). Mais au-delà de l’intrigue romanesque, somme toute assez secondaire, Alexandre Courban brosse un portrait très évocateur de cette époque mouvementée et pleine d’espoir. Il rend leur dignité aux Zoniers, les habitants des bidonvilles qui ceinturaient la capitale le long des fortifications de Thiers avant la construction du boulevard périphérique (au 19ème siècle la bande de terre située en avant des bastions qui correspondait à la zone de tir de canon était communément appelée la Zone). Alexandre Courban exhume la mémoire du prolétariat et du Paris populaire, celle des ouvriers et des métiers disparus (la dactylographe, la marchande de 4 saisons, le portefaix…). On y croise aussi des représentants hautement antipathiques d’Action française et des Camelots du roi, malgré l’interdiction de ces mouvements après l’agression de Léon Blum lors des obsèques de l'historien royaliste Jacques Bainville en février 1936. 

Alexandre Courban a l’art de restituer l’atmosphère de l’époque grâce à la description minutieuse des évènements et la présence de nombreux protagonistes mais aussi des évocations plus fugitives, des images en apparence anodines, des odeurs, etc. En revanche, l’enquête policière m’a semblée (trop ?) rondement menée. Le roman est court. Quelques pages supplémentaires pour l’étayer n’aurait pas été de trop. Ce bémol, si l’en est vraiment un, est largement compensé par le contexte historique passionnant, mais je préfère prévenir les amateurs de polars attachés aux intrigues complexes. 

📚D’autres avis que le mien chez Alex et Matatoune.

📌Place de la victoire, 1936. Alexandre Courban. Agullo Editions, 228 pages (2026)



Les Silencieuses. Anna McPartlin

Les Silencieuses. Anna McPartlin


Le matin du 21 janvier 1980, une jeune promeneuse fait une découverte macabre sur une plage du comté de Kerry en Irlande. Le cadavre meurtri d’un nouveau-né a été abandonné dans les bras d’une dune qui le protège mal du vent. Parce que deux de ses collègues masculins sont malades ou blessés, la "garda" Mary Shea est autorisée à se rendre sur les lieux avec l’agent Donal McCarthy (alias Dicey). Malgré l’horreur de la scène qui s’offrent à eux, la jeune policière sait qu’elle ne doit montrer aucune faiblesse. L’enquête va s’avérer aussi sinistre que le crime. Elle va lever le voile sur les dysfonctionnements du système judicaire, ainsi que sur les tabous d’une société patriarcale régentée par des règles religieuses explicites et implicites.

Décidément ce mois de mai me réserve bien des découvertes. Je ne connaissais pas la romancière irlandaise Anna McPartlin qui a pourtant publié plusieurs livres dont 5 traduits en Français. Il faut dire qu’elle a changé de registre avec ce polar inspiré d’un fait divers survenu à Cahersiveen, une bourgade située dans sa région natale. Son retentissement a largement dépassé les frontières du comté de Kerry. Ce cold case datant en réalité de 1984 a bouleversé l’opinion publique au point de remettre en cause le modèle social irlandais. De nouveaux éléments, liés aux analyses ADN, ont permis de relancer l’affaire à plusieurs reprises. Un documentaire en 3 épisodes, Murdered: The baby on the beach, a été diffusé sur Channel 4. 

Anna McPartlin prend néanmoins ses distances avec l’affaire des bébés du Kerry et en modifie plusieurs éléments au profit de l’intrigue romanesque. Le contexte reste au cœur du roman. En dépit des combats menés par les militantes féministes européennes au cours des décennies précédentes, on peut dire qu’il restait encore pas mal de boulot dans les années 80. Lors d’un referendum en 1983, les Irlandais ont voté en faveur de l'ajout d'une interdiction de l'avortement dans la Constitution. La contraception était illégale ; le divorce aussi. Les homosexuels n’avaient même pas droit de cité. 

The Silent Ones
Mary Shea, l’héroïne des Silencieuses, sait qu’elle devra abandonner son emploi dans la police si elle se marie. De toute façon,  la garda doit faire profil bat pour survivre dans cet univers exclusivement masculin et gangrené par un machiste décomplexé. Cela nécessite quelques arrangements au quotidien et surtout de fermer les yeux sur les débordements de ses collègues. Aussi atroce que cela paraisse, l’affaire Crónán (c’est le prénom que Mary donne au nourrisson pour qu’on puisse le baptiser avant de l’enterrer) est une opportunité pour cette jeune flic de 28 ans. Pour la première fois depuis son entrée dans la police, on l’autorise à se rendre sur le terrain et à interroger les témoins. Elle enquête en binôme avec l'inspecteur Matt Foley, détaché de Dublin avec l’ensemble de son équipe. Il a immédiatement flairé les compétences et le bon sens de Mary. Par ailleurs, sa féminité est en atout non négligeable dans cette affaire… n’en déplaise à ses collègues ! 

Anna McPartlin a construit son intrigue d’une main de maître. Elle a évité les écueils du voyeurisme et des personnages caricaturaux. Elle montre bien comment le crime sert de révélateur à une communauté désunie, bourrée de préjugés et liberticide. Sur le site de la maison d’édition Penguin, j’ai appris qu’un 2ème volet de la série Mary Shea, intitulé Her Final Hours,  doit paraître d’ici l’horizon 2027. J’en ai pris bonne note. 

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📌Les Silencieuses. Anna McPartlin, traduite par Valérie Le Plouhinec. Le Cherche Midi, 408 pages (2026)


Strange Buildings. Uketsu

Strange Buildings. Uketsu


Strange Buildings est le 3ème roman d’Uketsu après Strange Pictures (les avis de Sibylline, Fanja, Keisha et Alex) et Strange Houses (les avis de JuMarie et du Maki). L’auteur est un youtubeur aussi excentrique qu’énigmatique qui se cache derrière un masque immaculé. Au Japon, les 3 titres ne sont pas parus dans le même ordre qu’en France mais ce n’est pas très important pour la compréhension du présent ouvrage. 

Le narrateur de Strange Buildings prétend avoir reçu de nombreuses sollicitations après la parution de Strange Houses (le titre qui lui a apporté le succès dans son pays). Ses lecteurs lui soumettent des énigmes en rapport avec des plans de logements un peu bizarres: niches inutiles, pièces secrètes et couloirs sans issue semblent cacher des mystères inquiétants. Le romancier explique en avoir sélectionné quelques-uns parmi une multitude qui ont particulièrement retenu son attention. Il s’agit des documents 1 à 11, des comptes rendus d’enquêtes qui correspondent aux numéros de chapitres du livre. On pense d’abord que les investigations constitueront autant de nouvelles indépendantes au sein du recueil… mais il est écrit thriller au singulier sur la couverture ! 

Hen na ie 2
Le narrateur interview ses correspondants pour en savoir un peu plus sur leurs histoires familiales et tenter de décrypter l’énigme de l’agencement des pièces. Il se rend sur place, fait des recherches sur internet, rencontre des proches de ses correspondants et fouine dans les bibliothèques locales. Des théories apparaissent mais restent insatisfaisantes. Or, au fil des pages, des connections inattendues se dessinent entre les 11 plans retenus… 

Cela n’a pas été facile de résumer un roman comme celui-ci. Sa construction, comme l’intrigue, sont très originales. Il y a de nombreux plans de maisons ce qui permet au lecteur de se repérer et de comprendre toutes les connections qui ne manqueront pas d’apparaitre au fur et à mesure de la narration. Le dernier chapitre, intitulé Les déductions de Kurihara, ressemble un peu à la conclusion d’un roman d’Agatha Christie, sauf que les personnages principaux sont les plans des maisons. On examine les secrets de chacun pour arriver à dénouer les fils du mystère original. Kurihara est présenté comme un ami architecte du narrateur. Il extrêmement clairvoyant.  

Strange Buildings est une expérience de lecture qui pourrait sembler un peu déroutante de prime abord mais l’ouvrage est en réalité très fluide. La narration est constituée en grande partie d’interviews et de schémas. L’envie de dénouer le mystère est renouvelée à chaque nouvelle affaire que traite le narrateur. La dernière partie est un peu plus fastidieuse mais nécessaire car elle reprend tous les éléments du puzzle pour les expliquer un à un et les relier entre eux. Ce roman m’a donné très envie de découvrir les 2 autres titres de la série. Il semblerait qu'un quatrième roman soit paru en japonais (Hen na chizu ou Strange Maps). Il existe enfin  une adaptation de Strange Houses en manga

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📌Strange Buildings. Uketsu, traduit par Amana Renhall. Seuil, 352 pages (2026)


Déferlante. Céline Denjean

Déferlante. Céline Denjean


Céline Denjean est l’une des co-fondatrices des Louves du polar, un collectif qui s’est donné pour mission de promouvoir les autrices de romans policiers. Son dernier roman, intitulé Déferlante, ne nous conduit pas en pleine mer mais sur la côte bretonne dans un triangle formé par Plouguerneau, Roscoff et Morlaix. Il y a quelques allers-retours à Paris, car l’une des protagonistes est une actrice célèbre, et de nombreux va-et-vient entre passé et présent. Le titre du roman tient en fait à la vague d’évènements tragiques qui touche une famille de notables bretons : c’est la loi des séries comme le répètent les personnages à tour de rôle. Selon l’américain Edward A. Murphy Jr., « S'il existe au moins deux façons de faire quelque chose et qu'au moins l'une de ces façons peut entraîner une catastrophe, il se trouvera forcément quelqu'un quelque part pour emprunter cette voie. » Cet adage résume assez bien la mécanique de l’intrigue imaginée par Céline Denjean. 

Le roman commence par un enterrement et une phrase sibylline en quatrième de couverture  pourrait faire croire au lecteur que le décès d’Alessandro Chavez, héritier trentenaire d’une entreprise de chantier naval, serait le déclencheur du raz de marée dramatique touchant sa famille et sa belle-famille. Peut-on recevoir « la malédiction en héritage »? La narratrice nous révèle assez tôt qu’il faut chercher le grain de sable ailleurs. Cloé Delaroche, la jeune veuve, est une ancienne enfant-star qui tente de relancer sa carrière après plusieurs années d’absence au cinéma. Son mariage avec Alessandro Chavez battait de l’aile depuis longtemps et le couple se  déchirait pour la garde de leur fils Gustave, âgé de 9 ans. Albertina Chavez est persuadée que sa belle-fille est à l’origine de l’accident de jogging qui a emporté Alessandro. Le jour des funérailles, la comédienne est victime d’un kidnapping destiné à extorquer la coquette somme de 800 000 euros à son père. Pierrick Delaroche a hérité d’un compte off-shore au Panama. Une situation extrêmement embarrassante pour ce magnat de la presse bretonne, qui se targue d’être un homme éthique. Qui pouvait être au courant qu’il disposait de cet encombrant pactole auquel il refusait de toucher ? Son demi-frère, Charles Roux, un voyou notoire qui a été exclu du partage patrimonial ? 

Je découvre la plume de Céline Denjean au travers de ce roman addictif, dont la construction originale est néanmoins déstabilisante. Les personnages sont pris dans une tempête d’évènements criminels dont l’inéluctable trajectoire nous est rapportée par une narratrice inconnue, sans doute une sorte d’alter ego de l’autrice. Elle multiplie les flashbacks, un procédé narratif qui entretient à la fois le suspense et cette sensation d’être pris dans un mouvement pendulaire comparable à une marée de plus en plus forte. Il n’y a plus qu’à se laisser guider, d’autant que la romancière, maligne, a prévu un repêchage pour le lecteur égaré. Sa narratrice s’entretient avec un certain Lecuret qui tente de rassembler les pièces du puzzle narratif et interroge son interlocutrice sur les indices qu’elle a semés au fil de son récit. L’exercice était périlleux mais le résultat est assez crédible. Je me suis parfois perdue dans les méandres de l’intrigue mais je reconnais que j’ai été bluffée par les subterfuges narratifs de l’autrice et sa maîtrise de l’ensemble. 

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📌Déferlante. Céline Denjean. Michel Lafon, 464 pages (2026)


Une jeune fille sans histoires. Shari Lapena

Une jeune fille sans histoires. Shari Lapena


Il n’y a pas grand-chose à faire dans la bourgade de Fairhill dans le Vermont où tout le monde se connait. Le centre-ville est constitué d’une rue principale bordée de quelques commerces. Il y a une épicerie, un magasin de bricolage, une animalerie, un cinéma et plusieurs restaurants. Les lycéens sont trop jeunes pour fréquenter les pubs et trop vieux pour rentrer tôt à la maison le vendredi soir. Alors Diana Brewer et sa bande d’amis se retrouvent dans le cimetière où ils se racontent des histoires de fantômes* en buvant l’alcool déniché dans les placards parentaux. Un matin d’automne, la jeune fille découvre qu’elle flotte au-dessus de son propre cadavre. C’est Roy, un fermier du coin, qui la découvre gisant au milieu de son champs, après avoir fait fuir les corbeaux qui profanaient son corps nu. Diana comprend qu’elle a été assassinée. 

What Have you done. Shari Lapena
L’enquête se focalise rapidement sur trois suspects. Cameron, le petit ami possessif, Brad Turner, le prof de gym abusif et Joe Prior, un marginal qui harcelait la jeune fille depuis plusieurs semaines. Leurs proches finissent par douter. Parents, enseignants, amis, et collègues prennent la parole à tour de rôle mais tous les narrateurs disent-ils la vérité ? Petits et vilains secrets sont dévoilés au fil des pages. Il s’avère que Diana elle-même était moins lisse qu’il n’y paraissait. La lycéenne observe ce petit monde depuis l’au-delà, impuissante à communiquer directement avec ses proches et incapable de raviver ses souvenirs. Le meurtrier se cache-t-il au sein de la paisible communauté de Fairhill ?

En dépit de la touche gothique qui fait référence au folklore de la Nouvelle-Angleterre, je dirais que le roman de Shari Lapena est un thriller domestique relativement classique. Certes, la petite communauté de Fairhill s’avère moins paisible qu’on pouvait l’imaginer de prime abord et c’est ce qui rend ce polar si addictif. La romancière traite quelques sujets de société comme le harcèlement ou la pédophilie. La démarche est louable mais on ne peut dire qu’il y ait matière à débat. Le lecteur est néanmoins fasciné par ce microcosme qui s’obscurcit et se délite. Il s’interroge sur la manière dont il aurait lui-même réagit face à une situation similaire. Il est d’autant plus facile de s’identifier aux personnages puisque le roman est construit autour d’une narration polyphonique. Tous ces éléments mis bout à bout sont très efficaces. Il ne faut pas en attendre davantage et cela me convient parfaitement. 

* J'ai retrouvé l'une des histoires évoquées par notre groupe d'ados, Le pont d'Emily ici

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📌Une jeune fille sans histoires. Shari Lapena, traduite par Romane Lafore. Presses de la Cité, (2026)


Douze ans après. Lisa Gardner



Je vous avais dit que je m’étais attachée à l’héroïne atypique de Lisa Gadner. Frankie Elkin n’est ni une policière ni une véritable détective privée. C’est une baroudeuse, une ancienne alcoolique dont le crédo est en rapport avec les disparitions qui n’intéressent personne. Notre Don Quichotte féminin vient en aide aux marginaux, aux déshérités, aux personnes issues de minorités ethniques, aux anciens junkies, etc. C’est un passe-temps dangereux et nullement rémunérateur.

Après la jungle urbaine de Boston (L’été d’avant) et les montagnes sauvages du Wyoming (Dernière soirée), Frankie se rend dans une île paradisiaque, à une heure de vol d’Honolulu. Elle a été mandatée par "La Bouchère du Texas", une tueuse en série qui va bientôt passer du couloir de la mort à la chaise électrique. Cette psychopathe qui a tué et découpé ses amants pour les donner à manger à ses cochons a un talon d’Achille : sa petite sœur Léa ou Leilani (son prénom hawaïen) qui a disparu 12 ans plus tôt, à l’âge de 5 ans. A l’époque, Kaylee Pierson, notre condamnée à mort, était la maîtresse du richissime Sanders MacManus. Lorsque leur liaison a tourné au drame, elle a dû rentrer chez elle au Texas mais sans sa sœur cadette. Elle pense qu’il la détient toujours contre son gré. Frankie dispose de 3 semaines avant l’exécution de Kaylee. 

Still See You Everywhere
Notre héroïne est d’abord réticente à venir en aide à une meurtrière mais elle pense à Léa / Leilani qui est peut-être victime d’un pédophile. Elle accepte donc de se rendre sur l'atoll Pomaikai, au milieu de l’océan Pacifique, ou MacManus projette de construire un écolodge de luxe.  Le magnat de la tech et de l’immobilier est censé s’y rendre régulièrement avec "sa pupille". Frankie se fait embaucher comme aide cuisinière/barmaid/lingère. Pour l’instant, l’équipe est réduite car il faut déterminer dans quelle mesure le projet immobilier va bouleverser la flore et la faune ou si le site accueille des vestiges archéologiques à protéger.

Il s’agit donc d’un huis clos insulaire. L’île paradisiaque se transforme bientôt en un lieu cauchemardesque envahi de d’énormes crabes de cocotiers (ces monstres existent vraiment et peuvent vous sectionner un doigt avec leurs pinces) et d’araignées loups qui squattent les bungalows du personnel. La nature luxuriante se fait de plus en plus menaçante, l’humidité et la chaleur épuisent l’équipe et l’iode marin détériore le matériel comme les constructions… à moins qu’un saboteur ne se cache parmi le personnel ? Enfin, en vertu de la loi des séries, l’atoll est balayé par une tempête tropicale qui isole encore davantage ses occupants au pire moment imaginable.

Ce troisième volet ne m’a pas déçue. La tension monte crescendo et le roman s’achève par une chasse à l’homme digne des meilleurs scénarios de cinéma. 

💪J'ai lu ce roman dans le cadre de l'American Year Saison 3.

📚Un autre avis que le mien chez Belette 

📌Douze ans après. Lisa Gardner, traduite par Cécile Deniard. Albin Michel, 464 pages (2026)

American Year Saison 3