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Le Lecteur de cadavres. Antonio Garrido

Le Lecteur de cadavres. Antonio Garrido


Antonio Garrido nous entraîne dans la Chine du 12ème siècle, sous la domination de la dynastie des Song du sud. Le héros de son roman s’inspire d’un personnage réel, Song Ci, médecin, préfet et intendant judiciaire. Il fut l’auteur du premier traité de médecine légale au monde, le Xi Yuan Ji Lu (Le Recueil de cas d'injustice rectifiés ou Le Lavage des torts) utilisé comme référence officielle par des générations de fonctionnaires en Chine, en Corée et au Vietnam. Il a été traduit en plusieurs langues dont le Néerlandais, l’Allemand et l’Anglais et a servi de base à de nombreux manuels. C’est grâce à ce document qu’ Antonio Garrido a découvert l’existence de Song Ci, à l’occasion d’un congrès de médecine légale. Sa biographie lacunaire offrait une large place à l’imagination romanesque. L’écrivain espagnol a su l’exploiter pour en tirer un roman historique d’aventures, doublé d’une intrigue policière.

Song Ci se destinait aux études de droit et de médecine à l’université de Lin’an, la capitale de l’empire. Un décès dans sa famille et les traditions ancestrales l’obligent à rentrer dans sa province natale. Le jeune homme a peu d’appétence pour les travaux agricoles mais il doit abandonner son poste d’assistant auprès du juge Feng, un magistrat qu’il admire et respecte. Quelques mois après son retour à la campagne, son frère Lu est accusé de meurtre et ses parents meurent dans l’incendie de leur maison. Non seulement Ci est orphelin mais il doit prendre soin de sa sœur cadette atteinte d’une grave maladie. Lorsqu’il est accusé à tort d’escroquerie, notre héros n’a pas d’autre choix que de fuir le village. De retour à Lin’an, le jeune homme s’associe à un fossoyeur et devient lecteur de cadavres. Son habilité va le conduire jusqu’au palais impérial où il est contraint d’enquêter sur d’horribles meurtres. Soit il trouve le coupable et obtient ce dont il a toujours rêvé, soit il sera condamné à mort. 

El lector de cadaveres

Ce roman est très habilement construit mais il faut aller jusqu’au bout pour le comprendre. Dans un premier temps, j’ai eu l’impression de lire deux romans différents : la première moitié de l’ouvrage compte tous les ingrédients du roman d’aventures. Il faut attendre la seconde moitié du livre pour voir débuter l’enquête. Le quiproquo vient de la mention « policier » inscrite en couverture alors que l’auteur parle bien d’un roman historique dans la note en fin d’ouvrage. Il est vrai néanmoins qu’il y a une intrigue policière et même une énigme très bien ficelée. L’auteur a fait de minutieuses recherches et les a habilement exploitées. Les autopsies réalisées par Song Ci sont extrêmement réalistes. Les âmes sensibles seront peut-être rebutées par les descriptions de cadavres mais les méthodes d’investigations légales sont extrêmement intéressantes. Le lecteur pourrait s’impatienter parfois à cause de l’accumulation de malheurs qui frappent le héros et le machiavélisme des autres protagonistes avant de comprendre que rien n’est gratuit dans cette histoire. Antonio Garrido a tout pensé dans les moindres détails. 

💪Une lecture dans le cadre des challenges de lecture estivaux : Les épais de l’été et Les pavés de l’été.

📚D’autres avis que le mien via Babelio

📝Sur le même thèmeLe rêve du luth de jade de Paul Hurand & Par une nuit claire de Kim Yi-sak

📌Le Lecteur de cadavres. Antonio Garrido, traduit par Nelly et Alex Lhermillier. Le Livre de Poche, 768 pages (2015)

Aujourd'hui je participe à deux challenges de lecture


Les nuits de Topkapi. Jean-Paul Brighelli

Les nuits de Topkapi. Jean-Paul Brighelli


Cela faisait longtemps que je n’avais pas mis le nez dans un bon roman d’aventures. Celui-ci nous conduit au cœur de l’empire Ottoman à la fin du 17ème siècle. 

Balthazar Herrero, espion et médecin de Sa Majesté, est missionné par le marquis de Louvois pour négocier avec la Sublime Porte. Sous couvert de rapatrier la dépouille du défunt ambassadeur de France, il doit convaincre le Sultan, par l’intermédiaire de son grand vizir, de s’allier à Louis XIV contre la Ligue d'Augsbourg. Il s’agirait de prendre les troupes des Autrichiens en tenaille. Mais, si le Roi-soleil est à l’apogée de sa puissance, les Ottomans subissent quelques revers politiques et militaires. 

Notre héros est invité à accompagner le vizir Sari Süleyman Pacha sur le champ de bataille de Mohács en Hongrie. C’est ainsi qu’ il assiste à la défaite de l’armée Ottomane contre les forces de l'armée impériale du Saint Empire romain germanique. Cette lourde défaite va porter un coup d’arrêt à l’expansion turque en Europe. Sari Süleyman Pacha prend la fuite avant d’être rattrapé à Belgrade puis condamné à mort. Le sultan Mehmed IV est déposé peu de temps après et remplacé par son frère, le faible Soliman II. A peine installé sur le trône, celui-ci doit faire face à une grave révolte des janissaires. 

Tous ces évènements ne facilitent pas la mission de Balthazar Herrero mais notre espion n’est pas homme à se décourager. Aidé de son fidèle Gaspard, un huguenot qu’il a arraché aux galères de Sa Majesté, le rusé médecin français, va devoir utiliser de nombreux détours pour parvenir à ses fins. C’est ainsi qu’il se trouve impliqué dans les complots internes de la Sublime Porte, le rachat d’une jeune esclave grecque et l’élimination du chef de la secte des Hashichins. 

Ces péripéties le conduisent du palais de Topkapi à Constantinople jusqu’à Alexandrie, en passant par Smyrne (au moment du séisme) et la forteresse de Baghras. Parmi ses compagnons de route, dont Gaspard et la belle Haydée, il y a le bibliothécaire de l’ambassade de France, un certain Antoine Galland. Cet orientaliste érudit se pique de traduire un vieux manuscrit intitulé Les Mille et une nuits dont il régale ses acolytes. C’est sans doute cette anecdote qui donne son titre au roman de Jean-Paul Brighelli.

Quel plaisir de lecture ! Le rythme est effréné, comme il se doit dans un roman d’aventures,  et j’ai tout suite été happée par les moultes péripéties auxquelles est confronté notre sympathique groupe de compagnons. Balthazar Herrero n’est pas sans rappeler un peu Jean-Baptiste Poncet, jeune médecin des pachas du Caire, dans L'Abyssin de Jean-Christophe Rufin. Le roman m’a également fait penser aux aventures d’Antoine Petitbois, espion de Richelieu, dans l’œuvre de Jean-Michel Riou (1630, la Vengeance de Richelieu et 1658, l'Éclipse du Roi-Soleil). 

Les personnages et les ressorts de l’intrigue ne sont peut-être pas originaux mais la plume enlevée de Jean-Paul Brighelli est un régal pour le lecteur. Une partie du roman se présente sous la forme épistolaire et la narration est truffée d’anecdotes historiques qui en sont le sel. D’après ce que j’ai compris, il s’agit en réalité de la seconde aventure de Balthazar Herrero. Avant Les nuits de Topkapi, le médecin du roi s’est déjà illustré dans Soleil noir pour défendre les villages martyrs huguenots. 

📚Un autre avis que le mien chez Patsy Monsoon

📌Les nuits de Topkapi. Jean-Paul Brighelli. L'Archipel, 360 pages(2025)


L'Ile mystérieuse. Jules Verne

L'Ile mystérieuse. Jules Verne


 L’île mystérieuse est certainement la Robinsonnade la plus connue de Jules Verne. Treizième volet des Voyages extraordinaires, ce roman d’aventure nous conduit quelques part au large de la Nouvelle-Zélande, au cœur du Pacifique sud. Nous sommes en mars 1865, à la fin de la guerre de Sécession. 

Un groupe de soldats et sympathisants nordistes, prisonnier des troupes confédérées à Richmond, décide de  fuir le siège militaire à bord d’un aérostat. Malheureusement pour nos courageux évadés, le ballon est pris dans un terrible ouragan. Au bout de 4 jours de dérive incontrôlée, l’engin s’échoue sur les côtes d’une île inconnue. L'ingénieur Cyrus Smith et son chien Top ont été emportés par les flots, loin de leurs compagnons d’infortune. Les 4 autres rescapés partent immédiatement à leur recherche. Il y a parmi eux Nab, le fidèle serviteur de Cyrus, le journaliste Gédéon Spilett, le marin Pencroff, et un adolescent nommé Harbert. Leur survie dépend beaucoup des compétences de l’ingénieur. Heureusement, celui-ci a échappé miraculeusement à la noyade. D’ailleurs, la petite équipe va bientôt s’apercevoir qu’elle bénéficie d’une chance providentielle… à moins qu’il ne s’agisse d’autre chose ? Mais, pour l’heure, il s’agit d’organiser la survie de la petite colonie. 

Le roman fait plus de 800 pages mais on ne s’y ennuie jamais grâce à la plume enlevée de Jules Verne. Le récit est divisé en 3 parties qui correspondent aux premières publications de l’œuvre dans la revue littéraire Magasin d’éducation et de récréation : Les naufragés de l’air (1874), L’Abandonné (1875) et Le secret de l’île (1875). Jules Verne s’attarde un bon moment sur l’installation des colons, la manière dont il s’approprie l’île au fil de leurs explorations et comment ils utilisent ses ressources naturelles. On est bluffé par l’abnégation, le courage et les compétences des personnages. Tous semblent de nature sociable et la vie de la communauté s’en trouve grandement facilitée. Comme souvent dans l’œuvre de Jules Verne, le récit foisonne de connaissances. Le contexte implique qu’elles se concentrent sur la géographie, la géologie, la botanique, la zoologie mais aussi la physique et la chimie. Tous ces éléments, (les qualités des personnages et les aspects pédagogique du roman) sont sans doute emblématique de la littérature de jeunesse du 19ème siècle. Pour autant, le lecteur contemporain ne se sent pas étranger au récit. Bien au contraire, il est totalement embarqué par la narration ! 

Par ailleurs (et je n’en dirai pas trop à ce sujet pour ne pas divulgâcher l’intrigue), Jules Verne nous régale de plusieurs surprises dont un petit clin d’œil aux Enfants du capitaine Grant et un lien avec un autre de ses romans précédents parmi les plus célèbres. Les facéties de l’auteur reflètent sans doute son plaisir à écrire et à partager ses découvertes scientifiques et culturelles avec le lecteur. J’ai lu très peu de roman de Jules Verne mais je peux au moins dire que j’ai préféré L’île mystérieuse au Château des Carpathes, à Vingt Mille Lieues sous les mers et à Voyage au centre de la terre

💪Grâce à L’île mystérieuse, je peux m’enorgueillir d’avoir relevé une série de défis littéraires : Le challenge Jules Verne, Les pavés de l’été, Les épais de l’été et le Book Trip en mer.  

📌L'Ile mystérieuse. Jules Verne. Le Livre de Poche, 826 pages (2002)

Les challenges de l'été 2025


A la lisière du monde. Ronald Lavallée

A la lisière du monde. Ronald Lavallée


A la veille de la première guerre mondiale, Matthew Callwood, fils d’un magistrat canadien, s’engage dans la police pour servir la couronne britannique mais surtout pour fuir une déception amoureuse. Il part pour une mission de deux ans dans le Grand Nord. Or, si son éducation bourgeoise lui a donné des principes moraux stricts et l’assurance d’être né pour commander, rien dans sa vie douillette de privilégié ne l’a préparé à la rusticité du lieu, la rudesse des hommes et la rigueur du climat. 

Callwood comprend très vite que son prédécesseur, un certain Suchenko, s’est contenté de végéter dans l’oisiveté en attendant la fin de son service. Le bonhomme est cynique. Il n’aime ni les Britanniques, ni les Français Canadiens, ni les peuples autochtones… et a renoncé à poursuivre les trafiquants d’alcool. A l’instar d’Harvey, son second, Suchenko a passé la majeure partie de son temps chez Fran, une prostituée au grand cœur. La capitaine Callwood n’a bien sûr pas du tout la même vision de sa mission. 

Lassé d’attendre que le temps passe au poste de commandement (en fait, une vieille cahute sans confort), le jeune capitaine décide de traquer Moïse Corneau, la légende locale. L’homme aurait assassiné sa femme et son bébé avant de disparaître dans la nature. Depuis, son Aura hante les lieux. Tous les crimes non élucidés lui sont imputés et il fait figure de père fouettard dont on menace les enfants désobéissants. Callwood, lui, voit dans cette aventure, l’occasion de se distinguer et de rentrer chez lui avec une belle promotion. 

Je découvre Ronald Lavallée à travers ce palpitant roman d’apprentissage. Les personnages sont crédibles dans leur ambivalence, se montrant capable du meilleur comme du pire. Néanmoins, c’est bien du héros, Matthew Callwood, dont on s’entiche le plus facilement. L’homme est jeune, idéaliste et fougueux mais aussi entêté jusqu’à la folie. Son récit m’a ballotée d’un sentiment à l’autre, oscillant entre empathie, indignation et effroi. Et j’ai tourné les pages de ce livre sans même m’en rende compte ! C'est un gros coup de cœur. 

📚Un autre avis que le mien chez Sacha

📝Sur le même thème : Une saison pour les ombres Une saison pour les ombres de R.J. Ellory

📌A la lisière du monde. Ronald Lavallée. Presses de la Cité, 368 pages (2024) / Tous des loups. Editions Fides, 328 pages (2022)

Une odyssée du Grand Nord. Jack London

Une odyssée du Grand Nord. Jack London

La collection folio à 2/3 euros permet d’accéder, par la lorgnette, à des auteurs classiques et contemporains. Il s’agit de roman courts, de nouvelles et/ou de textes méconnus. L’opus que j’ai choisi aujourd’hui propose justement deux nouvelles de Jack London extraites du tome 1 de Romans, récits et nouvelles dans la Bibliothèque de la Pléiade. En version originale, elles sont parues dans des magazines avant d’être réunies en avril 1900 dans un recueil intitulé The Son of the Wolf (Le fils du loup). 

La premier texte, The White Silence (Le Silence blanc) a été publié en février 1899 dans le mensuel Overland Monthly. Il met en scène un trio de personnages, Malemute Kid, Mason et son épouse indienne Ruth, confrontés à la dure réalité de la nature sauvage. Voyageant en traîneau, sur les pistes du Grand Nord Canadien, ils espèrent rejoindre une zone habitée avant le printemps. Malheureusement pour eux un arbre s’écroule et blesse mortellement Mason. Ses compagnons devront l’abandonner sur-place s’ils veulent survivre. Cette nouvelle ne fait pas qu’évoquer l’univers des trappeurs et des chercheurs d’or, il est aussi question des rapports humains. Jack London nous parle ici de la solidarité entre les hommes, des rapports entre autochtones et migrants mais aussi de la condition féminine.

Le second texte, An Odyssey of the North (Une odyssée du Grand Nord) a d’abord été publié en janvier 1900 dans le mensuel The Atlantic. On y retrouve Malemute Kid mais il n’y joue pas le premier rôle et se contente en quelque sorte de celui de passeur d’histoires. Le héros ici est un chef indien appelé Naass. Il raconte comment sa promise, Unga, a été enlevée par un aventurier d’origine scandinave, Axel Gunderson, le jour de son mariage. Cette union était essentielle pour garantir la paix au sein de son peuple et Naas a payé une forte dot pour la conclure. Aussi, le chef d’Akatan se décide-t-il à partir à la recherche d’Unga. Cette quête va le conduire, sur terre et sur mer, jusqu’au Japon et en Sibérie. Et pendant que les fugitifs font fortune, Naas vit à la limite de la misère mais sans jamais abandonner la course. Il lui faudra de longues années avant de retrouver Unga à Dawson au Yukon.  

J’ai adoré ce bref périple littéraire à travers le Grand Nord Canadien. Jack London décrit très bien les conditions de vie difficiles, le froid, la nature cruelle, etc. C’est un univers particulier, paradoxalement confiné dans les grands espaces puisqu’il s’agit de huis clos ne réunissant que quelques personnages à chaque fois. Dans la seconde nouvelle, les hommes écoutent l’histoire qu’il leur est contée, calfeutrés dans une cabane, autour d’un feu réconfortant. Dans la première, le silence crée une atmosphère ouatée, presque étouffante en dépit de la neige et de la glace omniprésentes. C’est le génie de Jack London de créer ces univers en quelques touches précises. Cela donne envie de se frotter au reste de son œuvre.

Ces deux nouvelles sont également publiées dans Le fils du loup dans l’édition jeunesse de Gallimard. Le recueil figure dans la liste des titres recommandés par le Ministère de l’Education Nationale pour les élèves de 5ème (dès 12 ans donc).

💪Pour plus d'informations sur l'œuvre de l'écrivain américain, voir le bilan du challenge Jack London organisé par Claudialucia.  

📌Une odyssée du Grand Nord précédé de Le Silence blanc. Jack London, traduit par François Specq. Folio, 112 pages (2024)



Pour mourir, le monde. Yan Lespoux

Pour mourir, le monde. Yan Lespoux


Roman historique et épopée maritime, ce livre nous conduit aux quatre coins du monde où une série de personnages affrontent mille dangers. Le titre est tiré d’une citation du prêtre jésuite portugais, Antonio Vieira (1608-1697) : « Un lopin de terre pour naître ; la Terre entière pour mourir. Pour naître le Portugal ; pour mourir, le Monde. ». 

Le récit débute en janvier 1627, par le terrible naufrage d’un riche navire portugais sur les côtes du Médoc. Quelques années plus tôt, un jeune garçon nommé Fernando Texeira quitte Lisbonne à bord d’un bateau en partance pour les Indes, sous les ordres du capitaine Manuel de Meneses. A bord, notre héros fait la connaissance de Simão Couto dont il devient vite inséparable. Une suite d’évènements conduit nos deux soldats au large des côtes africaines où ils font naufrage, puis à Goa où ils espèrent faire fortune avant de renier la religion catholique et de s’engager comme mercenaires au service du sultan de Bijapur. A l’autre bout du monde, à Salvador de Bahia exactement, un second duo composé de Diogo Silva, orphelin de parents juifs portugais, et d’Ignacio, jeune Indien Tupinamba, fuient la ville assiégée par une armada hollandaise. Lorsque la cité est enfin libérée, ils suivent l’escadre lusitano-espagnole en partance pour le continent européen, sous le patronage de Dom Manuel de Meneses (rescapé de son aventure africaine). De l’autre coté de l’Atlantique, sur une terre de landes et de marais, Marie cherche une vie meilleure que celle à laquelle elle est promise au sein de sa famille. Elle se rend à Bordeaux où l’expérience tourne au drame et la force à rentrer dans son village natal pour échapper aux forces de l’ordre. Ses parents décident de la mettre à l’abri en la confiant à son oncle Louis, de l’autre côté des marécages, au bord de la mer.  L’homme règne cruellement sur un monde de déshérités constitué de résiniers, de Costejaires, et de vagants. 

Un coup d’œil sur les remerciements à la fin de l’ouvrage nous apprend que l’auteur s’est inspiré d’un fait réel dont il a eu connaissance dans un recueil de textes réunis par Jean-Yves Blot et Patrick Lizé (Le naufrage des Portugais sur les côtes de Saint-Jean-de-Luz et d’Arcachon, éditions Chandeigne, 2000). Sa documentation repose beaucoup sur ce type de récits dont il s’est abreuvé avec délectation. Ce plaisir est communicatif et l’auteur nous le transmet à travers une écriture enlevée, emblématique des grands romans d’aventures. Le talent de Yan Lespoux ne s’arrête pas à celui du conteur inspiré. L’écrivain met en lumière les grandes disparités sociales, les luttes d’influence et les enjeux financiers de la conquête maritime. Les destins humains semblent bien dérisoires face à l’immensité des océans et des territoires (et des richesses attendues).     

💪Cette lecture commune me permet d’ajouter une participation au Book Trip en mer sur le Blog Lecture sans frontières

📚D’autres avis que le mien chez Ingannmic, Keisha, FanjaClaudialucia et Kathel

📌Pour mourir, le monde. Yan Lespoux. Agullo, 432 pages (2023)

Book Trip en mer


Veiller sur elle. Jean-Baptiste Andrea

Veiller sur elle. Jean-Baptiste Andrea


C’est un peu difficile d’évoquer un ouvrage qui vient de recevoir le prix Goncourt. Il a déjà été décortiqué par des critiques professionnels et chroniqué par de nombreux bloggeurs. J’en parlerai moins bien et n’ajouterai rien de transcendant mais j’ai beaucoup aimé ce livre et c’est largement assez pour partager mon plaisir. C’est le quatrième roman de Jean-Baptiste Andrea, après Ma reine, Cent millions d'années et un jour et Des diables et des saints. Le Goncourt n’est pas son premier prix. 

Veiller sur elle est une fresque historique qui conduit le lecteur dans l’Italie du 20ème siècle au moment où elle bascule dans le fascisme. L’intrigue débute néanmoins en 1916, dans une bourgade savoyarde, et s’achève à l’automne 1986, de l’autre côté des Alpes. Michelangelo Vitaliani, dit Mimo, est né en 1904. Fils de modestes émigrés italiens, il est renvoyé dans le berceau familial après la disparition de son père, mort pour la France sur le champ d’Honneur. Il doit devenir l’apprenti de son « oncle » Zio Alberto, un sculpteur à la fois brutal et médiocre, installé à Pietra d'Alba. Mimo est un petit génie (le jeune artiste, atteint Achondroplasie, ne dépassera jamais les 1,40 m) qui doit son prénom à l’autre Michel-Ange. Il fait la connaissance de Viola Orsini, fille unique d’une fratrie de quatre enfants.  C’est le début d’une longue amitié amoureuse. D’abord snobé par la puissante famille Orsini, Mimo leur devra bientôt toute sa fortune. Après de nombreuses péripéties à Florence et à Rome où son destin l’a conduit, il devient un artiste renommé, au service de l’Eglise puis du régime fasciste. Notre homme ne s’intéresse pourtant ni à la religion ni à la politique mais ses commanditaires le paient bien. Viola, quant à elle, est victime de sa trop grande intelligence et des règles patriarcales de son temps. Après avoir frôlé la mort pour réaliser son rêve de voler, elle s’étiole à petit feu dans un mariage imposé par sa famille. Nos deux héros se retrouvent par intermittences, toujours liées dans une relation forte mais tourmentée. Quelques décennies plus tard, Mimo se meurt dans un obscur monastère piémontais, gardien d’une Pietà captive du lieu, que le Vatican n’ose ni détruire ni exposer. Son secret ne nous sera dévoilé qu’à la toute fin du roman.

Veiller sur elle est un roman picaresque rythmé et peuplés de personnages dangereux ou juste tourmentés, souvent manipulateurs, mais aussi capables de noblesse. A cause du lieu de l’intrigue et, en dépit de la période évoquée, j’ai parfois pensé au roman de Luca Di Fulvio, Mamma Roma. J’y ai ressenti le même plaisir d’écriture de l’auteur. Un plaisir communicatif, selon moi. 

📚D'autres avis que le mien via Babelio et Bibliosurf

📌Veiller sur elle. Jean-Baptiste Andrea. L’Iconoclaste, 592 pages (2023)


Roman fleuve. Philibert Humm

Roman fleuve. Philibert Humm


Roman Fleuve n’est pas un roman très long mais il parle d’un fleuve. Ce cours d’eau, c’est la Seine que les protagonistes se sont mis en tête de suivre jusqu’à la mer. D’ailleurs Roman Fleuve n’est pas vraiment une fiction. Disons que c’est un récit de voyage romancé. Les longues heures passées à naviguer sont autant d’occasions de divagations, tantôt insolentes, tantôt humoristiques, mais jamais cyniques… à la manière d’un Jerome K. Jerome dans Trois Hommes dans un bateau (sans parler du chien).

« Capitaine, demanda le major un peu plus tard, avons-nous réalisé un exploit ?

D’après le dictionnaire, l’exploit est la réalisation d’un acte n’appartenant pas à la sphère des compétences : c’est mon facteur qui gagne le tour de France ou Bobby arrivant à l’heure à un rendez-vous. Notre incompétence en tous domaines ne faisait aucun doute. Par conséquent il y avait de grandes chances pour que nous vinssions, subjonctif imparfait du verbe venir, de réaliser effectivement un exploit. Entrerions-nous pour autant dans l’histoire ? Qui se souviendrait encore du bateau Bateau et de son équipage dans mille ou deux mille ans ? Bien peu, sans doute. La vraie vie était ailleurs. Nous venions de passer un bon moment de sociabilité stimulante. »

Ce passage n’est pas extrait du roman anglais du 19ème siècle mais de celui de Philibert Humm. Il témoigne bien de l’état d’esprit de l’auteur à la fin de son périple fluvial. Bateau est le nom du canoë, auquel les navigateurs ont ajouté une tringle à rideau et un rideau de douche en guise de mât et de voile. Le Capitaine en question, c’est bien notre écrivain aventurier. Après tout, il était l’instigateur du projet et propriétaire d’un Bachi (béret de marin) à défaut d’avoir du charisme. Le Major, c’est François Waquet, étudiant en droit romain à la Sorbonne (à moins que ça ne soit en histoire du droit à Assas) et néanmoins ami de Philibert Humm. Il y a bien sûr un troisième comparse, Pierre Adrian, surnommé Matelot ou Bobby. Ce changement d’alias n’est apriori pas le résultat d’un penchant schizophrénique mais d’une mutinerie libertaire à mi-parcours. J’ignore si c’était un signe avant-coureur mais le narrateur se plait à préciser à plusieurs reprises qu’Adrian habite toujours chez ses parents à l’orée de la trentaine.

Contre toute attente, nos trois amis vont vraiment être confrontés à de nombreuses (et parfois périlleuses) aventures. Ils vont ainsi survivre à un démâtage, deux chavirements, une série de halages et un festin concocté par Sylvain Tesson. Aux détours des nombreux méandres du fleuve et à la faveur de leurs étapes terrestres, les jeunes aventuriers croisent une galerie de personnages pittoresques, souvent ravis de leur rendre service et surtout de partager quelques verres. En dépit de ces généreuses libations et de quelques mésaventures, notre trio atteindra triomphalement son objectif. L’exploit ne restera peut-être pas dans les annales mais son récit vaut vraiment le détour. 

📚Livre repéré chez Keisha et sur Bibliosurf. Thaïs l'a lu aussi. 

📌Roman fleuve. Philibert Humm. Editions des Equateurs, 288 pages (2022)


Tupinilândia. Samir Machado de Machado

Tupinilândia. Samir Machado de Machado


 Quel est le point commun entre Henry Ford, Walt Disney, John Parker Hammond et João Amadeus Flynguer ? Tous les quatre ont rêvé de bâtir une cité utopique. Etaient-ils des mégalomanes ou des visionnaires ? Leurs projets pharaoniques étaient ils voués à l’échec ou à l’abandon dès le départ ? Avant de répondre à ces questions, je me dois de préciser que deux membres de ce riche quatuor sont totalement fictifs. 

Les admirateurs de Michael Crichton et de Steven Spielberg auront déjà reconnu le nom du PDG de la puissante compagnie InGen dans Jurassic Park. Mais le personnage qui nous intéresse vraiment ici est un magnat brésilien du BTP. Il se considère comme un disciple de Walt Disney, sachant que sa propre famille est originaire des Etats-Unis et a fait fortune au Brésil grâce à une chaîne de cinéma.  João a eu l’occasion de rencontrer le producteur américain lors de sa tournée en Amérique latine dans les années 40. Quatre décennies plus tard, s’inspirant d’EPCOT (Experimental Prototype Community Of Tomorrow), le projet initial de Walt Disney qui devait voir le jour en Floride, João Amadeus Flynguer imagine sa propre cité idéale. A l’instar de Fordlândia, la ville usine éphémère de Ford dans l'État de Pará au Brésil, le parc d’attraction de Tupinilândia sera construit au cœur de l’Amazonie. L’entrepreneur brésilien a prévu des logements pour ses employés et toutes les infrastructures nécessaires pour l’installation de leurs familles. Le projet est un hommage à la culture de son pays et s’en inspire entièrement. Or, le jour de l’inauguration du parc, un groupe de d’Intégralistes (des fascistes brésiliens), s’invitent de force à Tupinilândia. La prise d’otage se termine par une évacuation in extrémis de la famille Flynguer, à l’exception du doyen qui préfère mourir dans sa ville utopique. A ce stade, l’histoire est pourtant loin d’être terminée… 30 ans plus tard, l’archéologue Artur Flinguer (avec i) obtient un financement important pour se rendre dans la cité oubliée de Tupinilândia. Il n’imagine pas dans quel bourbier il s’est fourré ! 

 « Entre Orwell et Jurassic Park, un blockbuster littéraire » : c’est ainsi que l’éditeur présente l’ouvrage de Samir Machado de Machado. Et il ne ment pas. Tupinilândia est un roman d’aventure dystopique foisonnant et extrêmement visuel avec des scènes d’action dignes d’un film grand public. On pense un peu à Indiana Jones aux prises avec les Nazis et aux héros de Jurassic Park en mode survie dans leur parc d’attraction. Mais le roman va au-delà du simple divertissement car l’auteur prend son temps pour poser le contexte… au risque de perdre quelques lecteurs en route. Pour ma part, j’ai apprécié les références "nostalgiques" aux années 80, ainsi que les longues digressions sur l’histoire politique du Brésil, de l’industrie du divertissement ou du cinéma en temps de guerre. Le plaisir d’écriture de l’auteur (qui a imaginé jusqu’au plan détaillé du parc d’attraction) est très communicatif. 

💪Je dois cette belle découverte à Keisha et A Girl, chez qui j’ai pioché cette idée de lecture dans le cadre du Book Trip brésilien.

📌Tupinilândia. Samir Machado de Machado. Métailié, 512 pages (2020)


Book Trip Brésilien 2023


Meurtres à la cathédrale. Martine Pouchain

Meurtres à la cathédrale. Martine Pouchain


 Le point de départ de ce roman pour la jeunesse est une anecdote réelle au sujet d’une statue de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens. Elle concerne l’inconnu qui, au 13ème siècle, a servi de modèle pour la réalisation du Beau Dieu. Il s’agit d’une sculpture qui, orne le portail central de la façade occidentale. Selon Wikipédia, son appellation se justifie par « par l'attitude du Christ en majesté, la noblesse et la gravité du visage, la sérénité du regard ainsi que par l'élégance des plis de la draperie ». La légende raconte que l’homme aurait disparu à la fin du travail, aussi mystérieusement qu’il était d’abord apparu et sans même réclamer de rémunération. A partir de là, Martine Pouchain, qui est d’origine amiénoise, a imaginé une histoire pleine de suspense et de rebondissements. Elle nous renvoie donc en 1244 alors que la cathédrale est encore en construction, sous la direction de Thomas de Cormont, le maître d’œuvre qui succéda à l’architecte Robert de Luzarches. 

Le héros de cette histoire est Amaury Lasnier, un jeune sculpteur talentueux qui, poussé par la curiosité, se trouve mêlé à une sale affaire. En effet, plusieurs crimes ont été commis alors qu’une troupe de forains arrivait en ville. Les deux premières victimes sont d’ailleurs des saltimbanques. Amaury lui-même a été témoin d’un incident impliquant un ladre sur le chantier même de la cathédrale. Les indices l’ont conduit jusqu’à la boutique d’un apothicaire dont l’attitude est pour le moins suspecte. Le jeune homme décide de faire part de ses découvertes à l’échevin Grégoire de Croy. Celui-ci est prêt à lui faire confiance mais ce n’est pas le cas du chanoine Clari qui mène les investigations avec lui. 


Meurtres à la cathédrale. Martine Pouchain. P10-11


Parallèlement à l’enquête se joue un drame amoureux dont l’un des protagonistes est le trouvère Eustache, grand ami d’Amaury. Le jeune homme est follement épris d’Adèle Picquet, qu’il connait depuis l’enfance. Malheureusement pour lui, la belle s’apprête, avec la bénédiction de ses parents, à accorder sa main à Hugues de Cressy, un riche notable récemment installé à Amiens. L’homme n’est guère apprécié des habitants, à l’exception de ceux qui ont bénéficié de ses largesses. 

Le roman de Martine Pouchain s’adresse aux enfants à partir de 11 ans. C’est une excellente façon d’aborder l’histoire médiévale avec les jeunes lecteurs. On y découvre l’organisation sociale et religieuse de la société au milieu du 13ème siècle, différents métiers emblématiques de l’époque et la vie quotidienne des Amiénois, rythmée par les heures canoniales (matines, laudes, prime, tierce, sexte, none, vêpres, complies). L’autrice évoque aussi la culture de la waide, ou guède, à l’origine du fameux bleu d’Amiens, et celle de la vigne qui a été attestée dans la région dès le haut Moyen-Age.  En dépit des crimes de sang, il n’y a pas de scènes de violences intempestives et l’histoire ne risque pas de traumatiser les âmes sensibles. 

Meurtres à la cathédrale est le premier roman de Martine Pouchain et inaugure un triptyque dont Amaury est le héros. Les deux autres volets de cette série (La fête des fous et Le Monstre des marais) sont aujourd’hui épuisés chez l’éditeur. La romancière a publier depuis de nombreux ouvrages pour la jeunesse, parmi lesquels Chevalier B. (Prix des lycéens allemands en 2009) ou La Ballade de Sean Hopper (Prix Sésame, Prix Les Dévoreurs de livres et Prix Gragnotte en 2012). Ses derniers ouvrages parus sont Sous-sol (Sarbacane, 2022) et Il était un petit navire (Thierry Magnier, 2022).

📌Meurtres à la cathédrale. Martine Pouchain (texte) et Gilbert Maurel (illustrations). Folio Junior, 224 pages (2008)


Mamma Roma. Luca Di Fulvio

Mamma Roma. Luca Di Fulvio


Cette palpitante fresque historique fait rimer Aventure et Risorgimento. Bien qu’il s’agisse d’un pavé, l’intrigue ne se déroule que sur quelques mois, entre mars et septembre 1870. Elle se concentre sur la dernière étape du processus d'unification de l’Italie qui se conclut par la fin de l'existence des États pontificaux et l’annexion de Rome au royaume de Victor-Emmanuel II. Une poignée de héros orphelins nous font vivre cet évènement depuis l’intérieur de la Cité éternelle. Parmi eux, il y a la flamboyante Nella Beltrami, dite la comtesse, et Pietro, son fils adoptif. Celle qui se faisait auparavant appeler comtesse Silvia di Boccamara s’est réfugiée à Rome, sa ville natale, après la ruine puis le suicide de son époux. Ippolito Odin avait sacrifié sa fortune pour soutenir sa patrie. La mère et le fils sont poursuivis par un émissaire du gouvernement, le nauséabond Leone Pompéï, qu’ils ont roulé dans la farine en subtilisant nuitamment quelques bijoux à leur créancier. Tandis que Pietro tombe dans les chausse-trappes de la ville éternelle, Nella se débat pour lui offrir une vie meilleure. Au même moment, une jeune fille appelée Marta découvre qu’elle n’est pas une enfant de la balle comme elle l’a toujours pensé. Melo, son protecteur au sein du cirque Callari, l’a recueillie sur la route lorsqu’elle était enfant. Enhardie par cette révélation, Marta décide de trouver sa propre voie puis, avec la bénédiction de Melo, de s’engager auprès de jeunes patriotes romains. Ses frères d’armes deviendront sa famille, pense-t-elle. Les principaux protagonistes sont entourés de nombreux autres personnages hauts en couleur : un séduisant militaire français, des princes de sang, des canailles de la pire espèce, des artistes de cirque courageux et bienveillants, des idéalistes de tous âges et de toutes conditions…

Dans la grande tradition du roman populaire, Mamma Roma est une invitation au dépaysement et à la rêverie. Je n’ai pas été surprise d’apprendre que l’auteur a également écrit un roman d’aventures pour la jeunesse (Les Aventuriers de l'Autre Monde, Pocket, 2023). Son style est fluide et plein d’allant. Le passage dédié à la bataille de la Porta Pia est particulièrement réussi et on ne peut s’empêcher de penser qu’il ferait une belle séquence de cinéma.  Dans une note à la fin de l’ouvrage, Luca Di Fulvio admet avoir pris parfois ses aises avec la réalité (notamment au sujet de l’évolution technique de la photographie qui passionne tant Pietro) mais on lui pardonne d’autant plus que c’est pour mieux servir son histoire. Entre nous, je n’avais pas éprouvé un tel plaisir de lecture depuis longtemps. Je suis donc ravie à l’idée qu’il me reste encore l’essentiel de son œuvre à découvrir : Le Gang des rêves, Les enfants de Venise, Les prisonniers de la liberté et Le Soleil des rebelles

NB : Bien que l’ouvrage soit disponible en format de poche, j’ai choisi de présenter la couverture de l’édition Slatkine dont l’illustration correspond mieux au contenu du roman. Celle de Pocket (édition 2023) n’est pas sans rappeler l’affiche du film éponyme de Pier Paolo Pasolini. J’ignore si les éditeurs ont voulu faire un clin d’œil à l’œuvre cinématographique de 1962 en changeant le titre du livre. En version originale, le roman de Luca Di Fulvio est intitulé La Ballata della città eterna (littéralement La ballade de la cité éternelle). 

📌Mamma Roma. Luca Di Fulvio. Pocket, 816 pages (2023)


L'attrapeur d'oiseaux. Pedro Cesarino

L'attrapeur d'oiseaux. Pedro Cesarino

Selon le narrateur de ce roman, "l’attrapeur d’oiseaux" ferait référence à un mythe amérindien. Notre homme, un anthropologue quadragénaire, se rend dans un village amazonien pour en recueillir le récit complet auprès d’un chaman de sa connaissance. Or Tarotaro, le "pajé" le plus âgé de la région des sources, est retissant à raconter la fameuse légende. 

Dès le départ, l’expédition s’annonce plus compliquée que les précédentes. Le chercheur brésilien doit faire face à une restriction budgétaire et économiser sur la moindre peccadille. Il est par exemple obligé ponctionner ses propres deniers pour acheter les perles de verre qu’il offre habituellement aux femmes de la tribu. La pirogue de son ami Sebastião Baitogogo mériterait quelques réparations mais il faut faire avec les moyens du bord et rafistoler ce qui peut l’être. Les denrées et les médicaments nécessaires à la mission sont évalués avec la même parcimonie. Par ailleurs, le narrateur est victime de paludisme et de maux intestinaux récurrents. Dans la forêt amazonienne, il faut aussi compter avec les bêtes sauvages : la nuit, mieux vaut éviter de descendre de son hamac ! Au village, des nuisibles de toutes sortes s’introduisent dans la "maloca" ou les" carbets" et gâtent les vivres. 

Au fil du temps, le fossé semble se creuser entre l’anthropologue et ses amis Amérindiens. Lui, qui était autrefois accueilli dans la liesse et considéré comme un membre de la famille, remarque une froideur nouvelle chez ses hôtes. Son insistance au sujet de L'attrapeur d'oiseaux et quelques gaffes inattendues finissent même par fâcher les villageois. En fait, l’incompréhension est réciproque.  Les Indigènes ne comprennent pas pourquoi leur invité maintient une certaine distance, préférant la solitude à une union avec une femme de la tribu. Les quiproquos et les drames s’accumulent obligeant notre anthropologue à abréger son séjour. 

Pour ce premier roman, Pedro Cesarino, enseignant à l’Université de São Paulo, s’est sans doute inspiré de son expérience et de ses nombreuses expéditions auprès de la tribu amazonienne des Marubo. Le récit est émaillé de légendes et de chants attribués aux peuples autochtones mais il n’est fait mention d’aucun nom de tribu.

Ce n’est certainement pas un hasard si l’anthropologue a préféré la forme romanesque à l’essai scientifique. L'attrapeur d'oiseaux est un pastiche sans concession des récits anthropologiques et autres carnets de voyage. A certains moments, j’ai pensé à la fameuse série de l’anthropologue Nigel Barley, qui est régulièrement rééditée chez Payot :  Un anthropologue en déroute, Le retour de l'anthropologue, L'anthropologie n'est pas un sport dangereux et L'Anthropologue mène l'enquête. A l’instar de son homologue britannique, Pedro Cesarino montre que son héro (et alter ego) devient lui-même l’objet d’étude de ses hôtes. 

La fiction va bien sûr au-delà du simple récit humoristique. Pour Pedro Cesarino, c’est l’occasion d’une réflexion sur sa discipline universitaire et un moyen de dénoncer les dangers auxquels les peuples autochtones d’Amazonie sont exposés. 

📚D'autres avis que le mien : Ingannmic, A Girl From Earth, Claudialucia et Keisha

📌L'attrapeur d'oiseaux. Pedro Cesarino. Rivages, 152 pages (2022)

La Longue route de Little Charlie. Christopher Paul Curtis

La Longue route de Little Charlie. Christopher Paul Curtis

Christopher Paul Curtis est un écrivain Afro-Américain dont les livres, dédiés à la jeunesse, ont été récompensés par plusieurs prix littéraires. Dans ce roman-là, le héros n’est pas un homme de couleur mais un jeune blanc-bec de 12 ans qui va découvrir l’horreur de l’esclavagisme. 

Charlie Bobo est le fils d’un couple de métayers de Caroline du Sud. Lorsque son père meurt suite à un stupide accident forestier, le contremaître de la famille Tanner, le "Captain" Buck, vient réclamer une dette que le défunt aurait contracté auprès des propriétaires de la plantation. Ni Charlie ni sa mère ne sont en mesure de s’acquitter des 50 dollars évoqués. Après avoir tentés de fuir, ils se voient contraints d’accepter un marché avec le représentant de leur créancier. Le Captain Buck prétend, par ailleurs, que Charlie Le grand devait l’accompagner en territoire nordiste et abolitionniste pour retrouver des esclaves échappés dix ans plus tôt. C’est donc son fils, Little Charlie, qui devra s’acquitter de cette corvée. En jeune paysan naïf et analphabète, le garçon ignore encore que ce voyage initiatique va l’exposer aux pires monstruosités. 

L’intrigue se déroule en 1858, soit trois ans avant le début de la guerre de Sécession et 8 ans après l’entrée en vigueur du Fugitive Slave Act. Cette seconde loi sur les esclaves fugitifs, votée par le congrès le 18 septembre 1850, prévoit l’extradition des esclaves évadés et leur retour à leurs propriétaires sudistes. La traductrice française de ce roman précise en introduction que « les esclaves représentaient ce qu’il y avait de plus précieux dans cette économie et la valeur d’un individu, en monnaie d’aujourd’hui, pouvait aller de 11 000 dollars (…) à plus de 160 000 dollars. »

Christopher Paul Curtis décrit bien la manière dont les esclaves étaient traités dans les plantations mais aussi les différences de mode de vie par rapport aux affranchis vivant dans les états abolitionistes. Il y a des passages qui pourraient prêter à sourire s’ils n’étaient dramatiques, notamment lorsque les deux chasseurs d’esclaves débarquent à Detroit. Ils sont surpris de voir les gens de couleurs circuler librement dans les rues et sont choqués de devoir les traités comme des égaux. L’écrivain montre également le paradoxe entre le jeune blanc inculte, sensé dominer les esclaves noirs, et les Afro-américains instruits qui vivent en ville.

Un autre roman de Christopher Paul Curtis a été traduit en français. Il s’agit de Voyage à Birmingham (L’Ecole des Loisirs, 1997) dont les héros sont les membres de la famille Watson avec, pour toile de fond, le mouvement pour les droits civiques durant l’été 1963. Ce livre a été adapté en téléfilm et diffusé sur Hallmark Channel en 2013. 

Nous avons reçu La Longue route de Little Charlie dans le cadre de l’abonnement Supermax (11-13 ans) de L’Ecole des Max. Cette formule permet de recevoir chaque mois (entre novembre et juin), via l’établissement scolaire de l’enfant, un ouvrage de la collection Neuf ou Médium. Il existe bien sûr des sélections pour les tranches d’âges inférieures (Titoumax pour les enfants de 2 à 4 ans, Minimax pour les 3-5 ans, etc). En ce qui nous concerne, nous avons fait de belles découvertes depuis la première année de maternelle. 

📌La Longue route de Little Charlie. Christopher Paul Curtis. L’Ecole des loisirs, 212 pages (2021)


Le lac de nulle part. Pete Fromm

Le lac de nulle part. Pete Fromm


A l’instar de Bill Kittredge, Hugo Boris, Jim Harrison, James Welsch ou Rick Bass (pour n’en citer que quelques-uns), Pete Fromm fait partie de ces auteurs que l’on associe au Montana et que j’apprécie particulièrement. Il y a quelques années, je me suis même rendue dans la région de Missoula pour voir de mes propres yeux ces paysages qui les inspirent tant. Ces écrivains, qui se font souvent les chantres de la nature, ne se contentent évidemment pas de la regarder depuis leurs fenêtres. Ils la vivent intensément. Pete Fromm, quant à lui, est un baroudeur qui a foulé bien des contrées. Pour son dernier roman, Le lac de nulle part, il a choisi de traverser la frontière canadienne. Le titre du livre, apriori énigmatique, en dit long sur la destination et donne quelques indices sur le déroulement de l’intrigue.  

Les protagonistes, originaires du Montana et adeptes du canoë-kayak, se rendent du côté d’Atikokan dans le parc provincial de Quetico en Ontario, pour une toute dernière aventure en famille. Les parents, Dory et Bill, sont séparés depuis plus de 10 ans. La mère vit toujours dans la maison familiale, tandis que les jumeaux, Al et Trig (pour Algèbre et Trigonométrie), habitent respectivement à Denver et San-Francisco. Bill, ancien prof de math, est retourné dans son Wisconsin natal après le divorce. Lorsqu’il contacte Al et Trig après plusieurs années de silence, il omet de préciser qu’il présente les premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer. Par ailleurs, personne n’a prévenu Dory de ce projet de voyage un peu fou : la fin de saison approche, la météo peut tourner à la catastrophe assez vite et le parc de 400 000 hectares sera déserté par les touristes. 

On pourrait penser de prime abord que 400 pages à pagayer et à bivouaquer, c’est un peu long ! Mais Pete Fromm sait tenir son lecteur en haleine ! Tout d’abord, l’aventure ne va pas se dérouler comme prévu. Ensuite, on comprend assez vite que d’autres secrets vont remonter à la surface dans le huis-clos des grands espaces canadiens. Enfin, l’écrivain américain n’a pas son pareil pour créer une ambiance. Le lecteur est littéralement immergé (sans jeu de mot volontaire) dans cette nature saturée de lacs et de forêts. Lorsque la tempête se lève et que la neige recouvre la terre comme les étendues d’eau, on imagine aisément l’atmosphère particulière qui doit se dégager du lieu. La luminosité qui blesse les yeux, le froid mordant et les bruits étouffés par les couches de neige et de glace. Et la tension monte crescendo tandis que les héros luttent pour leur survie, dans cet univers à la fois si magnifique et si inhospitalier…  On pense à Into The Wild de Jon Krakauer.

Le lac de nulle vient enrichir avantageusement la collection de romans estampillés "Nature Writing" de Gallmeister. Cette maison d’édition, fondée en 2006, a su imposer en quelques années son logo “patte de loup”. Elle a traduit et publié des pointures de la littérature américaine (Edward Abbey, Larry McMurtry ou Rick Bass) avant de s’ouvrir sur le monde (Bush australien, pampa sud-américaine, montagnes sardes, steppe russe et fjords de Norvège). Personnellement, je n’ai jamais été déçue par ses choix éditoriaux. 

📌Le lac de nulle part. Pete Fromm. Gallmeister, 445 p. (2022)


Les Footballissimes, T.01. Roberto Santiago

Les Footballissimes, T.01. Roberto Santiago


Mystère chez les arbitres inaugure Les Footballissimes, une série de romans pour la jeunesse dédiée aux fans du ballon rond. Les jeunes lecteurs s’identifient d’autant mieux aux héros qu’ils forment une équipe mixte dont la tranche d’âge est proche de la leur.

Le narrateur, Francisco Garcia Casas (surnommé Boulet par ses coéquipiers), nous présente toute la team du collège Soto Alto à Sevilla la Chica près de Madrid. Elle est composée de 9 élèves de sixième, dont 2 remplaçants : Dumbo (gardien de but), Toni (milieu de terrain), Helena (attaquante), Marilyn (Capitaine)… sans oublier Alicia et Felipe, les entraîneurs.


Les Footballissimes, T.01. Roberto Santiago. Page 3

Au moment où commence l’intrigue, nos jeunes joueurs sont en très mauvaise posture puisqu’ils risquent d’être rétrogradés en seconde division à l’issue du tournoi de la ligue interscolaire. La saison étant presque terminée, il ne leur reste que 3 matchs pour faire leurs preuves. Dans le cas contraire, l’association des parents d’élèves exigera la dissolution de l’équipe. Or, des évènements très surprenants viennent perturber les matchs, favorisant l’échec du club de Soto Alto. En effet, les arbitres semblent tour à tour frappés de narcolepsie !

Comment peut-on s’endormir au moment crucial sur une pelouse de stade ? S’agit-il d’une machination fomentée contre les "Footballissimes" ? Autant de questions que nos champions en herbe devront résoudre s’ils veulent sauver leur équipe. Pour les jeunes lecteurs, c’est l’occasion de se plonger dans une aventure haletante et pleine d’humour. 


Les Footballissimes, T.01. Roberto Santiago. Pages 110 et 111


Les Footballissimes comptent 11 tomes à ce jour dont le dernier, Le jour des innocents, est paru en 2021. Sur le même thème, les éditions Hachette jeunesse publient également La team des championnes de Laura Gallego et Top départ de Bertrand Puard (les premiers volumes sont parus en 2021).

📝Le ballon rond a inspiré encore bien d’autres fictions, parmi lesquelles des BD comme Louca et Blue Lock, ainsi que des romans à l’instar de Droites au but ! de Jean-Charles Berthier chez Actes sud Junior (publié en 2022), ou la série Jo, champion de foot de Sylvain Zorzin chez Bayard Jeunesse.


Les Footballissimes, T.01 et T.02

📌Les Footballissimes, T.01 : Mystère chez les arbitres.  Roberto Santiago (Textes), Enrique Lorenzo (Illustrations) & Yvelise Rabier (Traduction). Hachette, 272 p. (2014)

Mission Préhistoire. Emmanuelle Kécir-Lepetit

Mission Préhistoire. Emmanuelle Kécir-Lepetit


Cet été, à l’occasion d’une visite sur un site préhistorique, nous avons découvert une nouvelle série de livres jeux dans les loulous sont si friands. Il s’agit de la collection docu dans tu es le héros éditée chez Fleurus. Le principe est simple. Après un petit texte d’introduction, le jeune lecteur est invité à choisir une option ou une action parmi celles proposées. Celle-ci le conduit à un nouveau chapitre, parfois liée à une autre activité et un nouveau choix. Dans le cas contraire, il peut s’agir d’un cul de sac marquant la fin de la mission. 

Le volume consacré à la préhistoire permet à l’enfant de s’immerger dans la vie quotidienne d’un jeune Homo sapiens, membre du clan des chasseurs de mammouth. Nous sommes à l’aube d’une nouvelle période de refroidissement. Jalut et Tulla ont décidé de quitter les steppes du nord, avec leurs deux enfants, pour se rendre sur des terres plus clémentes. Dès la fin du printemps, le groupe suivra la piste des rennes vers le sud et se mettra en quête d’un nouvel habitat.

Mission Préhistoire. Emmanuelle Kécir-Lepetit. Comment ça marche ?

Les premières pages du livre présentent le contexte et le fonctionnement du jeu. Au cours de cette aventure originale, un grand nombre d’informations (sur les outils, les animaux, l’environnement ou l’habitat) sont transmises au lecteur. Parmi les activités qui lui sont proposées au fil des pages, il y a la cueillette, la chasse, le dépeçage d’animaux, la taille de pierres, etc. Pour remporter sa quête, l’enfant doit non seulement trouver l’abri et le lieu de vie idéal pour sa famille mais aussi se faire accepter dans une nouvelle tribu. 

Le livre se lit assez rapidement et, sans doute de manière plus fluide qu’un documentaire traditionnel. Par ailleurs, il me semble que les enfants retiennent plus facilement les informations qui leurs sont transmises par ce biais. Ce n’est peut-être pas la solution éducative miracle mais une manière ludique de réviser. Sans être réellement une alternative aux cahiers de vacances, le docu-jeu apparait comme un complément intéressant et amusant.  

Mission Préhistoire. Emmanuelle Kécir-Lepetit. Chapitre 29

La série s’adresse aux jeunes lecteurs à partir de 9 ans. Parmi les titres déjà parus, on peut mentionner Mission Mars (2017), Mission Léonard de Vinci (2018), Mission volcans (2019), Mission Amazonie (2020) ou Mission dinosaures (2021). Le prochain titre, Mission résistance sera publié en septembre 2022.

Emmanuelle Kecir-Lepetit, l’autrice, a publié de nombreux ouvrages documentaires chez Fleurus, ainsi que chez Gallimard Jeunesse. Elle a été lauréate du Prix du Livre Environnement 2010, "mention Jeunesse", pour son livre Les Énergies (Éditions Fleurus enfants).

📌Le docu dont tu es le héros. Mission Préhistoire. Emmanuelle Kécir-Lepetit (texte) et Arnaud Demaegd (illustrations). Fleurus, 128 p. (2020)


Ar Bed All : le Club de l'au-delà, T01 & 02. Tatibouët & Mahoas

Ar Bed All : le Club de l'au-delà, T01 & 02. Tatibouët & Mahoas


Il aura fallu un séjour dans le golfe du Morbihan pour découvrir Ar Bed All (littéralement "l’au-delà" ou "l’autre monde" en Breton). Je précise ici qu’on peut facilement se procurer cette série ailleurs dans l’hexagone. Ce cycle romanesque horrifique, qui compte à ce jour 14 volumes (parus entre 2014 et 2020), s’adresse aux enfants à partir de 8 ans. Il va sans dire que les intrigues sont adaptées à la tranche d’âge visée et que les petits lecteurs ne risquent pas d’être traumatisés. Les jeunes amateurs de sensations fortes seront au contraire comblés. 

Il s’agit de romans courts puisque les histoires comptent 70 pages en moyenne. A la fin des ouvrages, il y a généralement un petit glossaire en rapport avec l’intrigue et une courte note historique. Chaque opus correspond à une aventure différente et peut donc être lu indépendamment des autres. Evidemment, il est toujours préférable de lire les tomes dans l’ordre pour profiter des références faites aux précédents livres. 

Les Naufragés de Gavrinis (tome1)


Les deux premiers volumes, intitulés respectivement Les naufragés de Gavrinis et Le Chevalier de Suscinio, ont pour cadre le golfe du Morbihan. 

Le premier tome conduit les jeunes lecteurs sur les îles voisines d’Er Lannic et de Gavrinis, célèbres pour leurs monuments mégalithiques. Il s’agit en quelque sorte de la genèse de notre club de l’au-delà. Nos trois jeunes héros, Youna, Maël et Loïc, vont découvrir que les fantômes existent pour de vrai même si les adultes ont perdu la faculté de les voir. 

Dans le second tome, notre trio d’amis se rend à Sarzeau sur la presqu’île de Rhuys. Ils prévoient de camper sur le site de Suscinio, l’ancien domaine des ducs de Bretagne. Comme chacun le sait, tous les châteaux dignes de ce nom sont hantés par une légendaire dame blanche. Celle-ci a pour nom Aziliz. Son époux, le seigneur Enguerrand, chevauche chaque nuit son fidèle destrier pour la retrouver.  Les membres du club de l’au-delà pourront-ils lui venir en aide sans se faire occire ? La mission est dangereuse mais terriblement tentante.

Le Chevalier de Suscinio (tome 2)

Ar Bed All est une superbe découverte. Les loulous sont enchantés par les histoires de fantômes et les parents se félicitent d’y trouver des références historiques. Les enfants s’identifient facilement aux personnages dont les préoccupations rejoignent souvent les leurs. Loïc est passionné de foot et de jeux vidéo et Youna adore les histoires de revenants. Maël, l’aîné du triumvirat, semble aussi le plus posé… du moins, pour l’instant.

La série nous a tellement emballée que nous nous sommes procurés les deux tomes suivants dans la foulée. Ceux-ci devraient nous permettre de poursuivre notre découverte du golfe du Morbihan (Tome 4: Le Bagnard de Belle-Île) mais aussi de voyager jusqu’à l'île de Tévennec dans le Finistère (Tome 3: Le Gardien du phare de Tévennec).

Ar Bed All : le Club de l'au-delà. Tomes 1 à 4


📌Les Naufragés de Gavrinis (tome1) et Le Chevalier de Suscinio (tome 2).  Yann Tatibouët (texte) & Hugues Mahoas (Illustrations). Editions Beluga, 80 p. (2014)


La cabane magique T.4. Mary Pope Osborne

Mary Pope Osborne. La cabane magique Tome 4


📝 Ce quatrième tome de La Cabane magique clôture la première saison de la série après La vallée des dinosaures, Le mystérieux chevalier et Le secret de la pyramide. Chaque saison (groupe de 3 à 4 livres) peut être lue indépendamment et dans le désordre, à l’exception de la première qui pose les premiers jalons des intrigues à venir. La collection compte à ce jour 14 saisons soit 54 titres en français. La version américaine distingue les épisodes de La cabane magique (soit 35 épisodes) et les « missions de Merlin » (27 titres à ce jour), avec les mêmes personnages. Les livres n’ont pas été traduits dans le même ordre. Par exemple, Narwhal on a Sunny Night, le numéro 35 en anglais est devenu « Narval en détresse », le 54ème volume de la version française.

Le trésor des pirates, voilà un titre qui met forcément l’eau à la bouche ! Cet épisode commence sous des trombes d’eau pour Tom et Léa. Fatigués de regarder tomber la pluie par la fenêtre, les deux enfants décident de ne pas rester coincés à la maison. Un ciré et des bottes, et hop, c’est parti ! Direction la cabane dans les arbres. Inspirés par la météo, nos deux héros décident de se rendre sur une plage des Caraïbes. Mais ils n’ont pas bien observé le livre qui les fait voyager dans le temps. Sur l’illustration, il y a un grand voilier avec, au premier plan, un perroquet perché sur une palme. Tom et Léa vont bientôt s’apercevoir que le fier navire est en fait un bateau pirate.  Adieu la baignade et les pâtés de sable au soleil ! Fait prisonniers par le capitaine Bones, les enfants vont devoir mettre la main sur un trésor disparu s’ils veulent recouvrer la liberté. 

Ce volume suit le même schéma que les précédents, à savoir une intrigue en 10 chapitres et sur 80 pages. Les héros sont confrontés à un problème qui risque de les coincer dans l’espace-temps. Heureusement, ils parviennent à s’échapper in-extremis et à rentrer sains et saufs à la maison. La mécanique fonctionne bien puisqu’il y a un peu d’aventure, de frissons et un happy end. La série est parfaitement adaptée aux enfants à partir de 7 ans : le texte respecte leur niveau de lecture et les différents épisodes abordent toujours des sujets qui les fascinent. Comme tout le monde le sait, la piraterie est l’un des thèmes favoris de l’imaginaire enfantin… et continue d’enchanter les grands enfants. 

Il existe de nombreux romans pour la jeunesse sur le thème des pirates. Sans établir une liste exhaustive, on peut citer :

  • Une valeur sûre : Le trésor de Barracuda de Llanos Campos à L’école des loisirs (à partir de 8 ans). Le livre a été récompensée par le prix El Barco de Vapor en 2014 et a été sélectionné dans la liste des White Ravens.
  • Une série pour les aficionados : les aventures écrites par Gilles Abier en 3 volumes chez Poulpe Fictions (à partir de 9 ans) : Le trésor de l’île sans nom, La bataille du Triple-buse et Embrouilles au comptoir de la fesse plate
  • Des titres que l’on peut dédicacer aux filles : Lilia, graine de pirate de Valérie Weishar-Giuliani et Charlotte Cottereau chez Alice éditions (à partir de 7 ans), ainsi que Les Aventures involontaires des sœurs Mouais, T.1 : Hissez haut ! de Kara Lareau chez Little Urban (à partir de 9 ans)
  • Des classiques de la littérature de piraterie : Les clients du Bon Chien Jaune et L'Ancre de Miséricorde de Pierre Mac Orlan en Folio Junior (à partir de 10 ans)
  • Une série pour les lecteurs plus âgés : La très honorable ligue des pirates (ou presque) de Caroline Carlson en deux tomes chez Bayard (à partir de 11 ans)

En ce qui nous concerne, nous avons poursuivi l’aventure en famille grâce au jeu de cartes Piratatak, un jeu d’ambiance pour les « enfants » de 5 à 99 ans chez Djeco. 

📌La cabane magique T.4, Le trésor des pirates. Mary Pope Osborne. Bayard, 80 p. (2020)