L'Ile mystérieuse. Jules Verne

L'Ile mystérieuse. Jules Verne


 L’île mystérieuse est certainement la Robinsonnade la plus connue de Jules Verne. Treizième volet des Voyages extraordinaires, ce roman d’aventure nous conduit quelques part au large de la Nouvelle-Zélande, au cœur du Pacifique sud. Nous sommes en mars 1865, à la fin de la guerre de Sécession. 

Un groupe de soldats et sympathisants nordistes, prisonnier des troupes confédérées à Richmond, décide de  fuir le siège militaire à bord d’un aérostat. Malheureusement pour nos courageux évadés, le ballon est pris dans un terrible ouragan. Au bout de 4 jours de dérive incontrôlée, l’engin s’échoue sur les côtes d’une île inconnue. L'ingénieur Cyrus Smith et son chien Top ont été emportés par les flots, loin de leurs compagnons d’infortune. Les 4 autres rescapés partent immédiatement à leur recherche. Il y a parmi eux Nab, le fidèle serviteur de Cyrus, le journaliste Gédéon Spilett, le marin Pencroff, et un adolescent nommé Harbert. Leur survie dépend beaucoup des compétences de l’ingénieur. Heureusement, celui-ci a échappé miraculeusement à la noyade. D’ailleurs, la petite équipe va bientôt s’apercevoir qu’elle bénéficie d’une chance providentielle… à moins qu’il ne s’agisse d’autre chose ? Mais, pour l’heure, il s’agit d’organiser la survie de la petite colonie. 

Le roman fait plus de 800 pages mais on ne s’y ennuie jamais grâce à la plume enlevée de Jules Verne. Le récit est divisé en 3 parties qui correspondent aux premières publications de l’œuvre dans la revue littéraire Magasin d’éducation et de récréation : Les naufragés de l’air (1874), L’Abandonné (1875) et Le secret de l’île (1875). Jules Verne s’attarde un bon moment sur l’installation des colons, la manière dont il s’approprie l’île au fil de leurs explorations et comment ils utilisent ses ressources naturelles. On est bluffé par l’abnégation, le courage et les compétences des personnages. Tous semblent de nature sociable et la vie de la communauté s’en trouve grandement facilitée. Comme souvent dans l’œuvre de Jules Verne, le récit foisonne de connaissances. Le contexte implique qu’elles se concentrent sur la géographie, la géologie, la botanique, la zoologie mais aussi la physique et la chimie. Tous ces éléments, (les qualités des personnages et les aspects pédagogique du roman) sont sans doute emblématique de la littérature de jeunesse du 19ème siècle. Pour autant, le lecteur contemporain ne se sent pas étranger au récit. Bien au contraire, il est totalement embarqué par la narration ! 

Par ailleurs (et je n’en dirai pas trop à ce sujet pour ne pas divulgâcher l’intrigue), Jules Verne nous régale de plusieurs surprises dont un petit clin d’œil aux Enfants du capitaine Grant et un lien avec un autre de ses romans précédents parmi les plus célèbres. Les facéties de l’auteur reflètent sans doute son plaisir à écrire et à partager ses découvertes scientifiques et culturelles avec le lecteur. J’ai lu très peu de roman de Jules Verne mais je peux au moins dire que j’ai préféré L’île mystérieuse au Château des Carpathes, à Vingt Mille Lieues sous les mers et à Voyage au centre de la terre

💪Grâce à L’île mystérieuse, je peux m’enorgueillir d’avoir relevé une série de défis littéraires : Le challenge Jules Verne, Les pavés de l’été, Les épais de l’été et le Book Trip en mer.  

📌L'Ile mystérieuse. Jules Verne. Le Livre de Poche, 826 pages (2002)

Les challenges de l'été 2025


Brittany. Larissa Behrendt

Brittany. Larissa Behrendt


 Il arrive parfois qu’un lecteur soit surpris par un livre dont il n’attendait rien de particulier. Je ne connais pas bien la maison d’édition Au vent des île mais je crois qu’on peut y dénicher quelques pépites. L’objet-livre déjà est plaisant. La couverture est jolie et le grain de papier agréable au toucher. L’histoire que nous raconte Larissa Behrendt dans Brittany est émouvante sans pathos inutile, enrichissante sans être pontifiante. Je soupçonne qu’elle est en partie autobiographique car l’autrice australienne convoque des personnages qui ont des racines aborigènes comme elle.

Della et sa fille cadette Jasmine entreprennent un voyage au Royaume-Uni. Leur groupe hétérogène de touristes marche dans les pas des grands écrivains, visitant les lieux emblématiques qui ont inspiré les œuvres des sœurs Brontë, de Jane Austen, de Charles Dickens ou de Lewis Carroll. Contrairement à sa fille, Della n’a pas fait de longues études. Leigh-Anne, la sœur aînée de Jasmine non plus. Elle était déjà mère au foyer avant l’âge d’entrer à l’Université. Il y a aussi un fantôme un peu encombrant dans cette famille. Il s’agit de Brittany, la sœur disparue tragiquement à l’âge de 7 ans. La communication entre les trois femmes est devenue encore plus difficile depuis la mort de Jimmy, le père de Jasmine et de Leigh-Anne. Celle-ci boude depuis l’enterrement mais suit l’escapade à distance grâce aux réseaux sociaux. 

Larissa Behrendt nous parle d’amour filial, de drames familiaux, de deuil mais aussi d’héritage social et culturel. Cela peut sembler bien lourd pour un seul roman mais il y a aussi des personnages lumineux et attachants. J’ai été émue par leur histoire mais j’ai apprécié les petites bouffées d’air que l’autrice nous accorde au travers des nombreuses anecdotes littéraires et les parallèles avec la culture aborigène. 

📌Brittany. Larissa Behrendt, traduite par Lise Garond. Editions Au vent des Îles, 352 pages (2025)


Premier de cordée. Roger Frison-Roche

Premier de cordée. Roger Frison-Roche


 Depuis sa publication en feuilleton dans le journal La Dépêche Algérienne en 1941 puis sa première édition en version intégrale chez Arthaud, le succès de Premier de cordée ne s’est jamais démenti. Le roman de Roger Frison-Roche est devenu un classique de la littérature de montagne et une prescription de lecture en classe. Pourtant, et bien que je raffole de récits d’alpinisme, je n’avais jusqu’ici jamais trouvé le bon moment pour le lire!

L’histoire, qui se déroule dans les années 1920-1930 dans le massif du Mont-Blanc, rend hommage aux guides chamoniards qui accompagnent les touristes dans leurs "courses" dans la montagne. La Compagnie des guides de Chamonix est une institution créée en 1821 et donc la plus ancienne du genre. Roger Frison-Roche s’est inspiré de ses légendes, de ses héros et de ses drames.

Nous faisons d’abord la connaissance d’un jeune homme, Pierre Servettaz, que son père destine à l’hôtellerie. Jean Servettaz est l’un des guides les plus estimés de la compagnie et il connait tous les dangers du métier. Il refuse que son fils se lance dans cette voie ingrate et peu rémunératrice. Mais Pierre est un passionné. Il ne s’imagine pas vivre et travailler loin des sommets. Alors qu’il accompagne le vieux Joseph Ravanat, dit Le Rouge, dans sa dernière expédition, il apprend que son père a été foudroyé par l’orage au sommet des Drus. Son client américain est sain et sauf grâce au courage du porteur, Georges, qui secondait Jean dans cette course. Il en gardera néanmoins les stigmates toutes sa vie car ses pieds ont gelé et il sera amputé. Mais, pour l’heure, Pierre s’inquiète davantage de redescendre le cadavre de son père. Tous les camarades disponibles se sont portés volontaires alors que les conditions météorologique rendent l’ascension très périlleuse.

Ecrit dans le contexte de la seconde guerre mondiale, Premier de cordée est un hymne au courage, au dépassement de soi et à la fraternité. Roger Frison-Roche décrit des hommes taiseux, parfois un peu rudes, mais liée par un amour inconditionnel des sommets. Leur camaraderie indéfectible sera le ciment nécessaire à la réussite de la mission de sauvetage et l’élément essentiel dans le processus de résilience des survivants. Le lecteur est touché par l’abnégation de ces guides de l’extrême, dotés d’un fort sens de l’honneur. La règle primordiale étant de toujours ramener le client à bon port quelques soient les circonstances. Roger Frison-Roche en brosse un portrait toujours bienveillant.

Le terme de "premier de cordée" est entré dans le vocabulaire coutumier des alpinistes après la parution du roman de Roger Frison-Roche. L’écrivain était lui-même un fameux grimpeur, familier du massif du Mont Blanc et des techniques d’escalade. Sa parfaite connaissance du terrain et du contexte professionnel se ressentent dans le roman qui marque par son réalisme. Certains détails, comme la présence du personnage de Joseph Ravanat (alter ego de Joseph Ravanel, le mentor de l’écrivain), me font penser qu’il y a une part très personnelle dans ce roman (à défaut d’être autobiographique). En 1930, Roger Frison-Roche est devenu le premier membre non chamoniard de la Compagnie des guides de Chamonix.

L’écrivain explorateur s’est illustré dans bien d’autres circonstances mais c’est une autre histoire que l’on peut sans doute découvrir dans Le Versant du soleil (1981), son autobiographie. Par ailleurs, il évoque plus précisément son expérience au sein résistance française en Savoie dans Les Montagnards de la nuit (1968). Roger Frison-Roche a également publié plusieurs récits de montagne dont le 2ème et le 3ème volet de la trilogie initiée avec Premier de cordée :  La Grande Crevasse (1948) et Retour à la montagne (1957)… pour moi, de belles heures de lecture en perspective !

💪Cette lecture s’inscrit dans le challenge Escapades en Europe : La grande traversée des Alpes

📌Premier de cordée. Roger Frison-Roche. J’ai Lu, 320 pages (2020)

Escapades en Europe : La grande traversée des Alpes


Le yoga de l'assassin. Christian Jacq

Le yoga de l'assassin. Christian Jacq


💪Grâce au prolifique Christian Jacq, je pense avoir déniché le filon pour participer au challenge de lecture consacré aux séries de l’été. Il vient en effet de publier le 57ème épisode des Enquêtes de l’inspecteur Higgins. Comme l’éditeur a pris soin de le mentionner au dos de la couverture, l’écrivain publie « chaque année quatre enquêtes palpitantes ». Une par saison donc ! On ne sera donc pas étonné que l’opus compte moins de 200 pages. 

L’inspecteur Higgins, gentleman épicurien mais sans excès, est un personnage que l’on côtoie sans déplaisir. Son esprit de déduction est aussi fin et brillant qu’un certain détective belge à moustache et, surtout, notre homme est moins vaniteux que son aîné (le fameux HP pour le pas le nommer). Les investigations d’Higgins conduisent le lecteur au cœur de l’Angleterre historique et contemporaine, zigzagant entre les collections du British Museum (tome 1) et les controverses autour du Brexit (tome 26). Ceci n’exclut pas quelques destinations plus exotiques comme l’incontournable et récurrente Egypte ancienne (tomes 14, 16, 18, …) ou le glamoureux festival de Cannes (tome 56). 

Un lien avec l’Inde apparaissait quasi indispensable. C’est chose faite grâce à cette nouvelle enquête impliquant plusieurs personnages d’origine indienne dont une professeure de Yoga, une journaliste et un richissime pneumologue. Les deux derniers sont retrouvés morts à leur domicile dans des postures de yogis débutants. Une troisième victime, un érudit spécialiste de manuscrits orientaux, appartient au cercle de relations de notre enquêteur retraité. Higgins est bien sûr incapable de refuser son aide à un ami et de résister à une énigme à résoudre. Oubliant son jardin, son chien et les petits plats de sa cuisinière, il part illico pour Londres où il rejoint la superintendant de première classe Scott Marlow à Scotland Yard. 

Comme on peut s’y attendre l’enquête sera vite troussée. Le lecteur aura passé un bref et distrayant moment de détente en compagnie de l’ex policier britannique mais cette passade sera aussi rapidement oubliée. 

📌Les enquêtes de l’inspecteur Higgins, tome 57 : Le yoga de l'assassin. Christian Jacq. XO Editions, 192 pages (2025)


Tous les invisibles. Mateo Askaripour

Tous les invisibles. Mateo Askaripour


 Ce roman de science-fiction est né d’un évènement perturbant vécu par l’auteur dans le métro newyorkais : celui de se sentir invisible à cause du dédain d’autrui. Une fois rentré chez lui, il a eu l’idée de transposer l’expérience dans un univers futuriste en créant des personnages qui seraient invisibles au sens littéral du terme. Cette allégorie est sans aucun doute un hommage à Homme invisible, pour qui chantes-tu ?, le chef d’œuvre de l’écrivain afro-américain, Ralph Ellison, que Mateo Askaripour cite en exergue. 

En 2529, les pays sont divisés en 4 "Hémisphères" mais, à l’exception d’une élite dominante, les citoyens du Nordouest ne sont pas autorisés à quitter le territoire. Non seulement ils ne savent pratiquement rien de leurs voisins des autres Hémisphères mais ils n’ont pas accès non plus à leur propre histoire. Le lecteur, lui, a appris au début du roman que le premier humain invisible est né en 2028 à New-York. On ignore en revanche comment la société s’est transformée en un monde encore plus inégalitaire où les "Invisibles" appartiennent à une catégorie de citoyens de seconde zone.  Le gouvernement les regroupe dans des zones forestières de confinement, éloignées du centre urbain dont l’accès est soumis à des laisser-passer. Tous les aspects de la vie de ces "Forestains" sont soumis au Pouvoir des Dominants (les "PoDo") depuis l’habitat, en passant par l’alimentation, l’activité professionnelle (réduite aux métiers manuels et à la domesticité) et même le contrôle des naissances. Tout ceci ne vous rappellerait -il pas les pires heures de l'esclavage aux États-Unis ?

Le personnage principal de Tous les invisible est une jeune femme talentueuse, Candace, dite de Sweetmint. Elle vient d’obtenir le statut d’apprentie chez le plus grand inventeur du territoire du  Nordouest et ancien Directeur du Progrès. C’est un privilège sans précédent pour une orpheline invisible comme elle. Peu de choses la retiennent dans la zone de confinement de la Forêt Vingt-six puisque son frère aîné, Shanu dit Sweetsmoke, a choisi de disparaître pour de bon, quelques années plus tôt. Or, au moment où Candace / Sweetmint pense avoir trouvé sa place au sein de la société clivante du Nordouest, le chef du pouvoir exécutif vient d’être assassiné. Une campagne électorale est organisée pour désigner son successeur mais, dans ce monde, seuls les membres de la Galerie de la Règle peuvent voter. Parallèlement au combat féroce que se livrent les deux candidats au pouvoir, Shanu / Sweetsmoke est accusé du meurtre de l’ancien dirigeant. Sweetmint / Candace, jugée hors de cause, est néanmoins manipulée par les autorités religieuses et politiques pour traquer son frère. Cette série d’évènements dramatiques sera à l’origine de l’épiphanie de la candide Candace. Ayant ouvert les yeux sur le monde qui l’entoure, Sweetmint va tout mettre en œuvre pour se libérer de ses chaînes et retrouver son frère.

J’ai eu un peu de mal à entrer dans le roman car il m’a fallu intégrer tous les éléments de ce monde imaginaire (au passage, je tire mon chapeau à la traductrice). Certains détails m’ont d’abord semblé un peu artificiels puis je m’y suis habituée. Le fait que les Invisibles portent deux noms (un prénom officiel pour l’administration des dominants et un surnom pour la communauté d’appartenance) ne m’a pas toujours facilité les choses non plus, d’autant qu’il y a de nombreux protagonistes. Cependant, une fois ces difficultés passées, j’ai trouvé la lecture du roman assez fluide.

Tous les invisibles mêle les ingrédients du roman social d’anticipation et du récit initiatique. Le premier chapitre (la scène qui se déroule en 2028) insiste fortement sur le racisme ambiant et la fracture sociale mais cela se justifie pour introduire la suite de l’intrigue. Celle-ci se veut le reflet du réel. Il est poussé à son paroxysme, et fait apparaître une société à la fois raciste, sexiste et élitiste. Bref, un cauchemar, digne des pires dictatures. 

💪Le roman de Mateo Askaripour n’est peut-être pas très innovant par rapport aux thématiques abordées mais il a le mérite de traiter des sujets sensibles. L’héroïne est attachante et l’auteur a su créer un cadre original et dépaysant. L’intrigue est intelligemment construite et le style est plein d’allant. C’est donc une lecture agréable que je recommande volontiers dans le cadre du Challenge Objectif SF 2025

📌Tous les invisibles. Mateo Askaripour, traduit par Anne-Sylvie Homassel . Buchet Chastel, 480 pages (2025)

Challenge Objectif SF 2025.


Loch noir. Peter May

Loch noir. Peter May


Peter May a décidé de donner une suite à sa fameuse trilogie écossaise. Plus de 10 ans après l’affaire du Braconnier du lac perdu, Fin Macleod, ancien flic de Glasgow, reprend donc du service. Accompagné de Marsaili, son épouse, il retourne sur son île natal de Lewis, dans l’archipel des Hébrides. Fionnlagh, leur fils trentenaire, est accusé du meurtre de sa jeune maîtresse. Caitlin Black n’avait que 18 ans. Fionnlagh, marié et père d’une fillette, était son enseignant au lycée.  Le corps de la victime a été retrouvé à l’embouchure d’An Loch Dubh, le loch noir, sur la côte ouest de l’île de Lewis. Fionnlagh ne se défend de rien et s’enferme dans un silence honteux. Macleod mène une enquête officieuse qui le confronte à ses vieux fantômes.

J’ai aimé le dépaysement que procure le décor et j’ai éprouvé de l’empathie pour les principaux protagonistes. L’intrigue est parfaitement encrée dans la réalité de la vie insulaire, ses habitants, sa langue, ses paysages, son économie piscicole et ses problématiques environnementales. J’ai été très surprise, en revanche, par la construction du roman. Arrivée à la page 150, je me suis même demandée si on allait enfin entrer dans le vif du sujet. Puis j’ai compris que les longues digressions sur les souvenirs de jeunesse de Macleod concourent en réalité à la résolution de l’énigme. Elle puise ses racines dans le passé trouble de notre héros. L’ensemble est mené de main de maître et parfaitement maîtrisé. 

💪Cette lecture s'inscrit dans le cadre du challenge Trilogies et séries de l'été, organisé par Philippe.

📌Loch noir. Peter May, traduit par Ariane Bataille. Editions du Rouergue, 368 pages (2025)

Challenge Trilogies et séries de l'été 2025

Amitié éternelle. Nele Neuhaus

Amitié éternelle. Nele Neuhaus


J’aime beaucoup les polars de Nele Neuhaus. La série nous conduit dans la région du Taunus, au Nord-Ouest de Francfort et met en scène un duo d’enquêteurs très humains. 

Dans cet épisode, Pia Sander et Oliver von Bodenstein enquêtent sur la mort Heike Wersch, anciennement directrice d’édition chez Winterscheid et co-animatrice d’une émission littéraire renommée. La défunte venait d’être licenciée par ses employeurs et comptait porter l’affaire en justice. Cette intellectuelle avait la réputation d’avoir la dent dure avec ses collègues comme avec les écrivains. L’un de ses auteurs, Severin Velten, en avait fait les frais. Alors que le célèbre romancier était en manque d’inspiration, l’agent littéraire l’avait incité à s’inspirer d’un manuscrit oublié avant de dénoncer publiquement le plagiat. Cette trahison n’était rien d’autre qu’une vengeance. En effet, Heike souhaitait créer sa propre maison d’édition et Severin Velten n’avait pas voulu la suivre dans cette aventure. Les vieux amis de l’éditrice, tous liées à la famille Winterscheid depuis l’université, avaient également décliné son invitation et refusé d’investir dans le projet. Les membres de la clique n’étaient d’ailleurs plus aussi proches que dans leur jeunesse. Il apparait au fil de l’enquête que des secrets et des rancunes avaient sérieusement émoussés les liens qui les unissaient. Sander et Bodenstein  tentent de démêler cet écheveau compliqué alors même que leurs vies privées sont loin d’être sereines. 

J’ai beaucoup apprécié cet immersion dans le monde littéraire allemand et j’ai eu plaisir à retrouver les personnages récurrents de la série. Il faut dire que Nele Neuhaus a le chic pour créer des personnalités riches. Le duo d’enquêteurs a beaucoup évolué depuis les premiers tomes et je m’y suis attachée. Je regrette vraiment que mon pauvre niveau d’allemand m’empêche de découvrir l’adaptation télévisée diffusée sur la chaîne ZDF. 

Ce dixième épisode compte une multitude de personnages mais l’autrice prend soin de nous rappeler régulièrement la place des uns et des autres. L’intrigue est bien menée, il y a de nombreux rebondissements et assez de chausse-trappes pour ne pas démasquer le coupable trop tôt. 

💪Le roman est un Page Turner de plus de 500 pages, ce qui en fait un bon candidat pour le challenge des Pavés de l’été et pour celui des Trilogies et séries de l'été.

📚D'autres avis que le mien via Babelio,  Bibliosurf et Encres vagabondes

📝D'autres romans dans l'univers du livre: Le cercle des derniers libraires de Sylvie Baron, Huit crimes parfaits de Peter Swanson et Le Libraire de Wigtown de Shaun Bythell

📌Amitié éternelle. Nele Neuhaus, traduite par Marie-Claude Auger. Actes Sud, 512 pages (2024)

Les challenges de l'été 2025



Dernière Soirée. Lisa Gardner

Dernière Soirée. Lisa Gardner


La randonnée et le camping en pleine nature, c’est drôlement chouette mais ça peut aussi être très dangereux. 

« On estime à ce jour, qu’on moins 1600 personnes ont disparues dans les réserves naturelles américaines. »

Frankie Elkin, l’héroïne de ce roman, est une nomade. Elle sillonne le territoire américain en quête d’affaires de disparitions non résolues et a déjà plusieurs succès à son actif. Cette activité est bénévole mais Frankie n’a pas besoin de grand-chose pour vivre. Juste de se tenir loin d’une bouteille d’alcool et d’échapper à ses vieux démons. Alors qu’elle est en route pour l’Idaho, Frankie a vent d’un Cold Case dans le Wyoming. Cette histoire l’incite à dévier temporairement sa trajectoire pour se rendre à Ramsey, bourgade typique de l’ouest américain. 

Cinq ans plus tôt, un certain Timothy O’Day a convaincu ses 4 anciens potes d’université de fêter son enterrement de vie de garçon au cœur de la Forêt nationale de Shoshone, dans la Reserve naturelle de Popo Agie. Au début, tout s’est déroulé comme prévu. Une petite marche, l’installation des tentes sur un terrain proche d’une source d’eau, un feu de camp, des brochettes de saucisses, la bière puis le whisky qui coulent à flot… Nos cinq fêtards tombent ivres morts sur leurs duvets. Le lendemain, trois d’entre eux rappliquent en ville. Ils sont en état de choc. Un quatrième est retrouvé après quelques heures d’investigation mais Tim ne reviendra jamais de cette escapade. Son père et ses amis ne se résignent pas à abandonner les recherches, même après l’abandon des autorités locales et des bénévoles. Année après année, ils reviennent sur place et sillonnent la réserve en quête d’une dépouille. Le territoire est immense. Cette année est celle de la dernière chance. Ils se focaliseront sur le Canyon du Diable, un territoire qu’ils n’ont jamais fouillé car trop éloigné de la zone initiale de campement. 

Martin O’Day (le père de Tim) et les amis du disparu (Neil, Josh, Scott et Miggy) sont accompagnés d’un groupe de randonneurs aguerris : le guide local (Nemeth), un chasseur de Bigfoot (Bob), ainsi qu’une équipe cynophile formée par Luciana et sa chienne Daisy. Frankie n’a aucune expérience de la randonnée en montagne mais elle est déterminée. La défection de Josh (en pleine crise de delirium tremens) va l’aider à convaincre les autres de l’intégrer dans le groupe. 

J’adore les huis clos en montagne et en forêt. Celui-ci ne l’a pas déçue. J’ai beaucoup aimé l’héroïne, Frankie Elkin, une quadragénaire cabossée mais plus sociable qu’il n’y parait de prime abord. Frankie a l’intuition, dès le départ, que tout le monde ne rentrera pas indemne de l’expédition. D’ailleurs, les mâles alpha du groupe, Martin et Nemeth, se chargent bien de lui rappeler continuellement les risques encourus. Qu’importe ! Le maillon faible s’accroche et en profite pour interroger les copains de Tim qui traînent en queue de file. La Team, dont les membres nous paraissent sans véritable personnalité ou envergure au début du voyage, se dévoilent petit à petit et créent l’empathie.  On s’attache à eux et on croise les doigt pour qu’ils survivent. 

Lisa Gardner a écrit ce livre pendant la pandémie de covid-19 ce qui l’a empêchée de se rendre sur-place comme elle l’aurait voulu. Néanmoins, elle a s’est sérieusement documentée et cela se sent dans son roman. 

💪Frankie Elkin est le personnage récurrent d’une série, comptant déjà 4 volets dont 2 traduits en Français, ce qui me permet de participer au Challenge des Trilogies et séries de l'été. Je pense que je continuerais de suivre cette héroïne écorchée vive dans ses prochaines aventures. 

📚D’autres avis que le mien via les sites de Babelio et Bibliosurf

📝Et si vous ne craignez pas d’être dégoutés des activités de plein air, je vous recommande également: Delivrance de James Dickey, Le guide de Peter Heller ou Sarek d’ Ulf Kvensler .

📌Dernière Soirée. Lisa Gardner, traduite par Cécile Deniard. Albin Michel, 464 pages (2025)

Trilogies et séries de l'été 2025