La Quiche fatale. M. C. Beaton

La Quiche fatale. M. C. Beaton

A force de croiser Agatha Raisin dans les lieux de perdition comme les librairies et les bibliothèques, j’ai eu envie de faire vraiment sa connaissance. J’étais un peu dubitative concernant cette héroïne capable de s’illustrer dans 37 enquêtes policières successives. Son homologue masculin, Hamish Macbeth, est d’ailleurs tout aussi actif. Sachant que M. C. Beaton alias Marion Chesney a écrit plusieurs autres Cosy Mysteries sous divers pseudonymes, j’avoue que je n’étais pas sûre d’y trouver mon compte. C’était compter sans l’irrésistible humour anglais !

Dans ce premier volet, Agatha Raisin, quinquagénaire active et déterminée, a décidé de revendre son agence de communication londonienne. Elle a acheté un charmant cottage dans la belle région des Costwolds car elle prend sa retraite anticipée. Evidemment l’arrivée de cette citadine excentrique n’enchante pas particulièrement les habitants du paisible village de Carsely. Agatha va devoir batailler pour se faire accepter parmi eux. L’organisation d’un concours de quiches lui semble l’occasion idéale bien qu’elle ne sache pas cuisiner. Sans remord particulier ni sentiment de culpabilité, elle décide de tricher et de se procurer une tarte aux épinards chez son traiteur préféré. Elle tente également de soudoyer le jury, le major Cummings-Browne et son épouse, en les invitant au restaurant. Evidemment, l’impétueuse Agatha ne pouvait pas deviner que président du jury mourrait empoissonné après avoir mangé une part de sa quiche. Non seulement sa tricherie est découverte mais notre quinquagénaire devient suspecte dans une affaire de meurtre. 

Contre toute attente, j’ai été séduite par cette Agatha Raisin que l’on compare souvent à Miss Marple. L’héroïne de MC Beaton se distingue pourtant par son caractère haut en couleur,  ses réparties bien senties et son langage fleuri. Il faut bien reconnaître qu’on ne s’ennuie pas une minute avec elle ! Les autres personnages sont assez bien campés aussi et c’est l’un des points forts de cette série de Cosy Crimes. L’ambition première de l’autrice est de distraire son lecteur plutôt que d’insister sur les scènes de crime sanglantes ou les ambiances très sombres. Cela n’exclut pas d’aborder quelques sujets de société. C’est un genre qu’on apprécie ou pas. Pour ma part, après avoir suivi cette première intrigue, je comprends mieux la longévité de son attachante héroïne. Je pense donc continuer la série. Cela tombe bien car les premiers volets sont désormais disponibles en format de poche ! Pour info, il existe également une adaptation télévisée de la série avec Ashley Jensen dans le rôle principal.

Bingo meurtrier 301225
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💪J'ai lu ce roman dans le cadre du challenge Un hiver polar. Il me permet de participer au bingo meurtrier et de valider le mot Poison, en plus des cases Campagne anglaise, Détective amateur et Jalousie que j'avais déjà cochées. 

📚D’autres avis que le mien chez Pativore, Bianca, Pedro Pan Rabbit, Marie-Eglantine, Anne, Sharon, Emilie 

📌La Quiche fatale (Agatha Raisin enquête, Tome 1). M. C. Beaton, traduite par Esther Ménévis. Le Livre de Poche, 288 pages (2025).





Cette belle vie qui nous attend. Thierry Maricourt

Cette belle vie qui nous attend. Thierry Maricourt


J’ai trouvé cet opus dans le rayon polars de ma librairie favorite mais je sais maintenant qu’il y avait atterri par hasard. Si j’avais lu la quatrième de couverture en entier, j’aurais compris qu’il s’agit d’un récit postapocalyptique destiné à dénoncer nos multiples dérives. Je l’ai embarqué parce que l’auteur a vécu à Amiens et que l’intrigue se déroule dans cette ville. 

Lorsque j’ai commencé ma lecture, je ne m’attendais pas du tout à un récit hallucinatoire. C’est un univers cauchemardesque qui nous est décrit, peuplé d’êtres humains fantomatiques  et rongés par la maladie. La ville que je connais aujourd’hui a disparu sans qu’on ne sache exactement quand ni pourquoi. Le narrateur, père d’un garçon de 10 ans, se laisse entrainer par sa nouvelle compagne dans les méandres de la cité ravagée. Ils sont invités à se joindre à une ronde d’individus promettant un avenir radieux illusoire sur les décombres du monde ancien. 

C’est un roman étrange et malaisant dont je comprends et respecte les intentions mais que je n’ai pas lu avec plaisir. Le livre est très court puisqu’il ne compte qu’une soixante de pages. Il invite néanmoins à un décryptage et à une réflexion plus dense. 

💪C’est une ultime participation au challenge objectif SF organisé par Sandrine et ma première proposition pour le challenge des Gravillons sur le blog de La Petite Liste . 

📌Cette belle vie qui nous attend. Thierry Maricourt. Editions Ginkgo, 64 pages (2025)

Gravillons +objectif SF 2025


Sous les eaux d'Avalon. Michael Connelly

Sous les eaux d'Avalon. Michael Connelly


Exit Harry Bosch (Les Egouts de Los Angeles et tomes suivants), Renée Ballard (En attendant le jour), l’avocat Mickey Haller (La Défense Lincoln) et le journaliste Jack McEvoy (Le Poète) ! Michael Connelly nous prouve cette fois encore qu’il en a sous le capot en créant un autre héros. Il s’agit de l’inspecteur Stilwell, shérif du port d’Avalon sur l’île de Santa Catalina. C’est un ancien agent de l’unité des Homicides du LAPD. Cet électron libre a été évincé des services de police du continent suite à un conflit avec un collègue. Celui-ci l’a poussé à enfreindre les ordres de sa hiérarchie entrainant sa mutation disciplinaire à Santa Catalina.  Au final, Stilwell n’est pas si malheureux même si l’endroit est plutôt calme. En période touristique, on ne compte guère que de petits délits… enfin, en théorie, car on est jamais à l’abri d’un crime de sang ! 

« Ils continuèrent d’avancer dans l’ombre de la coque de l’Aurora, s’enfonçant dans les profondeurs du port. Le corps – si c’en était bien un – se trouvait neuf mètres sous la surface, et tel que le leur avait décrit Abbott : à savoir une forme humaine gonflée et dépassant de ce qui ressemblait à un grand sac noir maintenu par une corde torsadée et une lourde chaîne dont l’ancre était accrochée à une bande de corail. De longs cheveux noirs flottaient librement dans l’eau et Stilwell vit qu’ils étaient attachés à un crâne blanc. À mesure qu’il se rapprochait, il eut l’impression d’avoir affaire à un macabre déploiement de ballons fouettés par le courant au fond du port. »

La victime est méconnaissable à cause de son séjour prolongé sous l’eau. De toute façon, les moyens de Stilwell sont limités en hommes et en matériel. Il doit céder l’enquête à son rival de Los Angeles, l’inspecteur Rex Ahearn et se concentrer sur une affaire de mutilation animale. Or, une histoire de cambriolage au club du Marlin noir, un lieu très select dont les membres se transmettent la carte de génération en génération, va lui donner l’occasion d’interférer dans les investigations de son homologue de Los-Angeles. Les frictions entre les deux flics ne sont pas prêtent de s’apaiser d’autant qu’ils n’ont pas le même point de vue sur la manière de mener l’enquête.

Cette série me semble très prometteuse. J’aime beaucoup le contexte. Santa Catalina, cette petite île au large de L.A, n’est peut-être pas si paradisiaque qu’il n’y parait au premier abord. Les personnages récurrents tiennent la route et j’ai trouvé cette première intrigue plus rythmée que le dernier tome des Bosh/ Ballard, A qui sait attendre. Sachant que Michael Connelly raffole des Crossover, nous savons déjà que l’inspecteur Stiwell sera amenée à collaborer avec d’autres personnages récurrents, dont Renée Ballard dans une enquête intitulée Ironwood en V.O. (à paraître aux Etats-Unis en mai 2026). 

💪J’ai lu ce roman dans le cadre des challenges American Year chez Belette et Un hiver polar sur ce blog. Il me permet de participer au bingo meurtrier et de valider les mots Vengeance et Féminicide.

📌Sous les eaux d'Avalon. Michael Connelly, traduit par Robert Pépin. Calmann-Levy, 400 pages (2025)

Challenges An American Year + Un hiver polar


Death on the Trans-Siberian Express. C J Farrington

Death on the Trans-Siberian Express. C J Farrington


J’ai choisi ce roman policier pour sa destination sibérienne et l’allusion au Crime de l’Orient Express d’Agatha Christie. Dans les faits, s’il y a bien un crime à bord du mythique Transsibérien, l’essentiel de l’intrigue se déroule dans le petit village de Roslazny à quelques encablures de Novossibirsk, au Km 3335 de la ligne de chemin de fer. Le Transsibérien parcourt plus de 9000 km et traverse 990 gares entre Moscou et Vladivostok mais ne s’arrête pas dans toutes les stations. Le voyage dure une semaine. Chaque wagon est placé généralement sous la responsabilité d’un Provodnik ou d’une Provodnitsa, chargé(e) de l’accueil des passagers, du contrôle des billets, de l’entretien de la voiture et bien sûr du bon fonctionnement du Samovar collectif.  

L’héroïne, Olga Pushkin*, est ingénieure ferroviaire de 3ème classe. Elle intervient dès qu’un problème survient sur les voies.  Son chef, Viktor Fandorin, est un misogyne autoritaire et sans finesse, qui bloque toute velléité de promotion des personnels techniques féminins.  Son attitude ne choque guère les autres mâles du coin, pour la plupart des phallocrates imbibés de Vodka, nostalgiques du tsarisme ou fervents supporters du régime en place. Ici, comme ailleurs en Russie, la société est gangrénée par la corruption et l’emprise des oligarques. C’est dans cette atmosphère délétère qu’Olga tente de faire sa place. Elle économise tout son argent pour s’inscrire à l'université de Tomsk où elle espère suivre des cours d’écriture. Tandis qu’elle rêve de devenir écrivain, elle doit gérer un quotidien bien lourd, entre le soutien financier de son père alcoolique, les courses hebdomadaires de la tante Zia, les problèmes domestiques de son amie Anna Kabalevsky et un corbeau qui lui envoie des lettres d’insultes.  Son frère Pasha s’est engagé dans l’armée et donne rarement de ses nouvelles.

Tout commence par un appel de Viktor Fandorin lui signalant un problème d’aiguillage au niveau de la jonction 62. Olga se rend immédiatement sur zone pour régler le problème. Pour une fois, les anciens enseignements de son père s’avèrent efficaces et la panne est réparée en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Mais sur le chemin du retour au poste, en fait la cabane du garde barrière, Olga est percutée par un corps éjecté du Transsibérien en marche. Elle a heureusement eu le temps d’envoyer un appel radio d’urgence (on ne fait pas de vieux os dans le froid sibérien).  Vassily Marushkin, qui vient de prendre ses fonctions au commissariat de Roslazny, file immédiatement sur le lieu de l’accident. Lorsqu’il arrive, son adjoint Anatoly Glazkov, est déjà sur place, penché sur la blessée. A côté d’elle, git le corps d’un jeune-homme. Son apparence et ses vêtements indiquent qu’il s’agit sans doute d’un touriste étranger. Il a été égorgé puis poussé à l’extérieur du Transsibérien. Sa bouche est pleine de pièces de 10 roubles. S’agit-il d’un message symbolique du meurtrier ? 

Lorsque j’ai compris que l’enquête ne se déroulerait pas à bord du Transsibérien, j’avoue que j’ai été un peu déçue. Mais en écrivant ce billet, je me suis rendue compte à quel point le roman est riche d’informations sur la mythique ligne de chemin de fer, la Sibérie et la société russe en général. L’auteur présente avec humour une galerie de personnages hauts en couleurs. On les voudrait caricaturaux pour la plupart mais j’ai bien peur que ça ne soit pas toujours le cas. Bref, le cadre est folklorique à souhait et très bien posé par l’auteur. Malheureusement, il me semble que le soin apporté au contexte est au détriment de l’intrigue policière. Aussi, malgré tout l’intérêt des détails politiques et sociaux, il y a des moments où je me suis ennuyée. L’affaire de meurtre est résolue sans qu’il n’y ait de véritable enquête et j’ai trouvé cela dommage. Pour autant, je pense que le roman ne déplaira pas aux amateurs de Cosy Mysteries. Il y a de fortes chances pour que les personnages récurrents s’épaississent encore et c’est tout l’intérêt du livre. En ce qui me concerne, j’ai beaucoup de séries policières en cours et je ne suis pas sûre de privilégier celle-ci.

(*) les noms des personnages récurrents sont bien sûr orthographiés différemment dans la version française. Exemple : Olga Pushkin vs Olga Pouchkine. 

Les tomes de la série : 

  • Death on the Trans-Siberian Express (2021) / Mort sur le Transsibérien (Hugo Poche, 2023)
  • Blood on the Siberian Snow (2022)
  • Last Stop on the Murder Express (2023)

📚Un autre avis que le mien chez Patricia

📌Death on the Trans-Siberian Express. C J Farrington. Constable/ Little Brown, 336 pages (2021)

Bingo meurtrier

💪Grâce à ce roman, lu dans le cadre du challenge Un hiver polar, je valide aujourd'hui la case "Détective amateur" du bingo meurtrier, soit la 5ème sur les 24 de la grille et je reçois la "prime climatique" pour ce voyage romanesque en Sibérie. 

Petits meurtres à Endgame. Alexandra Benedict

Petits meurtres à Endgame. Alexandra Benedict


💪Cette année, j’ai décidé d’assumer mon penchant pour les Cosy Mysteries de Noël grâce aux challenges Il était treize fois noël et Un hiver polar. Parmi les auteurs qui exploitent cette thématique, il y a Alexandra Benedict. Petits meurtres à Endgame est le premier titre de sa série. Il n’y a pas de personnages récurrents donc chaque titre peut être lu indépendamment. 

L’héroïne de ce roman s’appelle Lily Armitage. C’est une londonienne trentenaire. Son métier de couturière lui permet de travailler et de vivre cloitrée dans son petit appartement. La jeune femme est en effet peu sociable (limite agoraphobe) et elle a coupé les ponts avec sa famille depuis longtemps. Or, une lettre posthume de sa tante Liliana va l’inciter à renouer avec le passé. Son testament prévoit que l’héritage du manoir familial reviendra au vainqueur d’un jeu de piste géant. Il y a 12 énigmes à décrypter conduisant à 12 clés. Celles-ci ouvrent une salle secrète. Celui qui la trouvera pourra s’emparer de l’acte de propriété d’Endgame House (qui pour le coup porte bien son nom). Le jeu de piste dure 12 jours, soit du 25 décembre jusqu’au 5 janvier, veille de l’épiphanie! Tous les appareils électronique et de communication sont confisqués pour éviter la tricherie. Cela va s’avérer désastreux lorsqu’une tempête de neige va piéger les participants dans un huis clos meurtrier.

Tante Liliana savait que Lily refuserait de participer à cette mascarade… à moins que les énigmes soient aussi des indices lui permettant de faire la lumière sur le soi-disant suicide de sa mère 20 ans plus tôt. Les motivations de ses cousins et cousines semblent plus matérielles mais peu importe. Lily est quand même heureuse de retrouver Tom et Ronnie avec lesquels, elle partage de beaux souvenirs d’enfance. Sara, en revanche, reste la peste de service. Son frère Gray, quant à lui, ne s’est toujours pas émancipé de son autoritaire ainée. Certains membres de la famille sont venus avec leurs conjoint(e)s comme Rachel et Ronnie, accompagnés respectivement d’Holly et Philippa. Ils sont donc 8 adultes dans cette galère. Il faut ajouter la gouvernante, Mrs Castle, qui assure la logistique de la maison et du jeu. 

Il faut bien reconnaître que certains personnages sont caricaturaux et que la crédibilité des évènements est un peu sacrifiée au profit de l’intrigue. En revanche, Alexandra Benedict a un sacré talent pour construire des énigmes, anagrammes, jeux de mots et autres casses têtes intellectuels. Les indices sont cachés dans des poèmes que les membres de la famille Armitage doivent décrypter. Je tire mon chapeau à la traductrice qui a réussi à retranscrire tout ça de manière cohérente. Par ailleurs, l’autrice s’est attachée à rendre son roman interactif invitant son lecteur à participer au jeu. Il s’agit de déchiffrer 12 anagrammes et de retrouver 12 titres de romans policiers cachés dans le texte. Bref, s’il n’y a pas d’autre objectif que de divertir le lecteur, on peut dire qu’il est atteint. 

📝Autres idées de lecture pour Noël :

💪Grâce à cette lecture, je valide les mots Noël, Manoir, Campagne anglaise et Jalousie dans le "Bingo meurtrier" du challenge Un hiver polar.

📌Petits meurtres à Endgame. Alexandra Benedict, traduite par Laura Bourgeois. Editions Pocket, 445 pages (2023)


Challenges: Il était 13 fois Noël + Un hiver polar


Dans nos pierres et dans nos os. Nathaniel Ian Miller

Dans nos pierres et dans nos os. Nathaniel Ian Miller


💪J’ai sélectionné ce roman pour participer à la 3ème édition de l’American Year organisée par Belette. Or, il s’avère qu’il s’agit sans doute du plus islandais des romans étatsuniens ! Nathaniel Ian Miller, qui s’est fait connaitre avec L’Odyssée de Sven, semble avoir une appétence particulière pour les pays du nord de l’Europe. J’ai trouvé l’écrivain américain assez convaincant pour consulter sa biographie. J’ignore toujours s’il a vécu près du cercle arctique mais il a été journaliste, avant de s’installer dans le Vermont où il possède une ferme. Cette information est importante car Dans nos pierres et dans nos os est un roman rural traitant de la transmission. 

Orri, le jeune héros de ce récit d’apprentissage habite dans une région isolée à l’ouest de l’Islande. Sa mère (Mamma) est enseignante-chercheuse dans une petite université de province et son père (Pabbi) gère une ferme rustique dédiée à l’élevage bovin. C’est un homme taiseux et pétri de principes. Il ne fait rien comme ses voisins car il lui tient à cœur de traiter correctement ses animaux. Il est évidemment confronté à des problèmes cornéliens sachant qu’il n’élève pas de vaches laitières islandaises mais des Galloway, une race destinée à la viande. Son chien n’est pas un Border Collie, comme il est de tradition chez les bergers du coin. Il a préféré adopter Rykug, est une chienne d’origine australienne. Le titre du roman en version originale y fait référence : Red Dog Farm

Orri s’est inscrit à l’Université de Reykjavík où Amma, sa grand-mère juive d’origine lithuanienne, peut l’accueillir. Mais notre jeune héros a très vite le mal du pays. Les vacances de printemps sont un excellent prétexte pour retourner à la maison, d’autant que c’est une période de forte activité à la ferme. 

Nous sommes en 2012, soit 4 ans après la crise financière qui a entraîné la faillite de nombreuses exploitations agricoles et fermières. Nathaniel Ian Miller, qui est lui-même éleveur aux Etats-Unis, s’étend longuement sur les difficultés du métier. Les conditions climatiques extrêmes de l’Islande s’ajoutent aux aléas sanitaires, l’obsolescence du matériel, les risques d’accidents liés à la fatigue, etc. Ses longues digressions sur les conditions de travail dans le froid, la pluie, la boue, le sang et les excréments annihilent toutes visions romantiques de la vie rurale en général et de campagne islandaise en particulier. 

J’ai été bluffée par la puissance d’évocation de Nathaniel Ian Miller. L’immersion est totale, d’autant qu’un guide à la fin du livre permet de prononcer correctement les noms de lieux. Les paysages sont bruts mais grandioses. L’abnégation des personnages est admirable. Elle est portée par l’amour d’autrui et de la nature. Je suis sortie un peu sonnée de cette lecture mais aussi avec un sentiment d’espoir vis-à-vis de la nature humaine. 

📚D'autres avis que le mien via Babelio

📌Dans nos pierres et dans nos os. Nathaniel Ian Miller, traduit par Emmanuelle Heurtebize. Editions Buchet Chastel, 362 pages (2025)

Challenge américain 2025-2026


J-7 avant Un hiver polar

Le super logo du challenge "Un hiver polar"
Le logo

Le mobile 

J’organise ce challenge en partant du principe qu’il est plus agréable pour un amateur de polars de partager ses expériences de lecture avec des bloggeurs complices. La période hivernale se prêtant bien aux frissons du mystère et de l’enquête, ce challenge de lecture se déroulera du 21 décembre 2025 au 20 mars 2026. Il est dédié à la littérature policière en général et à ses sous-genres dont le roman noir, le whodunit, le thriller, le roman d’espionnage, le cosy mystery, le polar historique (…), ainsi que le true crime. En revanche, les BD, mangas, essais et beaux livres sont exclus de l’activité. Vous pouvez retourner votre jaquette aussi souvent que vous le souhaitez et donc de passer d’un genre policier à l’autre selon l’humeur du moment. 

Le Modus operandi

Pour participer, il suffit de me transmettre le lien vers votre compte rendu de lecture grâce à la section commentaires sous le billet de lancement ou à la suite du billet récapitulatif à venir. J’accepte évidemment les inscription tardives. Si vous le souhaitez, vous pouvez faire apparaître le logo du challenge dans votre billet avec un lien vers ce blog. Certains challenges se combinent très bien ensemble et il ne faut donc pas hésiter à les associer. Par exemple, Cléanthe propose de lire des polars scandinaves pour le mois de février prochain dans le cadre des Escapades européennes et La petite liste organise un challenge Gravillons pendant tout l'hiver. 

La Scène de crime

Il n’y a aucune contrainte concernant la nationalité de l’auteur ou le lieu de l’intrigue. Néanmoins, les romans se déroulant dans les régions parmi les plus froides de la planète se verront gratifiés d’une prime climatique. Les régions concernées sont :

  • L’ Antarctique : −89,2 °C (record de froid homologué à Vostok, le 21 juillet 1983)
  • Le Groenland : −69,6 °C (Klinck, 22 décembre 1991)
  • La Sibérie −67,8 °C (Oïmiakon, le 6 février 1933)
  • L’ Alaska : −62,1 °C (Prospect Creek, 23 janvier : 1971)
  • La Mongolie : −56 °C (Lac Uvs, 31 décembre 1972)
  • Le Bassin arctique : −50 °C en moyenne en hiver

Une arme d’appoint : le Bingo meurtrier

Le jeu de bingo est facultatif mais il permet de cumuler des bonus, soit un point par case validée. Les grilles sont individuelles. Chaque case contient un mot clé en rapport avec la thématique du challenge. Un roman peut valider plusieurs mots clés mais une case ne peut être validée qu’une seule fois. Pour obtenir vos points bonus, pensez à m’indiquer les mots clés validés en même temps que le lien vers votre compte-rendu de lecture.

Bingo pour Un hiver polar !
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Les lectures complices

Je propose 3 lectures communes facultatives pour ce challenge mais vos suggestions sont les bienvenues : 

  • Destination Québec, le 10 janvier avec un titre au choix d’Andrée A. Michaud 
  • Destination Groenland, le 10 février avec La fille sans peau de Mads Peder Nordbo
  • Destination Islande, le 10 mars avec Kalmann de Joachim B. Schmidt

3 lectures communes facultatives

Le classement 

Pour pimenter un peu le défi, j’organise un classement des participants en fonction des points cumulés. Ces points permettent d’évoluer dans la hiérarchie des grades. Le but du jeu est bien sûr d’atteindre le haut de la pyramide, c’est-à-dire décrocher la licence de détective privé, d’obtenir le grade de commissaire de police ou d'intégrer une unité d'élite. Le bilan final sera publié quelques jours après la clôture du défi. Je compte en effet un délai pour les rattrapages de dernières minutes.  

Comment gagner des points ?

  • Compte-rendu de lecture : 1 point
  • Livre de plus de 500 pages : 1 point supplémentaire
  • Lectures communes : 2 points supplémentaires
  • Prime climatique: 2 points supplémentaires
  • Bonus Bingo : 1 point par case

Quel enquêteur êtes-vous ?

  • Novice : 1 point
  • Stagiaire : 5 points
  • Fin limier :  10 points
  • Inspecteur : 15 points
  • Détective privé : 20 points
  • Commissaire de police : 30 points
  • Corps d’élite (Brigades spéciales, FBI, New Scotland Yard…) : 50 points

Cold Cases


A bientôt ! 


Toutes les fêtes de Noël commencent par un meurtre. Benjamin Stevenson

Toutes les fêtes de Noël commencent par un meurtre. Benjamin Stevenson


Cette année, j’ai décidé de fêter Noël au soleil en compagnie de Benjamin Stevenson. Comme d’habitude, l’écrivain australien nous invite à suivre une enquête selon les codes du roman policier classique… mais avec une bonne dose d’humour en prime. Nous y retrouvons l’alter ego du romancier, Ernest Cunningham. Et comme il se doit dans ce genre de situation, il est tout à fait possible de prendre le train en marche et de commencer la série par cette 3ème enquête. Les personnages récurrents évoluent assez peu et les nouveaux lecteurs ne sont donc pas perdus.

C’est bientôt Noël et Ernest s’apprête à convoler en justes noces avec Juliette, son amoureuse. Or, son ex-femme, Erin, choisit justement ce moment critique pour l’appeler à la rescousse. Elle est accusée du meurtre de son nouveau compagnon, Lyle Pearse. C’est un mécène fortuné qui a fondé une association d’aide à la reconversion des toxicomanes. Il a financé, dans ce but, la construction de plusieurs théâtres en province. Trois jours avant le Réveillon, Ernest doit donc abandonner ses préparatifs de mariage et se rendre à Katoomba, dans la région des Blue Mountains, pour élucider l’assassinat de Lyle. Il espère interroger ses anciens collègues à l’occasion d’un spectacle de magie de Rylan Blaze, une véritable star dans le milieu de l’illusionnisme. Ernest est suivi de près par Josh Felman, un paparazzi qui s’accroche à lui comme une tique depuis la parution de son second roman. 

Quitte à mélanger les éléments du roman de Noël aux règles d’or du roman à énigme, Benjamin Stevenson a choisi de présenter son livre comme un roman de l’avent. Il y a 24 chapitres délivrant autant d’indices. Nous savons également qu’il y a 6 suspects parmi les protagonistes et 7 cadeaux au pied du sapin (avec celui du mort). Cette information est peut-être déjà un indice. En effet, Benjamin Stevenson se pique d’entraîner son lecteur dans les investigations menées par son héros/ alter ego. Il s’agit donc d’une enquête interactive au cours de laquelle l’écrivain interpelle régulièrement son lecteur, lui transmets des informations et le prend à partie. 

Les lecteurs qui attendaient un polar de Noël conventionnel seront sans doute surpris voire déçus de découvrir un pastiche. En revanche, les lecteurs qui connaissent déjà la série y retrouveront tous les ingrédients qui en font le sel, et se délecteront de son humour noir.  

Les titres de la série :

  1. Everyone In My Family Has Killed Someone (Tous les membres de ma famille ont déjà tué quelqu’un)
  2. Everyone On This Train Is A Suspect (Tout le monde dans ce train est suspect)
  3. Everyone This Christmas Has A Secret (Toutes les fêtes de Noël commencent par un meurtre)
  4. Everyone In This Bank Is A Thief (à paraître en V.O. en 2026)

💪Une lecture dans le cadre du Challenge Il était treize fois Noël, organisé par Chicky Poo & Samarian

📌Toutes les fêtes de Noël commencent par un meurtre. Benjamin Stevenson, traduit par Cindy Colin-Kapen. Sonatine, 229 pages (2025)

Il était treize fois Noël


Carpates. Liliana Lazar

Carpates. Liliana Lazar


Je ne connaissais pas Liliana Lazar avant de commencer ce roman et pourtant l’autrice a déjà publié deux livres avant celui-ci : Terre des affranchis en 2009, qui a été récompensé par plusieurs prix littéraires, et Enfants du diable en 2016. Carpates est paru en 2024 et trônait dans ma pile à lire depuis cette date. Il est désormais disponible en format de poche. Je me rends compte maintenant que j’ai eu tort de repousser cette lecture si longtemps, d’autant que le roman se lit pratiquement d’une traite. 

Comme les précédents romans de Liliana Lazar, l’intrigue de Carpates nous conduit en Roumanie, terre d’origine de la romancière. Les évènements se déroulent cette fois après l’ère Ceaușescu durant l’hiver 1992. Un couple de jeunes Français, Jeanne et Boris, se rend à Rodna, en Transylvanie. La route qui y mène traverse les Carpates orientales en direction de la Moldavie. Elle est quasi déserte en cette période de l’année. Jeanne insiste car elle prépare une thèse d’anthropologie dédiée aux communautés orthodoxes de vieux-croyants. Après sa soutenance, elle espère accéder à un poste de maître(sse) de conférences à l’Université d’Aix en Provence pour lequel elle a postulé. Ce voyage à Rodna a pour but de trouver et d’interviewer une femme prétendument ressuscitée. Boris sait déjà que son amoureuse n’a pas été retenue pour le poste d’enseignante (victime du mandarinat patriarcal du milieu universitaire) mais il a préféré la ménager et cacher la lettre de refus. Il était déjà loin d’être emballé par ce voyage. Cet ancien boxeur, devenu animateur sportif, ne comprends pas les ambitions de Jeanne. La jeune chercheuse,  quant à elle, consciente des réticences de son conjoint, lui a caché qu’elle est enceinte. Bref, avant même d’arriver sur cette terre roumaine chargée de mystères ésotériques, notre jeune couple portent de lourds secrets dans ses bagages. Or, à l’instar des meilleurs films d’horreur, ils vont débarquer dans une auberge au milieu de nulle part puis bifurquer sur la mauvaise route. C’est bien sûr le début d’une descente aux enfers.

Contrairement à ce que suggère mon résumé, Carpates n’est pas vraiment un roman horrifique ni même un simple thriller. Il y a bien un huis clos effrayant et des histoires fantastiques jouant avec nos peurs collectives mais le propos est plus profond que cela. Liliana Lazar nous invite au sein d’une secte matriarcale isolée qui vit selon des règles proches des vieux-croyants non presbytériens. L’hégémonie féminine  est poussée jusqu’à son paroxysme mortifère. J’en ai déjà dit beaucoup mais il m’a semblé nécessaire d’insister sur la richesse de ce roman. Sans aller jusqu’au coup de cœur absolu, je peux dire que Carpates a été une très bonne surprise et m’a donné envie de lire les autres romans de Liliana Lazar. 

📚D’autres avis que le mien chez HCh Dahlem, Cannetille, Jostein et Eva

📌Carpates. Liliana Lazar. Plon, 316 pages (2024) / Pocket, 336 pages (2025)


Un Noël au manoir. Anne Perry

Un Noël au manoir. Anne Perry


Les amateurs de romans policiers historiques connaissent tous Anne Perry et ses personnages récurrents parmi lesquels William Monk, Charlotte Ellison et Thomas Pitt. La romancière est également l’autrice d’une série de nouvelles policières de Noël. La plupart sont des "spin-off". Ces épisodes dérivés mettent en scène des personnages secondaires apparus dans les autres séries se déroulant à l’ère victorienne. 

Les héros d’Un Noël au manoir sont Lady Vespasia Cumming-Gould, la tante de Charlotte Ellison-Pitt. Elle est accompagnée de son second époux, Victor Narraway, ancien chef des services de renseignements généraux de Londres. Le couple a été convié au manoir des Cavendish où ils arrivent quelques jours avant le Réveillon. Lady Vespasia sait que son mari a accepté l’invitation à contre cœur et qu’il ne lui a pas divulgué la véritable raison de ce séjour impromptu. Les autres invités des Cavendish leurs sont presque tous inconnus et l’ambiance s’avère rapidement délétère, d’autant que Lady Vespasia doit sans cesse contrer les commentaires désobligeants de son hôtesse. Néanmoins, il y a parmi les convives, un jeune couple fascinant qui attire l’attention de notre héroïne. Ils s’agit de James et Iris Watson-Watt. Victor, lui, semble ailleurs, comme déconnecté de son épouse adorée et de la réalité du moment. Lady Vespasia connait assez son époux pour remettre les explications à plus tard. Mais un drame va obliger nos deux héros à communiquer et à échanger leurs informations au risque de se mettre mutuellement en danger.

Je  me suis demandée pourquoi cet opus, publié en Angleterre en 2019, était resté inédit en France jusqu’à ce jour sachant que les 20 autres tomes de la série avaient tous été traduits (y compris les derniers : Le Corbeau de Noël, Un Noël à Eaton Square, La Fiancée de Noël et Un Noël à la campagne). Je n’ai pas lu les autres volets mais celui-ci ne m’a pas entièrement convaincue. C’est une lecture certes agréable mais je lui trouve plusieurs petits défauts. D’abord, le personnage de Lady Vespasia est tellement parfait que cela en devient agaçant. C’est une aristocrate d’âge mûr dotée de toutes les qualités intellectuelles et physiques dont une lectrice contemporaine puisse rêver. Malgré cela, ses joutes verbales avec lady Cavendish sont loin d’être aussi subtiles que l’autrice ne le prétend. Ensuite, l’enquête m’a semblée assez vite expédiée et sans véritable suspense. Ces bémols ne sont pas rédhibitoires mais je ne garderai pas un souvenir impérissable de cette novella de Noël. Il faut peut-être avoir lu d’autres séries d’Anne Perry, comme Kimberly du blog Caffeinated Reviewer, pour apprécier cet opus à sa juste valeur. 

💪J’ai lu ce livre dans le cadre du challenge Il était treize fois Noël, organisé par Chicky Poo & Samarian

📌Un Noël au manoir. Anne Perry, traduite par Pascale Haas. Editions 10/18, 183 pages (2025)

Il était treize fois Noël


Everyone On This Train Is A Suspect. Benjamin Stevenson



Ernest Cunningham, le narrateur de ce roman, est un écrivain australien de polars. Il a survécu à un huis clos familial sanglant (Everyone In My Family Has Killed Someone /Tous les membres de ma famille ont déjà tué quelqu’un, premier volet de cette série) dont il a tiré un livre qui ne s’est pas très bien vendu. A sa grande surprise, il est invité à un prestigieux festival d’auteurs de polars auquel il se rend avec Juliette sa compagne, également rescapée du premier tome. 

Le festival se déroule dans un train, le fameux Ghan qui traverse l’Australie du Nord en sud, en partant de Darwin. La destination finale est Adelaïde avec quelques arrêts touristiques pour les passagers lambdas tandis que les auteurs participeront à des conférences et des interviews. Ernest, lui, espère bien boucler son second roman en inspirant du voyage. Il a déjà prévenu les lecteurs que nous sommes : sur six écrivains montés dans le train, cinq en sortiront vivants et un menotté. Nous savons déjà que la victime de l’assassinat n’est pas Ernest puisqu’il a écrit ce roman. 

Après le meurtre de son homologue, Ernest va trouver l’occasion de se débarrasser du syndrome de l’imposteur qui le hante au milieu de cette brochette de célébrités. Fort de son expérience acquise dans le premier tome de la série, il décide de mener l’enquête. Certains de ses collègues, persuadés d’être aussi compétents du fait de leur métier, prétendent l’aider. L’écrivain de polars médicaux propose de réaliser une autopsie de surface tandis qu’une autrice de thrillers psychologiques s’improvise comme profileuse. Chacun faisant de la rétention d’informations, cachant de viles secrets et se tirant dans les pattes à la moindre occasion.  

Ernest nous assure qu’il respectera les règles d’or du polar et que nous aurons tous les indices en main pour démêler l’énigme. Par exemple, il nous informe qu’il prononcera 106 fois le nom du meurtrier au cours de son récit. Certains suspects peuvent mentir mais il nous préviendra lorsqu’il y aura anguille sous roche. Je vous recommande néanmoins de vous méfier de cet ingénu héro car il finira sans doute par vous roulez dans la farine, à l’instar de ses collègues. 

Personnellement, j’ai été surprise par le dénouement final (je n’ai pas réussi à démasquer l’assassin avant les dernières pages de l’intrigue) mais j’ai passé un bon moment en compagnie d’Ernest. Je dois reconnaître que je m’y suis attachée et je n’arrive pas à lui tenir rigueur d’avoir réussi à me berner malgré sa franchise affichée. L’humour de l’auteur y est sans doute pour beaucoup car, vous l’aurez compris, il s’agit davantage d’un pastiche que d’une véritable intrigue policière. Le prochain tome nous promet un Noël très singulier et je ne compte pas le rater.

Les titres de la série:

  1. Everyone In My Family Has Killed Someone (Tous les membres de ma famille ont déjà tué quelqu’un)
  2. Everyone On This Train Is A Suspect (Tout le monde dans ce train est suspect)
  3. Everyone This Christmas Has A Secret (Toutes les fêtes de Noël commencent par un meurtre)
  4. Everyone In This Bank Is A Thief (à paraître en V.O. en 2026)

📚D’autres avis que le mien via Babelio et Bibliosurf

📌Everyone On This Train Is A Suspect. Benjamin Stevenson. Penguin, 384 pages (2024) 


Rewind. Pascal Ruter

Rewind. Pascal  Ruter

Il y a des jours où on voudrait pouvoir appuyer sur une touche et rembobiner l’histoire de sa vie. C’est exactement ce que va faire Eva, l’héroïne de ce roman, au sens littéral du terme comme au sens figuré. Elle a hérité d’un vieux walkman de son père dont elle ne se sépare jamais. Un outil très précieux qui lui sera bien utile. Elle va l’utiliser comme journal audio dans une quête qui l’obligera à remonter dans le passé, dans les traces laissés par ses parents. Ce voyage la conduira bien loin de chez elle.

La narratrice s’appelle Eva Schneider. C’est une lycéenne qui habite en région parisienne. Elle a un frère cadet, Simon, également lycéen. Leur petit monde s’effondre lorsque Paula, leur maman, meurt dans un accident de voiture. Leur grand-mère est atteinte d’Alzheimer et vit dans une EPAD. Leur père, Jean-Louis, est décédé dans un accident de plongée 10 ans plus tôt. Désormais, le « parent » le plus proche de nos adolescents est Daniel, leur beau-père. Ils cohabitent depuis des années sans excès sentimentaux particuliers. Chacun vit son deuil à sa façon mais quelques détails étranges éveillent l’instinct ultrasensible d’Eva. La jeune fille s’aperçoit que son beau-père a menti par omission sur son emploi du temps le jour du drame et que Paula avait des secrets. Parallèlement à ces découvertes, le comportement de Daniel devient de plus en plus bizarre… comme s’il cherchait à éloigner Eva de son frère cadet. 

Je poursuis ma petite incursion de la littérature de jeunesse à la recherche de romans pour mon adolescent. Cette fois, j’ai déniché une pépite difficile à lâcher, même pour l’adulte que je suis.  Entre le road trip et le thriller psychologique, Rewind est un roman addictif qui m’a tenue en haleine jusqu’à la fin.  Mais le livre de Pascal  Ruter n’est pas seulement un page turner. Il aborde de nombreuses questions sensibles comme le deuil, la dépression ou l’anorexie mais l’attention du lecteur est tellement focalisée sur l’intrigue que ces sujets difficiles passent assez facilement. Rewind est conseillé aux jeunes lecteurs à partir de 12 ans.

💪Grâce à cette lecture, je participe au Challenge de PatiVore, dédié à la littérature de jeunesse.

📚D’autres avis que le mien chez Marion et Mylene

📌Rewind. Pascal  Ruter. Didier Jeunesse, 288 pages (2022)

Challenge Littérature Jeunesse 2025-2026


Carthage. Irene Vallejo


Le beau roman d’Irene Vallejo s’inspire de l’Énéide de Virgile. C’est un récit polyphonique qui donne tour à tour la parole au Troyen Enée, à la reine Elissa (Didon), à sa demi-sœur Ana la Magicienne (Anne), au facétieux dieu Eros mais aussi à un Virgile torturé par sa conscience de poète au service de l’empereur Auguste.  

Enée et son équipage ont fui Troie au terme de 10 années de guerre et font voile vers l’Hespérie. Après un épique voyage, ils se sont échoués sur les côtes africaines. Ils sont accueillis par la jeune reine de Carthage alors même que la cité est menacée par le roi Hiarbas. La Phénicienne aussi est une rescapée. Elle a quitté Tyr après l’assassinat de son mari par son frère Pygmalion. 

La garde rapprochée d’Elissa se méfie de ces Troyens qu’ils jugent couards. Surtout, ils craignent l’influence grandissante d’Enée dans l’esprit et le cœur de la jeune souveraine.  Ana, quant à elle, s’est entichée du petit Iule, le fils d’Enée, dont elle partage les jeux. Fille de devineresse, elle a néanmoins le sentiment que l’avenir ne se présente pas sous les meilleurs "auspices". Enée est tenu par une prophétie et doit se rendre dans la région du Latium pour fonder une nouvelle Troie. 

L’intrigue se focalise sur la première partie de l’Énéide et les évènements se déroulant à Carthage. Les faits nous sont relatés au travers des pensées et des sentiments des narrateurs successifs. Il y a donc des ellipses dans le récit mythologique. A cela s’ajoute une dimension plus contemporaine où les femmes expriment leur rejet de l’emprise masculine. Le roman est en prose mais le style de l’autrice est très poétique. Carthage est un bel hommage à l’œuvre de Virgile.

📚D’autres avis que le mien via Le Capharnaüm Eclairé et chez Claudialucia.

📌Carthage. Irene Vallejo, traduite par Bernadette Engel-Roux. Albin Michel, 288 pages (2025)


Esprit d'hiver. Laura Kasischke

Esprit d'hiver. Laura Kasischke


L’intrigue d’Esprit d'hiver se déroule à noël mais il ne faut pas s’attendre à un roman Feel Good. Au contraire, le lecteur se sent rapidement piégé dans un huis clos de plus en plus oppressant. 

Holly et Eric, son mari, ont un peu forcé sur le lait de poule le soir du réveillon et se sont réveillés très en retard ce 25 décembre. Comme chaque année, ils fêtent le jour J chez eux avec leurs proches. Éric saute du lit et file immédiatement chercher ses parents à l’aéroport. Holly se réveille avec une drôle d’impression et l’envie de la coucher sur le papier. Cela fait longtemps qu’elle n’a plus écrit de poèmes. Mais il faut se presser, préparer le repas et la table pour les invités. Sa fille Tatiana est sans doute debout depuis longtemps. Pourquoi l’adolescente n’a-t-elle pas réveillé ses parents ? Ils ont l’habitude d’ouvrir leurs cadeaux ensemble, tous les 3, avant l’arrivée des invités. Elle est sans doute en train de bouder dans sa chambre. 

Holly convoque ses souvenirs. Le voyage en Sibérie pour l’adoption de Tatiana, comment le couple est instantanément tombé amoureux de ce bébé aux grands yeux noirs et au joli teint de porcelaine, rehaussé d’une chevelure de jais… Des anecdotes lui reviennent en mémoire, treize ans de vie familiale. Mais il faut se presser, accélérer les préparatifs et Tatiana semble de mauvaise humeur. Elle est quasiment mutique. Le blizzard s’en mêle. La mère et la fille sont coincées ici. L’atmosphère ouatée se transforme en ambiance pesante. L’attitude de l’adolescente est de plus en plus étrange. Holly rumine jusqu’à l’obsession. Le huis clos entre la mère et la fille devient claustrophobique. 

Je découvre la plume de Laura Kasischke au travers de ce roman et je dois dire que l’expérience est très particulière. L’autrice américaine s’intéresse moins à l’intrigue qu’à l’atmosphère et la psychologie de ses personnages. Le lecteur se sent pris dans un étau de plus en plus malaisant. Il faut parfois résister à l’envie de refermer le livre pour de bon. Cela serait dommage car il faut attendre la fin pour réaliser tout le talent de Laura Kasischke, sa capacité à distiller d’infimes éléments qui sont autant de pièces du puzzle à reconstituer.

Ce roman a été adapté à l’écran sous la forme d’une mini-série en 3 épisodes. C’est Audrey Fleurot qui campe le rôle principal (Holly devient Nathalie dans cette version française) avec Lily Taïeb dans celui de Tatiana/Alice et Cédric Kahn Eric/Marc. Il n’y a pas que les prénoms des protagonistes qui ont été modifiés mais cela reste des détails qui ne nuisent pas à l’intrigue. Et, comme je le disais, il s’agit surtout d’un roman d’atmosphère, un roman dérangeant né d’une plume virtuose. 

📚D'autres avis que le mien chez Géraldine, Louise, CharlotteLybertaire, Fondu au noir, Read Trip...

📌Esprit d'hiver. Laura Kasischke, traduite par Aurélie Tronchet. Folio, 336 pages (2025)




Les bons sentiments. Karine Sulpice

Les bons sentiments. Karine Sulpice


Voici un roman que l’on hésite à classer dans la catégorie des romans policiers ou des thrillers. Il y a effectivement un forcené qui tient une arme à feu et une commandante de police qui tente de négocier pour qu’il relâche ses otages… mais il n’y a apriori ni cadavre (sauf peut-être dans le placard) ni véritable enquête. L’échange entre le criminel et la policière est en réalité une longue confession ou plutôt une mise à nu du ravisseur. Il s’appelle Julien alias Ju. C’est un travailleur social. Il était volontaire pour tenir la permanence de Noël à l’Association. Alors, comment en est-il arrivé à tenir en joue trois de ses collègues? 

Les voisins sont tous dehors, attirés par les gyrophares des voitures. Parmi eux, il y a Jessica, une habituée de l’Association. Et puis, sa petite fille, Laïla, qui a passé en vitesse un manteau trop léger par-dessus son pyjama. La commandant (sans E de féminisation de la fonction, elle y tient bêtement) Maurane Le Queuvre, qui  a dû tirer un trait sur son réveillon de Noël en famille, fait son boulot avec abnégation. Il faut amener le suspect à se rendre sans faire plus de casse. Alors, elle l’écoute patiemment. C’est l’histoire d’une dépression, d’un burn-out, des dérives du monde associatif aussi. Voilà, c’est un roman social, profondément humain. L’écriture est juste.  Karine Sulpice sait de quoi elle parle. Elle a été avocate en droit de la famille et du travail. Les bons sentiments est un très bon premier roman.

📚D'autres avis que le mien via Babelio et Bibliosurf 

📌Les bons sentiments. Karine Sulpice. Liana Levi, 176 pages (2025)


Les nuits de Topkapi. Jean-Paul Brighelli

Les nuits de Topkapi. Jean-Paul Brighelli


Cela faisait longtemps que je n’avais pas mis le nez dans un bon roman d’aventures. Celui-ci nous conduit au cœur de l’empire Ottoman à la fin du 17ème siècle. 

Balthazar Herrero, espion et médecin de Sa Majesté, est missionné par le marquis de Louvois pour négocier avec la Sublime Porte. Sous couvert de rapatrier la dépouille du défunt ambassadeur de France, il doit convaincre le Sultan, par l’intermédiaire de son grand vizir, de s’allier à Louis XIV contre la Ligue d'Augsbourg. Il s’agirait de prendre les troupes des Autrichiens en tenaille. Mais, si le Roi-soleil est à l’apogée de sa puissance, les Ottomans subissent quelques revers politiques et militaires. 

Notre héros est invité à accompagner le vizir Sari Süleyman Pacha sur le champ de bataille de Mohács en Hongrie. C’est ainsi qu’ il assiste à la défaite de l’armée Ottomane contre les forces de l'armée impériale du Saint Empire romain germanique. Cette lourde défaite va porter un coup d’arrêt à l’expansion turque en Europe. Sari Süleyman Pacha prend la fuite avant d’être rattrapé à Belgrade puis condamné à mort. Le sultan Mehmed IV est déposé peu de temps après et remplacé par son frère, le faible Soliman II. A peine installé sur le trône, celui-ci doit faire face à une grave révolte des janissaires. 

Tous ces évènements ne facilitent pas la mission de Balthazar Herrero mais notre espion n’est pas homme à se décourager. Aidé de son fidèle Gaspard, un huguenot qu’il a arraché aux galères de Sa Majesté, le rusé médecin français, va devoir utiliser de nombreux détours pour parvenir à ses fins. C’est ainsi qu’il se trouve impliqué dans les complots internes de la Sublime Porte, le rachat d’une jeune esclave grecque et l’élimination du chef de la secte des Hashichins. 

Ces péripéties le conduisent du palais de Topkapi à Constantinople jusqu’à Alexandrie, en passant par Smyrne (au moment du séisme) et la forteresse de Baghras. Parmi ses compagnons de route, dont Gaspard et la belle Haydée, il y a le bibliothécaire de l’ambassade de France, un certain Antoine Galland. Cet orientaliste érudit se pique de traduire un vieux manuscrit intitulé Les Mille et une nuits dont il régale ses acolytes. C’est sans doute cette anecdote qui donne son titre au roman de Jean-Paul Brighelli.

Quel plaisir de lecture ! Le rythme est effréné, comme il se doit dans un roman d’aventures,  et j’ai tout suite été happée par les moultes péripéties auxquelles est confronté notre sympathique groupe de compagnons. Balthazar Herrero n’est pas sans rappeler un peu Jean-Baptiste Poncet, jeune médecin des pachas du Caire, dans L'Abyssin de Jean-Christophe Rufin. Le roman m’a également fait penser aux aventures d’Antoine Petitbois, espion de Richelieu, dans l’œuvre de Jean-Michel Riou (1630, la Vengeance de Richelieu et 1658, l'Éclipse du Roi-Soleil). 

Les personnages et les ressorts de l’intrigue ne sont peut-être pas originaux mais la plume enlevée de Jean-Paul Brighelli est un régal pour le lecteur. Une partie du roman se présente sous la forme épistolaire et la narration est truffée d’anecdotes historiques qui en sont le sel. D’après ce que j’ai compris, il s’agit en réalité de la seconde aventure de Balthazar Herrero. Avant Les nuits de Topkapi, le médecin du roi s’est déjà illustré dans Soleil noir pour défendre les villages martyrs huguenots. 

📚Un autre avis que le mien chez Patsy Monsoon

📌Les nuits de Topkapi. Jean-Paul Brighelli. L'Archipel, 360 pages(2025)


Préparez-vous à un hiver polar

Challenge Un hiver polar

Nous arrivons mi-novembre et la rentrée littéraire semble déjà loin. L’euphorie est retombée, la météo incite plutôt à l’hibernation, la nuit tombe tôt… bref, l’ambiance générale n’invite-t-elle pas à se réfugier dans la littérature de mauvais genres ? Je plaide coupable mais  je suspecte que je ne suis pas la seule à enchainer les polars en série et à martyriser ma PAL. Avec votre complicité, je propose donc d’organiser un challenge dédié à la littérature policière et à ses nombreux sous-genres

  • Roman noir, 
  • Whodunit,
  • Roman d’espionnage, 
  • Thriller, 
  • Ethno polar,
  • Country noir
  • Roman policier historique,
  • Polar d’anticipation 
  • Cosy mystery, 
  • Roman policier humoristique,
  • True crime, 
  • (…) 

Le challenge débutera le 21 décembre 2025, jour du solstice d’hiver, et sera clôturée le 20 mars 2026 avec l’arrivée de jours meilleurs. Cela vous laisse un peu de sursis pour vous mettre en quête de lectures appropriées. L’intrigue peut bien-sûr se dérouler en toutes saisons et dans n’importe quels lieux qui vous inspirent.  

💡Un billet de lancement expliquera en détail tout le déroulement de l’activité mais je vous donne déjà quelques indices : 

Des propositions de lectures communes: 

  • Destination Québec, le 10 janvier avec un titre au choix d’Andrée A. Michaud 
  • Destination Groenland, le 10 février avec La fille sans peau de Mads Peder Nordbo
  • Destination Islande, le 10 mars avec Kalmann de Joachim B. Schmidt

Et un bingo meurtrier: 

Le jeu (facultatif) consiste à valider un maximum de mots-clés grâce à vos lectures et d’obtenir ainsi des points bonus au classement final.

Un hiver Polar, le bingo meurtrier

Toutes les idées et suggestions concernant le challenge de lecture sont les bienvenues. N’hésitez pas à me les transmettre. 


A bientôt !


Anatomie d'un drame. Gert Loschutz

Anatomie d'un drame. Gert Loschütz


💪Ce livre était dans ma Pile à lire depuis un moment car je le gardais soigneusement pour le challenge des Feuilles allemandes, organisé par Eva et Patrice du blog Et si on bouquinait un peu.  Son éditeur indique en 4ème de couverture que Gert Loschütz est un auteur prolifique bien qu’Anatomie d'un drame soit son premier roman traduit dans notre langue. 

Le roman se présente sous la forme d’une enquête historique consacrée à la plus grande catastrophe ferroviaire allemande du 20ème siècle, qui n’est malheureusement pas fictive. La partie investigation alterne avec des passages plus personnels dédiés à l’histoire intime et familiale du narrateur. La ressemblance entre Gert Loschütz et son personnage, Thomas Vandersee, est tellement frappante que je ne doute pas qu’il s’agisse de son alter ego de papier. Comme son héros, il est né à Genthin dans le Land de Saxe-Anhalt, et sa famille est passée à l’Ouest dans les années 50. 

Dans la nuit du 21 au 22 décembre 1939, deux trains express entrent en collision dans la gare de Genthin. La bourgade est située à l’est de l’Allemagne, entre Berlin et Magdebourg. Les trains impliqués sont le D10, un express allant de la gare de Potsdam à Berlin jusqu’à Cologne, et le D180 en direction de Neunkirchen dans la Sarre. Le bilan est de 278 morts, sans parler des blessés. Le sauvetage des survivants et le déblaiements des voies sont beaucoup retardés à cause des conditions climatiques et du contexte de la seconde guerre mondiale. les températures sont tombées à -15 °C, les lois sur le black-out retardent la mise en place de projecteurs et la mobilisation militaire a pour conséquence une pénurie de main d’œuvre de secours.  

On sent bien que l’auteur a fait des recherches minutieuses et procède effectivement à une véritable autopsie de l’accident. Il s’est plongé dans les archives de la Reichbahn, a décortiqué les rapports de police et cherché des témoins (la plupart indirects étant donné la date de la catastrophe). Tout cela est passionnant mais nuit beaucoup à la narration dans la première partie du roman. Je me suis perdue dans les détails, les noms des protagonistes et les informations techniques. 

L’instinct du narrateur l’incite à chercher un lien entre la tragédie et sa propre histoire familiale, au travers de la vie de sa mère. En 1939, Lisa Vandersee était une jeune fille, apprentie dans un grand magasin de vêtements à Genthin. Son fils pense qu’elle a peut-être croisé une jeune survivante de son âge. Cette voyageuse, originaire de Dusseldorf, s’appelait Carla. Elle s’apprêtait à rejoindre son fiancé, Richard. Celui-ci était bloqué dans sa ville natale à cause des Lois de Nuremberg, qui imposaient de nombreuses restrictions aux Juifs, dont le droit de voyager. Thomas Vandersee / Gert Loschütz mène une véritable enquête sur Carla, remonte sa piste jusqu’à Berlin où elle séjourné avant la tragédie. Il comble les trous par le biais de la fiction, imaginant des dialogues plausibles et des évènements probables.

Au final, en dépit d’un démarrage difficile, j’ai beaucoup apprécié cette lecture dont les fils narratifs vont bien au-delà de la catastrophe du 22 décembre 1939. 

📌Anatomie d'un drame. Gert Loschütz. Actes Sud, 304 pages (2024)

Challenge Feuilles allemandes 2025