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Collège Apocalypse. Drouin, Lylian & Lorien

Collège Apocalypse. Drouin, Lylian & Lorien. COUV

Le titre de cette bande dessinée pour la jeunesse est un peu accrocheur mais il m’a permis d’appâter mon adolescent avec succès. Il faut dire que tous les ingrédients sont réunis pour qu’il puisse s’identifier au moins à l’un des jeunes héros. Ils sont cinq : Yann, Louise, Mehdi, Florence et Léna. Ces élèves de cinquième s’apprêtent à partir en voyage scolaire en Italie. 


Collège Apocalypse. Drouin, Lylian & Lorien. P4-5


L’ambiance est à l’effervescence. On glisse les bagages dans la soute du bus, on s’interpelle entre potes et on hâte d’échapper pour un temps à la bienveillance encombrante de ses parents. La terreur locale fait son show pendant une partie du trajet mais le prof calme le jeu après la pause déjeuner. On remonte dans le car, les paysages défilent, l’atmosphère est à la torpeur… jusqu’à l’accident. Après un tunnel, le bus fait une sortie de route, passe à travers le rail de sécurité et dégringole dans un torrent. Les rescapés ont vu des trucs étranges. Le car a été dévié par quelque chose de terrifiant. Yann et ses amis n’ont pas le temps de porter secours à leurs camarades de classe. Il faut trouver un abri pour la nuit. 


Collège Apocalypse. Drouin, Lylian & Lorien. P18-19

Mon objectif avec cette bande dessinée était d’inciter mon geek préféré à lever le nez de sa console pour lire (autre chose que des mangas de temps en temps). Pari gagné ! Il a tout de suite été embarqué dans cette quête collective qui compte son lot d’actions et de petites terreurs. Le récit postapocalyptique bien rythmé et la mise en scène digne des films catastrophes hollywoodiens ont achevé de le ferrer. Il n’y a qu’un bémol pour l’instant : il va falloir attendre la parution du troisième tome en novembre 2025 pour connaître la suite. Pour ceux qui connaissent (et ceux qui veulent découvrir), Drouin, Lylian & Lorien sont les auteurs de la fameuse série des Géants qui compte déjà 10 tomes.

📚Un second avis chez Cyrielle.

📌L’accident (Collège Apocalypse, tome 1) et Le village (Collège Apocalypse, Tome 2). Paul Drouin, Lylian & Lorien. Editions Soleil (2024-2025).


L’œil du loup. Daniel Pennac

L’œil du loup. Daniel Pennac


Les parents ont parfois le privilège de partager des lectures avec leur progéniture, surtout lorsqu’on sollicite leur aide pour les devoirs à la maison. C’est dans ce cadre scolaire que nous avons choisi L’œil du loup de Daniel Pennac, en concurrence avec Croc-Blanc et L’appel de la forêt de Jack London.  Je précise que le nombre de pages n’était pas notre seul critère de choix et que nous avons finalement favorisé une œuvre contemporaine. 

L’opus est divisé en quatre parties. Au début du récit, nous faisons la connaissance de Loup-Bleu, un animal borgne vivant en captivité dans un zoo. Il vient de perdre sa compagne et refuse désormais tous contacts visuels avec les humains. Sa résolution est largement mise à mal par la présence d’un jeune garçon qui reste planté pendant des heures devant son enclos sans bouger. Qui est-il ? Pourquoi l’observe-t-il ainsi ? Son abnégation intrigue notre vieux loup au point qu’il décide finalement de s’en approcher. La seconde partie du roman commence ici. Le contact entre l’humain et l’animal est hautement instructif car ces deux êtres meurtris se comprennent immédiatement. A travers l’œil du loup, le garçon découvre la vie sauvage en Alaska, les chasseurs traquant la meute sans relâche et le drame qui a conduit Loup-Bleu en captivité. Dans la troisième partie du livre, les rôles s’inversent. Le loup apprend que son nouvel ami s’appelle Afrique N’Bia. C’est un drôle de nom mais il a une longue histoire. Afrique porte le nom du continent sur lequel il est né. Il lui vient de son don à raconter des histoires dont l’intrigue se déroule toujours sur ce territoire. L’enfant est orphelin. Ses parents ont disparu pendant la guerre et il a été confié à Toa le marchand. Malheureusement ce n’était pas un homme bon. Sans la présence de Casserole-le-dromadaire, le tuteur d’Afrique l’aurait sans doute abandonné à la première occasion. Puis le marchand découvre qu’il peut tirer un bénéfice financier de son protégé en le faisant travailler. Le garçon donne à voir au loup toute la complexité de sa jeune existence jusqu’à son arrivée au zoo où travaillent ses parents adoptifs. C’est la quatrième partie, celle qui se déroule dans ce qu’il nomme L’autre monde. 

Ce court roman pour la jeunesse est écrit comme un conte. Il est d’ailleurs entrecoupé d’histoires rapportées ou imaginées par le jeune Afrique. S’il aborde des sujets difficiles (la chasse, la maltraitance animale, la guerre, la pauvreté, l’esclavage, l’écologie, l’exil…) son dénouement n’est pas triste, bien au contraire ! La vision positive que le jeune garçon porte sur le monde incitera son compagnon animal à le regarder d’un œil nouveau. C’est une histoire assez émouvante pour toucher le cœur des enfants comme des adultes.

📌L’œil du loup. Daniel Pennac. Pocket Jeunesse, 96 pages (2002)


Le Voyage de Shuna. Hayao Miyazaki

Le Voyage de Shuna. Hayao Miyazaki


Shuna est un jeune prince. Son royaume n’est pas très florissant car les récoltes d’hiwabié suffisent à peine à nourrir les humains et leurs animaux. Un espoir se fait jour lorsqu’un voyageur lui révèle, juste avant de mourir, l’existence d’une graine dorée donnant de magnifiques champs de céréales. Malheureusement, les échantillons qu’il transporte ont été délestés de leurs cosses de fertilité. Shuna décide de partir à la recherche de cette graine miraculeuse qui pourrait sauver son peuple de la famine. Suivant les recommandations du vieil homme, il se dirige vers l’ouest avec sa fidèle monture, un Yukkaru (une sorte de cheval bouquetin). Au cours de sa quête, le jeune prince découvre des cités fortifiées décadentes où le seul commerce est celui des esclaves. Les marchands les échangent contre des graines dorées. Celles-ci seraient cultivées par les dieux, au bout du monde terrestre. N’écoutant que son courage, notre héro décide de s’y rendre, non sans avoir délivré deux jeunes filles réduites en esclavage. 


Le Voyage de Shuna. Hayao Miyazaki. Fin


Cet album d’Hayao Miyazaki est assez surprenant dans sa présentation. C’est un ouvrage hybride entre le manga (avec une reliure à droite et une lecture de droite à gauche) et le livre illustré en couleurs à l'aquarelle : les planches avec des cases alternent avec les illustrations en pleine page et il n'y a pas toujours de bulles. Il s’agit en fait d’un "monogatari", c’est-à-dire d’un conte (il est accessible à un jeune public à partir de 11 ans). Le mangaka s’est inspiré librement pour cette histoire d’un conte folklorique tibétain, intitulé Le prince qui fut changé en chien. On trouve ses thèmes de prédilection, un monde apocalyptique, un questionnement écologique et de drôles de bestioles. 


Le Voyage de Shuna. Hayao Miyazaki  - Le début du voyage


Dans une longue postface, le journaliste Alex Dudok de Wit (spécialiste de l’histoire des studios Ghibli) revient sur la genèse du Voyage de Shuna. Cet album qui a été publié en français le 1er novembre dernier (jour de la sortie du douzième long-métrage de Hayao Miyazaki, Le Garçon et le Héron) est resté confiné au Japon pendant 40 ans. Le maître de l'animation japonaise a écrit cette histoire dans les années 80 (avant la création des studios Ghibli) et elle n’a jamais été adaptée à l’écran faute de soutien. Je ne suis personnellement pas spécialiste de l’œuvre d’Hayao Miyazaki mais je ne prends pas trop de risques en mentionnant qu’on trouve dans Le Voyage de Shuna de nombreux points communs avec les films du réalisateur japonais. Le Yukkaru ressemble par exemple à l’une des montures dans la Princesse Mononoké. L’univers du Voyage de Shuna rappelle aussi celui dans Nausicaä de la Vallée du Vent.


Le Voyage de Shuna. Hayao Miyazaki. Couv


J’ai trouvé ce manga plutôt agréable à lire mais pas au point d’écrire un billet dithyrambique comme j’ai pu en lire sur de nombreux sites. Il faut dire que je ne suis pas une grande amatrice d’animes japonais (même si j'ai beaucoup aimé des œuvres comme Mon voisin Totoro) et qu’il me manque sans doute les codes pour apprécier cet album à sa juste valeur. Mon enthousiasme modéré ne doit donc pas dissuader les amateurs du genre de lire Le Voyage de Shuna.  

📌Le Voyage de Shuna. Hayao Miyazaki, traduit par Léopold Dahan. Editions Sarbacane, 160 pages (2023)


Le club des inadapté.e.s. Baur, Page & Bouchard

Le club des inadapté.e.s. Baur, Page & Bouchard


 Nous avons reçu cet ouvrage, en janvier dernier, grâce à notre abonnement à L’école des loisirs. Il s’adresse donc aux élèves de CM2 et au-delà. Le club des inadapté.e.s. est une bande dessinée adapté du roman éponyme de Martin Page qui, lui, s’adresse à une tranche d’âge supérieure (à partir de 13 ans). 

Martin, Edwige, Erwan et Fred forment un groupe d’amis très soudé. Au collège, ce n’est pas toujours la fête car leurs différences ne favorisent pas leur intégration. Edwige est l’intello du groupe, Fred se démarque par son look de métalleuse, Erwan est une sorte de MacGyver BCBG et Martin se fait tout le temps chambrer à cause de sa petite taille. En revanche, il est doué pour l’écriture et c’est donc lui le narrateur de cette histoire. 


Le club des inadapté.e.s. Baur, Page & Bouchard - P14-15


Jusqu’ici, nos héros s’accommodaient tant bien que mal de leur statut de parias mais un drame vient changer leur vision du monde. Erwan est victime d’une agression à la sortie du collège et doit être hospitalisé. L’évènement l’a si profondément perturbé qu’il semble, dans un premier temps, éviter ses amis. En réalité, il planche sur une machine égalisatrice de malheurs ! Ses copains pensent qu’il a carrément disjoncté mais décident de le soutenir quand même dans son projet farfelu. 

Plusieurs sujets viennent se greffer à l’intrigue principale. L’album permet ainsi d’aborder en douceur les problèmes de la différence, le chômage, du deuil, de la dépression, de l’alcoolisme, etc. Pour autant, le texte n’est pas trop pesant ni moralisateur. Je note, par ailleurs, que la nouvelle prof de math, Mme Benasera, ressemble à s’y méprendre à mon très temporaire enseignant de maths de 3ème. Martin Page aurait-il fréquenté incognito le même collège que moi ? 

 

Le club des inadapté.e.s. Baur, Page & Bouchard - P62-63

Pour ma part, j’avais déjà lu les romans pour adultes de Martin Page (Comment je suis devenu stupide et Une parfaite journée parfaite) et je m’attendais à une histoire très originale. Finalement, l’intrigue est moins rocambolesque que prévue mais conserve ce petit grain de folie qui est la signature du romancier. 

J’imagine qu’il n’est pas facile d’adapter un scénario comme celui-ci aux exigences de la bande dessinée mais Cati Baur s’en sort bien, tout en conservant sa propre patte. Ainsi, le titre adopte-t-il les codes de l’écriture inclusive, par exemple. Les illustrations correspondent, selon moi, à la cible visée : ni trop enfantines ni trop sobres. J’ai apprécié le format A5 de l’album et sa couverture souple, qui permettent de le glisser facilement dans un sac et de le lire dans les transports en commun. En revanche, l’illustration de couverture et le résumé en quatrième n’ont pas convaincu les plus jeunes d’entre nous. C’est dommage ! Moi, je trouvais le résumé plutôt bien tourné pour séduire les pré-ados.


Le club des inadaptés. Martin Page

A priori, il s’agit d’un one-shot mais on pourrait parfaitement imaginer de retrouver nos héro.ïne.s dans d’autres aventures.  Ceci est un appel du pied aux auteurs évidement. 

📌Le club des inadapté.e.s. Cati Baur (d’après le roman de Martin Page) & Christophe Bouchard (couleurs). Rue de Sèvres, 97 pages (2021)


Meurtres à la cathédrale. Martine Pouchain

Meurtres à la cathédrale. Martine Pouchain


 Le point de départ de ce roman pour la jeunesse est une anecdote réelle au sujet d’une statue de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens. Elle concerne l’inconnu qui, au 13ème siècle, a servi de modèle pour la réalisation du Beau Dieu. Il s’agit d’une sculpture qui, orne le portail central de la façade occidentale. Selon Wikipédia, son appellation se justifie par « par l'attitude du Christ en majesté, la noblesse et la gravité du visage, la sérénité du regard ainsi que par l'élégance des plis de la draperie ». La légende raconte que l’homme aurait disparu à la fin du travail, aussi mystérieusement qu’il était d’abord apparu et sans même réclamer de rémunération. A partir de là, Martine Pouchain, qui est d’origine amiénoise, a imaginé une histoire pleine de suspense et de rebondissements. Elle nous renvoie donc en 1244 alors que la cathédrale est encore en construction, sous la direction de Thomas de Cormont, le maître d’œuvre qui succéda à l’architecte Robert de Luzarches. 

Le héros de cette histoire est Amaury Lasnier, un jeune sculpteur talentueux qui, poussé par la curiosité, se trouve mêlé à une sale affaire. En effet, plusieurs crimes ont été commis alors qu’une troupe de forains arrivait en ville. Les deux premières victimes sont d’ailleurs des saltimbanques. Amaury lui-même a été témoin d’un incident impliquant un ladre sur le chantier même de la cathédrale. Les indices l’ont conduit jusqu’à la boutique d’un apothicaire dont l’attitude est pour le moins suspecte. Le jeune homme décide de faire part de ses découvertes à l’échevin Grégoire de Croy. Celui-ci est prêt à lui faire confiance mais ce n’est pas le cas du chanoine Clari qui mène les investigations avec lui. 


Meurtres à la cathédrale. Martine Pouchain. P10-11


Parallèlement à l’enquête se joue un drame amoureux dont l’un des protagonistes est le trouvère Eustache, grand ami d’Amaury. Le jeune homme est follement épris d’Adèle Picquet, qu’il connait depuis l’enfance. Malheureusement pour lui, la belle s’apprête, avec la bénédiction de ses parents, à accorder sa main à Hugues de Cressy, un riche notable récemment installé à Amiens. L’homme n’est guère apprécié des habitants, à l’exception de ceux qui ont bénéficié de ses largesses. 

Le roman de Martine Pouchain s’adresse aux enfants à partir de 11 ans. C’est une excellente façon d’aborder l’histoire médiévale avec les jeunes lecteurs. On y découvre l’organisation sociale et religieuse de la société au milieu du 13ème siècle, différents métiers emblématiques de l’époque et la vie quotidienne des Amiénois, rythmée par les heures canoniales (matines, laudes, prime, tierce, sexte, none, vêpres, complies). L’autrice évoque aussi la culture de la waide, ou guède, à l’origine du fameux bleu d’Amiens, et celle de la vigne qui a été attestée dans la région dès le haut Moyen-Age.  En dépit des crimes de sang, il n’y a pas de scènes de violences intempestives et l’histoire ne risque pas de traumatiser les âmes sensibles. 

Meurtres à la cathédrale est le premier roman de Martine Pouchain et inaugure un triptyque dont Amaury est le héros. Les deux autres volets de cette série (La fête des fous et Le Monstre des marais) sont aujourd’hui épuisés chez l’éditeur. La romancière a publier depuis de nombreux ouvrages pour la jeunesse, parmi lesquels Chevalier B. (Prix des lycéens allemands en 2009) ou La Ballade de Sean Hopper (Prix Sésame, Prix Les Dévoreurs de livres et Prix Gragnotte en 2012). Ses derniers ouvrages parus sont Sous-sol (Sarbacane, 2022) et Il était un petit navire (Thierry Magnier, 2022).

📌Meurtres à la cathédrale. Martine Pouchain (texte) et Gilbert Maurel (illustrations). Folio Junior, 224 pages (2008)


La Longue route de Little Charlie. Christopher Paul Curtis

La Longue route de Little Charlie. Christopher Paul Curtis

Christopher Paul Curtis est un écrivain Afro-Américain dont les livres, dédiés à la jeunesse, ont été récompensés par plusieurs prix littéraires. Dans ce roman-là, le héros n’est pas un homme de couleur mais un jeune blanc-bec de 12 ans qui va découvrir l’horreur de l’esclavagisme. 

Charlie Bobo est le fils d’un couple de métayers de Caroline du Sud. Lorsque son père meurt suite à un stupide accident forestier, le contremaître de la famille Tanner, le "Captain" Buck, vient réclamer une dette que le défunt aurait contracté auprès des propriétaires de la plantation. Ni Charlie ni sa mère ne sont en mesure de s’acquitter des 50 dollars évoqués. Après avoir tentés de fuir, ils se voient contraints d’accepter un marché avec le représentant de leur créancier. Le Captain Buck prétend, par ailleurs, que Charlie Le grand devait l’accompagner en territoire nordiste et abolitionniste pour retrouver des esclaves échappés dix ans plus tôt. C’est donc son fils, Little Charlie, qui devra s’acquitter de cette corvée. En jeune paysan naïf et analphabète, le garçon ignore encore que ce voyage initiatique va l’exposer aux pires monstruosités. 

L’intrigue se déroule en 1858, soit trois ans avant le début de la guerre de Sécession et 8 ans après l’entrée en vigueur du Fugitive Slave Act. Cette seconde loi sur les esclaves fugitifs, votée par le congrès le 18 septembre 1850, prévoit l’extradition des esclaves évadés et leur retour à leurs propriétaires sudistes. La traductrice française de ce roman précise en introduction que « les esclaves représentaient ce qu’il y avait de plus précieux dans cette économie et la valeur d’un individu, en monnaie d’aujourd’hui, pouvait aller de 11 000 dollars (…) à plus de 160 000 dollars. »

Christopher Paul Curtis décrit bien la manière dont les esclaves étaient traités dans les plantations mais aussi les différences de mode de vie par rapport aux affranchis vivant dans les états abolitionistes. Il y a des passages qui pourraient prêter à sourire s’ils n’étaient dramatiques, notamment lorsque les deux chasseurs d’esclaves débarquent à Detroit. Ils sont surpris de voir les gens de couleurs circuler librement dans les rues et sont choqués de devoir les traités comme des égaux. L’écrivain montre également le paradoxe entre le jeune blanc inculte, sensé dominer les esclaves noirs, et les Afro-américains instruits qui vivent en ville.

Un autre roman de Christopher Paul Curtis a été traduit en français. Il s’agit de Voyage à Birmingham (L’Ecole des Loisirs, 1997) dont les héros sont les membres de la famille Watson avec, pour toile de fond, le mouvement pour les droits civiques durant l’été 1963. Ce livre a été adapté en téléfilm et diffusé sur Hallmark Channel en 2013. 

Nous avons reçu La Longue route de Little Charlie dans le cadre de l’abonnement Supermax (11-13 ans) de L’Ecole des Max. Cette formule permet de recevoir chaque mois (entre novembre et juin), via l’établissement scolaire de l’enfant, un ouvrage de la collection Neuf ou Médium. Il existe bien sûr des sélections pour les tranches d’âges inférieures (Titoumax pour les enfants de 2 à 4 ans, Minimax pour les 3-5 ans, etc). En ce qui nous concerne, nous avons fait de belles découvertes depuis la première année de maternelle. 

📌La Longue route de Little Charlie. Christopher Paul Curtis. L’Ecole des loisirs, 212 pages (2021)


La longue marche des dindes. Karr & Bischoff

La longue marche des dindes. Karr & Bischoff

Simon Green, orphelin de 12 ans, vit chez son oncle Lucas et sa tante Maybelle dans la petite ville d’Union dans le Missouri. A l’été 1860, son institutrice, Mme Rogers, lui explique qu’il est temps pour lui de voler de ses propres ailes. L’adolescent est un bon petit gars mais il n’est pas très doué pour les études. Simon a redoublé plusieurs classes mais il n’est pas stupide pour autant. Une discussion avec un éleveur du coin lui fait prendre conscience qu’il y a de l’argent à gagner grâce aux dindes. S’il parvient à les conduire jusqu’à Denver (la ville champignon « aux rues pratiquement pavées d’or »), il pourra les revendre une fortune. L’entreprise nécessite évidement un peu d’organisation et une mise de départ. Son institutrice ayant acceptée de lui avancer l’argent, Simon réclame son héritage (un charriot, des mules et du maïs), engage Bidwell Peece (un alcoolique notoire qui accepte de se sevrer) et achète le cheptel de Mr. Buffey. Les problèmes logistiques enfin réglés, notre jeune héros est prêt à quitter le nid pour se rendre dans l’ouest via le Kansas et le Colorado… Un voyage initiatique qui va changer sa vie !


La longue marche des dindes. Karr & Bischoff. P10-11

Il s’agit ici d’une adaptation en bande dessinée du roman éponyme de Kathleen Karr paru à L’école des loisirs en 1999 et souvent plébiscité par les enseignants. Le roman comme la BD s’adressent aux jeunes lecteurs à partir de 11 ans. Pour ma part, j’ai eu beaucoup de plaisir à lire la seconde version. Tous les codes du western sont respectés et l’intrigue permet d’aborder en douceur l’histoire de la conquête de l’ouest avec ses thématiques délicates comme la spoliation des terres indiennes, la dureté du mode de vie des pionniers, l’esclavage, l’omniprésence des hors-la-loi, etc. L’atmosphère n’est pas plombée pour autant et le récit insuffle un sentiment de bienveillance. 


La longue marche des dindes. Karr & Bischoff. P100-101

Les illustrations de Léonie Bischoff rendent un bel hommage à l’Amérique des grands espaces avec des tonalités de jaune et d’orangé pour les scènes diurnes, ainsi que du vert, du bleu et de violet pour la nuit. Le trait a la fraîcheur des albums pour la jeunesse. J’aime bien l’idée qu’a eu la dessinatrice d’insérer des morceaux de cartes géographiques. Cela permet aux jeunes lecteurs de se repérer dans l’espace et de suivre les différentes étapes du voyage de Simon. Pour moi, cette version graphique de La longue marche des dindes est une réussite totale. Il faut dire que Léonie Bischoff n’en est pas à son coup d’essai en la matière. Elle a déjà adapté plusieurs œuvres romanesques dont deux polars de Camilla Läckberg. 


La longue marche des dindes. Karr & Bischoff. P38-39

📌La longue marche des dindes. Kathleen Karr (scénario) & Léonie Bischoff (dessin et couleur). Editions Rue de Sèvres, 144 p. (2022)