Au nom des miens. Nina Wähä

 

Au nom des miens. Nina Wähä

Au nom des miens est peut-être le plus finlandais des romans suédois. L’autrice, est née à Stockholm mais sa mère est originaire de Finlande. Je pense que Nina Wähä s’est inspirée de son histoire familiale pour écrire cette passionnante fresque. Le dernier paragraphe du roman est rédigé à la première personne.  On sait, par ailleurs (grâce à Wikipédia), que la romancière a grandi au sein d’une famille nombreuse et qu’elle connait le finnois ainsi que le meänkieli, la langue parlée en Tornédalie, le lieu de l’intrigue.

Testamente (en version originale) est le 3ème roman de Nina Wähä. Publié en Suède en 2019, il a été couronné par le Sveriges Radios Romanpris en 2020. Lors d’une interview, l’autrice a confié qu’elle avait d’abord songé à écrire un recueil de nouvelles. Le récit se serait fort bien prêté à ce format puisque chaque personnage prend la parole et expose son point de vue. Annie est néanmoins la narratrice principale. Nous sommes dans les années 80. La jeune femme, âgée de 27 ans, est originaire de la vallée de Tornio, une région située près de la frontière suédoise, au nord-ouest de la Finlande. Enceinte de son petit-ami, pour lequel elle éprouve des sentiments assez tièdes, notre héroïne se rend dans sa maison natale pour les fêtes de Noël. Elle est l’aînée (vivante) d’une fratrie de 12 enfants. A cette occasion, elle assiste à un évènement particulier qui se solde par le divorce de ses parents, l’abandon de la ferme familiale puis la mort de son père dans un incendie.

Selon moi, tout l’intérêt de cet ouvrage teint dans la manière de traiter les personnages. Nina Wähä s’attarde davantage sur leur psychologie que sur la manière dont s’emboîtent les évènements. Elle décortique chaque sentiment et met en évidence les différentes affinités des protagonistes. Le postulat de départ s’appuie sur l’idée que toutes les familles sont dysfonctionnelles.  Or, dans ce milieu rural très modeste, le poids des préjugés et des rancœurs est lourd à porter. Comment échapper à la misère et au déterminisme social ? De quels traits de caractères, dons ou qualités faut-il être doté ? Quel est la part du hasard ou de la providence dans cette vaste comédie humaine ? Autant de questions qui sont abordées par la romancière. Le récit comprend aussi de nombreux flashbacks, évoquant la vie dans la campagne finlandaise (essentiellement en Tornédalie et en Carélie) depuis les années 20 et les bouleversements politiques qui ont chamboulé plusieurs fois les frontières avec la Russie. 

📌Au nom des miens. Nina Wähä. Editions 10/18, 572 p. (2022)


Au vent mauvais. Kaouther Adimi

Au vent mauvais. Kaouther Adim


Alors que l’Algérie commémore les 60 ans de l’indépendance, Kaouther Adimi publie un roman dont l’intrigue se déroule sur un long pan de l’histoire contemporaine du pays. Ce récit, que l’autrice dédie à ses grands-parents, évoque en filigrane la colonisation, la seconde guerre mondiale, la lutte pour l’indépendance et la guerre civile. Néanmoins la véritable vocation du roman est d’interroger le pouvoir du romancier sur le réel. Quelles sont les conséquences lorsqu’un écrivain s’empare de la vie de ses proches pour la livrer au public ? 

Leïla, Tarek et Saïd sont nés dans les années 20 dans le village d’El Zahra, à plusieurs heures de route d’Alger. Le père de Tarek meurt le jour de sa naissance et sa mère est muette. Heureusement, leur voisine Safia, sage-femme respectée de tous les villageois, veille sur eux avec bienveillance.  La mère de Saïd, elle, n’a pas de lait pour son fils si bien que c’est celle de Tarek qui le prend à son sein. Les deux garçons grandissent ensemble, rejoint parfois dans leurs jeux par la petite Leïla. Le temps de l’insouciance sera malheureusement de courte durée. Leila est marié de force à un quinquagénaire alors qu’elle est encore adolescente. Mais la jeune fille va se rebeller. Ainsi, peu de temps après la naissance de son premier enfant, et malgré les admonestations des villageois, elle décide de quitter son mari, se réfugiant chez Safia. Saïd, lui, part étudier en Tunisie tandis que Tarek, le berger, reste au village. Les deux jeunes hommes gardent néanmoins contact et se retrouvent pendant les vacances. Et puis, la seconde guerre mondiale éclate, Tarek est mobilisé en premier puis envoyé sur le front en Europe. De cette période, il ne voudra plus jamais parler. Le champ de bataille, le stalag où il passe de nombreux mois, la démobilisation et le manque de reconnaissance pour les armées coloniales… tout cela, il refuse de l’évoquer devant sa famille. Avant de partir à la guerre, le jeune berger s’était fait la promesse de demander Leila en mariage. Il ignore alors que Saïd avait la même intention. Tarek rentre le premier et demande la main de son amie d’enfance qui accepte de l’épouser. Voilà, les premiers jalons du drame à venir sont posés. On sait, grâce à la première scène du roman, que Saïd deviendra romancier, le premier grand écrivain de langue arabe…

Kaouther Adimi signe un beau roman, très sensible. La première partie s’attarde sur le parcours de Tarek, un homme bon mais cabossé par la vie. La seconde partie de l’histoire nous est rapportée par Leila et donc selon son point de vue. Saïd, lui, devient assez vite un personnage évanescent, si on exclut son pouvoir de nuisance sur les autres protagonistes. A-t-il songé aux répercussions que son roman pourrait avoir sur le destin de ses amis d’enfance ? Nous ne le saurons jamais, mais pouvait-il ignorer le mode de fonctionnement de son village natal et le pouvoir de nuisance des commérages ? Quelle est la responsabilité de l’auteur vis-à-vis de ses personnages ? Ses questions sont le véritable cœur du roman. Les lecteurs qui espéraient une fresque historique seront peut-être déçus car la plupart des évènements ne sont pas traités en profondeur. La romancière respecte en quelque sorte le vœu de ses personnages de ne pas raconter la guerre et les conflits. A quelques exceptions près, ils sont donc confinés en arrière-plan. Kaouther Adimi exhume néanmoins deux évènements de l’histoire sur lesquelles elle s’arrête plus longuement. Il s’agit de la mutinerie des soldats nord-africains à Versailles en octobre 1944 et le tournage de La bataille d’Alger, le film de Gillo Pontecorvo, sorti en 1966. Elle s’attarde également sur la vie des migrants algériens, forcés de quitter leur pays pour offrir un avenir meilleur à leurs familles restées au village. La pauvreté, la solitude, le rejet des Européens… autant de sujets qui sont abordés sans fard par la romancière algérienne. Pour le reste, le fond historique de ce roman est une sorte de patchwork dont le fil reliant les différentes pièces est celui qui déroule l’histoire de Leila et Tarek. 

📌Au vent mauvais. Kaouther Adimi. Seuil, 272 p. (2022)

Comment survivre dans un film d’horreur. Seth Grahame-Smith

Comment survivre dans un film d’horreur. Seth Grahame-Smith


Personnellement, même dans mes pires cauchemars, je n’ai jamais imaginé que je pouvais me transformer en personnage de film d’horreur. Mais admettons que je me réveille un matin dans cet état. Alors, j’aurais sans doute besoin du guide de survie de Seth Grahame-Smith. Evidemment, je ne corresponds pas exactement au public visé, à savoir les adolescents et les jeunes adultes qui ont la manie d’aller camper dans les bois ou de squatter les vieux manoirs abandonnés. Or, ces insouciants ignorent qu’ils sont les protagonistes d’un film d’horreur. L’auteur leur fourni donc plusieurs astuces pour naviguer dans cet univers (le "Terreurverse"). Dans le premier chapitre, par exemple, il répond à cette question essentielle : Comment savoir si je suis dans un film d’horreur ? Pour y répondre, il y a une check liste simple. Observez le décor. Tout a l’air granuleux ? c’est mal éclairé ? Et vos compagnons ? Correspondent-ils à l’archétype des personnages de films d’horreur (le petit gros sympa, la gothique, la jolie fille naïve, le geek …), etc. 


Comment survivre dans un film d’horreur. Seth Grahame-Smith. Pages 54 et 55

Une fois le diagnostic établi avec certitude, il s’agit de déterminer dans quel type de film d’horreur vous êtes et, par extension, à quelles créatures vous allez être confronté : Slashers (psychopathes en tous genres), morts-vivants (fantômes, zombies, vampires…), monstres (loups-garous, extra-terrestres…), êtres et objets maléfiques (démons, sorciers, poupée tueuses, véhicules maudits…). Une fois qu’on y voit un peu plus clair, il s’agit d’organiser la survie de son personnage, sachant qu’un gardien de cimetière, un vigile de musée ou un scientifique ont moins de chance de s’en sortir que les personnages lambda. Les chapitres suivants prodiguent une multitude de conseils bien utiles pour survivre. L’auteur proposent plusieurs fiches et boîtes à outils dont les parades s’inspirent des grands classiques du genre. Comment survivre aux grandes vacances, à une nuit de baby-sitting ou dans une maison hantée ? Pensez Aux dents de la mer, à Scream ou à Amityville, la maison du diable. Comment se débarrasser d’un zombie, d’une personne possédée, d’un extra-terrestre ou d’une poupée tueuse ? Songez à La nuit des morts-vivants, L’exorciste, Alien ou Chucky


Comment survivre dans un film d’horreur. Seth Grahame-Smith. Pages 74 et 75

Seth Grahame-Smith ne laisse absolument rien au hasard. Il rappelle que, dans les films d’horreur, aucun véhicule ne démarre jamais du premier coup. Il faut toujours attendre que votre poursuivant ait passé un bras à travers la vitre avant de pouvoir mettre les gaz. Autre règle immuable : une soudaine chute de température précède toujours l’arrivée d’un revenant. Méfiance donc si de la fumée sort de votre bouche (sauf si vous avez une cigarette dans la main).  Dernière recommandation : oubliez votre téléphone portable ! Soit il n’y a pas de connexion, soit il n’y a plus de batterie ou, pire encore, il est connecté avec le mal. Tout cela n’est pas très rassurant, j’en conviens, mais sachez qu’avec le guide de survie de Seth Grahame-Smith vous avez une chance infime de vous sortir de ce guêpier… surtout si vous êtes dans une suite et donc le héros de la série. Sinon, en cas d’extrême urgence (c’est-à-dire de mort imminente de votre personnage), l’auteur a prévu quelques "sièges éjectables". Il s’agit généralement de retourner le scénario à votre avantage, soit par une action inappropriée de votre personnage (entraînant un changement de genre cinématographique), soit un changement de décor (un scénariste dans un film à petit budget ne pourra pas vous suivre dans un décor dispendieux) soit une réplique de dialogue trop longue (les méchants dans les films d’horreur sont plutôt manichéens et peu enclins à la réflexion), etc. 


Comment survivre dans un film d’horreur. Seth Grahame-Smith. Pages 104 et 105

Vous l’aurez compris, Comment survivre dans un film d’horreur est la bible du cinéphile amateur de films d’horreur. Il ne s’agit ni d’un roman ni d’un essai, même si les références sont nombreuses. Le livre tient plutôt de la métafiction. Seth Grahame-Smith invite son lecteur à s’amuser avec lui des codes et des mécanismes du genre et signe un ouvrage plein d’humour. Je regrette juste que les films listés à la fin de l’ouvrage soient exclusivement anglo-saxons (l’auteur préférant les remakes américains de films asiatiques, par exemple) mais j’imagine que le champ d’investigation était trop vaste et qu’il fallait bien le limiter. Il n’a pas omis néanmoins de signaler que l’Asie est un territoire très dangereux pour les personnages de films d’horreur. Il faut savoir aussi que la première version de Comment survivre dans un film d’horreur est paru aux Etats-Unis en 2007. La présente édition a été actualisée mais il est évident que les films les plus récents n’ont pas été pris en compte. En dépit de ces petits bémols, je dois dire que je n’ai pas boudé mon plaisir. Certains passages sont franchement hilarants et j’ai eu plaisir à me remémorer tous ces films qui m’ont tant fait frissonner. 


Comment survivre dans un film d’horreur. Seth Grahame-Smith. Pages 146 et 147

Seth Grahame-Smith a plusieurs cordes à son arc. Il écrit et/ou produit des films et des séries télévisées mais, en France, il est surtout connu comme romancier. Il a publié notamment Orgueil et Préjugés et Zombies (Flammarion, 2009), Abraham Lincoln, chasseur de vampires (Eclipse, 2010) et Douce nuit, maudite nuit (J’ai Lu, 2014). Son dernier roman, The Last American Vampire (Grand Central Publishing, 2015) n’est pas encore paru en France. Il s’agit de la suite d’Abraham Lincoln, chasseur de vampires.

📌Comment survivre dans un film d’horreur. Seth Grahame-Smith. Ynnis éditions, 176 p. (2021)