Jérôme K. Jérôme Bloche, T.28. Dodier

 

Jérôme K. Jérôme Bloche, T.28. Dodier


A la maison, nous sommes tous fans de Jérôme K. Jérôme Bloche. D’ailleurs, nous suivons ses aventures rocambolesques depuis ses premiers pas en tant que détective privé. Si vous ne connaissez pas ce héros de papier, vous l’avez peut-être déjà remarqué. C’est le jeune type qui arbore un chapeau à la Humphrey Bogart et un vieil imperméable tout froissé. Mais si, le trentenaire à lunettes qui ne se déplace qu’en solex… ou en 2 CV quand sa petite amie Babette est au volant ! Et oui, notre enquêteur parisien n’a pas le permis ! Mais aujourd’hui, c’est le grand jour, il va l’avoir ! Mme Zelda ne nous dit pas si elle l’a vu dans ses cartes de tarot mais tous ses amis sont là pour le soutenir. Burhan, l’épicier du quartier, lui a même préparé un petit encas. Oui, mais voilà, Jérôme n’est pas très en veine en ce moment. Il est à peine entré sur le périphérique que son regard accroche une silhouette penchée sur le parapet au-dessus de la route. C’est une jeune femme en robe de marié qui semble prête à sauter dans le vide. N’écoutant que son courage, Jérôme accélère, double, fait des queues de poisson et prend la première sortie. Il sauve la candidate au suicide mais rate son permis de conduire, échoppe d’une jambe dans le plâtre et termine à l’hôpital… et ce n’est que le début de ses problèmes…


Jérôme K. Jérôme Bloche, T.28. Dodier


Après une trop longue absence à mon goût (plus de 2 ans se sont écoulés depuis la parution de Contrefaçons), je retrouve Jérôme K. Jérôme Bloche avec le même plaisir que dans les précédents volumes. Il s’agit encore d’un one-shot, si bien qu’il n’y aura pas besoin d’attendre pour connaitre la conclusion de cette intrigue. Il est tout à fait possible de prendre la série en cours même si son charme réside beaucoup dans les retrouvailles avec les personnages récurrents. Par ailleurs, je crois me souvenir qu’il y a quelques aventures en deux volumes. En tout cas, la série (créée dans les années 1980) n’a pas pris une ride et les scénarios de Dodier continuent de nous enchanter. Vivement le prochain tome !

📌Jérôme K. Jérôme Bloche, T.28. Et pour le pire. Dodier. Dupuis, 72 p. (2022)

Une amitié. Silvia Avallone

Une amitié. Silvia Avallone


 Un soir de décembre 2019, Elisa Cerruti apprend la disparition d’une célèbre influenceuse sur Internet. La trentenaire décide alors d’exhumer ses journaux intimes d’adolescentes et d’écrire un livre dont elle ignore encore si elle le livrera à la publication. La décision à prendre n’est pas anodine car son héroïne est la fameuse Béatrice Rossetti dont on parle sur tous les réseaux sociaux de la planète. En effet, Elisa et Béa se sont rencontrées durant leurs années de lycée dans la ville de T. (une petite ville balnéaire en Toscane). Elles ont même partagé une histoire d’amitié fusionnelle mais toxique dont la narratrice entend retracer les grandes étapes. Il semble difficile d’imaginer aujourd’hui ce qui a pu rapprocher la professeure d’Université et l’icône du web et moins surprenant d’apprendre qu’elles ont rompu 13 ans plus tôt. La vérité c’est que la relation s’est achevée dans le drame en 2006 alors que l’Italie gagnait la coupe du monde de football. Bref, Elisa, devenue mère d’un pré-adolescent, décide de couper définitivement le lien dont elle se sent encore esclave en couchant toute l’histoire sur papier (non glacé). Au fil des pages, une question apparait : laquelle des deux protagonistes a le plus aimé et/ou trahi l’autre ? 

Cela me coûte de le dire mais je pense être passée à côté de ce roman. Je n’ai pas compris la finalité du propos et j’ai eu la sensation de tourner en rond. J’ai été agacée par les digressions sur les vêtements, les coiffures des protagonistes et l’énumération des marques de luxe. J’ai bien saisi que la narratrice reconnaissait (à défaut d’assumer) son ambivalence mais je n’ai pas réussi pour autant à éprouver de l’empathie pour l’une ou l’autre des protagonistes.

Ce reproche étant fait, le roman reste intéressant et les portraits très réussis. Sylvia Avallone est douée pour décortiquer et décrire les sentiments. Ses deux adolescentes sont tout à fait plausibles dans leur vision particulière et dans leurs réactions face aux évènements qui les touchent. Par ailleurs, l’analyse consacrée aux débuts d’Internet sonne juste. Un roman à lire donc même si j’ai une préférence pour le premier ouvrage de la romancière italienne, D’acier, paru en 2011 chez Liana Levi.

Extrait :

« Si cette histoire devait avoir un début, et il faut bien qu’elle en ait un, je partirais du vol des jeans. Peu importe si la chronologie n’est pas respectée, puisque cet après-midi-là nous nous connaissions déjà. Mais c’est là que nous sommes nées, le jour de la fuite à scooter. Avant, je dois préciser quelque chose. Qui me coûte et m’agace, mais il ne serait pas correct de faire comme s’il s’agissait d’une Beatrice parmi tant d’autres. Le lecteur commencerait tranquillement puis, en découvrant qu’il s’agit de toi, ferait un bond sur sa chaise en disant : « Hein, cette Beatrice, c’est elle ?! » Et il se sentirait floué. Je ne peux malheureusement pas faire l’impasse sur ce que cette toute jeune adolescente est devenue : un personnage public, et du genre encombrant. D’ailleurs je pourrais dire que dans le monde, personne n’est plus encombrant que toi. »

 

📌 Une amitié. Silvia Avallone. Liana Levi, 528 p. (2022)


Ces liens qui nous enchaînent. Kent Haruf


Ces liens qui nous enchaînent


 Les éditions Robert Laffont publient enfin le premier roman de Kent Haruf (1943-2014), paru en version originale en 1984 sous le titre de The Tie That Binds. Ce roman est d’autant plus remarquable qu’il réalise un tour de force : tenir son lecteur en haleine de bout en bout avec une intrigue qui a-priori n’a rien de palpitant, bien au contraire. Celle-ci est basée sur l’histoire d’une octogénaire qui a sacrifié sa vie aux autres au point de ne pas en avoir du tout. 

Comment l’auteur parvient-il alors un captiver son lecteur ? En fait, l’écrivain américain utilise plusieurs ressorts très efficaces. Tout d’abord, son roman se lit comme un polar puisqu’on sait dès le début que la vieille dame est accusée d’assassinat. Ensuite, si Edith Goodnough (prononcez "Good No", SVP) n’a pratiquement jamais quitté son village natal dans le Colorado et vécu à l’écart des bouleversements du monde, cela ne veut pas dire que la grande histoire n’a pas eu d’influence sur son triste sort. Enfin, il faut reconnaître que Kent Haruf savait sonder le cœur des hommes et restituer toute la subtilité de leurs sentiments. 

Le destin d’Edith Goodnough était pratiquement scellé avant même sa naissance. Ses parents, Ada et Roy Goodnough étaient originaires de l’Iowa, un Etat sans doute plus accueillant (riche) que le Colorado mais le Homestead Act promettait des terres à défricher à l’Ouest. C’est ainsi qu’en 1896, le couple quitte son "pays" et sa famille pour se rendre dans le comté de Holt où le tyrannique Roy pense faire fortune. Evidemment rien ne se passe comme prévu, scellant le malheur annoncé de leurs futurs enfants, Edith et Lyman. Le drame final nous est rapporté par leur voisin, un certain Sanders Roscoe. 

Le talent de kent Haruf est resté longtemps méconnu. Il a fallu attendre la parution de Plainsong (Le Chant des plaines) en 1999 pour qu’il se fasse enfin connaître du grand public. Sept ans et quelques livres plus tard, le romancier américain a reçu le prix John Dos Passos (une récompense qui entend distinguer chaque année un auteur américain ne recevant pas, en milieu de carrière, toute l'attention qu'il mériterait). Tous ses romans ont pour décor le comté fictif de Holt, dans le Colorado: Colorado Blues (Robert Laffont, 2002), Les Gens de Holt County (Robert Laffont, 2006) et Nos âmes la nuit (Robert Laffont, 2016).

📌Ces liens qui nous enchaînent. kent Haruf. Robert Laffont, 342 p. (2022)