Le matin du 21 janvier 1980, une jeune promeneuse fait une découverte macabre sur une plage du comté de Kerry en Irlande. Le cadavre meurtri d’un nouveau-né a été abandonné dans les bras d’une dune qui le protège mal du vent. Parce que deux de ses collègues masculins sont malades ou blessés, la "garda" Mary Shea est autorisée à se rendre sur les lieux avec l’agent Donal McCarthy (alias Dicey). Malgré l’horreur de la scène qui s’offrent à eux, la jeune policière sait qu’elle ne doit montrer aucune faiblesse. L’enquête va s’avérer aussi sinistre que le crime. Elle va lever le voile sur les dysfonctionnements du système judicaire, ainsi que sur les tabous d’une société patriarcale régentée par des règles religieuses explicites et implicites.
Décidément ce mois de mai me réserve bien des découvertes. Je ne connaissais pas la romancière irlandaise Anna McPartlin qui a pourtant publié plusieurs livres dont 5 traduits en Français. Il faut dire qu’elle a changé de registre avec ce polar inspiré d’un fait divers survenu à Cahersiveen, une bourgade située dans sa région natale. Son retentissement a largement dépassé les frontières du comté de Kerry. Ce cold case datant en réalité de 1984 a bouleversé l’opinion publique au point de remettre en cause le modèle social irlandais. De nouveaux éléments, liés aux analyses ADN, ont permis de relancer l’affaire à plusieurs reprises. Un documentaire en 3 épisodes, Murdered: The baby on the beach, a été diffusé sur Channel 4.
Anna McPartlin prend néanmoins ses distances avec l’affaire des bébés du Kerry et en modifie plusieurs éléments au profit de l’intrigue romanesque. Le contexte reste au cœur du roman. En dépit des combats menés par les militantes féministes européennes au cours des décennies précédentes, on peut dire qu’il restait encore pas mal de boulot dans les années 80. Lors d’un referendum en 1983, les Irlandais ont voté en faveur de l'ajout d'une interdiction de l'avortement dans la Constitution. La contraception était illégale ; le divorce aussi. Les homosexuels n’avaient même pas droit de cité.
Anna McPartlin a construit son intrigue d’une main de maître. Elle a évité les écueils du voyeurisme et des personnages caricaturaux. Elle montre bien comment le crime sert de révélateur à une communauté désunie, bourrée de préjugés et liberticide. Sur le site de la maison d’édition Penguin, j’ai appris qu’un 2ème volet de la série Mary Shea, intitulé Her Final Hours, doit paraître d’ici l’horizon 2027. J’en ai pris bonne note.
📚D'autres avis que le mien via Babelio et Bibliosurf
📌Les Silencieuses. Anna McPartlin, traduite par Valérie Le Plouhinec. Le Cherche Midi, 408 pages (2026)


la toile de fond de l'Irlande me tente , mais je lis peu de polars.
RépondreSupprimerLe cadre social, la condition féminine en Irlande et le poids de la religion, est loin d'être anecdotique. Il est vraiment au cœur du roman.
SupprimerIl est trop récent pour que je le trouve en médiathèque, je l'ai noté à part, je lis peu de romans qui parlent de faits réels mais dans ce contexte là cela m'intéresse beaucoup en plus je ne connais pas du tout l'autrice.
RépondreSupprimerL'autrice part d'un fait divers mais elle en modifie certains éléments et prends ses distances. Je crois que la véritable affaire n'est pas tout à fait close.
SupprimerUne belle surprise, on dirait... et un polar irlandais, ça se note, pour quelqu'un qui comme moi n'en a jamais lu..
RépondreSupprimerOui, c'est une très bonne surprise. Le sujet est dur mais il est très bien traité
SupprimerHé bé je n'en avais pas entendu parler...
RépondreSupprimerAh, je suis ravie de te surprendre ! ^_-
SupprimerMa bibliothèque a plusieurs titres mais pas celui-ci. Je vais vérifier, mais il est sûrement en commande.
RépondreSupprimerC'est son 5ème roman mais elle sort de sa zone de confort avec celui-ci. Je crois que les autres sont plutôt dans la catégorie Feel Good.
Supprimerune écrivaine que je ne connais pas. merci de la faire connaître
RépondreSupprimerJe ne la connaissais pas non plus. Je suis tombée sur son roman par hasard. C'était une bonne surprise. En revnche, je ne suis pas très attirée par le reste de sa bibliographie (j'ai peut-être tort).
SupprimerLa littérature irlandaise est rarement décevante. Enfin, plus précisément, elle a une qualité certaine. Je n'y pense jamais pour les polars, mais d'une manière générale, il faudrait que j'y revienne un peu plus.
RépondreSupprimerLa littérature est souvent sombre aussi, il me semble. Mais ça ne me dérange pas.
SupprimerEncore une auteure que tu me donnes très envie de découvrir. Bonne journée. Patricia
RépondreSupprimerJe pense en effet que ce roman pourrait te plaire. L'intrigue policière est bien menée et le contexte est intéressant.
SupprimerUn policier qui se déroule en Irlande : je suis preneuse.
RépondreSupprimerC'est vrai qu'il n'y en a pas tant que ça ! Ce roman est dépaysant à plus d'un titre: le lieu, la période... Les années 80, c'est un autre monde !
SupprimerJe note n'ayant, il me semble, jamais lu de polar irlandais et aucun évoquant un fait réel même si c'est en y apportant des éléments fictionnels.
RépondreSupprimerComme auteur de polars irlandais, je ne connaissais que John Connolly mais il me semble que la plupart de ses romans se déroulent aux Etats-Unis.
SupprimerJe ne connais pas, mais tu donnes très envie...
RépondreSupprimerJe pense que ce polar pourrait te plaire. L'autrice s'éloigne un peu du fait divers dont elle s'inspire mais c'est au profit du romanesque. Le cadre géographique et social sont au cœur du roman.
SupprimerAlors je ne sais pas si je vais le lire mais le documentaire sur l'affaire originale m'intéresse en tout cas !
RépondreSupprimerJ'ai beaucoup aimé la manière dont l'autrice traite ce cold case et surtout le contexte social.
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