Le Parc aux roseaux. Thuân

Le Parc aux roseaux. Thuân


Thuân publie son 7ème roman en France et pourtant je n’avais jamais entendu parler de cette autrice d’origine vietnamienne. C’est un article très enthousiaste de la journaliste et romancière Doan Bui qui m’a donné envie de la lire. Selon elle, Thuân est, depuis un bout de temps, « LA voix de la littérature vietnamienne contemporaine à surveiller ». 

Pour ma part, j’ai d’abord été un peu déroutée par le style d’écriture de Thuân, tantôt humoristique et décapant, tantôt introspectif et pudique. Par exemple, on ne saura pas grand-chose de l’amoureux Français de son héroïne, si ce n’est qu’il porte un prénom commençant par P., occupe sans doute un bon job, et fait du jogging dans le bois le dimanche matin. Bref, il a le profil type du "Hipster". Nous sommes dans les années 2000. La narratrice, qui habite en France depuis 10 ans, semble vivre hors du monde, cloîtrée dans son petit appartement parisien, sous la garde (à distance) de son père. Il l’a poussée à étudier la littérature française et l’appelle quotidiennement (depuis le Vietnam) pour lui rappeler ses heures de cours et ses rendez-vous avec son encadrante de thèse. Le loyer et les frais annexes, en revanche, sont réglés par sa sœur ainée, mariée à un cadre du Parti à Saïgon (l’autrice utilise toujours l’ancien nom d’Hô Chi Minh-Ville). Notre héroïne prend subitement conscience que son avenir professionnel et amoureux en France est compromis puis décide de rentrer dans son pays natal.  Sa sœur lui trouve un emploi de professeur de Français dans un établissement privé et son père lui offre un appartement luxueux. Néanmoins, la jeune femme a du mal à oublier sa vie française et à trouver ses marques dans un pays qui s’est métamorphosé en l’espace d’une seule décennie. 

Thuân s’attarde sur le thème de l’exil et évoque longuement l’évolution de la société saïgonnaise, ainsi que les relations entre Asiatiques et Occidentaux. Néanmoins, ce sont ses digressions sur les Viêt kiêu (Vietnamiens résidant à l’étranger) qui m’ont le plus captivée. Je ne connaissais pas vraiment l’histoire de la diaspora vietnamienne, dont les membres ont émigré en France après la chute de l’empereur Bao Daï en 1955 ou à la fin de la guerre du Vietnam en 1975. Après la réunification du pays, en 1976, les Viêt kiêu ont été considérés comme traitres à la patrie et ostracisés pendant de longues années. Le père de la narratrice, lui, est rentré au pays au bon moment, l'espoir au cœur... Il a déchanté assez vite !

📌Le Parc aux roseaux. Thuân. Actes Sud, 208 pages (2023)


Commentaires

Fanja a dit…
Repéré chez mon libraire à sa parution celui-là (celui qui conseille Le poids des secrets à tout le monde^^). Il me tentait terriblement mais je venais pour acheter deux grands formats déjà. Je sens que je vais quand même craquer au prochain passage !^^
je lis je blogue a dit…
J'ai l'impression que je m'entendrais très bien avec ton libraire ! Je connais aussi parfaitement le syndrome du craquage en librairie. (^_-)

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