Une datcha dans le Golfe. Emilio Sánchez Mediavilla

Une datcha dans le Golfe. Emilio Sánchez Mediavilla

Le titre de ce livre a de quoi interpeller ! C’est quoi cette histoire de datcha dans le Golfe ? L’auteur est pourtant d’origine espagnole ! Je vais donc tenter de vous éclairer sur ces trois points. 

La datcha en question est en réalité une maison dans un « compound » (lotissement) en périphérie urbaine. La villa (il y a une piscine) est située au Bahreïn, ce royaume insulaire du golfe persique, au large de l’Arabie Saoudite. Emilio Sánchez Mediavilla est journaliste. Il a vécu dans l’archipel, entre 2014 et 2016, avec sa compagne. Carla y avait été affectée par son entreprise de télécommunications. Le couple a habité dans le quartier d'Adliya à Manama puis s’est installé dans le petit village de Diraz au Nord de la capitale, loin des appartements modernes habituellement plébiscités par les expatriés. La recherche de ce logement a d’ailleurs inspiré plusieurs pages savoureuses à l’auteur. 

Le livre d’Emilio Sánchez Mediavilla, vous l’aurez compris, ne se présente pas du tout comme une chronique journalistique traditionnelle. Il se situe plutôt entre le récit de voyage et le témoignage bienveillant. Cela ne signifie pas pour autant que l’auteur n’aborde pas les questions qui fâchent. Bien au contraire ! Par exemple, il évoque longuement les manifestations sur la place de La Perle en février 2011 (inspirées par les mouvements du printemps arabe), les conflits entre Chiites et Sunnites, la condition des travailleurs asiatiques (esclaves économiques du Bahreïn), le statut des femmes, la corruption endémique, les travers de l’immuable famille royale, le bétonnage des côtes et la poldérisation du littoral, etc.  

Le journaliste espagnol ne crache pas non plus sur la soupe en permanence. Il signale qu’il y a de nombreux avantages à vivre dans ce petit royaume aride du Moyen-Orient. Sur bien des questions, les Bahreïniens s’avèrent plus tolérants que leurs voisins du Golfe. Par ailleurs, la vie des expatriés est assez agréable sur ce territoire insulaire. D’une part, ils sont rarement touchés par mouvements de violence récurrents. Ils ne les vivent que par l’intermédiaire de leurs écrans de télévision, protégés par les clôtures de leurs résidences privées. D’autre part, les Occidentaux se connaissent tous et organisent des fêtes aussi alcoolisées que dans leurs pays d’origine. Cela demande juste un peu plus de logistique que dans un territoire laïc et non musulman. A cela s’ajoute les séances de piscine, les parties de tennis au club et les exercices sportifs sur la plage (l’une des rares occasions de rencontrés des autochtones non fortunés). 

Emilio Sánchez Mediavilla reste conscient de son statut privilégié et n’hésite pas à se moquer de lui-même. Enfin, si le ton est souvent badin, il ne faut pas oublier que le journaliste s’est fermé les portes du royaume en publiant ce livre. Il lui a néanmoins valu une petite compensation puisqu’Une datcha dans le Golfe a été récompensé par le Prix Nicolas Bouvier du festival Etonnants voyageurs en 2022.

Une datcha dans le Golfe. Emilio Sánchez Mediavilla. Métailié, 160p. (2022)


Commentaires

  1. Oui, ce livre est déjà sur mes étagères, reste à le lire. c'est le genre de livre qui me plait!!!

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  2. Il est très agréable à lire, tu peux foncer !

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  3. Très intéressant, je suis complètement ignare quant à ce petit territoire... si en plus, la lecture en est plaisante..

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  4. oui, vraiment, c'est fluide, ça se lit bien. Certains passages sont même assez drôles

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  5. J'avais oublié ton billet (j'ai ajouté le lien). En fait si, j'ai aimé, mais j'avoue que je me suis un peu perdue dans les noms des gens, j'aurais dû regarder une carte, aussi, et puis je ne m'attendais pas à ce que ce soit si tragique (j'ignorais tout de cette histoire de Perle). Evidemment, on ne va pas se priver 'un témoignage sur ce pays;

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  6. Merci beaucoup pour le lien. En lisant en voyageant est dans ma liste de blogs favoris, du coup, je ne pense par forcément à remettre des liens vers les avis. Je suis allée voir celui de Sandrion aussi sur le blog D'autres vies que la mienne (que tu as indiqué). C'est toujours intéressant de lire les recensions des autres bloggeurs et d'échanger sur des lectures communes.

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