Bratislava 68, été brulant. Viliam Klimacek

Bratislava 68, été brulant. Viliam Klimacek


En 1968, un vent de liberté souffle d’Ouest en Est de l’Europe. En Tchécoslovaquie, le socialisme arbore le « visage humain » d’Alexander Dubček, premier secrétaire du Parti communiste depuis le 5 janvier.  Or les réformes initiées par son gouvernement à partir du mois d’avril ne sont pas du goût de Léonid Brejnev et des autres dirigeants des pays satellites de l’URSS. Ils craignent la défection de la République socialiste tchécoslovaque du bloc soviétique. 

Le printemps de Prague s’achève dans la nuit du 20 au le 21 août 1968 avec l’invasion du pays par les troupes du Pacte de Varsovie. A Bratislava comme à Prague, le réveil de la population est brutal. Les chars stationnent dans la ville dans le cadre de l’opération Danube. Cette occupation va provoquer une importante vague d’émigration. Au travers des témoignages de plusieurs exilés slovaques au Canada, Viliam Klimacek nous raconte cette période trouble de l’histoire de son pays natal. Horúce leto 68 est paru en 2011 en Slovaquie.

L’auteur nous raconte le drame des habitants de Bratislava autour de 50 tableaux. Une dizaine de personnages en occupent le cœur, permettant aux lecteurs de vivre les évènements en immersion. La stupéfaction et le sentiment de trahison sont très forts. Hommes, femmes et enfants descendent dans les rues pour manifester leur opposition. Sous un soleil torride, les actes de résistances pacifiques se multiplient. Cette partie est très bien décrite par les héros de Viliam Klimacek. 

« Derrière les fenêtres, le jour pointe et les rues se remplissent de personnes. Elles ne vont pas au travail mais occupent les trottoirs, discutant avec les soldats. Ce n’est qu’un monologue. (…) La discussion ne se fait pas. Les officiers ne l’autorisent pas. Lorsque la foule se presse contre les chenilles des chars, les soldats tirent en l’air par avertissement. Après chaque salve, la foule recule et revient aussitôt. »

Jozef, le pasteur défroqué, traverse la ville pour rejoindre sa radio et transmettre son témoignage. Anna est dans l’interminable file d’attente à la porte du magasin d’alimentation. Alexander (surnommé Sani) refuse d’abandonner son usine, fleuron de la fabrication de matériel médical. Petra, sa fille tout juste diplômée de la faculté de médecine, hésite à traverser la frontière autrichienne tant que les barrières sont encore ouvertes. Tereza, fille de rescapés des camps de concentration nazis, est partie en mission estivale dans un kibboutz. Lorsqu’elle apprend l’invasion de la Tchécoslovaquie, elle ne sait plus s’il faut rester à l’abri en Israël ou rentrer à la maison pour rejoindre ses parents. 

Viliam Klimacek s’immisce peu à peu dans la narration romanesque. Dans la seconde partie du livre, il change parfois de sujet et emploie volontiers la 1ère personne du pluriel… un peu comme s’il se sentait de plus en plus concerné par les évènements. Il intervient aussi à plusieurs reprises pour nous donner des informations sur le destin futur des personnages. On comprend peu à peu qu’il s’appuie sur des témoignages non fictifs. A la fin du livre, dans les remerciements d’usage, il mentionne d’ailleurs les noms des personnes qui se sont exprimées 40 ans après les faits et qui vivent désormais à Toronto. La dernière partie du roman montre les difficultés de l’exil. 

💪J’ai déniché ce livre sur le blog d’Eva et Patrice et j’en ai réservé la lecture pour participer aux challenges de lecture Une rentrée à l’Est, chez Sacha, et Sous les pavés les pages, organisé par Ingannmic et Athalie. 

Sur l’invasion de Bratislava par les troupes du Pacte de Varsovie, je recommande le documentaire intitulé Čierne dni (Jours noirs) de Ladislav Kudelka, Milan Černák, Ctibor Kováč et Štefan Kamenický. C’est un classique qui a été présenté lors d’une rétrospective au festival international du film de Leipzig en 2023. 

📌Bratislava 68, été brulant. Viliam Klimacek, traduit par Richard Palachak et Lydia Palascak . Agullo, 384 pages (2018)

Aujourd'hui, je participe à deux challenges


16 commentaires:

  1. Anonyme24.9.26

    Merci pour cette participation et bravo, avec le nom de ville dans le titre et ta participation au défi de Sacha, ça te fait trois points.. je mettrai le tableau du classement à jour un peu plus tard dans la journée, je suis en déplacement sans accès à mon PC..
    Ingannmic

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    1. J'avas repéré ce livre depuis un moment. Les challenges m'ont donné l'occasion de le lire enfin.

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  2. je crois que ce livre est déjà dans mes listes comment faire pour tout lire ?

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    1. ouh là là, oui, je passe mon temps à faire et refaire des listes !

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  3. Je n'avais pas osé le lire à l'époque de sa parution. A tord. je vais me rattraper.

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    1. Nous sommes plusieurs à l'avoir apprécié. Rien que pour le contexte historique, ça vaut la peine.

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  4. Une période marquante de l'histoire qui est donc si j'ai bien compris inspirée par des témoignages de personnes ayant réellement existé. C'est une belle découverte que tu as faite pour ces deux défis. Merci pour ton enthousiasme.

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    1. On comprend au fur et à mesure de la lecture que l'auteur s'est inspiré de la vie de vraies personnes. Le roman est d'ailleurs très évocateur.

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  5. Je suis contente de revoir ce roman chez toi ! Ça fait un joli doublé en plus. Je note le documentaire dont tu parles : après ma déception avec Radio Prague, je suis preneuse d'un film plus fouillé sur le sujet.

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    1. Il s'agit d'un documentaire. Il me semble qu'un film plus romanesque était présenté aussi mais je ne sais plus où j'ai trouvé l'information. Par contre, j'ai trouvé un lien qui peut t'intéresser. Il y a une version en Anglais du site:
      https://sfu.sk/en/

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  6. Philippe24.9.26

    Inconnu, mais intéressant, il me semble.

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    1. oui, très intéressant pour le contexte historique. On parle souvent de Prague mais beaucoup moins de Bratislava

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  7. Je l'avais repéré aussi et en plus il est dans une de mes bibliothèques, mais j'ai hésité. A tort visiblement. Ce sera pour une prochaine fois.

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    1. Le style est parfois singulier mais je garderai un bon souvenir de cette lecture

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  8. Merci pour ton avis. Le fait de découvrir que l'auteur s'appuie sur des témoignages non fictifs a dû rendre la lecture d'autant plus forte. Je note également le documentaire.

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    1. En fait, je dirais plutôt qu'il s'en inspire. Il explique à la fin du livre qu'il a interrogé des témoins mais il y a une part romanesque importante dans son livre.

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