Paris, mille vies. Laurent Gaudé

Paris, mille vies. Laurent Gaudé

 

 « Je crois que je suis le veilleur de la nuit. Je n’ai rien d’autre à faire que déambuler dans ses rues comme un gardien attentif. Paris veut sa bouche. Elle a faim de mots. Trop de vies s’entassent en elle. Il faut les dire. C’est pour cela que l’homme m’a demandé de le suivre. Et maintenant, partout où je vais, des foules agitées se pressent devant moi. Comme si les rues en accouchaient. La jeunesse frappe le pavé. Les années se superposent. D’un siècle à l’autre, peu importe… Elles veulent toutes entrer en moi. Le passé est vorace de nos esprits parce qu’il n’y a que là qu’il puisse encore vivre. »

Ce texte n’est pas un roman mais un récit, ou plutôt une flânerie dans les rues de la capitale. Un soir de juillet, le narrateur, alter ego de Laurent Gaudé, croise sur l’esplanade de la gare Montparnasse, un homme (un fou, un spectre ou un clochard céleste), qui l’interpelle : « Qui es-tu, toi ? ». Cette question est peut-être lancée à la cantonade et ne s’adresse pas directement à notre promeneur… ou peut-être que si justement. Quoi qu’il en soit, le narrateur juge qu’elle mérite une réponse. Le fil de ses pensées le conduit à se remémorer la disparition précoce de son père, victime d’une chute accidentelle et retrouvé mort en bas de son immeuble parisien. Les pavés qu’il foule sont autant de jalons marquant l’histoire personnelle de notre promeneur mais aussi de milliers d’autres avant lui, personnages illustres ou inconnus. Dans le quartier latin, près de la Sorbonne, Laurent Gaudé convoque le fantôme du poète François Villon (1431-1463). Arthur Rimbaud lui apparait à l’angle de la rue Racine et de la rue Ecole de médecine, au milieu du cercle des Zutistes, tandis qu’Antonin Artaud s’invite une dernière fois au théâtre du Vieux Colombier. Victor Hugo, lui, repose au Panthéon pour l’éternité. Aux côtés de ces gens de lettres qui ont participé au rayonnement de la ville des lumières, il faut aussi convoquer les figures héroïques, résistants et martyrs, qui ont combattu pour sa liberté… mille vies ! 

Paris, mille vies est un opus à la fois très personnel et riche de l’histoire collective. Il invite à la méditation par les sujets qu’il aborde mais aussi par la beauté du texte, empreint d’une grande nostalgie poétique. La ballade s’achève, du côté du carrefour de l’Observatoire, sur une note d’espoir avec une citation de Charles-Ferdinand Ramuz, tirée d’Adieu à beaucoup de personnages

💪Cette lecture, clôt pour moi, la seconde édition du Challenge "Sous les pavés, les pages", organisé par Ingannmic et Athalie.

📌Paris, mille vies. Laurent Gaudé. Actes Sud Babel, 96 pages (2023)


Commentaires

keisha a dit…
Finalement il y a tellement de lectures autour de la ville, je viens d'en lire un, mais ce sera pour décembre
Ingannmic, a dit…
Je n'avais jamais entendu parler de ce texte, qui semble avoir des accents "modianesques". Une bine jolie proposition, merci !
Kathel a dit…
Je l'avais noté pour ce mois, mais pas eu le temps de le chercher ni de le lire, a fortiori... Ce sera pour une autre fois !
Athalie a dit…
Une flânerie à Paris, pourquoi pas ?
je lis je blogue a dit…
Je viens de découvrir plein de titre sur la thématique. Juste quand le challenge se termine !
je lis je blogue a dit…
Justement, je n'ai jamais lu Modiano mais je ne suis posé la question (par rapport aux avis que j'ai pu lire sur son œuvre). Peut-être pour la 3ème édition...
je lis je blogue a dit…
Je te le recommande. C'est un texte court et très agréable à lire.
je lis je blogue a dit…
J'ai beaucoup apprécié cette escapade virtuelle, redécouvrir certains lieux à travers les yeux de l'auteur
Aifelle a dit…
Je n'ai pas l'impression d'avoir eu connaissance de ce texte. Il pourrait être l'occasion de faire connaissance avec l'auteur, parce que par ailleurs ses romans ne m'attirent pas tellement.
eimelle a dit…
pourquoi pas pour la balade parisienne !
je lis je blogue a dit…
C'est exactement ce que j'ai pensé. Je n'avais lu aucun livre de Laurent Gaudé avant celui-ci et je n'étais pas très attirée. Ce petit texte sur Paris était l'occasion de le découvrir. Et c'est une excellente surprise !
je lis je blogue a dit…
J'ai beaucoup aimé cette déambulation dans la ville.
Alex-Mot-à-Mots a dit…
Une lecture décevante : j'attendais plus de profondeur de réflexion de la part de l'auteur.
je lis je blogue a dit…
C'est vrai que je n'avais pas d'attentes particulières puisque je n'avais lu aucun livre de Gaudé
La petite liste a dit…
Je ne connais pas du tout. Tu me le fais découvrir.
Fanja a dit…
Toujours pas lu cet auteur. Ça pourrait être un bon début, quoique ce genre de récit de déambulation dans la ville (en particulier Paris où je vis), je les trouve plus intéressant encore illustré. Peut-être une adaptation BD à venir, auquel cas je serai complètement partante.
je lis je blogue a dit…
Il y a de plus en plus d'adaptation de romans ou de récits de voyage adaptés en BD. Cela se fera peut-être un jour. En tout cas, on reconnait bien les lieux que Gaudé évoque.
je lis je blogue a dit…
J'en suis ravie. C'est l'auteur que tu ne connais pas ou cet opus ?
Sandrine a dit…
Je n'ai encore jamais lu cet auteur, ce n'est pourtant pas faute d'en entendre parler...
je lis je blogue a dit…
Impossible de tout lire, c'est sûr, mais ce petit livre est peut-être l'occasion de découvrir Gaudé
tadloiducine a dit…
Je note donc qu'il faut éviter de commencer à lire les nouvelles de Fajardie en 2024 (année bissextile)! Hé oui, on ne saurait songer à tout...
(s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola
je lis je blogue a dit…
Tu me fais rire ! Je n'avais pas pensé à ça, en effet !

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