Perspective(s). Laurent Binet

Perspective(s). Laurent Binet


Début janvier 1557 à Florence, le peintre Jacopo da Pontormo est retrouvé mort, un ciseau fiché dans le cœur. Le vieil homme gisait dans la chapelle majeure de San Lorenzo, sur le chantier de la fresque sur laquelle il travaillait depuis plus de 10 ans. Sa beauté était destinée à rivaliser avec le chef d’œuvre de la Chapelle Sixtine. L’un des panneaux, consacré au déluge, a été retouché. Le dessin est habile mais l’artiste a laissé des raccords qui restent visibles même après plusieurs jours de séchage. Se peut-il que le maître ait commis une erreur si grossière ? Par ailleurs, un tableau licencieux de la jeune Maria de Médicis, sous les traits d’une Venus et Cupidon à la manière de Michel-Ange, a été retrouvé dans le grenier de Pontormo. L’œuvre est aussitôt confisquée pour être cachée, à l’abri des regards, dans la garde-robe du duc de Toscane. Cosimo 1er exige que toute la lumière soit faite sur la mort du vieux peintre et l’auteur du tableau en question. C’est Giorgio Vasari, peintre et architecte officiel du grand-duché de Toscane, qui est chargé de cette délicate mission. Par voie épistolaire, celui-ci s’épanche dans le sein de son ancien maître : Michel-Ange, lui-même.

«Mais ce qui nous étonna bien davantage – je ne sais comment formuler cela, ayant le désir de n’offenser personne, et surtout pas la famille de son Excellence – était qu’en lieu et place du visage de Vénus, Jacopo avait substitué celui de la fille aînée du Duc, mademoiselle Maria de Médicis. Vous voyez tout ce que cette histoire peut avoir de déplaisant, et pourquoi le Duc a tenu à en confier la résolution à un homme de confiance, faisant, dans le même temps, circuler la rumeur que le pauvre Jacopo avait mis fin à ses jours en raison de de l’extrême mécontentement de lui-même dans lequel il était tombé. Il n’en demeure pas moins que tout ceci me laisse dans un épais brouillard, pour quoi je me permets, afin de démêler les fils embrouillés de cette ténébreuse affaire, de solliciter votre grande sagesse dont je sais qu’elle égale presque votre talent et concourt pleinement à votre génie.»

Laurent Binet nous entraîne dans un polar historique épistolaire parfaitement jouissif. Les lettres échangées par les protagonistes témoignent du contexte politique et religieux de l’affaire et permettent de démêler l’écheveau des complots et traîtrises autour de l’assassinat de Pontormo. Ses répercutions inattendues nous conduisent jusque dans les dernières enclaves spirituelles du défunt Savonarole et même à la cour de France où Catherine de Médicis, avec l’aide son cousin Piero Strozzi, fait bon usage des informations qui lui sont transmises depuis sa terre natale. 

D’autres avis que le mien : Aleslire et La petite liste

Perspective(s). Laurent Binet. Grasset, 304 pages (2023)


Commentaires

  1. J'ai lu deux romans de Binet que j'ai adorés et je note celui-là !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si tu aimes déjà le style de l'auteur, tu peux foncer. Pour moi, ce roman est une réussite.

      Supprimer
  2. À chaque fois que je vois un retour sur un nouveau Binet, je me renote qu'il faudrait que je le lise. Ses romans ont l'air tous vraiment bien. Tous les thèmes explorés me parlent en tout cas. Ça ne m'aide pas à me lancer. Il faut que j'en choisisse un pour commencer, et ils me tentent tous... Celui dont tu parles également. 😱

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai mis beaucoup de temps avant de lire Laurent Binet car l'un de mes proches a détesté "HHhH". Finalement, j'ai décidé de découvrir l'auteur par moi-même. "Perspective(s) est donc le premier que je lis et c'est une belle découverte.

      Supprimer
  3. Bonjour, j'ai entendu du bien sur ce roman qui fait partie de la rentrée littéraire. Je l'ai noté. Bonne après-midi.

    RépondreSupprimer
  4. Il me le faut il me le faut il me le faut

    RépondreSupprimer
  5. je viens de le commencer, j'aime beaucoup pour l'instant !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai eu beaucoup de plaisir à le lire aussi.

      Supprimer
  6. C'est un roman que j'ai noté comme 'à lire', il faut patienter. J'ai aimé La septième fonction du langage et abandonné Civilizations...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. En effet, il risque de ne pas être disponible tout de suite à la bibliothèque.

      Supprimer
  7. Tiens c’est étrange, j’ai vu passer de nombreux avis sur ce livre qui ne m’ont pas accrochée mais alors là le tien il m’a complètement séduite !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'en suis ravie ! Tu me diras ce que tu en penses si tu le lis

      Supprimer
  8. J'ai l'impression qu'il fait l'unanimité de ivre, pourtant je ne suis pas une grande fan de l'auteur... A voir, donc...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je n'ai pas lu ses précédents livres mais j'ai apprécié celui-ci. il faut essayer.

      Supprimer
  9. Je suis en pleine lecture et je me régale. Je reprends ton expression " jouissif " !

    RépondreSupprimer
  10. Petit bémol, malgré son intérêt, je n'ai pas aimé la forme épistolaire qui m'a paru factice. Finalement je le publie Vendredi 15 en LC avec Marilyne. J'ajoute un lien vers ton billet dans mon blog.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci, c'est gentil. J'ajouterai les votres après le 15

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Trust. Hernan Diaz

Sur les ossements des morts. Olga Tokarczuk

Veiller sur elle. Jean-Baptiste Andrea

La maison allemande. Annette Hess

Le Château des Rentiers. Agnès Desarthe