L’île haute. Valentine Goby

 L’île haute. Valentine Goby


L’île haute est un roman de confinement. Tout d’abord, Valentine Goby l’a écrit pendant la crise sanitaire de Covid-19 alors que nombreux éléments de son univers habituels lui étaient devenus inaccessibles. Ensuite, une partie de l’intrique se déroule dans le huis clos d’un village montagnard pendant la période hivernale alors que les habitants sont coupés du reste du monde. C’est un roman à hauteur d’enfant, un parcours initiatique dans le contexte de la seconde guerre mondiale et de la Shoah. En janvier 1943, Vadim Pavlevitch, petit juif asthmatique du quartier des Batignolles à Paris, doit quitter ses proches pour se réfugier à Vallorcine près de Chamonix. A la sortie du train, en montant le dernier col vers la demeure de sa famille d’accueil, il devient Vincent Dorselles, officiellement en convalescence à la montagne pour soigner sa maladie pulmonaire. Pour notre héros, la montagne est un choc : un paysage comme il n’en n’a jamais vu auparavant et un mode de vie aux antipodes de celui des citadins. A Vallorcine, il fait la connaissance de Moinette, fillette issue d’une si grande fratrie qu’on la « prête » aux voisins pour des tâches ménagères. Elle sera le guide de Vadim/Vincent dans ce nouvel univers. Notre petit héros découvre ainsi les joies du ski, de la luge et des batailles de boules de neige. Surtout, il rencontre des personnes de cœur prêtent à l’accueillir, l’instruire, le consoler et le protéger de tous les dangers. 

L’île haute est un beau roman qui, en dépit de son contexte, donne du baume au cœur. J’ai beaucoup apprécié de style d’écriture de Valentine Goby et ses longues descriptions des paysages de Haute-Savoie. Il n’est pas difficile de s’attacher au jeune héros de 12 ans et aux personnages qui l’entourent. Blanche, Albert et Eloi, les membres de sa famille d’accueil, sont des Justes. D’autres protagonistes apparaissent au fil du récit, comme le maître d’école ou le curé. Chacun participe à donner vie à ce village isolée. Le quotidien est à la fois dure et simple dans cette petite communauté. Les difficultés d’accès, la rudesse du climat et la pauvreté du sol nécessitent forcément l’entraide. Même l’occupant italien est plus sympathique que les Nazis. La réalité de l’époque finira bien sûr par rattraper notre héros dans ce cocon éphémère mais il en gardera, à n’en pas douter, un souvenir attendri. 

Extrait :

« Évidemment, Vadim n’a pas vu la plaine du Chedde. Il n’a pas vu la chaîne des Aravis. Il n’a pas vu les dômes, crêtes, aiguilles, sommets insoupçonnables au-delà des nuages. Il a vu des galeries compactes d’épicéas enserrer le train dans la montée, la rame luttait contre la pente et les branches ployées, lourdes de neige, rayaient la vitre du wagon comme des chevelures trempées. Il a vu un tunnel, un boyau plus obscur que l’air. Il n’a pas vu le viaduc arqué par-dessus l’Arve verte. Il n’a pas vu les clochers, les calottes neigeuses en surplomb, les glaciers écroulés, il n’en a pas idée. Le front appuyé à la fenêtre, au ras des rails il a vu des branches hérissées dans le blanc avec des feuilles au bout, il a imaginé des bras étiques hurlant au secours depuis le sous-sol gelé. Il n’a pas entendu l’annonce de l’avalanche, à ce moment-là il déchiffrait un panneau planté sur le quai, intrigué par les sonorités familières en ce lieu complètement étranger : Chamo-nix. »

📌L’île haute. Valentine Goby. Actes Sud, 288 p. (2022)


Commentaires

Aifelle a dit…
A l'occasion, je l'emprunterai à la bibliothèque.
je lis je blogue a dit…
Oui vraiment, je te le recommande. Il est très agréable à lire
keisha a dit…
Montagne plus Goby, là on n'est plus trop dans mon créneau, mais tout est possible!
Livr'escapades a dit…
De Valentine Goby je n'ai lu pour l'instant que "Kinderzimmer" mais "Un paquebot dans les arbres" m'attend dans ma pal. Je note celui-ci, je suis presque sûre qu'il me plaira!
je lis je blogue a dit…
Pour ma part, j'ai beaucoup aimé ce livre justement parce qu'il parlait de montagne. Je n'avais jamais lu Valentine Goby auparavant mais j'ai apprécié son style. Cela dit, on a tous des goûts différents (et heureusement !). Il y a tellement à lire, si ce n'est pas ton créneau, mieux vaut passer ton chemin.
je lis je blogue a dit…
Si je me souviens bien, "Kinderzimmer" a été récompensé par de nombreux prix littéraires. Je ne peux pas en dire davantage car je ne l'ai pas lu. "L'île haute" est mon premier Goby et c'est une bonne surprise.
Ingannmic, a dit…
J'aime généralement ce que je lis de cette auteure, j'avais d'ailleurs commencé 2022 avec Murène, de mémoire, que j'avais apprécié notamment pour ce que tu soulignes ici aussi : la capacité de l'auteur à tirer de toutes les situations, même les plus tragiques, quelque chose de lumineux.
je lis je blogue a dit…
C'est tout à fait le cas dans ce roman

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