Mon cher mari. Rumena Bužarovska

Mon cher mari. Rumena Bužarovska

Il y a un adage prétendant qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture mais je ne peux m’empêcher de penser que la jaquette de Mon cher mari est plutôt réussie. On y voit un couple dont l’apparence physique est typique des années 50. La femme se tourne pour nous faire un clin d’œil malicieux tandis que la nuque et le dos de son époux disparaissent sous des gribouillis de stylos trahissant une main vengeresse. Cette couverture résume assez bien le contenu du recueil. Celui-ci est composé de 11 nouvelles. La dernière, intitulée Le 8 mars, nous rappelle qu’il existe une Journée internationale des femmes mais l’intrigue tourne en vaudeville. De fait, Mon cher mari, n’est ni un hymne à la société patriarcale de mamie ni un pamphlet féministe en l’honneur du mouvement #MeToo. Ce n’est pas non plus une bluette insipide.

Rumena Bužarovska nous offre une redoutable galerie de portraits. De ce point de vue, on peut considérer que la parité est respectée car les personnages féminins sont aussi pitoyables que leurs homologues masculins. Epouses, mères, filles, amantes… les femmes nous sont présentées sous toutes leurs facettes mais rarement sous leurs meilleurs jours. Elles sont cyniques, vaniteuses, égoïstes, jalouses, infidèles, ou lâches… à l’instar de leurs chers époux. Contre toute attente, il y a parfois du désir, de l’amour ou de la tendresse au sein de ces couples singuliers. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’on est dans la vraie vie (je me plais à penser que les rapports humains et amoureux ne sont pas si affligeants) mais on s’en rapproche plutôt bien. L’une des épouses explique, par exemple, que son mari est un gentleman parce qu’il la conduit chez un ami chaque samedi après-midi, espérant ainsi se décharger de son devoir conjugal en la poussant dans les bras d’un autre. Une mère, en pleine dépression post-partum, est persuadée que son époux est un père formidable mais finit par le détester autant que son enfant. Une autre femme, souffrant du syndrome du nid vide, est convaincue d’être une grande artiste incomprise alors qu’elle ne produit que des croûtes qui affligent secrètement sa chère moitié.

Les textes de Rumena Bužarovska sont à la fois cruels et incroyablement réjouissants. Ses histoires, teintées d’un humour féroce, sont un véritable pied de nez au wokisme ambiant. Mon cher mari n’est certes pas le chef d’œuvre du siècle dont je garderai un souvenir impérissable mais c’est une lecture fort distrayante. Il me semble que les saynètes pourraient s'adapter facilement au théâtre. 


Extrait :

« J’ai rencontré Goran à un festival de poésie. Ses cheveux commençaient à grisonner – maintenant ils sont complètement gris, mais il pense que cela fait partie de son « nouveau sex-appeal », comme il m’a dit un jour. C’était soi-disant pour plaisanter, je crois qu’il le pense vraiment. Je voulais lui demander si son cheveu rare et son crâne à la texture de cire fondue faisaient aussi partie de son « nouveau sex-appeal », mais je me suis retenue – il n’accepte aucune critique. Il se fâche tout de suite et, quand il se fâche, il se met à m’injurier – et cela dure des jours, jusqu’à ce que je donne une preuve de soumission pour qu’il cesse d’être insupportable, comme réciter mine de rien un de ses vers. Récemment, il était en rogne contre moi parce que j’avais refusé de lire les poèmes qu’il avait écrits la nuit précédente. »

📌Mon cher mari. Rumena Bužarovska. Gallimard, 176p. (2022)


Commentaires

keisha a dit…
Oh mais ça m'a l'air parfaitement réjouissant!!! De plus, je viens de vérifier, il est à la bibli!
je lis je blogue a dit…
Oui, rien d'ambitieux mais j'aime l'humour décapant de Rumena Bužarovska. Et puis, ce n'est pas si souvent que les écrivain(e)s macédonien(nes) sont traduits.
Aifelle a dit…
A ma grande surprise il est aussi à ma bibliothèque. A voir ...
je lis je blogue a dit…
Je te le recommande, c'est distrayant et ça se lit vite
Kathel a dit…
J'ai moins de chance que les copines à la consultation du catalogue de ma médiathèque... en poche, peut-être ?
je lis je blogue a dit…
Dans ce cas, il va falloir que tu patientes un peu. Le roman est paru en septembre 2022
Maria Bejanovska a dit…
"Mon cher mari" vient de paraître en poche FOLIO.

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