Dans la tête de mon ado. de Lastic, Bravi & Borst

Dans la tête de mon ado. de Lastic, Bravi & Borst


Les parents d’ados ont parfois souvent la sensation de cohabiter avec des aliens qui auraient des téléphones portables greffés dans les mains. Evidemment si on se fiait à ce seul critère, de nombreux adultes pourraient être considérés comme des adolescents attardés. 

L’ado est tantôt euphorique, tantôt amorphe, souvent sourd aux remarques de ses parents. Il dort jusqu’à point d’heure le matin, passe la moitié du week-end scotché derrière un écran (télé, ordi ou téléphone) en s’appropriant l’usage exclusif du canapé du salon. Il ne ramasse jamais les miettes du petit dej', ni celles du dîner (heureusement qu’il mange à la cantine), ouvre tous les paquets de gâteaux en même temps. Il est atteint de tremblote chronique et renverse tous les contenants de liquide dont il tente de se saisir… sans parler de ses vêtements qui, dans le meilleur des cas, sont empilés en trois tas distincts (propre, sale, non identifiable)… j’arrête d’en jeter mais je sais que vous voyez de quoi je parle. 


Dans la tête de mon ado: Mon ado mou

 

Les parents ne sont pas épargnés non plus mais c’est de bonne guerre ! Nos ados détestent nous avoir tout le temps sur le dos. Ce n’est pas toujours facile de couper le cordon et de lâcher sa progéniture dans la jungle extérieure au cocon familial ! Bref, il faut prendre un peu sur soi, s’interdire d’envahir son jardin secret (sous prétexte de le protéger) et d’intervenir de manière intempestive dans sa vie, ses amitiés, etc. On ne soumet pas ses amis à des interrogatoires en règle, on ne fouille pas sa chambre en son absence, on ne le géolocalise pas en permanence non plus (oups !)… Bref, il faut abolir le contrôle permanent et la dictature aveugle si on veut éviter de s’exposer à une rébellion en règle.


Dans la tête de mon ado: Les vacances

Dans la tête de mon ado évoque avec humour toutes ces situations qui peuvent être très agaçantes au quotidien et générer des tensions au sein du nid familial. L’album est composé d’une série de petites scènes, comme des strips. Il permet de relativiser certaines situations et surtout d’ouvrir le dialogue avec son enfant grâce à une lecture commune. On peut convoquer ses propres anecdotes et en rire ensemble.  Il ne faut pas s’attendre en revanche à y trouver des solutions miracles. Il ne s’agit pas d’un ouvrage de psychologie qui permettrait d’aborder le mal être de certains ados ou de résoudre des conflits familiaux aigües. 

📌Dans la tête de mon ado. Agathe de Lastic (scénariste), Soledad Bravi (dessinatrice) et Grégoire Borst (conseiller technique). Editions Vent d’Ouest, 112 pages (2022)


Les Téméraires. Bart Van Loo

Les Téméraires. Bart Van Loo


Une référence à la série Game of Thrones en quatrième de couverture a failli me faire renoncer à la lecture de cet ouvrage (et je ne parle même pas de l'estampille "Best seller", généralement assez efficace pour me faire fuir)... mais voilà, il y a peu de livres sur le sujet ! J’aurais eu bien tort de m'abstenir car Les Téméraires est un régal d’érudition et d’écriture. L’auteur, écrivain belge néerlandophone et francophile, n’est certes pas spécialiste du Moyen-Age mais il a fait du bon boulot.  

Dans un style enlevé, Bart Van Loo nous raconte l’histoire de la Maison de Bourgogne, un duché dont le passé  mouvementé est ancré au cœur de l’Europe. Son territoire s’est étendu, entre la France et le Saint-Empire romain germanique, deux royaumes dont il était le vassal et tantôt l’alliée ou l’adversaire. Il englobait la Bourgogne actuelle et les Plats Pays qui correspondent aujourd’hui à la Belgique et aux Pays-Bas. Le faste de la cour bourguignonne a ébloui et/ou agacé les contemporains. Les chroniqueurs du temps ont décrit par le menu les festins organisés par les ducs, leurs riches parures, sans oublier les artistes qu’ils ont entretenus (dont certains exhumés par l’auteur). Si Philippe le Hardi, Philippe le Bon ou Charles le Téméraire ont bénéficié d’un grand prestige, les ducs de Bourgogne n’ont jamais réussi à acquérir la couronne royale.

Bart Van Loo a opté pour un plan en pyramide inversée qui lui évite bien des écueils liées aux méandres compliqués du passé. Le premier chapitre couvre près de 1000 ans (406-1369), le second concerne un siècle (1369-1467), le troisième porte sur une décennie (1467-1477), le quatrième se concentre sur l’année 1482 et le dernier chapitre porte sur une seule journée particulière. Si on ajoute les différentes annexes (arbres généalogiques, chronologie, bibliographie, etc.), l’ouvrage dépasse les 900 pages. 

J’imagine que cette profusion risque de faire détaler plus d’un lecteur. Les amateurs du genre, en revanche, ne seront pas déçus. Bart Van Loo a creusé son sujet pour aller jusqu’au fond des choses. Son livre n’est pas rébarbatif pour autant car son enthousiasme transparait dans son écriture au point que son essai est jugé mélioratif dans l’article de Wikipédia.  Je ne suis pas assez calée sur cette période historique pour en juger. En revanche, je peux dire que Bart Van Loo a scruté tous les aspects (politiques, économiques, artistiques…) de l’histoire des ducs de Bourgogne. Il a évoqué les nombreuses batailles dont celles de la guerre de cent ans, les résistances des villes et/ou de la bourgeoisie (notamment à Gand et à Bruges), les lourds impôts, la question de l’hétérogénéité linguistique et ses conséquences, le schisme de la papauté, les intrigues et trahisons diverses… 

C’est une histoire foisonnante qu’il serait fastidieux de résumer ici. Bart Van Loo, lui, le fait très bien. Il est remonté jusqu’aux premières mentions des Burgondes. Le dernier chapitre se focalise sur le mariage de Philippe le Beau avec Jeanne de Castille, parents de Charles Quint, dans la ville brabançonne de Lierre, le 20 octobre 1496, un évènement qui annonce une ère nouvelle. 

📝Pour ceux qui n’auraient pas le courage de plonger dans un pavé de 900 pages, il existe une alternative : un podcast en 8 épisodes disponible sur le site de la RTBF (on peut se connecter gratuitement).

💪J’ai lu cet ouvrage dans le cadre de deux challenges de lecture organisés par La Petite Liste et Tadloiduciné qui squatte le blog de Dasola. 

📌Les Téméraires - Quand la Bourgogne défiait l'Europe. Bart Van Loo. Champs Flammarion, 928 pages (2023)


Orbital. Samantha Harvey

Orbital. Samantha Harvey


💪J’ai un dilemme avec cet opus. Je l’avais sélectionné pour le challenge Objectif SF 2025, organisé par Sandrine (qui tranchera si elle le veut bien), mais je me demande s’il s’agit vraiment d’un roman de science-fiction. Disons qu’Orbital emprunte des éléments du genre mais, en réalité, il est plus original que ça!  Si le terme existait (peut-être qu’il existe), je le classerais dans la catégorie des romans spatiaux. L’autrice, elle, évoque une "pastorale spatiale". On peut y voir aussi un récit de Space Opera ? 

Le lecteur est littéralement immergé dans l’habitacle d’une station internationale en orbite, aux côtés de 4 astronautes (un Américain, une Anglaise, un Italien et une Japonaise) et de 2 cosmonautes russes.  Ce voyage va durer une journée au cours de laquelle nous partageons le quotidien des membres de l’équipe. Durant ces 24 heures, la navette va faire 16 fois le tour de la terre. Ses occupants verront autant d’aurores et de couchers de soleil. L’opus est divisé en 16 chapitres correspondant aux positions orbitales ascendantes et/ou descendantes. Le paysage terrien, vu de l’espace, change toutes les 45 minutes.

Orbital est surtout un roman contemplatif. Samantha Harvey n’a pas son pareil pour décrire l’atmosphère qui règne dans le vaisseau spatial et pour montrer ce que l’on peut observer dans le hublot de l’engin. Le lecteur a littéralement la sensation d’être en état d’apesanteur, comme dans un cocon au milieu des étoiles. Il peut voir la terre à travers le regard des différents personnages, entrer dans leurs têtes et partager leurs émotions, leurs songes, leurs questionnements existentiels… 

Face à l’immensité de l’univers, les humains se sentent tellement impuissants ! Un typhon se forme au dessus de l'Océan indien. Il n’y a aucun moyen de venir en aide aux habitants des côtes menacées. Chie, l’astronaute japonaise, apprend la mort de sa mère. Elle ne pourra évidemment pas assister aux funérailles. Neuf mois dans l’espace, loin de ses proches, c’est long ! Les astronautes ne se considèrent pas comme des super-héros, juste des gens ordinaires, des maris et des femmes, des pères et des mères qui se languissent de leurs proches. 

Comme la plupart d’entre nous, Chie, Nell, Pietro, Shaun, Roman et Anton vaquent à leurs occupations professionnelles. L’un collecte des données météorologiques, l’autre fait de l’expérimentation animale sur des souris, un troisième teste les limites du corps humain, etc. Lorsque la journée de travail est terminée, il faut encore veiller aux tâches domestiques : l’entretien de la navette, des sanitaires, etc. Les membres de l’équipe spatiale forment une famille temporaire, dans un environnement qui doit être le plus serein possible. Mais, à l’instar de la mer ou de la montagne, l’espace a ses propres maux. Il faut faire avec, en apesanteur. 

Tout le quotidien des astronautes et des cosmonautes est passé au scanner de l’autrice. Elle le fait tellement bien qu’on s’y croirait pour de bon. Le roman est nécessairement bref puisqu’au fond, il ne s’y passe pas grand-chose. On apprécie surtout sa poésie et l’apaisement qu’il procure. Orbital a été récompensé par le Booker Prize en 2024.

Dans ses remerciements, Samatha Harvey mentionne la NASA et l’ESA qui lui ont permis de glaner de nombreuses informations sur son sujet. Pour information, on peut visiter virtuellement une station spatiale internationale avec le spationaute Thomas Pesquet sur la site Internet des agences spatiales européennes.

J’ai acheté cet opus dans une librairie anglaise lors d’un voyage à l’étranger. J’ai donc lu la version en V.O. En préparant ce billet, j’ai découvert qu’il existe une traduction française chez Flammarion et en collection de poche J’ai Lu

📌Orbital. Samantha Harvey. Vintage, 144 pages (2024)

Objectif SF 2025