Irina, un opéra russe. Anouar Benmalek

Irina, un opéra russe. Anouar Benmalek

Je débute la rentrée littéraire avec un roman un peu déroutant mais qui m’a néanmoins tenue en haleine. Le héros est un écrivain algérien qui, au soir de sa vie, souhaite retrouver son amour de jeunesse. Elle s’appelait Irina, elle était Soprano et elle vivait à Petrograd/Saint-Pétersbourg. A la fin des années 70, le jeune Walid préparait une thèse sur Napoléon.  Ayant obtenu une bourse pour se rendre en URSS, l’étudiant avait fait la rencontre d’une chanteuse lyrique dans la queue du musée de l’ermitage. Immédiatement sous le charme de cette beauté fantasque, Walid avait tout fait pour la conquérir et y était finalement parvenu. Il avait ainsi fait la connaissance de Vladimir, grand-père d’Irina et ex agent du NKVD. 

La construction du roman est très originale puisqu’il est découpé en plusieurs parties avec chacune son épilogue, ainsi qu’un Grand final. Par ailleurs, Anouar Benmalek navigue habilement entre trois périodes historiques : le présent avec la quête de Walid, les années 70 qui sont celles de l’amour au temps de la dictature communiste, et les années 30 qui racontent le parcours de Vladimir pris dans la tourmente des années staliniennes au Kazakhstan. Ces différentes temporalités sont d’autant plus importantes que les actions des uns déterminent l’avenir des autres et que la grande histoire vient bousculer la vie intime des personnages. A cela s’ajoute un brin de fantastique puisque les protagonistes principaux développent une sorte de capacité à voyager dans le temps. Il est également question d’opéra, bien-sûr, mais aussi d’un tableau de Caravage, Le joueur de luth. 

Comme je l’ai dit, j’ai lu cet ouvrage sans déplaisir, bien au contraire. En revanche, je me suis demandée plusieurs fois au cours de ma lecture où l’auteur voulait nous conduire. Il y a une forme de déterminisme dans cette histoire qui déçoit un peu les espoirs du lecteur. Pourtant, il faut bien reconnaître que cela fait tout l’intérêt au roman. 

📚D'autres avis que le mien via Babelio et Bibliosurf

📌Irina, un opéra russe. Anouar Benmalek. Editions Emmanuelle Colas, 484 pages (2025)


L'Idée de Moyen Âge. Giuseppe Sergi

L'Idée de Moyen Âge. Giuseppe Sergi


Cet été, j’ai fait la tournée des bastides, cloîtres, forteresses et autres sites médiévaux dans les vallées du Lot et de la Dordogne, le "Pays des 1001 châteaux". Je suis loin de les avoir tous visités mais les informations recueillies pendant les visites guidées m’ont rappelée que les amateurs comme moi ont tendance à se forger une vision quelque peu erronée de cette période de l’histoire. 

Acheté dans la boutique du village troglodyte la Roque Saint-Christophe, l’essai de Giuseppe Sergi devait m’aider à m’y retrouver un peu dans la pagailles des idées fausses. L’auteur (attention, il a un homonyme, mort en 1936, qui était anthropologue) est un médiéviste italien, qui a enseigné l’histoire à l’Université de Turin pendant plus de 40 ans. 

L’opus compte une centaine de pages à tout casser mais son contenu est très dense et nécessite une certaine concentration.  Le sous-titre, Entre imaginaire et réalité historique, est assez explicite mais je m’attendais quand même à un ouvrage de vulgarisation. Bien sûr, l’édition dans la Collection Champs historique de Flammarion aurait dû me mettre la puce à l’oreille. Il s’agit davantage d’un cours introductif  à l’histoire médiévale et je classerais plutôt cet ouvrage dans la catégorie des références à l’usage des étudiants. 

Giusuppe Sergi évoque par exemple la question des chrononymes. Il s’agit du découpage apostériori et plus ou moins arbitraire des périodes historiques. Le Moyen Âge a souffert du jugement négatif des Humanistes de la Renaissance et du Siècle des Lumières. La période couvre plus de 1000 d’histoire et pourrait tout aussi bien être "sous-découpée" en trois. Les spécialistes différencie d’ailleurs souvent le Haut, le Classique (ou Central) et le Bas Moyen Âge (il existe encore d’autres découpages). De même, les bornes temporelles canoniques (476-1492) sont-elles sujettes à discussion. Il n’en reste pas moins que le Moyen Âge est "coincé" entre la chute de l’Empire romain et les Temps Modernes inaugurés par la découverte de l’Amérique. Il est devenu emblématique des épisodes épidémiques, des famines et des superstitions. Quid de l’esprit chevaleresque ou de l’amour courtois ? 

L’auteur évoque ensuite la notion de Féodalité, le partage du monde médiéval entre deux aires culturelles qui seraient l’une latine et l’autre germanique ou encore l’apparente homogénéité du christianisme. Le Moyen Âge fut-il réellement une période intermédiaire ? Faut-il le considérer comme l’enfance de l’Europe, une ère transitoire au cours de laquelle les peuples auraient expérimenté de nouvelles formes politiques et économiques ? L’ouvrage répond à ces questions en 11 chapitres aussi concis qu’érudits.

Je ne peux pas dire que le propos ne m’ait pas intéressée, bien au contraire, mais j’avais prévu une lecture facile et distrayante pour la période estivale. Le contenu de l’opus étant plus ardu que je ne l’avait espéré, je ne suis pas sûre d’y avoir consacré le temps et la concentration nécessaire et certains passages sont restés un peu obscurs (sans jeux de mots faciles).

📚Voir aussi la recension de Joel

📌L'Idée de Moyen Âge - Entre imaginaire et réalité historique. Giuseppe Sergi, Champs Flammarion, 120 pages (2014)


Le lion. Joseph Kessel

Le lion. Joseph Kessel


Pour une thématique autour de l’Afrique, j'avais d’abord pensé lire La ferme africaine de Karen Blixen mais mon cœur a finalement penché pour Le lion de Joseph Kessel, cette histoire d’amour entre un grand fauve et une fillette de 10 ans. Je ne sais pas si on peut le qualifier de pamphlet en faveur de la cause animale mais le roman parle très bien au lecteur contemporain. Certains passages concernant les autochtones sont par contre ancrés dans le contexte colonial des années 50. 

L’intrigue en elle-même est assez vite résumée. Le narrateur, alter ego de Joseph Kessel s’arrête dans une réserve animalière du Kilimandjaro avant de se rendre à Zanzibar. Or, ce séjour au Kenya, qui ne devait être qu’une brève étape, va se prolonger inopinément. John Bullit, qui à la fois l'hôte du journaliste et le directeur du parc royal, est une sorte de géant fougueux et un chasseur repenti. Il assume désormais son rôle de protecteur des animaux avec abnégation. Bullit a deux autres amours : sa femme et sa fille. Son épouse, Sybil, supporte de moins en moins le mode de vie qu’elle a embrassé en Afrique. Elle s’inquiète surtout pour sa fille Patricia. Elle souhaiterait envoyer l’enfant, contre son gré, dans un pensionnat à Nairobi pour la soustraire au mode de vie sauvage qu’elle a adopté. Patricia, ainsi que le découvre le narrateur dès le lendemain de son arrivée, s’est entichée d’un lionceau. Or, King a grandi. Il est devenu un mâle puissant qui semble encore se plier aux jeux de la fillette. Mais pour combien de temps ? Notre voyageur est fasciné par le pouvoir que Patricia semble exercer sur les animaux comme sur les humains, notamment ses parents et les autochtones au service de son père. 

Les sentiments, la curiosité et la bienveillance du narrateur, semblent déteindre sur le lecteur. On éprouve de l’empathie pour les parents de Patricia, de la fascination pour cette petite fille hors du commun, de l’admiration pour les orgueilleux et courageux guerriers Maasaïs ( oui, j’ai omis de vous en parler pour ne pas tout dévoiler de l’intrigue). Joseph Kessel décrit bien l’atmosphère et les paysages africains, ainsi que les rapports que les humains entretiennent avec la faune. Le thème de la protection de la nature, qui revient souvent dans la bouche de l’administrateur du parc, et sa condamnation virulente de ses anciennes pratiques de chasseurs m’ont fait parfois penser au roman de Romain Gary, Les Racines du ciel. Cette œuvre (que j’ai lu il y a bien longtemps) aborde la question de l'extermination des éléphants d’Afrique. Tout ça pour dire que les préoccupations écologiques et la défense de la condition animale ne sont pas des préoccupations nées au 21ème siècle avec l’avènement des "millenials". Néanmoins, j’ai l’espoir que les nouvelles générations parviendront à faire mieux que les précédentes. Ces remarques dépassent sans doute le cadre du beau roman de Joseph Kessel dont je vous en recommande chaudement la lecture.

📝On peut écouter des extraits du Lion de Joseph Kessel, lus par Guillaume Galienne dans le cadre de l’émission Ça peut pas faire de mal sur France Inter. 

📚Un autre avis que le mien sur le blog Un livre dans ma valise

📌Le lion. Joseph Kessel. Folio, 256 pages (1972)



Dans la tête de mon ado. de Lastic, Bravi & Borst

Dans la tête de mon ado. de Lastic, Bravi & Borst


Les parents d’ados ont parfois souvent la sensation de cohabiter avec des aliens qui auraient des téléphones portables greffés dans les mains. Evidemment si on se fiait à ce seul critère, de nombreux adultes pourraient être considérés comme des adolescents attardés. 

L’ado est tantôt euphorique, tantôt amorphe, souvent sourd aux remarques de ses parents. Il dort jusqu’à point d’heure le matin, passe la moitié du week-end scotché derrière un écran (télé, ordi ou téléphone) en s’appropriant l’usage exclusif du canapé du salon. Il ne ramasse jamais les miettes du petit dej', ni celles du dîner (heureusement qu’il mange à la cantine), ouvre tous les paquets de gâteaux en même temps. Il est atteint de tremblote chronique et renverse tous les contenants de liquide dont il tente de se saisir… sans parler de ses vêtements qui, dans le meilleur des cas, sont empilés en trois tas distincts (propre, sale, non identifiable)… j’arrête d’en jeter mais je sais que vous voyez de quoi je parle. 


Dans la tête de mon ado: Mon ado mou

 

Les parents ne sont pas épargnés non plus mais c’est de bonne guerre ! Nos ados détestent nous avoir tout le temps sur le dos. Ce n’est pas toujours facile de couper le cordon et de lâcher sa progéniture dans la jungle extérieure au cocon familial ! Bref, il faut prendre un peu sur soi, s’interdire d’envahir son jardin secret (sous prétexte de le protéger) et d’intervenir de manière intempestive dans sa vie, ses amitiés, etc. On ne soumet pas ses amis à des interrogatoires en règle, on ne fouille pas sa chambre en son absence, on ne le géolocalise pas en permanence non plus (oups !)… Bref, il faut abolir le contrôle permanent et la dictature aveugle si on veut éviter de s’exposer à une rébellion en règle.


Dans la tête de mon ado: Les vacances

Dans la tête de mon ado évoque avec humour toutes ces situations qui peuvent être très agaçantes au quotidien et générer des tensions au sein du nid familial. L’album est composé d’une série de petites scènes, comme des strips. Il permet de relativiser certaines situations et surtout d’ouvrir le dialogue avec son enfant grâce à une lecture commune. On peut convoquer ses propres anecdotes et en rire ensemble.  Il ne faut pas s’attendre en revanche à y trouver des solutions miracles. Il ne s’agit pas d’un ouvrage de psychologie qui permettrait d’aborder le mal être de certains ados ou de résoudre des conflits familiaux aigües. 

📌Dans la tête de mon ado. Agathe de Lastic (scénariste), Soledad Bravi (dessinatrice) et Grégoire Borst (conseiller technique). Editions Vent d’Ouest, 112 pages (2022)


Les Téméraires. Bart Van Loo

Les Téméraires. Bart Van Loo


Une référence à la série Game of Thrones en quatrième de couverture a failli me faire renoncer à la lecture de cet ouvrage (et je ne parle même pas de l'estampille "Best seller", généralement assez efficace pour me faire fuir)... mais voilà, il y a peu de livres sur le sujet ! J’aurais eu bien tort de m'abstenir car Les Téméraires est un régal d’érudition et d’écriture. L’auteur, écrivain belge néerlandophone et francophile, n’est certes pas spécialiste du Moyen-Age mais il a fait du bon boulot.  

Dans un style enlevé, Bart Van Loo nous raconte l’histoire de la Maison de Bourgogne, un duché dont le passé  mouvementé est ancré au cœur de l’Europe. Son territoire s’est étendu, entre la France et le Saint-Empire romain germanique, deux royaumes dont il était le vassal et tantôt l’alliée ou l’adversaire. Il englobait la Bourgogne actuelle et les Plats Pays qui correspondent aujourd’hui à la Belgique et aux Pays-Bas. Le faste de la cour bourguignonne a ébloui et/ou agacé les contemporains. Les chroniqueurs du temps ont décrit par le menu les festins organisés par les ducs, leurs riches parures, sans oublier les artistes qu’ils ont entretenus (dont certains exhumés par l’auteur). Si Philippe le Hardi, Philippe le Bon ou Charles le Téméraire ont bénéficié d’un grand prestige, les ducs de Bourgogne n’ont jamais réussi à acquérir la couronne royale.

Bart Van Loo a opté pour un plan en pyramide inversée qui lui évite bien des écueils liées aux méandres compliqués du passé. Le premier chapitre couvre près de 1000 ans (406-1369), le second concerne un siècle (1369-1467), le troisième porte sur une décennie (1467-1477), le quatrième se concentre sur l’année 1482 et le dernier chapitre porte sur une seule journée particulière. Si on ajoute les différentes annexes (arbres généalogiques, chronologie, bibliographie, etc.), l’ouvrage dépasse les 900 pages. 

J’imagine que cette profusion risque de faire détaler plus d’un lecteur. Les amateurs du genre, en revanche, ne seront pas déçus. Bart Van Loo a creusé son sujet pour aller jusqu’au fond des choses. Son livre n’est pas rébarbatif pour autant car son enthousiasme transparait dans son écriture au point que son essai est jugé mélioratif dans l’article de Wikipédia.  Je ne suis pas assez calée sur cette période historique pour en juger. En revanche, je peux dire que Bart Van Loo a scruté tous les aspects (politiques, économiques, artistiques…) de l’histoire des ducs de Bourgogne. Il a évoqué les nombreuses batailles dont celles de la guerre de cent ans, les résistances des villes et/ou de la bourgeoisie (notamment à Gand et à Bruges), les lourds impôts, la question de l’hétérogénéité linguistique et ses conséquences, le schisme de la papauté, les intrigues et trahisons diverses… 

C’est une histoire foisonnante qu’il serait fastidieux de résumer ici. Bart Van Loo, lui, le fait très bien. Il est remonté jusqu’aux premières mentions des Burgondes. Le dernier chapitre se focalise sur le mariage de Philippe le Beau avec Jeanne de Castille, parents de Charles Quint, dans la ville brabançonne de Lierre, le 20 octobre 1496, un évènement qui annonce une ère nouvelle. 

📝Pour ceux qui n’auraient pas le courage de plonger dans un pavé de 900 pages, il existe une alternative : un podcast en 8 épisodes disponible sur le site de la RTBF (on peut se connecter gratuitement).

💪J’ai lu cet ouvrage dans le cadre de deux challenges de lecture organisés par La Petite Liste et Tadloiduciné qui squatte le blog de Dasola. 

📌Les Téméraires - Quand la Bourgogne défiait l'Europe. Bart Van Loo. Champs Flammarion, 928 pages (2023)


Orbital. Samantha Harvey

Orbital. Samantha Harvey


💪J’ai un dilemme avec cet opus. Je l’avais sélectionné pour le challenge Objectif SF 2025, organisé par Sandrine (qui tranchera si elle le veut bien), mais je me demande s’il s’agit vraiment d’un roman de science-fiction. Disons qu’Orbital emprunte des éléments du genre mais, en réalité, il est plus original que ça!  Si le terme existait (peut-être qu’il existe), je le classerais dans la catégorie des romans spatiaux. L’autrice, elle, évoque une "pastorale spatiale". On peut y voir aussi un récit de Space Opera ? 

Le lecteur est littéralement immergé dans l’habitacle d’une station internationale en orbite, aux côtés de 4 astronautes (un Américain, une Anglaise, un Italien et une Japonaise) et de 2 cosmonautes russes.  Ce voyage va durer une journée au cours de laquelle nous partageons le quotidien des membres de l’équipe. Durant ces 24 heures, la navette va faire 16 fois le tour de la terre. Ses occupants verront autant d’aurores et de couchers de soleil. L’opus est divisé en 16 chapitres correspondant aux positions orbitales ascendantes et/ou descendantes. Le paysage terrien, vu de l’espace, change toutes les 45 minutes.

Orbital est surtout un roman contemplatif. Samantha Harvey n’a pas son pareil pour décrire l’atmosphère qui règne dans le vaisseau spatial et pour montrer ce que l’on peut observer dans le hublot de l’engin. Le lecteur a littéralement la sensation d’être en état d’apesanteur, comme dans un cocon au milieu des étoiles. Il peut voir la terre à travers le regard des différents personnages, entrer dans leurs têtes et partager leurs émotions, leurs songes, leurs questionnements existentiels… 

Face à l’immensité de l’univers, les humains se sentent tellement impuissants ! Un typhon se forme au dessus de l'Océan indien. Il n’y a aucun moyen de venir en aide aux habitants des côtes menacées. Chie, l’astronaute japonaise, apprend la mort de sa mère. Elle ne pourra évidemment pas assister aux funérailles. Neuf mois dans l’espace, loin de ses proches, c’est long ! Les astronautes ne se considèrent pas comme des super-héros, juste des gens ordinaires, des maris et des femmes, des pères et des mères qui se languissent de leurs proches. 

Comme la plupart d’entre nous, Chie, Nell, Pietro, Shaun, Roman et Anton vaquent à leurs occupations professionnelles. L’un collecte des données météorologiques, l’autre fait de l’expérimentation animale sur des souris, un troisième teste les limites du corps humain, etc. Lorsque la journée de travail est terminée, il faut encore veiller aux tâches domestiques : l’entretien de la navette, des sanitaires, etc. Les membres de l’équipe spatiale forment une famille temporaire, dans un environnement qui doit être le plus serein possible. Mais, à l’instar de la mer ou de la montagne, l’espace a ses propres maux. Il faut faire avec, en apesanteur. 

Tout le quotidien des astronautes et des cosmonautes est passé au scanner de l’autrice. Elle le fait tellement bien qu’on s’y croirait pour de bon. Le roman est nécessairement bref puisqu’au fond, il ne s’y passe pas grand-chose. On apprécie surtout sa poésie et l’apaisement qu’il procure. Orbital a été récompensé par le Booker Prize en 2024.

Dans ses remerciements, Samatha Harvey mentionne la NASA et l’ESA qui lui ont permis de glaner de nombreuses informations sur son sujet. Pour information, on peut visiter virtuellement une station spatiale internationale avec le spationaute Thomas Pesquet sur la site Internet des agences spatiales européennes.

J’ai acheté cet opus dans une librairie anglaise lors d’un voyage à l’étranger. J’ai donc lu la version en V.O. En préparant ce billet, j’ai découvert qu’il existe une traduction française chez Flammarion et en collection de poche J’ai Lu

📌Orbital. Samantha Harvey. Vintage, 144 pages (2024)

Objectif SF 2025


Voyage avec un âne dans les Cévennes. Robert Louis Stevenson

Voyage avec un âne dans les Cévennes. Robert Louis Stevenson


💪Cet été, je suis allée faire de la randonnée dans les Gorges du Tarn et les Grands Causses. J’ai également visité les librairies du coin et j’y ai bien sûr trouvé le fameux récit de voyage de Stevenson avec son ânesse. Comment passer à côté alors même que Cléanthe nous suggérait cet ouvrage dans le cadre de son challenge européen et sa thématique sur les récits de voyage ? J’aurais eu bien tort de me priver de cette lecture de circonstance.

L’écrivain écossais part du Monastier, une petite commune située à une vingtaine de kilomètres au sud-Est du Puy-en-Velay, non loin des hauts plateaux du mont Mézenc. C’est une région que je connais un peu aussi pour y avoir séjourné à la période estivale il y a quelques années. Robert Louis Stevenson, lui, s’y est rendu pour soigner sa déprime après le départ de sa maîtresse pour la Californie. Pendant un mois, il a préparé son voyage, sous les regards ébahis, un peu moqueurs, mais plutôt bienveillants des villageois. Il s’avéra plus tard qu’il a en effet été mal conseillé dans ses préparatifs de randonneur amateur et en subira les conséquences pendant une bonne partie de son parcours. Il acquière un âne au marché du Monastier (la désormais célèbre Modestine), fait fabriquer une sorte de sac de couchage/tente sur mesure et une sacoche de transport qui s’avéra très peu pratique. Finalement, le 22 septembre 1878, il est fin prêt… enfin, si on peut dire car, dès le début, le projet va virer au grandguignolesque !

  « Le jour de mon départ, je me levai peu après 5 heures. À 6 heures, nous commençâmes à charger l’âne, et dix minutes plus tard, mes espoirs étaient réduits à néant. Le coussinet de cuir refusait de tenir l’espace d’un instant sur le dos de Modestine. Je retournai chez le fabricant, avec qui j’eus une conversation si véhémente que dehors, la rue se remplit d’un mur à l’autre de curieux, tout yeux et tout oreilles. Le coussinet passait de main en main à un rythme soutenu. Il serait peut-être plus exact de dire que nous nous le lancions à la tête. En tout état de cause, nous étions très agités et fort peu amicaux, et nous nous exprimions avec une grande liberté. »

Les déboires de Stevenson avec Modestine réjouiront plusieurs générations de lecteurs. A cela s’ajoute des scènes de rencontres et de discussions très drôles avec la population. J’ai adoré les échanges avec les paysannes qui s’interrogent sur la langue du voyageur. S’il ne parle pas Français, c’est qu’il parle un patois, pensent-elles. L’écrivain ne parviendra pas à leur faire entendre que l’Anglais est une langue à part entière !  

Rien n’échappe à l’ironie taquine de l’écrivain écossais, surtout lorsqu’il s’agit de politique, de mœurs ou d’anecdotes sur les figures locales. 

« En effet, comme Maybole en Ayrshire, Le Monastier fut jadis une sorte de capitale régionale, où l’aristocratie locale avait ses hôtels en ville pour l’hiver. Il existe encore un certain baron qui, me dit-on, fait pénitence extrême pour avoir réussi à se ruiner en menant la grande vie dans ce village de montagne. Ce monsieur a certes le droit d’être considéré comme le plus remarquable des prodigues connus. Comment il y est parvenu en un lieu où l’on ne vend rien de luxueux et où la pension dans la meilleure auberge ne dépasse guère six sous par jour, voilà un sujet à méditer. Son fils, si ruinée que fût la famille, alla faire des folies à Paris : le cas de ce père et de son fils marque donc une date importante dans l’histoire de la centralisation en France. C’est seulement quand le rejeton eut pris le train que l’œuvre de Richelieu fut achevée.»

Parti en direction du sud, Stevenson met 12 jours pour atteindre Saint-Jean-du-Gard, son ultime étape. Le 4 octobre, Modestine peut enfin prendre un repos bien mérité ! L’animal et son maître ont quand même réalisé un périple de presque 200 km à travers les plateaux volcaniques du Velay, le Haut Gévaudan et la vallée du Tarn.  Cet itinéraire, qui empruntait les chemins de bergers, est devenu un parcours officiel du GR (70) en 1978, à l’occasion du centenaire de la randonnée de Stevenson. Pour ma part, j’ai emprunté d’autres itinéraires en Lozère, sans escorte animalière, mais avec un plaisir transcendé par cette lecture à la fois instructive et rafraîchissante. Les paysages, si bien décrits par Stevenson, valent le détour. On peut trouver l'itinéraire ici.

📚Un autre avis que le mien chez Keisha

📌Voyage avec un âne dans les Cévennes. Robert Louis Stevenson. Folio, 144 pages (2023)

A pied, à cheval, en voiture ou en train...


Aux frontières de l'Europe. Paolo Rumiz

Aux frontières de l'Europe. Paolo Rumiz


💪Pour cette nouvelle étape des Escapades européennes, un challenge organisé par Cléanthe, j’ai choisi de voyager à pied et avec un âne grâce aux livres de Paolo Rumiz et de Robert Louis Stevenson (dont je vous parlerai dans un second billet).

Paolo Rumiz est un journaliste et écrivain voyageur italien. Né à Trieste en Italie, il a une notion très prégnante et personnelle des frontières. La genèse de son voyage Aux frontières de l'Europe remonte au 20 décembre 2007, jour du soixantième anniversaire de l’auteur, date qui coïncidait avec la chute de la frontière Schengen autour de sa ville natale. Le rideau de fer qui l’avait fait rêver de territoires interdits depuis son enfance venait donc de tomber. L’idée est née à l’issue d’une fête bien arrosée dans une auberge près du poste frontière piétonnier. Paolo Rumiz a ensuite peaufiné son itinéraire dans cet autre monde. Il longerait en zigzag la "fermeture éclair" de l’Europe, depuis l’Océan Arctique jusqu’à la Méditerranée, en passant entre autres par le cercle polaire finnois, la mystérieuse base de sous-marins de Mourmansk, les pays baltes, la dictature communiste de Biélorussie, l’enclave russe de Kaliningrad, l’Ukraine et l’arc des Carpates, la mer Noire et puis la Turquie et même Chypre. Sa compagne, la photographe Monika Bulaj, se joindrait à lui dans le cadre d’un projet personnel et lui servirait également de traductrice.

Il faut replacer ce voyage dans son contexte, c’est-à-dire en 2008, et notamment avant la guerre en Ukraine. Paolo Rumiz, on s’en doute, ne se promène pas en touriste. Il prend les transports en commun locaux (bus, trains, bateaux…) et rarement la voiture. Non seulement, il se rend dans les lieux les moins abordables (d’un point de vue climatique, géographique ou politique) mais il entre littéralement chez les gens et dans leur intimité. Ses hôtes généreux lui offrent parfois un repas et/ou un hébergement et surtout, ils lui racontent volontiers leurs vies, leurs passés au temps de l’Union soviétique, leurs peurs concernant l’avenir. Sans être candide, le regard de Paolo Rumiz est assez mélancolique. Il ne fait pas mystère de son aversion pour le mode de vie capitaliste qui domine en Europe occidentale et considère qu’une partie des territoires d’Europe de l’Est est encore préservée de ses méfaits. Bien que l’écrivain italien évoque de nombreux sujets sensibles (la pauvreté, les minorités nationales, les oligarques, les réseaux mafieux, etc), je l’ai trouvé un peu trop romantique, en particulier lorsqu’il s’agit des populations russes pour lesquelles il fait preuve d’une grande tolérance. J’ai d’ailleurs eu l’impression que son récit se focalisait beaucoup sur elles. J’aurais aimé qu’il parle aussi des Bulgares et des Roumains mais son parcours était circonscrit de l’autre côté de ces frontières. Il y a néanmoins des incursions en Estonie, en Lituanie et en Ukraine, une escale plus brève en Pologne et une étape encore plus rapide à  Hrodna (ou Grodno) en Biélorussie. Je reconnais que c’était déjà un très long et riche voyage et un tel récit n’aurait pas pu entrer dans un ouvrage de moins de 350 pages.

C’est donc un récit riche et bienveillant que nous livre Paolo Rumiz dans Aux frontières de l'Europe. Le lecteur est immédiatement embarqué par une narration foisonnante d’informations culturelles. Il cite, par exemple, quelques auteurs classiques comme Ivo Andric. Les chapitres sont généralement découpées en fonction de la géographie et des paysages : Borée, Kola, Baltique, Vistules, Carpates, Dniestr, etc. Du coup, j’ai beaucoup apprécié le fait que Paolo Rumiz ait incorporé une carte de son voyage, faisant apparaître les frontières et quelques repères urbains ou paysagers. 

📚Keisha aussi a lu ce livre dans le cadre du Challenge.

📌Aux frontières de l'Europe. Paolo Rumiz. Folio, 352 pages (2012)

Escapades européennes 072025


La préhistoire - Vérités et légendes. Éric Pincas

La préhistoire - Vérités et légendes. Éric Pincas


Après avoir visiter l’impressionnant Musée national de Préhistoire aux Eyzies dans la vallée de la Vézère en Dordogne et le site de La Madeleine, quelques kilomètres plus loin à Tursac, j’ai eu envie d’en savoir un peu plus sur nos ancêtres. L’ouvrage de vulgarisation d’Eric Pincas, qui fait le point sur les connaissances en la matière, m’a semblé bien suffisant pour satisfaire ma curiosité en cette période estivale. 

Plus qu’en essai sur la Préhistoire, il s’agit d’une anthologie de textes et d’articles éclairant le lecteur sur diverses thématiques anthropologiques, sociales, spirituelles et artistiques. L’auteur tente ainsi de répondre aux interrogations récurrentes de Béotiens tels que moi. 

Éric Pincas, est historien de formation et passionné de Préhistoire. Rédacteur en chef du magazine Historia depuis 2014, Il a déjà publié de nombreux articles sur le sujet. Il est également l’auteur d’un ouvrage intitulé Qui a tué Neandertal ?, publié chez Michalon et le co-auteur de Lady Sapiens (Editions Les Arènes) avec Thomas Cirotteau et Jennifer Kerner. Bref, il connaît son sujet. 

Après une introduction historiographique rappelant que la jeune discipline est née au 19ème siècle à l’instigation de quelques pionniers (parmi lesquels des religieux), Éric Pincas propose à ses lecteurs un panorama des avancées scientifiques depuis 2018 ainsi que des différents scénarios et hypothèses qui en découlent. 

Qui étaient les premiers hominidés ? A quoi ressemblaient-ils ? Où vivaient ? Etaient-ils des carnivores exclusifs ? L’homme et le mammouth ont-ils co-existés ? Toumaï est-il vraiment le premier représentant de la lignée humaine ? Homo Sapiens a-t-il exterminé Neandertal ? Les femmes étaient-elles cantonnées aux tâches domestiques ? Quelles étaient les croyances de nos lointains ancêtres ? Autant de questions dont les réponses ne sont pas si évidentes qu’elles n’y paraissent. A cela s’ajoute les questions d’éthiques et les controverses scientifiques. 

L’ouvrage a l’avantage d’être très abordable et a parfaitement répondu à mes attentes mais il risque de frustrer un peu les lecteurs plus éclairés. Je le comparais donc volontiers à une sorte de mise en bouche, permettant de picorer quelques informations croustillantes en attendant le plat principal. 

Pour information, Éric Pincas sera présent aux 28èmes Rendez-vous de l’histoire à Blois en octobre 2025.

📌La préhistoire - Vérités et légendes. Éric Pincas. Perrin, 224 pages (2020)