Biche. Mona Messine

Biche. Mona Messine


Biche est le premier roman de Mona Messine. Jusqu’à ce jour, je ne connaissais pas cette autrice bien qu’elle ait participé à de nombreux projets dont la création de la revue littéraire Débuts, marrainée par Chloé Delaume. Je n’avais jamais entendu parler non plus des Livres Agités. Ceci n’est pas si étonnant puisque la jeune maison d’édition occupe une niche dans le panorama littéraire, s’étant donnée pour mission de promouvoir les primo-romancières.  Il y a de quoi être intriguée, non ? Alors, dans quoi avant nous mis les pieds et qu’avons-nous entre les mains ? Le titre et l’illustration en verso de la jaquette nous fournissent évidemment quelques indices tandis que la lecture du résumé, en quatrième de couverture, annihile toutes traces de doute : nous allons assister à une partie de chasse… dont une biche est sans doute l’héroïne et/ou la victime. Rien de très réjouissant donc apriori mais il s’avère que Mona Messine est très talentueuse et que son récit réserve quelques surprises. Le roman se lit d’ailleurs comme un thriller puisque la tension monte crescendo jusqu’au drame programmée… ou en tout cas rendu inévitable par la bêtise des uns, l’irresponsabilité des autres et quelques éléments hasardeux que je vous laisse découvrir. Biche est un hymne à la nature et au monde animal. En lisant ce livre, j’ai parfois pensé au roman écologique de Luis Sepúlveda, Le Vieux qui lisait des romans d'amour et, dans une autre veine, au roman policier de Colin Niel, Entre fauves


Extrait :

« À l’opposé du massif, le chasseur ferma sa thermos de café à peine entamée, promise à son retour. Il la rangea à l’arrière du coffre de sa voiture sur laquelle s’appuyaient d’autres chasseurs, vêtus de vestes et treillis. Aucun n’avait de raison de penser que ce jour-ci serait différent. Ils cherchaient du gibier, et avec un peu de chance tueraient une belle pièce dont ils pourraient s’enorgueillir. C’était leur loisir, leur identité. Il n’y avait pas de sujet de morale ou de sensibilité. Il n’en était pas question ici. »

(…)

« Le groupe de chasseurs s’arrêta devant le poste forestier. Leurs visages illuminés de plaisir s’alignaient, rosés, étirés, devant la parcelle. Tous saluèrent le garde débarqué là par hasard, la personne « en charge ». Ils n’avaient pas d’affect pour ce jeune type dégingandé qui, selon eux, ne connaissait pas vraiment leur forêt. Le gamin, en âge d’être leur fils, leur souhaita la bienvenue puis énuméra les quotas de chasse. Naïveté ou tolérance, il ne faisait que rappeler les règles mais n’allait jamais plus loin dans l’inspection des besaces. Ni avant ni après. Les chiens, incapables de rester immobiles, paradaient autour de leurs maîtres, pressés d’entrer en scène. Le garde les dénombra, inquiet pour ses propres mollets. Ils glapissaient, le poil brillant, les yeux attentifs. Leurs maîtres voyaient en eux les symboles de leur identité de chasseur. »

 

📌Biche. Mona Messine. Livres Agités, 208 p. (2022)


Commentaires

Sandrine a dit…
Je ne connaissais pas non plus cette maison d'édition. Si je comprends bien, sa ligne éditoriale la condamne à ne publier qu'un texte par romancière, ça peut être frustrant... En tout cas, ce texte de Mona Messine est bien tentant (je viens de lire "L'homme-chevreuil", en plein dans la forêt aussi avec des cervidés.
keisha a dit…
J'espère que la biche s'en tire?
je lis je blogue a dit…
C'est la réflexion que je me suis faite (au sujet de la ligne éditoriale). Je n'ai pas trouvé ton billet sur "L'homme-chevreuil". Je peux mettre en lien ici dans les commentaires quand tu l'auras publié
je lis je blogue a dit…
Lol ! Bien tenté mais je ne répondrai pas à cette question. Il faudra lire le livre pour le savoir.
Athalie a dit…
Tu as choisi un extrait avec Alan ... Le pauvre ... Il est un peu nunuche quand même !
je lis je blogue a dit…
Lol ! Oui, c'est vrai !

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