La Règle du crime. Colson Whitehead

La Règle du crime. Colson Whitehead


En plus du National Book Award, Colson Whitehead a été distingué deux fois par le prix Pulitzer de la fiction (pour Underground Railroad en 2017 et pour Nickel Boys en 2020). C’est un fait assez rare pour le souligner et une raison suffisante, s’il en fallait une, pour me décider à le lire. 

Les lecteurs qui connaissent déjà l’auteur, retrouveront ici Ray Carney, le héros d’Harlem Shuffle, premier tome d’une trilogie qui s’achève avec Cool Machine (à paraître le 21 juillet 2026). La Règle du crime (Crook Manifesto en version originale) n’est pas un roman traditionnel. Il est découpé en 3 parties qui sont autant de longues nouvelles s’articulant autour des mêmes personnages. Puisque l’ouvrage est très cinématographique, je serais tentée de les comparer à des instantanés, des tranches de vie. Ces trois actes se déroulent en 1971, 1973 et 1976. 

Crook Manifesto
Il me semble qu’en résumer les intrigues ne serait pas rendre hommage à l’auteur dont l’univers foisonne de détails, d’anecdotes et de descriptions. Ce qu’il faut retenir, c’est plutôt l’atmosphère d’un lieu emblématique (Harlem) et une incroyable galerie de personnages : des petites frappes, des toxicos, des militants de la Black Liberation Army, des flics et des politiciens véreux…  Bref, toute une faune qui se croise du côté de la 125ème Rue où le héros possède un magasin de meubles. Eldorado pour les uns, territoire de perdition pour les autres, le quartier a tendance à s’embraser facilement. Le père de Ray Carney, Big Mike, était spécialisé dans les affaires de fraudes à l’assurance. Notre héros, lui-même, a longtemps arrondi ses fins de mois grâce à ses compétences de receleur. Evidemment, tout cela n’est pas sans danger. Il n’est pas facile de s’affranchir des milieux interlopes et d’échapper à l’aura d’Harlem quand on y est né. La promesse d’un concert des Jackson Five peut tout faire basculer. Néanmoins, Ray croit avoir tiré son épingle du jeu grâce à la prospérité croissance de ses affaires. Son magasin sert même de décor à un film de la blaxploitation.

Colson Whitehead a un talent certain pour restituer le passé et créer des personnages réalistes. Chaque protagoniste bénéficie d’une biographie fouillée et raconte des anecdotes liées à Harlem. Le style narratif rend un bel hommage à la gouaille des habitants, c’est indéniable mais… je dirais que le texte a les défauts de ses qualités. Ce qui fait la force du récit au début de l’intrigue devient un peu pesant au fil des pages. J’ai fini par me perdre dans la profusion de détails et à m’ennuyer un peu. Si je me fie aux critiques que j’ai pu lire à droite et à gauche, le premier volet de la trilogie, Harlem Shuffle, serait plus rythmé que celui-ci. Pour autant, je ne déconseille pas la lecture de La Règle du crime, bien au contraire ! C’est un ouvrage qui vaut le détour. Reste à savoir si la suite de cette grande fresque romanesque, Cool Machine, saura tenir le lecteur en haleine jusqu’au bout.

💪J’ai lu ce livre dans le cadre de deux challenges de lecture : l’African American History Month challenge2026 chez Enna et l’American Year 3 chez Belette.

📌La Règle du crime. Colson Whitehead, traduit par Charles Recoursé. Le Livre de Poche, 480 pages (2026)



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