Confession américaine. Eddy L. Harris

Confession américaine. Eddy L. Harris


 « Et, chaque matin, je faisais serment d’allégeance au drapeau, comme tous les enfants de ma classe de mon école, et sans doute, j’imagine, de toutes les classes de toutes les écoles du pays. 
Je jure allégeance au drapeau Des États-Unis d’Amérique
Et à la République qu’il représente
Une nation sous l’autorité de Dieu
Indivisible
Avec la liberté et la justice pour tous »

Trente ans après la parution du pamphlet de James Baldwin, The Evidence of Things Not Seen (Meurtres à Atlanta), Eddy L. Harris publie à son tour un manifeste à charge contre son pays natal. Nous sommes en 2016. L’écrivain américain expatrié en France vient d’avoir 60 ans et Donald Trump accède pour la première fois à la présidence des Etats-Unis. C’est l’occasion pour Eddy L. Harris de faire le bilan d’une vie, de sa carrière littéraire et de l’évolution politique de son pays. Il estime qu’il est en partie responsable du naufrage par son aveuglement volontaire et son inaction. Il se reproche d’avoir choisi de quitter le navire plutôt que de s’engager dans la bataille. Il faut dire que son œuvre n’a pas toujours été comprise aux Etats-Unis et que ses livres n’y sont plus publiés depuis 1996.

Je savais qu’Eddy L. Harris avait écrit plusieurs essais dont A River Quest (Mississippi Solo) que je prévois toujours de lire. L’auteur a descendu les 4 000 du fleuve en canoë dans les années 80. Il s’est également rendu en Afrique et en a tiré un ouvrage intitulé Native Stranger (Le voyage d'un Noir américain au cœur de l'Afrique). Ces ouvrages ne sont pas de simple récits de voyage. Ce sont des récits initiatiques et politiques où l’auteur aborde les questions du racisme, de l’identité, etc.  

Black History Month 2026
Dans House of Lies. American Confessional (Confession américaine), il revient sur ces questions. Eddy L. Harris s’interroge sur l’image de la nation américaine. Selon la devise adoptée depuis la guerre d’indépendance, elle est « une et indivisible ». Les paroles de la Liberty Song de John Dickinson sont devenues un mantra sans cesse répété depuis le berceau jusqu’au cercueil : «By uniting we stand, by dividing we fall ». Le melting pot et l’égalité pour tous sont en réalités de beaux rêves, des mirages  que les gouvernements successifs ne cessent d’entretenir. Même le mandat de Barack Obama n’a pas permis d’entériner l’union du peuple américain. L’auteur récuse les dénominations en trait d’union (Afro-Américain, Italo-Américain, etc) qui séparent plus les citoyens qu’elles ne les rassemblent sous une même bannière.  Il ne se sent d’ailleurs pas de lien avec l’Afrique sachant que son aïeul ayant été affranchi au 18ème siècle. En ce sens, le terme de Noiraméricain semble plus approprié qu’Afro-Américain.

Eddy L. Harris évoque son enfance à Saint Louis, sa famille et notamment son père qui occupait un double emploi pour nourrir sa famille, son employeur blanc se refusant obstinément à lui consentir une promotion pourtant méritée. L’écrivain américain a fini par s’expatrier. Il vit désormais à Pranzac, un petit village de Charente, à quinze kilomètres d’Angoulême. Sa vision de l’Amérique d’aujourd’hui n’est guère optimiste: 

« Trump restera dans l’histoire comme un président crucial. Il a fait ce qu’aucun président n’aurait sans doute pu faire. Il nous a tellement éloignés les uns des autres que nous ne nous retrouveront peut-être jamais ». 

💪J’ai lu cet ouvrage édifiant dans le cadre du Black History Month, dont nous fêtons cette année le 100ème anniversaire dans de nombreux pays. Comme chaque année en février, Enna nous propose un challenge centré sur les Etats-Unis : l’African American History Month challenge 2026. Parallèlement à cette activité, Belette organise la 3ème édition de l’American Year à laquelle je participe également. Et bien sûr, Confession américaine est parfait pour les Gravillons de Sybilline.

📌Confession américaine. Eddy L. Harris, traduit par Grace Raushl. Liana Levi, 96 pages (2024)

Mes trois challenges du jour
Cliquer pour agrandir l'image



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire