Pour que chantent les montagnes. Nguyễn Phan Quế Mai

Pour que chantent les montagnes. Nguyễn Phan Quế Mai

« Souviens-toi, ma chérie. Les épreuves auxquelles le peuple vietnamien a fait face sont aussi hautes que les plus hautes des montagnes. À se tenir trop près, on ne peut distinguer leur sommet. Mais lorsqu’on s’éloigne des tourments de la vie, on en voit le tout… » tel est le conseil prodigué par Grand-mère Diệu Lan à sa petite fille Hương alors que le Viêt Nam agonise et que ses proches sont éparpillés loin du giron maternel. Pour que chantent les montagnes est en effet un roman à deux voix, une fresque historique et familiale qui s’étend sur plusieurs décennies. A travers les souvenirs de la narratrice et de son aïeule, nous sont restitués les pires moments du peuple vietnamien : la colonisation française, l’occupation japonaise, la prise de pouvoir du Việt Minh, la Grande famine, la Réforme agraire, la guerre, les repressions… autant d’évènements qui nous sont rapportés en alternance. Parmi les six enfants de Diệu Lan et leurs conjoints, combien survivront ? Oncle Minh a été enlevé par d’anciens villageois embrigadés par le Parti communiste vietnamien. Ngọc, la mère d’Hương est partie sur le champ de bataille à la recherche de son époux. Oncles Đạt, Thuận et Sáng ont été mobilisés contre les Américains. Et puis la tante Hanh s’est réfugiée à Sài Gòn avec son mari. Restées seules à Hà Nội, nos deux héroïnes vont devoir fuir la ville et se débrouiller pour survivre. 

📝Pour que chantent les montagnes n’est pas qu’une histoire de courage et de survie, c’est surtout une affaire de résilience. S’il s’agit bien d’une fiction, Nguyễn Phan Quế Mai indique qu’elle s’est inspirée de nombreux récits autobiographiques. On sait par ailleurs que sa propre grand-mère a succombé à la Grande famine et son grand-père à la Réforme agraire. Son témoignage romanesque se joint aux voix de plus en plus nombreuses des réfugiés et des écrivains issus de la diaspora. On pense, par exemple aux aînées de Nguyễn Phan Quế Mai, Duong Thu Huong (Terre des oublis), Kim Thuy (Em) et Anna Moï (Douze palais de mémoire) ou encore aux romanciers vietnamo-américains Viet Thanh Nguyen (Le Sympathisant) et Ocean Vuong (Un bref instant de splendeur).


Extrait :

« Quand meurent nos ancêtres, me disait ma grand-mère, ils ne disparaissent pas mais continuent de veiller sur nous. Aujourd’hui, je sens sur moi son regard tandis que je frotte une allumette pour faire brûler trois bâtons d’encens. Sur l’autel familial, derrière la cloche en bois et les assiettes de nourriture fumantes, les yeux de ma grand-mère brillent à la lumière de la flamme orange et bleutée qui s’élève et commence à consumer l’encens. J’agite le bâtonnet pour l’éteindre. Son extrémité rougeoie, et des volutes de fumée odorantes s’envolent en spirale vers les Cieux pour rappeler les esprits des défunts.

« Bà ơi », dis-je dans un murmure en levant le bâtonnet au-dessus de ma tête. À travers le voile brumeux qui sépare nos deux mondes, elle me sourit.

« Tu me manques, grand-mère. »


📌Pour que chantent les montagnes. Nguyễn Phan Quế Mai. Charleston, 448p. (2022)


Commentaires

Aifelle a dit…
Je n'ai pas lu sur le peuple vietnamien depuis un bon moment. Je note ce roman qui court sur plusieurs générations.
je lis je blogue a dit…
Bien que le contexte ne soit pas franchement joyeux, le roman se lit assez facilement. La plupart des personnages veulent cultiver l'espoir d'un avenir meilleur. Ils ne sont pas revanchards en dépit des horreurs que certains d'entre eux ont pu subir.
Miss Sunalee a dit…
J'ai adoré ce roman, lu en novembre. Ma chronique arrive très bientôt.
je lis je blogue a dit…
J'ai hâte de la lire. Tu peux me transmettre le lien en commentaire si tu veux.
Miss Sunalee a dit…
et voilà: https://popupmonster.wordpress.com/2022/12/27/the-mountains-sing/
je lis je blogue a dit…
Merci pour le lien ! C'est sympa de pouvoir échanger des avis. J'ai laissé un message sur ton blog.

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