Voici un roman que j’ai déniché simultanément chez Ingannmic et Sacha, avant de découvrir le compte-rendu de lecture de Fattorius. Cela devenait difficile de résister…
Il y a trois personnages principaux dans ce récit. Le premier est un livre rare, un dictionnaire Yamana-Anglais rédigé au 19ème siècle, édité en 1933 et aujourd’hui conservé à la British Library de Londres. Les Yagáns ou Yámanas étaient un peuple autochtone vivant dans le sud de la Patagonie et dont la culture a fait les frais de la colonisation occidentale. Le second protagoniste de cette histoire est l’auteur dudit ouvrage, un certain Thomas Bridges (1842-1898) linguiste et missionnaire anglican en Terre de feu. Mon troisième est l’éditeur du dictionnaire mais aussi son sauveur, celui qui l’a arraché aux autodafés nazis. Le professeur Ferdinand Hestermann (1878-1959), était également linguiste et ethnologue. Il maîtrisait, paraît-il, 108 langues vivantes et mortes. Il s’était donné pour mission de trouver un refuge pour la bibliothèque de l’institut Anthropos de Vienne, menacée par l’annexion prochaine de l’Autriche. Elle sera transférée en Suisse, dans la région de Fribourg en 1938 et y restera jusqu’en 1962. Ce déménagement aura néanmoins nécessité l’intervention du Père Wilhelm Schmidt (le fondateur de l’Institut Anthropos) et du pape Pie XI, dont il était proche.
L’histoire de ce dictionnaire est à la fois incroyable et passionnante. On ne peut qu’admirer l’abnégation des deux linguistes pour sauver de l’oubli une langue et une culture en voie de disparition. Je trouve néanmoins que leurs personnalités restent assez énigmatiques, notamment Ferdinand Hestermann dont on a apprend pas grand-chose dans le roman, si ce n’est qu’il fumait (trop) de cigarettes de marque Lux et qu’il avait un drôle de toc (se peigner de manière intempestive). Thomas Bridges, quant à lui, était un collectionneur compulsif de mots. Il ne se déplaçait jamais sans une lourde valise pleine de pense-bêtes, son trésor. Ces détails font sourire la lectrice que je suis mais ils restent anecdotiques et j’ignore s’il s’agit d’une invention romanesque. Car c’est le parti pris de l’auteur que d’abandonner l’idée initiale d’établir la vérité sur l’odyssée du précieux lexique.
En ce qui concerne les Yagáns, la postface de Geremia Cometti, professeur d’anthropologie de la Nature à l’Université de Strasbourg, apporte des précisions bien inutiles. On y apprend notamment que la dernière locutrice, Cristina Calderón a disparu en 2022. L’anthropologue évoque également les Selk’nam, un autre peuple autochtone de Patagonie qui ne m’était pas inconnu (voir mon compte-rendu de lecture sur Nous, les Selk'Nams de Carlos Reyes et Rodrigo Elgueta).
Michael Hugentobler a publié deux autres deux autres romans historiques en Allemand : Louis oder Der Ritt auf der Schildkröte (DTV, 2019) et Bis die Bären tanzen (DTV, 2026).
📌Terres de feu. Michael Hugentobler, traduit par Delphine Meylan. Hélice Hélace, 256 pages (2025)


Ma bibli ne propose qu'un article dans La matricule des anges... Grrr.
RépondreSupprimerC'est une petite maison d'édition pas très connue, je pense que ça va être dur de le trouver en bibli (même la tienne qui est habituellement si riche)
SupprimerBonjour Alexandra, merci pour le clin d'oeil à mon article sur ce livre! Un bon moment de lecture pour moi, en effet. Je connais quelque peu l'éditeur, qui a aussi publié mon premier roman, "Tolle, lege!"... c'était en 2020. Ses publications sont aussi diffusées/distribuées en France. Bon week-end, joyeuses Pâques!
SupprimerC'est une maison d'édition intéressante. Un soin particulier est porté à la qualité de l'objet livre et bien sût aux textes.
SupprimerJe te sens un peu frustrée vis-à vis des personnages.. ça n'a pas été mon cas, j'ai trouvé cette histoire tellement passionnante. Je regrette, a posteriori, de n'avoir pas inclus ce titre dans mon bilan annuel.
RépondreSupprimerJe sais bien que le dictionnaire est le principal personnage de ce roman et son histoire est passionnante. Mais il y a des ellipses dans le récit. Cela m'a un peu frustrée en effet.
Supprimerje suis toujours passionnée par les livres qui parlent des langues qui ont failli disparaître, ou qui ont disparu.
RépondreSupprimeroui, c'est passionnant. Pour ma part, je m'intéresse aussi aux langues vivantes
Supprimerle sujet de départ me paraissait passionnant (et inédit pour moi), mais ton enthousiasme ne déborde pas... Je pense donc passer.
RépondreSupprimerC'est vrai que je suis moins enthousiaste d'Ingannmic, Sacha et Fattorius mais le roman te plaira peut-être autant qu'à eux.
SupprimerRien dans ma bibliothèque non plus, alors j'ai peu de chances de le lire. Vu tout ce qui m'attend, je vais me faire une raison.
RépondreSupprimerLe chemin du lecteur est semé de tentations livresques !
SupprimerAh les tentations sur les blogs ! Difficile d'y résister parfois !
RépondreSupprimeroui mais c'est agréable aussi de partager des lectures avec d'autres bloggeurs.
SupprimerRepéré tout comme toi chez Sacha et Ingannmic. Tu sembles être un peu restée sur ta faim sur certains aspects, mais je reste curieuse de ce roman.
RépondreSupprimeroui, c'est vrai. Cela dit, c'est une performance que d'écrire un roman dont le personnage principal est un dictionnaire et d'en rendre un passionnant récit.
Supprimeril faut reconnaître que ce choix de personnage est vraiment original!
RépondreSupprimerMalgré tout, les 2 linguistes restent au coeur du récit
SupprimerJe l'avais repéré chez les mêmes blogs que toi et ton avis me rappelle que je n'ai toujours pas pris la peine de me lancer pour découvrir l'histoire de ce dictionnaire.
RépondreSupprimerLe livre n'est peut-être pas facile à trouver en bibli
SupprimerLe genre d'histoire fascinante et bien dépaysante qui pourrait me plaire... Je note ça à mon tour :-)
RépondreSupprimeroui, cette histoire est fascinante et redonne confiance en la nature humaine. Les hommes aussi imparfaits soient-ils sont prêts à s'investir beaucoup pour sauver la culture et la connaissance.
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