Edda et ses trois sœurs adolescentes (Isa, Etta et Wilma) vivent dans la maison de leurs grands-parents. Ald est un patriarche tyrannique qui n’accepte pas le choix de sa petite fille aînée d’entrer à la Haute École de Médecine. Pour lui, ce n’est pas le rôle d’une femme que de subvenir aux besoins de sa famille. Il prend le choix d’Edda comme une marque d’irrespect envers lui, une manière de le rabaisser. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Et puisque leur mère et leur oncle n’osent pas s’opposer au doyen de la famille, la fratrie décide d’entamer les négociations. L’une commence une grève de la faim, l’autre cesse de se laver, la troisième rédige les doléances tandis que la quatrième refuse de prononcer un seul mot jusqu’à l’obtention de leurs revendications. Le grand-père tente de les amadouer en cédant sur les tenues vestimentaires. Après quelques hésitations, les filles continuent de faire bloc. Lorsqu’Ald décide de recourir à la manière forte en poussant Etta dans la baignoire, les quatre sœurs décident de fuguer. A leur grande surprise, Maya, leur mère ne tente pas de les en dissuader et préfère leur confier ses économies. C’est la fin de la première partie intitulée Départ.
Partant du principe qu’on ne connait jamais vraiment ses parents, l’autrice nous raconte l’histoire de Maya dans une seconde partie (Allées et venues) puis celle de la grand-mère Minna dans une troisième (Arrivée). Ces parcours, qui se font écho, ressemblent à des fuites. J’ai trouvé cette construction à rebours plutôt maline.
L’album étant dédié à la jeunesse, Lucie Quéméner aborde certains sujets de manière très feutrée. On comprend au détour d’une phrase ou d’un dessin plus suggestif que la vie de ces femmes n’a pas toujours été facile. Il est question de sexisme, de violences sexuelles ou encore d’emprises psychologiques et économiques.
Les planches en noir et blanc rendent le graphisme assez sobre. Le trait est parfois enfantin et j’avoue que j’ai eu du mal à différencier les faciès des sœurs. Le récit choral et les flashbacks donnent du rythme à la narration et, en dépit des thèmes abordés, l’histoire n’est pas aussi sombre qu’on pourrait le croire. Le poids de l’héritage familial est lourd mais, en dépit des conflits générationnels, les membres du clan sont soudés par une grande tendresse. C’est ce qui rend cette BD si émouvante.
📌Baume du tigre. Lucie Quéméner. Delcourt, 256 pages (2020)


Quelle bonne idée cette grève solidaire entre soeurs ! Je note bien sûr cette bd !
RépondreSupprimerJ'ai trouvé l'idée amusante aussi même si le contexte l'est moins
SupprimerL'histoire a l'air intéressante, mais je n'aime pas les graphiques. Bonne journée
RépondreSupprimerles illustrations sont relativement minimalistes. Je comprends que cela ne plaise pas forcément.
SupprimerTu nous as trouvé une bonne BD, là! Disponible à la bibli, en plus, yes!
RépondreSupprimerL'intérêt de ce récit tient au fait qu'il n'évoque pas que le temps de l'immigration mais aussi les générations suivantes, celles nées en France. L'héritage de l'exil pèse sur elles.
SupprimerÇa m'a l'air assez dense avec des thèmes chargés pour de la BD jeunesse, même si tout cela est abordé de manière feutrée. Ce serait à partir de quel âge ?
RépondreSupprimerL'éditeur indique juste qu'il s'agit d'une BD pour adolescents sans préciser davantage. Je dirais au moins 13-14 ans. Je ne l'ai pas trouvée sur la plateforme Ricochet à laquelle je me fie généralement. L'album a reçu le Prix BD des étudiants.
SupprimerAprès avoir lu le commentaire de Manou, je dirais donc à partir de 14 ans.
SupprimerLe sujet est intéressant et le fait de donner la parole aux femmes de plusieurs générations pour raconter l'histoire de la famille me plait beaucoup...Plutôt pour les ados donc que jeunesse, moi je différencie les deux. Pour moi la littérature jeunesse c'est entre 6/7 ans et 12/13 ans selon les sujets:) Au delà c'est ados ou adultes. D'ailleurs ce titre est présent dans ma médiathèque au rayon adulte, les jeunes n'y ont accès qu'à partir de 14 ans.
RépondreSupprimerMerci Manou pour ces précisions. Ce n'est pas toujours facile de classer les livres et d'évaluer la tranche d'âge. Jusqu'ici, je ne différenciais pas Littérature jeunesse et ado. Je n'ai qu'une rubrique qui regroupe les deux. Il est peut-être temps de la modifier.
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